‹ Le Bon Sens de la foiChapitre 75 sur 121 · PS AN TEL ER ON · texte numérisé non relu

PS AN TEL ER ON

le. 8 V2

Le M

surtout la gloire de l’Église de les avoir laissé subsister, x

évangélistes, oui ou non? L’affirmative bien prouvée fait :

car, de quelques traits de plume, elle pouvait épargner aux textes saërés et à elle-même une guerre sans trève; elea. préféré à ce repos de faussaire le martyre de la sincérité. 2e

Et, à l’appui de ces assertions, la vérité produit des témoignages bien autrement dégagés de préventions et de nuages que ceux de l'erreur : De Cellerier, La Luzerne, Bergier, Duvoisin, Hug, Lardner, Norton, Tholuck, Olshausen, William Paley, Reithmayer, Adalbert Maïer, Henri 4 Vallon, enfin nos Évêques contemporains répondant a 3 M. Renan, et cent autres représentants de la science unie au bon sens, éclairent nos origines d’une lumière aussi pe a

. contestable que le soleil de midi. A cette vue, les conclu- # sions sceptiques de Nieburh contre la vérité de l’histoire

G:2 rh

romaine paraissent mille fois plus admissibles que les allégations de la critique négative contre l'Évangile : si bien ; qu’il n’est pas un livre venu de l'antiquité aussi incontestablement authentique que celui-ci, et que tous ceux dont on. | se sert pour l’attaquer sont supposés, s’il l’a été, parce. Ë qu'aucun n’a ni une source plus certaine ni un passé mieux … garanti. 5

Faisons de l’ordre dans cette confuse mêlée, et concentrons la bataille sur un point culminant d'où on domine : tous les autres. Les Évangiles ont-ils été rédigés par les

taire les batteries de l'ennemi. Or, toutes les attestations 4 l’histoire sont en faveur de cette affirmative, et il n’y a que de silences et des hypothèses en faveur de la négative.

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3 Les attestations de l’histoire commencent dès l’origine à | mème du christianisme. L'Évangile de saint Mathieu fut écrit # > | vers l'an 40 de notre ère; celui de saint Marc, quatre ou cinq AS ans après; celui de saint Luc, vers l’an 52; celui de saint il ean, pendant les dernières années de cet apôtre, c’est-à-dire vers la fin du premier siècle. Eh bien ! depuis cette époque, . une chaîne non interrompue de témoignages certains, désintéressés, irrécusables, rapporte chaque Évangile à son auteur, et cela d’une façon si démonstrative, qu'aucune authenticité littéraire ne subsiste, si celle-ci cesse de subsister. . Saint Clément, qui fut le troisième successeur de saint Pierre sur le siége de Rome,.avait vécu beaucoup avec le prince des apôtres et avec saint Paul. Il rappelle, dans sa 4 première épitre aux Corinthiens, la parole de saint Luc : ie « Faites miséricorde pour obtenir miséricorde , remettez et | il vous sera remis, comme vous ferez il vous sera fait: OL E TES celle de saint Mathieu et de saint Marc : « Malheur à cet GRR - homme, il vaudrait mieux ponr lui qu’on lui attachàt une meule au cou et qu'on le jetàt dans la mer, que de scandaliser un des petits. » Les livres cités existaient donc avant la citation, et n'est-il pas manifeste, par le fait, qu’ils sont | du temps des apôtres et des hommes apostoliques auxquels il sont attribués ? Cette preuve se corrobore si on remarque que les lettres de saint Clément ne portent aucune citation de saint Jean, parce que leur auteur était mort avant la

LE tof

ges de la tradition sont décisifs, même par ce qu its. ne di : |

sent pas. +

Après saint Clément, saint Barnabé, selon le plus gra nombre des savants, ou, tout au moins, un personnage! apostolique, au dire de tous, dans une épître qui porte le à nom du grand compagnon de saint Paul, écrit plusieurs passages des discours du Seigneur, entre autres celui-ci :

« Je ne suis pas venu appeler les justes, mais les pécheurs. » » Voilà donc l'authenticité des textes évangéliques certifiée

fi par un autre témoin contemporain. à

Saint Ignace, évêque d’Antioche et martyrisé l’an 107, avait vu, C'est lui-même qui l’atteste, Jésus-Christ dans sa ; chair, après sa résurrection. Il avait dû connaître plusieurs des apôtres et des premiers disciples du Sauveur. Il avait passé une grande partie de sa vie avec saint Jean. Or, ce docteur emploie souvent des passages ‘empruntés aux Évan : giles et particulièrement ceux-ci : « L’arbre se connaît ? à. ses fruits ; soyez prudent comme le serpent et simple comme la colombe. » D’où résulte, évidemment, l’antériorité des … textes de l'Évangile à ceux des épîtres de saint Ignace, et, partant, la contemporanéité des Évangiles et de leurs au teurs présumés. Ne À

