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gion les absorbe (1). C'est là un misérable cliquetis de mots : qui à vainement la prétention de dire des choses, et jamais 3 de telles antithèss ne prévaudront contre la déposition de L nos propres souvenirs. Or, le témoignage irrécusablé de + l'expérience, le voici : partout où il y a une innocence de- Ë
meurée intacte, ce n’est pas un pédant sceptique, c’est un Ministre de la grâce chrétienne qui est le chérubin préposé à la garde de ce nouvel Éden ; partout où de tels ministres sont absents, on ne voit que des Rachel refusant d’être consolées, parce que leurs fils sont perdus pour la vertu. Et
(1) M, Michelet,
yer, j j accepte son ane Nul ne avé avec “re de confiance que le Christ : Jen appelle au cœur de toutes les mères.
Et la moralité à l'état de dégradation est-elle guérissable. sans la grâce? Pas davantage : la volonté à besoin d’un
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agent surnaturel pour triompher de ses vices naturels, et
si nous portons nos regards sur le théâtre de la plus belle À 5 expérimentation, le cœur humain, il dira cela comme moi et “Se # mieux que moi. Il est facile de déchoir, mais il ne l'est hi: point de remonter les abîmes descendus. Combien de mor-. tels tombés du côté où ils penchaient sont devenus le théà- + tre d’un fatigant conflit, où deux êtres se battent comme
. dans le sein de Rebecca, et où l'ange est perpétuellement renversé par l’homme. Tomber est une faiblesse de nature, # mais se relever est un triomphe qui la dépasse; aussi, : e après une halte prolongée dans le mal, essayez de revenir ue : au bien par effort de stoïcisme ; Dieu vous dira, avec toute autorité de son Évangile : Sans moi vous ne pouvez rien
| faire (1 1). Maître du monde, vous pouvez commander au
monde si cela plaît à votre ambition ; mais vous ne pourrez
à commander, un jour durant, à votre chair, si celaneme L- plaît pas. Peu vous importe, sans ma grâce, la pureté des ae 4 principes. Avec de nobles convictions, vous n’aurez qu'une : É: pitoyable vie ; et, ballotté des bons désirs aux actions mau— :
yaises, vous passerez, comme un jouet, en attendant que Dieu donne des cheveux blancs à cet organisme encore mal
(1) Saint Jean, 15-5.
éteint, et vous rende à la vertu, non par le sacrifice, mais. par le dégoût.
Telle est la loi commune; ceux qui la subissent n’en conviennent pas; mais ils ont beau draper leur misère dans l’emphase de la morale philosophique, si les hommes se laissent prendre à l’enseigne, Dieu maudit les sépulcres blanchis. Combien de fois ne l’ai-je point trouvé, sur mon Chemin, cet incurable des passions humaines, accusant de son irrémédiable faiblesse tantôt le tempérament, tantôt les occasions, souvent la Providence, et réduit au plus affreux de tous les scepticismes, celui qui consiste à douter de soi-même, et, partant, du devoir ! Quel moyen resterat-il de faire naître des vertus d'un tel abaissement ? Il ne faut rien demander à la nature, car elle s’est épuisée dans la lutte, et, désespérant d'elle-même, elle a proféré peutêtre ce blasphème historique : O vertu, tu n’es qu'un mensonge! Seul, un traitement surnaturel opérera le prodige d’une telle résurrection. Que les sacrements viennent donc en aide à la caducité de cette volonté broyée par ses défaites, et sa jeunesse, comme celle de l’aigle, va se renouveler.
