CHAPITRE VI
Origines certaines de la vraie religion.
Ses livres.
La vraie religion s’est manifestée par les caractères divins de ses preuves, de son fondateur, de ses effets sociaux, de ses effets sur les individus. Cette dernière action s’est déroulée sous notre regard aux clartés d’une exposition doctrinale ainsi formulée : Quel est le moteur de la moralité propre au christianisme ? Quels sont les moyens principaux mis au service de ce moteur ? Quels sont les prodiges qu'il opère ? Quelles sont les limites de son pouvoir ? La réponse nous à introduits à pleines voiles dans la paix et la lumière de cette conclusion : donc la seule religion surnaturelle qui communique au monde une moralité vraiment supérieure aux forces de la nature, c’est le christianisme.
Ainsi, nous avons vu la raison humaine s’avançant, par étapes rapides, du besoin de croire jusqu’au sein de la société chrétienne, à la double clarté du bon sens et de l’his toire. Maïs, une fois arrivés dans ce Saint des saints de la vérité doctrinale, un dernier devoir nous incombe pour la sécurité de nos croyances, celui de vérifier les fondements
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3 des ue AS ou sur de po. supersti- tieuses ? Ses monuments primitifs méritent-ils Ja confiance É qui leur est accordée, ou furent-ils un piége tendu à la crédulité de nos aïeux ? En d’autres termes, les écrits, les faits, les dogmes de la société chrétienne ont-ils une origine di- vine ou une simple autorité légendaire? Là git toute la question entre l’école critique et le christianisme. Ce débat, soulevé depuis près d’un siècle en Allemagne, depuis à peine quelques années en France, a eu un reten- tissement dangereux pour la foi d’un certain nombre. Il est * bon d'en simplifier les termes et d’en dégagé la conclusion, É. pour montrer que s’il suffit de peu de vent pour faire voler à beaucoup de poussière, en dépit de tous les souffles con-
Fe. » ae. e A SLA Le traires, ce que nous venons d'édifier ne peut être ni ébranlé
ni obscurci.
He C'est par une véritable intuition de malveillance que la.
négation porte ses attaques sur la question de nos origines. Ë I n’était pas de moyen plus expéditif d’en finir avec les croyances. Si le christianisme n’a point de bases divines, il 4 nest que le résultat des occurrences historiques, et il n'y ( 3 à pas de religion positive parmi nous. D'autre part, si le £ monde est l'ouvrage des forces mécaniques et imperson- nelles de la nature, il n’y a plus même de religion naturelle. Vaincu sur tous les points, l’antichristianisme règnerait 1 encore dans ces deux citadelles maitresses. Heureuse- . ment, il en a été délogé avec tous les déshonneurs de la 4 guerre ; mais comme il chante ses défaites au lieu de les avouer, ne permettons pas qu’elles soient prises pour des victoires.
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En relisant les pièces à ce procès, nous venons € & ver un des plus grands scandales causés à notre honnê Quand les ignorants voient mettre en doute les textes et les récits sacrés par des savants de France et d’outre-Rhin, à : grand renfort de citations et de notes marginales, ils sont tentés de croire qu’il a été fait quelque découverte con- % cluante contre l'autorité de nos Écritures. Il n’a été abs
ment rien découvert qui contredise, sur ce point, à la foi 2 du passé. Notre siècle à nié, non pas en vertu de données … positives, mais pour les besoins d’une théorie préconçue. Il
a imaginé un système philosophique impliquant la négation | surnaturelle de” ces origines chrétiennes, et le surnaturel de ces origines à été sacrifié à ce système. DS po . Ainsi, la révision bruyante de textes et de faits, qui rem= à
plit les œuvres du criticisme, n’est nullement œuvre de . science, mais le fruit d’une passion spéculative. Il y a plus, .