Saint Polycarpe, lié d'amitié avec saint Ignace, quoique G beaucoup plus jeune, avait été aussi disciple de saint Jean: È : Dans son épître aux Philippiens il cite plusieurs passages à 44 des évangélistes. Tantôt de saint Luc : « Ne jugez point #10 pour n'être point jugé.» — « Remettez et on vousremet= tra. » Tantôt de saint Mathieu : « Bienheureux les pauvres

et ceux qui souffrent persécution pour la justice. » Tantôt, : ze : de

| SES LIVRES. 431 enf de saint Marc : « L'esprit est prompt et la chair cest faible. » N'est-ce point plus qu’il n’en faut pour éta- blir que saint Polycarpe admettait la parfaite identité des historiens de Jésus, car, les eût-il cités s’il ne les avait pas & reconnus ?

Papias, évêque d’Hiérapolis, était du même temps que saint Polycarpe. Il à Composé un ouvrage en cinq livres

intitulé : Exposition des discours du Seigneur. Il était disciple | d’Aristogiton et du prêtre Jean; il parle d’après les récits que lui ont faits ceux qui vécurent familièrement avec les disciples de Jésus, et il dit à propos de Marc: « Qu'il fut interprète de Pierre et qu’il écrivit tout ce qu’il conservait dans sa mémoire avec exactitude, mais non selon l’ordre où le Seïgneur l'avait dit ou fait. » À propos de saint Mathieu : «Qu'ilaécriten hébreu l'Évangile des oracles et des actions de Jésus-Christ. » De telles citations qu'Eusèbe nous a trans- mises, n’établissent-elles pas démonstrativement que les Évangiles étaient connus dès le commencement du chris- . tianisme, et attribués aux auteurs qui leur ont donné leur nom?

Des Pères apostoliques, ou disciples des Apôtres, passons | àceux de l’àge suivant.

Saint Justin, converti à la foi chrétienne à trente ans, martyr, pour cette même foi en 167, dut connaitre en Pa- Jestine, son pays de naissance, beaucoup de personnes qui : avaient vécu avec saint Siméon, proche parent de Jésus | et second évêque de Jérusalem. Dans sa première apologie, présentée aux empereurs Antonin le Pieux, Marc-Aurèle et À Vérus, il dit que les Mémoires des Apôtres, où ce qu'on appelle communément? Évangiles sont lus dans les assem=

blées de fidèles. Et la preuve que c’est de nos Évangiles

qu’il parle est dans cette particularité, qu’il en rapporte

plusieurs traits mot pour mot. Ajoutons que, dans tous ses autres ouvrages, il suppose la vérité de l’histoire évangélique et qu'il en extrait une foule de fragments textuels dont l’énumération serait longue, mais dont l’emploi atteste une foi traditionnelle bien affermie à l’authenticité du livre que nous défendons.

Tatien, disciple de saint Justin, rapporte, dans son Duscours aux Grecs, des passages de saint Jean. L’eût-il fait, s’il n’avait pas-considéré les Évangiles comme fondements de la foi et d’origine apostolique ? Plus tard, devenu chef de la secte des Encratites, il ne conteste pas l’authenticité des Livres sacrés qui le condamnent, mais il les tronque et il les accommode à ses erreurs. Enfin, il compose un ouvrage intitulé : Diateseron, ce qui veut dire selon les quatre, ouvrage qui n’était qu’une concordance des quatre Évangiles, et, partant, une reconnaissance formelle de l’existence de ces derniers, de leur nombre canonique et du nom de leurs auteurs.

Athénagore et Théophile, évêques d’Antioche, dans leurs apologies de la religion datées de la même époque, citent très-souvent les Évangiles et y font des allusions nombreuses, citations et allusions qui ne permettent pas à une critique sensée de révoquer en doute la croyance du temps à l’authenticité des textes évangéliques.

Saint Irénée, qui avait vécu dans l'intimité de saint Polycarpe, lequel avait connu saint Jean et plusieurs autres disciples du Sauveur, saint Irénée, qui tenait ainsi les Évangiles, non pas précisément de la première, mais de la

seconde main, et qui avait si souvent entendu son maître en parler, devait savoir de ‘qui ils étaient ; or, il n’hésite pas à rendre ce témoignage irréfragable : « Saint Mathieu, parmi les Hébreux, a écrit, dans leur langue, l'Évangile que Pierre et Paul sont allés publier en fondant les Églises. Après leur départ, Marc, disciple et interprète de Pierre, nous à fait passer par écrit ce que ce dernier avait annoncé. Luc, suivant de Paul, a enseigné l'Évangile que celui-ci prêchait ; et, après cela, Jean, disciple du Seigneur, qui à été appuyé sur son sein, a aussi publié un Évangile lorsqu’il demeurait à Éphèse. » Pour fortifier cette déposition si explicite, saint Irénée, ajoute qu’il n’y à ni plus ni moins de quatre Évangiles, et il-en tire une raison mystique déduite des quatre régions du monde dans lesquelles l’Église est disséminée. Enfin, il fait remarquer, ce qui est capital dans cette revue de la tradition, que les hérétiques de son temps, marcionites, ébionites, valentiniens, etc., quoique n’admettant que certains Évangiles comme base de leur doctrine, ne contestent l’authenticité d'aucun. Aussi un apologiste a pu dire : « N’eussions-nous que le seul témoignage de saint Irénée, l'authenticité de nos Évangiles serait complétement démontrée (1). »