À de telles promesses, le libre-penseur sourira d’incrédulité, mais qu’il se laisse faire. D’autres disserteront sur ses ruines ; avec des sacrements nous les ferons palpiter. D’autres lui expliqueront le mouvement; avec des sacrements nous nous chargeons de le lui donner. Point de contradiction théorique à nous objecter ; nous sommes les explorateurs de la conscience, nous avons vu l'humanité en dehors des poses plus ou moins théâtrales de la vie publique; voici notre déposition de témoin oculaire : La volonté,
% onir sagement et eut du a au bien, Un se à sans foi ee te la. rio la mon le ou
le sens régénérateur attaché à ces mots, et, après 4e voir perdu la première innocence, il ne remontera point Fe, Ja seconde, si le Christ ne lui tend la main. ee
Au reste, combien de fois notre société, si légère soit- és elle, n’a-t-elle pas senti émaner de la simple tunique d’un 7 ministre de l'Évangile, comme de celle de Jésus , une vertu 2 secrète ? L’ombre du prêtre, semblable à ae de saint
: | Pierre, fait encore des miracles partout où elle se projette. Et ne soutenons point que ce pouvoir de la grâce est un pe des extases chrétiennes, car nous sommes libres dela nier comme doctrine, mais elle s’impose comme fait, et si nous écartons sa vertu miraculeuse, nous restons en pré- É È | sence de ses miracles. :
Ceux-ci sont trop nombreux pour être éludés. Madeleine et Thaïs, recueillies hier dans les balayures du monde, montent en peu de jours aux ravissements de l'intimité di- vine ; Saint Paul, terrassé sur le chemin de Damas, se relève et s’écrie, en mesurant la conquête du monde : Je peux tout en Celui qui me fortifie ; saint Jérôme, au lendemain de ses orgies de Rome, obtient contre lui-même, par la mortification chrétienne, des succès impossibles à son énergie de. Sarmate et à son orgueil de patricien ; saint Cyprien voit, { en un clin d'œil, ses doutes dissipés, et tous les obstacles qui
l'arrétaient franchissables, enfin, saint Augustin, secouant la
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lique. Sublime Thabor où, toujours allumé par le génie, mais éteint par la passion, il reste longtemps suspendu entre ciel et terre, comme pour servir de témoignage à celte grâce qui peut, seule, adapter à une jeunesse de prodigue une maturité de séraphin.
La volonté, sans la gràce, gravira-t-elle les hauteurs de l’héroïsme dans la moralité? Encore moins. Certes, je ne veux pas dire que le sublime de l’ordre moral n'ait point apparu sur la terre avant l'Évangile : la parole d'honneur de Régulus, le serment des Thermopyles, le désintéressement de Cincinnatus, mille autres grands souvenirs de l’antiquité païenne se présenteraient à l’esprit du lecteur pour me démentir. Mais ce n'étaient là que de beaux éclairs de sentiment moral sillônnant d’épaisses ombres. Sans la gràce, l'humanité ne fait le bien que sur un pointet par intervalles; par la gràce, elle Le fait d’une manière continue et universelle, et elle réalise cette ascension suprême dans lPéchelle de la perfection qui se nomme la sainteté. La sainteté est donc une rareté d’origine évangélique, et ceci est vrai de ses détails tout aussi bien que de son ensemble.
Rareté divine que l'humilité des chrétiens ! La gloire. était le nerf de la vertu antique, l'honneur est celui de la vertu moderne ; le contrôle de l'opinion étant abrogé, la moralité naturelle du genre humain disparaît à peu près: mais je connais un sage dont toute l’étude consiste à l'être sans le paraître, qui est encore plus admirable à son foyer que sur la place publique, qui passe sa vie à se dérober, non-seulement aux applaudissements des autres, mais à
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s propres yeux ; enfin, qui, alors même qu’il n’y aurait ue Dieu et lui au monde, serait encore tout ce qu’il est.
En présence d’un tel modèle, que tous les héros du cato- : 4 nisme païen et rationaliste disparaissent de leurs tréteaux! On a dit qu'il n’y avait point de grand homme pour son ;
valet de chambre ; je demande une exception à cette justice (a
pessimiste en faveur du saint, car lui est encore plus grand par son côté visible que par son aspect extérieur. ER
Rareté divine que la chasteté des chrétiens! L'homme, sans la grâce, est assez maitre de sa chair pour la déchirer, ; comme font certains bonzes de l'Inde; assez maitre de sa
chair pour la réfréner une fois, comme le témoigne la con-
Se
tinence de Scipion; assez maître de sa chair pour en aimer mieux les combats que la mort, à l’exemple des vestales contraintes du paganisme ; mais, pour s'élever à cette station glorieuse, entre les habitants de la terre et ceux du
ciel, la virginité volontaire; pour se maintenir sur les hau-
teurs de cette montagne de l’encens, la chasteté perpétuelle ; enfin, pour nous imprimer cet élan supérieur à nous-
D: mêmes, et pareil à un miracle qui nous ferait marcher en paralysie ou qui nous attacherait des ailes ,-il faut
un élément plus grand que nous : il faut la grâce de Jésus-
| Christ.