les étalages d’érudition, sous lesquels elle se dissimule, nes
: 4 sont eux-mêmes que des emprunts faits à l’exégèse chré-
54 tienne, et retournés contre le christianisme par des falsifi= TUE cations habiles. Qu'y a-t-il au fond de ces attaques réputées D: nouvelles ? Rien autre chose que les observations de la cri-
En. tique orthodoxe converties en objections, c’est-à-dire la dé-
pouille de Richard Simon mise à l'envers par Strauss et. Paulus, et les études scripturaires du dix-septième siècle | devenues, par des manipulations germaniques, la source * des négations contemporaines. Nous avons du reste sur ce 54 point l’aveu de nos adversaires : « Quand la science laïque … è « commença à s'occuper de ces difficiles sujets, ellé n’eu | À : «qu'à résumer à son point de vue, c’est-à-dire dans un 4 « sens négatif, les travaux entrepris Fr l'érudition sa-
-« crée (1). » Rien de plus éhonté que de frapper ainsi l’ad-
versaire après l'avoir dévalisé, ou plutôt, de l’attaquer avec
3 $es armes après les avoir empoisonnées.
4 . Sans doute, Richard Simon mérita les rudes coups que Bossuet lui porta, en réponse aux opinions hasardées émises
par le savant oratorien dans son Histoire critique de l'Ancien
Testament ; sans doute son Histoire critique du Nouveau Testament fut, à bon droit, mise à l'index pour quelques propo-
sitions peu orthodoxes, mais il n’en est pas moins vrai que
Richard Simon, inférieur à Bossuet par le génie et par la rigueur doctrinale, le surpassait par ses connaissances exégétiques. Il n’en est pas moins certain qu’ x déploya, dans ses travaux bibliques, un vaste savoir et une critique péné
trante capables d'imprimer, moyennant correction, ke mou-
vement le plus utile à nos études. Enfin il n’en est pas moins remarquable que les érudits tant vantés d'Allemagne ont beaucoup appris à l’école du savant français, tandis que la France ne profitait pas de ses lecons. Le docteur Reith-
mayer l’a généreusement reconnu. « Les ouvrages qui ont
paru, après ceux de Richard Simon, leur sont bien, infé-
rieurs sous le rapport scientifique. Même l’Introduction au
Nouveau Testament, de Hug, écrite avec un talent brillant d'exposition, est au-dessous, au point de vue des connais: sances théologiques... Il est à regretter que l’on n ait pas suivi, du côté des catholiques, le mouvement imprimé à la
science par Richard Simon. On pouvait garder ce qu’il
avait de bon sans adopter ses erreurs. On eût opposé ainsi une digue plus forte à l'invasion de la critique négative,
(1) Renan. Wistoriens critiques de Jésus.
quise développa peu après dans les écoles protestantes Enregistrons ces aveux, non par amour-propre nationc
ais dans un intérêt apologétique. Ils prouvent que les 3 des doutes exégétiques étaient les mêmes pour Ri- À chard Simon que pour les savants de la Germanie, et que | les seconds ont, néanmoins, incomparablement plus douté que le premier, c'était par pure inclination aux négations radicales, surtout par des nécessités de système très-compromettantes pour l'autorité de leurs conclusions. Voici, en ; effet, toute la raison d’être de ce qui fut appelé « le dogme nouveau, le principe fondamental de la critique moderne (2)» S
Dieu est indistinct de l’univers, dont les évolutions sont déterminées par des lois immuables et nécessaires. Dieu étant confondu avec la nature, ne peut se manifester par. des faits surnaturels. Donc, le miracle, qui est une dérogation à la fatalité de l’ordre naturel, est inadmissible. Donc, … il faut que les livres saints, archives immèdrtelles du surna- “4 turel, soient dépourvus de toute autorité, et que le mer- : veilleux contenu dans ces pages inspirées n'aient aucune réalité concrète. Donc, enfin, il faut que toute la religion
fondée sur la croyance au surnaturel soit répudiée, même à sans discussion préalable, et que l’évidence historique soit reniée pour que l’abstraction d’un spinosisme brutalement négatif s'installe, sans conteste, à sa place. Voilà l’ultima ratio qui primz l’autorité des faits les plus irrécusables, 24 dans des esprits qui se croient difficiles parce qu'ils résis-
tent au sens commun.
() Reïithmayer. Zntroduction, t. I. p. 21-22. \ @) Littré. Conservation, révolution et pesitivisme, préf., p. 26.