Tertullien, qui écrivait à la fin du second siècle, et qui avait vécu de longues années avant d'écrire, Tertullien qui … n’était conséquemment séparé que par une ou deux générations de saint Luc, lequel avait vécu longtemps après avoir écrit, établit que notre foi est fondée parmi les apôtres sur le témoignage de Jean et de Mathieu, parmi les hommes

(1) La Luzerne, 1 28

apostoliques, sur Luc et sur Marc, et il prouve ensuite l’authenticité de leurs Évangiles par l’ancienneté et par l’universalité de leur diffusion dans toutes les Églises. Après cela, est-on bien venu, au dix-neuvième siècle, à contester l'ancienneté apostolique proclamée par Tertullien ? surtout à faire des différences entre l’autorité des divers Évangiles quand l’éloquent docteur dit à Marcion : « Pourquoi, regret tant les autres Évangiles, n’admets-tu que celui de saint Luc, puisqu'ils ont été tous, dès le commencement, reçus dans l’universalité des Églises? »

Fermons ici le cercle de ces dépositions. La partie adverse reconnait, d’ailleurs, que la tradition est favorable à notre vérité depuis le troisième siècle. Donc, si l’on veut s’opiniätrer dans l'opinion que les Évangiles sont supposés, il faut soutenir que les ouvrages de saint Clément, de saint Ignace, de saint Polycarpe, de saint Justin, d’Athénagore, de Théophile, de saint Irénée, de Tertullien, sont apocryphes. Les auteurs ecclésiastiques se tiennent mutuellement, par la solidarité et la filiation qui s'établit entre les assertions d'hier et celles d'aujourd'hui. Quand les anneaux de cette chaîne sont scellés les uns dans les autres, il est plus facile de supprimer toute la chaîne que d'isoler les anheaux ; mais comment supprimer deux siècles d’histoire ?

Ce n'est pas là, cependant, tout le faisceau de nos preuves à l'appui de cette thèse. Parallèlement à la ligne directe de la tradition, une branche collatérale s’est formée, qui rend le même témoignage.

Les hérétiques contemporains des apôtres, tels que les azaréens, les ébionites, les cérinthiens, les gnostiques, plus tard les sectaires contemporains des disciples des apôtres,

tels que-Valentin, Héraclius, Ptolémée, Basilide, Tatien, Jules Cassien, Marcion, Carpocrate, Bardesane, en un mot tous les blasphémateurs qui purent surveiller l’origine des récits évangéliques, étaient intéressés à nier leur authenticité si elle avait été douteuse; aucun, cependant, n’a même formulé une défiance à cet égard. Les uns répudiaient les évangiles qui leur étaient défavorables comme manquant de vérité, les autres les altéraient par des interprétations perverses, les autres se déclaraient plus sincères que leurs rédacteurs, mais nul ne ‘contesta à ceux-ci la gloire d’une telle rédaction : d’où saint Irénée concluait avec raison : « Puisque nos contradicteurs eux-mêmes usent à leur profit des textes sacrés, ils en confessent la source divine, et ils confirment nos démonstrations (1). »

Les païens des premiers siècles étaient bien à même de vérifier la vraie provenance des Évangiles, cependant ils en ont combattu la doctrine, sans mettre leur authenticité en suspicion : à peine si Celse accuse nos pères d’avoir remanié la première édition des Évangiles; mais jamais il n’admet l'hypothèse de ler supposition frauduleuse. Il n'y a pas jusqu’à Julien l’Apostat qui, en combattant la divinité de Jésus, n’ait confirmé celle des Évangiles, par une reconnaissance explicite de leur origine apostolique. « Ni Paul, ni Luc, ni Marc n’ont osé déclarer Jésus un Dieu, dit-il, ce bon Jean est le premier qui s’y soit hasardé (2). » De quel droit les rationalistes du jour viennent-ils contester une évidence historique, devant laquelle les rénégats

(1) Adversus hereses, Wb. TT, c. T1.

(2) Saint Cyrille, Alex, contra Jul. Lib, à

et les plus grands ennemis du christianisme s’inclinèrent pendant les quatre premiers siècles ?

Ainsi, les suffrages des amis et des ennemis rendent un hommage également imposant à l'authenticité des Évangiles. Les monuments paléographiques sont venus confirmer non moins éloquemment la même vérité.