Rareté divine que la charité des chrétiens ! Ne faisons
pas à la fécondité spontanée du cœur humain l’honneur de
cette découverte. Malgré tous nos dithyrambes sur la fra-
ternité, elle n’est point notre ouvrage, et la preuve, c’est
que le jour où Jésus la prescrivit, il affirma qu’il donnait un commandement nouveau : Mandatum novum do vobis.
Toute la morale ancienne reposait, en effet, sur ce prin-
40% EFFETS INDIYIDUELS
cipe de justice : Ne faites point à autrui Ce que vous ñe
voudriez pas que l’on vous fit. L'Évangile a élevé le cœur de la simple justice à la sympathie. Or, il ne fallait rien moins qu’une révolution divine pour porter l’homme à aimer son prochain, et à l'aimer plus que sa fortune dans la charité de l’aumône, plus que sa dignité dans la charité du pardon, plus que son repos dans la charité de la bienfaisance , plus que sa liberté dans le vœu d’obéissance, plus que ses parents et sa postérité dans le vœu de chasteté, plus que le monde dans la vocation religieuse, plus que la vie, enfin, dans le martyre. Autant d’amours renfermés dans le saint amour de Dieu et du prochain, et que Jésus- Christ ne fit point jaillir du cœur humain, sans un prodige bien autrement divin que celui de Moïse tirant une source des rochers du désert !
Enfin, rareté divine que la sagesse de l’héroïsme chrétien jusque dans ses folies sublimes ! La volonté, s’élançant sans appui surnaturel à la poursuite du bien, fonctionne entre deux écueils : ou bien elle veut réagir contre sa faiblesse, et, alors, elle tend outre mesure ses ressorts, elle surmène la nature et elle se guinde jusqu'aux bravades orgueilleuses du stoïcisme; ou bien, sous prétexte de débonnaireté envers la nature, elle la caresse au lieu de la réformer, et elle glisse sur les pentes de l’épicuréisme. La grace retient la voionté, entre ces deux excès, au point qui marque l’idéal de la perfection morale.
Certes, le christianisme n’est point suspect de mollesse er matière de sacrifice. Y a-t-il rien, dans les annales de la vertu philosophique, de semblable à l’héroïque exaltation des huit béatitudes? Béatitude de la pauvreté, béatitude
des larmes, béatitude de la persécution. Il n’est pas possible de jeter plus complétement la sagesse naturelle sous les pieds de la sainteté. Mais quand le chrétien gravit ces cimes inexplorées, bien différent du stoïcien, il est moins entraîné
par un paroxysme de force que par amour. Les saints ont la vigueur des lions et la tendresse des femmes. Surhumains par la volonté, ils sont excellemment hommes par le cœur. Miracle d'équilibre attestant en eux une influence qui n’est pas d’eux. Aussi, quand je vois Caton recevant un soufflet et niant qu'il ait été offensé, je me sens repoussé plutôt qu'amélioré par cet orgueil qui écrase l'adversaire de son mépris, au lieu de le couvrir de son pardon. C’est là de l'impassibilité, non de la miséricorde. Mais quand je vois
- le Fils de Dieu monter au Calvaire, silencieux et doux comme l'agneau mené à la boucherie, à cet aspect je me sens attiré et subjugué par un ascendant ineffable ; car il fallait une révélation de Dieu pour m’enseigner une mesure si exacte de la vertu humaine.
Et, par ces prodiges de la moralité chrétienne, apprécions l’inébranlable solidité du christianisme. Pour le renverser, il ne suffirait pas d’anéantir sa démonstration écrite, il faudrait prouver qu’il est possible à une autre doctrine de former des saints sans Jésus-Christ et aussi bien que Jésus-Christ. Que les fondateurs de religions anciennes et de philosophies nouvelles produisent donc une hagiographie digne d’être placée à côté de la nôtre, c’est-à-dire des hommes, à défaut de preuves, propres à nous confondre, ou bien qu’ils demeurent à jamais confondus par les
hommes et par les preuves que nous leur opposons l