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giles et leur conservation intégrale jusqu’à nos jours sont . attestées par d'innombrables documents ; quand on se rap-
pelle que, pendant dix-huit siècles, les philosophes et les
. hérétiques eux-mêmes en ont contesté les doctrines sans en
dix-neuvième, un hégélien prétende à plus de certitude sur ces monuments que saint Justin ou saint Clément : le tout, parce que la doctrine de l’absolu ne doit pas recevoir de
démenti, même de l’histoire la plus indéniable. N'est-ce
point la rage de la spéculation contre la méthode expérimentale, poussée jusqu’au délire ?
Mais la Providence a permis qu’en ceci, comme en beaucoup d’autres choses, le mal fût tempéré par son exces même. Lorsque la mode du siècle fut aux interprétations mythiques, l’esprit humain comprit que beaucoup de figures étaient à retoucher si celle du Christ n’était pas authentique. Comment ajouter foi à l'intégrité de l’Iliade en niant celle de l'Évangile? Aussi, bientôt, le vieil Homère tomba du coup dans le domaine de la légende. Ses poésies, malgré la puissante unité de leur inspiration, furent regardées comme un simple collationnement de fragments, et son identité fut niée. A sa suite, Aristote et Platon, renversés de leur piédestal traditionnel, et dépouillés de leur réalité historique, devinrent de simples pseudonymes, inscrits en tête d'œuvres collectives et impersonnelles. Enfin, le Père L- Hardouin , qui niait l’authenticité de l'Énéide , eut des émules forcenés, et la critique, révoltante pour le bon sens, cessa d’être dangereuse pour la raison. À l'exemple de la lance d'Achille — qu’on me pardonne cette comparaison rebattue — elle guérissait les blessures qu’elle venait de
suspecter la provenance apostolique, on est stupéfait, qu’au
Dieu ; dans l'ordre historique, il ne reste que le chaos. quand Jésus-Christ est supprimé. . L.
Décrire toutes les évolutions de l’attaque sur ce terrain, » est impossible. Le plan d'un tel champ de bataille ne saurait être levé parce que le sol a été trop remué. La bataille À surtout ne saurait être peinte, parce que les croisements de lignes ont été trop fréquents. Mais ce que notre exposition 4 apologétique va montrer de ce tableau fera deviner le reste, … L'ordre, surtout, que nous allons nous imposer, projettera 4 peut-être quelques clartés sur un ensemble assez obscur 5 car nous pouvons dire des exégètes rationalistes du dixneuvième siècle, comme Descartes parlant des philosophes de son temps: « Ouvrons quelques fenêtres, et faisons : : entrer un peu de jour dans cetté cave où ils se sont enfer. més pour se battre. »
L'édifice des origines chrétiennes repose sur trois colon- Le nes principales : la négation a essayé de les renverser l’une après l’aûtre. Si la lutte qu'elle a livrée sur la question des livres à été plus retentissante, ce n’est point parce qu’elle 3 absorbaït tout l'intérêt de la campagne, mais parce que 4 cette position, une fois occupée, la place entière était mise 4 en demeure de se rendre. Les trois pierres fondamentales 3 du christianisme, nous pourrions dire aussi les pierres de. touche de son origine divine, ce sont ses livres, ses faits 4 primitifs, ses dogmes. Ses livres ont été présentés par le … SR criticisme comme n'étant ni des auteurs, ni du temps à : __ auquelils sont attribués ; ses faits primitifs ont été tour à tour niés par Pintorpréfatfon rationaliste qui ne les recon=. 1
É. naît pas pour merveilleux, et par le système mythologiste qui ne les reconnaît pas pour réels. Ses dogmes ont été répudiés, comme r’étant point le produit d’une inspiration surnaturelle, mais une formation syncrétique, provenant de divers apports fournis par le Philonisme, par la religion: de Zoroastre et par l’école d'Alexandrie. Il s’agit donc de
redresser, en quelques pages substantielles, la vérité sur
tous ces points et de prouver l'authenticité des livres , la certitude des faits, la divinité des dogmes qui constituent
l'essence du christianisme.