Parmi ces monuments un fragment de Muratori, qui est la copie d’un canon des Écritures remontant peu au-delà de l’an 100, l’ancienne version italique de la Bible, la version syriaque ou Peschito, enfin la version copte, faites toutes trois au commencement du deuxième siècle, démontrent non-seulement qu’à cette date les Évangiles existaient puisqu'ils étaient traduits, mais encore qu’ils étaient signés des mêmes noms qu'aujourd'hui. Une version syriaque, plus ancienne encore et récemment analysée par le docteur Cureton, est venue fortifier ces lointains témoignages. Ce manuscrit acquis en Égypte fut édité en Angleterre, il y a vingt ans. D’après l’estimation des savants, il est de la fin du premier siècle. Si peu que l’on tienne compte du temps qu’il a fallu pour la reproduction, cette’ version ne doit avoir paru qu’un certain nombre d'années après l’orignal. Par là, il devient évident qu’on ne peut assigner à la composition des Évangiles une date postérieure à celle qu’indique la tradition. Il devient impossible, surtout, de ne pas adhérer à leur authenticité, puisque celui de saint Luc étant mis hors de soupçon à cet égard, celui de saint Mathieu, qui a été connu de saint Luc, participe à la même garantie, aussi bien que celui de saint Marc dont le texte syriaque en question reproduit les passages les plus respectés par la critique moderne,

Au terme de cette rapide énumération d’attestations, je le demande, ne faut-il pas un peu d’aveuglement volontaire pour ne pas voir la vérité que nous venons de montrer ? Sans un vrai parti-pris, peut-on refuser son adhésion à l'authenticité des Évangiles? Encore une fois, quel livre sera donc authentique si celui-ci ne l’est pas? Imaginez un homme qui demanderait à lire le manuscrit de l’Jliade, pour croire à l'identité de son auteur; on lui alléguerait le sens commun historique, en réponse, et s’il ne s’en contentait pas, on ne lui répondrait plus rien. Sans compter qu'après avoir vu le manuscrit, ce sceptique obstiné pourrait contester l'écriture, et qu'après avoir reconnu celle-ci, il pourrait ‘encore exiger la signature, vu que l'esprit humain n’a jamais épuisé ses curiosités. Eh bien, ce système, qui serait taxé de folie si on l’appliquait aux œuvres d'Homère et de Virgile, on l’a fait servir à discerner les sources du Nouveau-Testament, et on l’a honoré du nom de critique. Dangereuse séduction pour les esprits qui se prennent à l’enseigne sans vérifier la marchandise qu’elle

couvre !

À ces preuves positives a-t-on opposé des négations positivement justifiées et d’égale valeur? Non, dans ses attaques contre les origines du christianisme, comme dans ses objections contre l’origine du monde et de l'homme, la science nous fait une simple guerre d’hypothèses. Qui pourrait les compter? qui pourrait surtout les formuler? En les

prenant au choix et au poids, voici les principales, le reste ne vaut pas l'honneur d’être nommé. Il existe, dans les trois premiers Évangiles, sous le rapport de la disposition des matières et de la forme, une concordance remarquable. Ce parallélisme de faits et de textes qui les distingue les a fait nommer synoptiques. Il faut noter, cependant, que malgré leurs traits similaires, on ne pourrait citer deux versels successifs de chacun de ces Évangiles, dit Hanneberg, qui ne se signalent par une allure indépendante, et par une physionomie personnelle très-accusée. Ces harmonies et ces différences, entre les trois synoptiques, ont servi de fondement à l'hypothèse d’un protévangile. D’après cette invention, il aurait existé un Évangile primitif, d’abord écrit en hébreu, bientôt traduit en grec, enfin diversement remanié et augmenté par les premiers copistes quant aux détails, mais inaltéré quant au fond, et qui se serait répandu promptement dans les Églises. Chacun de nos trois premiers évangélistes aurait usé d’une de ces différentes copies ; de là leurs ressemblances et leurs divergences, Les suppositions gratuites et contradictoires auxquelles Leclerc, Michaëlis, Lessing, Eichhorn et Marsh se sont livrés pour autoriser cette imagination, sont un des exercices les plus hiéroglyphiques de la critique allemande. Il faut passer de là aux mythologies et aux cosmogonies de l'Inde pour trouver l'ennui et l’obscurité à pareille dose. Et, cependant, que prouverait l'existence du protévangile contre les Evangiles canoniques, même quand elle serait prouvée ?

Ou bien le canevas fourni par le protévangile à nos historiens sacrés a été expurgé par eux, et arrêté dans sa vérité définitive, en vertu de leur double autorité d'auteurs

KW

inspirés et de témoins ; en ce cas, qu'importe qu'ils aient profité des notes de la tradition ou écrit de premier jet? ou bien, on suppose que ces pieux racontages des premiers temps, à une heure donnée, ont été revêtus de la signature des Évangélistes, sans que ceux-ci les aient même contrôlés, et, alors, qu’on en fournisse la preuve. Y a-t-on bien songé? II s’agit de la falsification la plus difficile que l’imposture puisse commettre. C’est bien ici le cas d’opposer les hypothèses du bon sens à celles du système à outrance, et de la transcendance en délire.

La fraude aurait-elle été commise du vivant des Évangélistes ? C’est inadmissible. Les quatre saints dont le nom servait de couvert à un tel mensonge, n’en eussent-ils pas réclamé? Les autres apôtres et disciples qui prêchaient l'Évangile véritable au moment où les faux évangiles étaient publiés, n’auraient-ils pas dénoncé la contrefaçon h la vindicte des Églises ? En un mot, tous ces premiers semeurs de la vérité, qui mouraient pour elle, en eussent-ils souffert, en silence, l’altération à sa source, et l'irrémédiable corruption dans l'avenir? Ne faisons pas cette insulte à la mémoire des martyrs.

Si la fraude n’a pas eu lieu du vivant des évangélistes, elle dut s’accomplir après leur mort; nouvelles impossibilités. Dans le premier cas, c'était trop tôt, et, dans le second, c'était trop tard. Après la mort des évangélistes, leurs disciples vivaient encore, qui pouvaient dénoncer la supercherie. Les hérétiques, les Juifs et les païens étaient là qui surveillaient les développements du christianisme naissant, et qui, plutôt que de le combattre par le fer et par les sophismes, auraient mieux aimé l’écraser sous l’opprobre

kK0. ORIGINES CERTAINES DE LA VRAIE RELIGION.

de cette imposture. Les chrétiens de Rome, de Corinthe, d'Éphèse, d’Antioche et de Jérusalem avaient entendu la parole apostolique, et, en la confrontant avec les nouveaux textes, ils pouvaient anéantir par un cri ce faux en Écritures sacrées. Enfin, le monde romain et le monde chrétien, deux témoins incorruptibles, étaient en éveil ; car si, au rapport de Tacite, vingt-sept ans après la mort de Jésus, il y avait une immense multitude de chrétiens dans l’Empire, Ingens multitudo, après la mort de saint Jean, le christianisme était une sorte de second empire dans le premier ; et ces deux sociétés, devant une falsification publique, patente, perturbatrice du repos, des idées et de la religion, n'auraient pas articulé une syllabe d'opposition? C’est ici le Cas de le répéter avec Lacordaire :

« Rien n’est puissant en ce genre que par le contrôle de tous ; le peuple est le seul notaire capable de certifier sa propre histoire, parce qu’il est la réunion de tous les àges, de toutes les pensées, de tous les intérêts, et qu’une conjuration populaire pour mentir à la postérité est un spectacle qui, loin de s'être vu, ne peut pas même se concevoir. Un homme fabrique l’erreur : un peuple a trop d'idées et de passions diverses pour s'entendre dans le but de tromper les siècles futurs. D’ailleurs, un peuple n’est jamais seul : il vit entre les peuples contemporains dont l’histoire est mêlée à la sienne, et fût-il capable d’un mensonge unanime, il soulèverait inévitablement la protestation du siècle même, sous les yeux duquel il aurait inauguré son complot (1). »

Cela eût été vrai, surtout pour le peuple chrétien. Ols-

() 42me Conférence,

hausen en donne une preuve concluante : en l’année 140, le pape saint Anicet, saint Polycarpe, disciple de saint Jean; Saint Justin, représentant de la Palestine et des Églises d'Orient; Marcion de Sinope et Valentin d'Alexandrie se rencontraient à Rome. Or, à cette époque, nos quatre Évangiles-étaient unanimement admis, quoique diversement interprétés. Comment des hommes, opposés sur tout le reste, s’entendaient-ils sur le fait de cette authenticité ? Évidemment, si le canon évangélique avait été l'ouvrage d’un seul parti, jamais les autres ne l’auraient souscrit, Marcionites et orthodoxes se seraient ligués contre les livres des valentiniens, et réciproquement ; les Asiatiques n’auraient pas voulu des Évangiles venus de Rome ; les Églises fondées par saint Jean n’auraient pas accepté une histoire faussement éditée sous le nom de leur apôtre; les fidèles de -Grèce auraient très-bien su que saint Luc n’avait pas rédigé d'Évangile ; enfin, ceux de Syrie et de Palestine auraient oui dire la même chose au sujet de Marc et de Mathieu, et r'épudié les recueils mensongers couverts de ces contreseings vénérables. Mais presque toutes ces divisions, en se combattant sur le: reste, se sont unies sur le terrain de l'authenticité évangélique : quel témoignage en faveur de celle-ci!