Je circonscrirai la question dans les limites de la polémique actuelle, évitant, le plus possible, l'appareil scientifique pour mieux dégager les conclusions apologétiques, et assumant toute la peine de l investigation, afin de l’épargner
au lecteur. On a dit, en parlant de la Vie de Jésus, par le docteur Strauss : « Les incrédules ne la lisent pas, mais ils * la trouvent irréfutable. » Un si facile moyen de triompher est souvent employé par le criticisme : nous ne voudrions pas avoir raison à ce prix. |
Nous allons tàcher de faire le jour le plus complet sur chaque point du débat successivement. Toute la controverse concernant les livres sera résumée en ces trois points :
1o l'état de la question, 2° l'exposé des preuves, 8° la refu-
tation des objections.
Posons nettement la question afin de la résoudre claire- Mont Un livre saint est authentique quand il est de l'auteur
$ ie non artivés: il est divin ee celui qui | composà fut surnaturellement inspiré pour ne tomber dans | aucune erreur; il est canonique quand il est admis dans catalogue de ceux que l’Église regarde comme divins. Iln % s’agit ici que de l’authenticité des Évangiles, et de leur “4 authenticité, non comme on l’aurait établie il y a cent ans, æ mais envisagée au point de vue le plus actuel. Une exposi- : tion de la thèse est la base indispensable de toute réfutation. De nos jours, la négation de l’authenticité des Évangiies d procède d’un simple a priori formulé à peu près en ces ter- ï mes. « Dieu ne peut s’incarner dans un homme; mais il est É dans l'espèce humaine; voici la clef de la vraie christologie. Le sujet des attributs que l’Église donne au Christ est, au lieu d’un individu, l’humanité; elle seule est la vraie réunion des deux natures, et le Dieu fait homme (1). » De ces à prémisses gratuites est née logiquement la conclusion Suivante : donc les Évangiles, qui sont l’histoire d’un Dieu homme dans une personnalité, doivent être apocryphes ; et, E. à l'appui de cette supposition récente les vieilles objections seront évoquées! ce qui explique le mélange de connu et d’inconnu, de friperies et de nouveautés hétérodoxes qui constituent, sur ce point, les spéculations décorées du nom. ‘4 = de critique historique. Ë Oui, Dieu ne devenant pas homme individuellement, mais seulement dans l’évolution indéfinie de l'humanité, ilya de vrais attentats à commettre contre l'évidence pour la justi-
fication d’un tel système; mais ce système ne reculera pas. …
= () Strauss. Vie de Jésus, ©
que les trois premiers, dits les synoptiques, sont un assemblage de traditions sans valeur historique, lequel à reçu sa
cle. Le quatrième Évangile, œuvre des disciples de Jean, ne contient dans ce qui lui est propre que les fictions d’un homme isolé. La notion métaphysique du Verbe ne pouvant être conçue par l’humble pécheur de Bethsaïde, doit être un produit de la gnose orthodoxe. Il y a eu, dès le commence-
ment, un protévangile, ou petit livret, renfermant quelques - traits des paroles et des actions de Jésus. Ce livret, commenté et amplifié par la fantaisie pieuse des fidèles, servit de canevas à d'innombrables Évangilés auxquels on donnait le nom d’un apôtre ou d’un homme apostolique. Si quatre de ces récits ont survécu, tandis que les autres furent déclarés apocryphes, ce n’est point parce que ces quatre
sont plus authentiques, mais parce que l'Église les trouvant
seuls acceptables en a pris la responsabilité dans son
canon. Maintenant, quel est celui des trois premiers Évangiles qui a le mérite de l'antériorité? grande question ! Dans
tous les cas, point de doute que celui qui parlera trop clai-
rement de la destruction de Jérusalem devra être écrit après l'évènement, car comme, en principe, il ne doit pas y avoir de prophétie, supposé qu’il y en ait, le prophète
doit être, c’est-à-dire que l’histoire elle-même aura l’obligeance de se démentir, pour que nul démenti ne soit donné à la théorie.
Les preuves de ce système pourquoi les demander? La combinaison n'est-elle pas assez vraisemblable pour se jus-
forme dans les Églises chrétiennes, à la fin du premier siè- :
sera un narrateur de ce qui fut, non le voyant de ce qui
CEDEST AE % A LE ETES ET € X de" TA NUE ad n ME ac te ss 7e fem L, AFS Ki 74 S'ÉHOES