En résumé, ou le protévangile a été amendé, sous l’inspiration du Saint-Esprit, par les historiens de Jésus, et, alors, il ne préjudicie point à l'autorité des véritables Évangiles ; ou bien ceux-ci sont regardés comme des variantes frauduleuses du protévangile, et alors il reste à prouver : 1° que le protévangile à existé ; 2° que la fraude a été possible, La critique n’y parviendra jamais. Certes, si

le protévangile avait été appris, traduit et propagé durant cent ans, dans toutes les Églises, ‘les Pères en auraient parlé, quelques fragments de ce fameux texte araméen nous seraient parvenus; enfin, une notice biographique sur Jésus, laquelle aurait réglé la foi du monde chrétien depuis le martyre de saint Étienne jusqu’après le siége de Jérusalem, aurait marqué sa trace ailleurs que dans les imaginations posthumes d’une école obligée de recourir aux fictions inadmissibles pour combattre les réalités indubitables.

Pourquoi donc mettre des erreurs invraisemblables à la place de la vérité simple ? Or, la vérité simple la voici : Les apôtres, avant la séparation, convinrent d’une prière com-= mune, d’un symbole commun, d’un enseignement commun sur les actions du Seigneur. Ainsi prirent naissance le Pater, le Credo et l'Évangile, oralement répandus par leur prédication. Longtemps cette prédication fut le seul Évangile de l'Église, car l'Église n’est pas sortie de ses livres, puisqu'elle subsista au moins quarante ans sans eux, sur la foi de témoins qui avaient vu et qui se laissaient égorger pour le prouver. Mais, un jour, désireux d’immortaliser ce témoignage oculaire, quatre hommes inspirés se levèrent, et fixèrent par le burin ce qui tombait alors de toutes les chaires apostoliques. Leurs narrations, puisées à la fois dans ce fond traditionnel et dans leur souvenir, devaient ! porter simultanément les ressemblances qui résultent d’une * communauté d’origine, et les différences que comporte la diversité des rédactions. Ainsi s’expliquent, tour à tour, la parenté et les prétendues antinomies qui existent entre les synoptiques, Mais récuser les Évangiles écrits, sous pré-

texte qu'un Évangile oral les a précédés, c’est reprocher aux évangélistes d’être des historiens et non des inventeurs,

Nous voici à la seconde difficulté qui est comme l’envers de la première. L’une s’en prend aux rapports similaires des quatre Évangiles pour suspecter leur authenticité, l’autre à leurs incidents contradictoires. Dans le premier cas, on les déclare supposés parce qu’ils s'accordent trop bien; dans le second, parce qu’ils ne peuvent s’accorder : dans un cas comme dans l’autre, on imagine ce qui n’est pas certain pour ébranler ce qui l’est.

Qu'il existe, dans les Évangiles, des divergences et des variantes qui nécessitent un travail de conciliation, pergonne n’en disconvient, Aussi, saint Chrysostôme, saint Augustin et toute l’exégèse patrologique donnent d’amples satisfactions aux curiosités de la raison sur ce point : on remplirait, et au delà, la bibliothèque du Louvre avec les livres de la concordance évangélique écrits depuis les premiers siècles. On peut dire même que les difficultés de cette nature ne sont plus que le scandale des ignorants en matière d'Écritures. Mais, pourquoi présenter comme une découverte ces objections auxquelles il a été si souvent et si victorieusement répondu ? Pourquoi surtout tirer des conclusions défavorables à l'authenticité des saints Livres de ce qui prouve si bien la naïveté de leurs auteurs et l'honnêteté de l'Église ? La naïveté de leurs auteurs, car, à l’aide d’une collusion, ils pouvaient aisément épargner l’opprobre de tout soupçon à leur témoignage : l'honnêteté de l’Église, car, supposé qu’elle eût moins respecté son dépôt, elle y aurait touché au moins pour le mettre à l'abri de ces atta-

à 444 ORIGINES CERTAINES DE LA VRAI RELIGION,

ques ; or, il lui suffisait de faire bénéficier la concordance biblique de quelques-unes de ces cent trente mille erreurs, sans importance dogmatique, commises par les traducteurs divers de l'Écriture, pour y effacer toutes les contradictions apparentes.

Concluons que les différences des Évangiles ont leur explication ftoute naturelle dans les différences de but et de milieu qui inspirent leurs auteurs. Le récit typique, propagé par l’apostolat dans les Églises primitives, ne contenant point tout ce que Jésus avait dit et fait, chacun de ses historiens dut enregistrer, avec prédilection, ce qu’il avait vu et entendu lui-même, surtout ce qui convenait le mieux aux besoins de ceux pour qui il écrivait. A ce point de vue, peu leur importe le système de composition. Saint Mathieu, et parfois aussi saint Marc, négligent la trame historique pour une connexion purement logique. Saint Luc, au contraire, suit l’ordre des événements. Saint Jean, se trouvant en présence d'hérétiques familiarisés avec les subtilités métaphysiques de la gnose, modifie sa simplicité de batelier galiléen, pour emprunter aux philosophes grecs et aux théurgistes de l'Orient, des formules qui resteront dans la théodicée chrétienne. Ici, tel discours du Sauveur est abrégé, là il est étendu, parce qu'il le fallait, selon les circonstances qui déterminent la narration. Si l’enchaînement Chronologique n’est pas identique dans tous les évan gélistes, c’est que chacun rapportant des faits omis par ses devanciers, de telles intercalations troublent nécessairement le parallélisme des récits.

En un mot, les disparates des Évangiles ont leur explication aussi bien que leurs harmonies; il y a, d’ailleurs,

une harmonie qui justifie toutes leurs disparates, C’est la rencontre miraculeuse du pinceau des évangélistes dans les traits de Jésus. Ici, pas la moindre divergence entre les quatre historiens. Le Jésus de saint Mathieu est identique à celui de Marc, de Luc et de Jean; et, pour que des peintres si différents aient pu exécuter un idéal quatre fois semblable à lui-même, il faut qu’ils l’aient vu. De telle sorte que la figure de Jésus apposée comme un sceau sur les Évangiles en garantit, à la fois, l’origine divine et l’origine inaltérable.

La critique moderne objecte à la provenance apostolique des Évangiles des différences, non-seulement dans leur rédaction, mais encore dans leur authenticité. Selon cette hypothèse, saint Luc est le seul historien certain de Jésus. « Les Évangiles de saint Mathieu et de saint Marc n’ont pas, à beaucoup près, le même cachet individuel (1). » « Saint Jean, surtout, est un auteur très-problématique. » Papias, qui se rattachaït à son école, ne dit pas un mot d’une Vie de Jésus écrite par cet apôtre. Dans son Évangile, « à côté d’un plan général, qui paraît plus satisfaisant et plus exact que celui des synoptiques, il y a des passages singuliers où l’on sent un intérêt dogmatique propre au rédacteur ; on reconnait là les interprétations d’un ardent sectaire, et on s’étonne que le fils de Zébédée ait pu écrire en grec ces livres de métaphysique abstraite (2). » En résumé, ou bien la critique suppose toutes les prémisses dont elle a besoin pour fonder la conclusion, ou bien elle oppose de simples

(1) Renan. Vie de Jésus, p. 18.

(2) Ibid, p. 24-25,

conjectures aux faits les mieux établis ; et si elle relève avec affectation l'authenticité de l'Évangile selon saint Luc, c'est pour avoir un prétexte d’amoindrir et d'éliminer tous les autres.

Toutefois, sur ce terrain, la critique négative se prend à ses propres filets. Pour établir toute l’histoire évangélique, il suffit de l’authenticité de l'Évangile selon saint Luc, car il est entièrement lié aux Actes des Apôtres, c’est-à-dire à un écrit duquel M. Guizot a pu dire : « Les temps anciens ne nous ont laissé que peu d'ouvrages dont l’authenticité soit aussi bien constatée. La preuve d’une telle corrélation est bien dans cette préface, par laquelle l’auteur des Actes se déclare l'auteur de l'Evangile : « J'ai parlé dans mon « premier livre, à Théophile! de tout ce que Jésus a fait et « enseigné depuis le commencement jusqu’au jour où il fut « élevé au ciel. » Il est donc très-légitime que l’authenticité de l'Évangile de saint Luc participe à celle des Actes.

Mais, d'autre part, cet Évangile en suppose d’antérieurs, car il débute par ces mots : « Plusieurs personnes ayant entrepris d'écrire l'histoire des choses qui ont été accomplies parmi nous, suivant le rapport que nous en ont fait ceux qui, dès le commencement, les ont vues de leurs propres yeux, et qui ont été ministres de la parole, j'ai cru, etc. » Or, quelles sont ces personnes ayant entrepris d'écrire la même histoire, sur le rapport de ceux qui ont vu de leurs propres yeux, si ce ne sont les deux premiers évangélistes ?

Ainsi, de même que les Actes des apôtres se référent à l'Évangile de saint Luc, l'Evangile de saint Luc se réfère à des écrits préexistants qui ne peuvent être que les autres Synoptiques. De cette sorte, la chaîne de la certitude évan-

gélique apparaît d’un seul aspect, et la critique, ayant transigé sur la question d'authenticité par rapport à un seul Évangile, confirme celle de tous les autres, Il n’y a pas jusqu'à l'Évangile de saint Jean qui ne puisse bénéficier de cette preuve générale, car il est évidemment un supplément aux silences, j'allais dire aux lacunes des synoptiques, et, par là, il suppose leur autorité, en même temps qu’il se revêt de la marque de l’époque et de l’auteur auquel il est attribué, |

Ces preuves sont si peu récusables que la critique a dù finir par compter avec elles : C'est pourquoi elle formule ainsi ses dernières conclusions : « L'Évangile de saint Luc est daté, ceux de Mathieu et de Marc le sont aussi, car il est certain que le troisième Évangile est postérieur aux deux premiers, et offre le caractère d’une rédaction plus avancée. Nous avons, d’ailleurs, à cet égard, un témoignage capital de la première moitié du deuxième siècle; il est de Papias, homme grave, homme de tradition, qui fut attentif, toute sa vie, à recueillir ce qu’on pouvait savoir de la personne de Jésus (1). » Nous avons ‘vu que ce témoin est précédé de beaucoup d'autres aussi autorisés.

Telle est la démonstration commune d’authenticité applicable aux quatre Évangiles. Quelles sont leurs preuves individuelles ? Tout a été imaginé pour faire du premier une œuvre impersonnelle, mais aucune invention, concernant le style, le récit, les prétendues antinomies, les retouches de cette histoire sacrée, ne prévaudra contre la déposition du sens commun historique. La voici : 1° Mathieu a

(1) Renan, Vie de Jésus, p. 18

écrit son Évangile en hébreu, ou syro-chaldaïque, pour les Juifs de Palestine. Nous devons donc, dit Richard Simon, chercher l'original de cet Évangile chez les nazaréens, des : cendants des premiers chrétiens de Jérusalem. Les nazaréens l'ont, en effet, conservé. D’après Eusèbe, saint Pantène le trouva, au deuxième siècle, dans l'Inde, où il avait été porté par saint Barthélemy. D'ailleurs, le texte des nazaréens était si bien l’original de saint Mathieu, que saint Jérôme témoigne en avoir vu deux exemplaires, l’un dans la bibliothèque de saint Pamphile à Césarée, l’autre à Berès, et qu’au rapport de ce savant interprète, la plupart des anciens docteurs ont regardé ces Évangiles comme des manuscrits primitifs.

Comment l’original de l'Évangile, en langue araméenne, a-t-il si vite disparu tandis que l’exemplaire grec du même ouvrage s’est conservé? C’est que les Églises de la Judée, pour lesquelles le premier avait été écrit, ne subsistèrent pas longtemps; tandis que; au contraire, les Églises grecques durent encore. Le premier, cependant, resta plusieurs siècles aux mains des nazaréens et des ébionites, qui procédaient des premiers chrétiens de Judée, et de qui saint Jérôme le reçut. Mais, bientôt, les autres chrétiens le négligèrent, soit parce qu’ils n’entendaient pas le chaldaïque, soit parce que les nazaréens et les ébionites l'ayant altéré, les versions de cet Évangile étaient plus prisées que ses antiques manuscrits. Quelles sont les œuvres dont on puisse ainsi suivre à la trace les premiers pas dans le monde, et que prouvent des inductions contre des faits si éclatants (1)?

Saint Mathieu ou Lévi, à titre d’ancien comptable des

(1) Hicro, Comment. in cap. VII Math,

Sr ui 2, }

)r de Tibiriade, était plus apte que les autres disciples

tenir la plume, et, par là, indiqué pour être le premier historien de Jésus. Saint Marc avait aussi ses avantages de position pour composer un Évangile. Il était fils d’une chré- tienne de Jérusalem qui réunissait les apôtres dans sa mai- ; | son. Trop jeune pour avoir entendu le Sauveur lui-même, il vécut du moins, dès l’enfance, dans l'intimité de ses disciples. Il fut attaché tour à tour à l’apostolat de saint Pierre et à celui de saint Paul; mais c’est surtout saint Pierre qu'il | accompagna et interpréta dans son récit. Aussi, saint Jérôme 3 dit, de son Évangile, qu’il fut raconté par Pierre et écrit par Marc, et saint Justin l’a désigné sous le nom de Mémoires de » saint Pierre. .

4 è Que peut-on alléguer contre cette tradition, dont le pre- 4 mier anneau se rattache au prêtre Jean, des temps aposto- | liques, bientôt suivi de Papias, qui est suivi lui-même du * témoignage de dix-huit siècles ? D’un côté, ce sont des faits indiscutables, de l’autre des rêves germaniques. Pour cer- | tains exégètes rationalistes, le plus ancien Évangile, l'Évan- . gilé primitif serait celui de saint Marc; celui de saint - Mathieu n’en serait qu’un remaniement, et celui desaint Luc qu'uneamplification. Pour d’autres, au contraire, saint Marc ne serait qu’un plagiaire-de saint Mathieu et de saint Luc; pour d’autres, enfin, le second Évangile pourrait être comaré à une mosaïque composée de fragments empruntés çà et là. Que faut-il penser de tout cela? Stor, Herder, Wette, hleiermacher ont entassé des montagnes de subtilités à À ppui de ces hypothèses contradictoires. C’est qu’en ne nsultant que les critères internes, un sophiste littéraire établirait aisément l’inauthenticité de quelque ouvrage que

k50 ORIGINES CIÉRTAINES DH LA YRAIE RELIGION.

ce soit. Mais tous les doutes ainsi accumulés sur l’origine du second Évangile se sont évanouis, et MM. Renan et Revile, brisant les toiles d’araignée de l’exégèse allemande, ont souscrit à la déposition longtemps contestée de Papias. Le premier écrit : « Les détails matériels ont, dans Marc, une netteté qu’on chercherait vainement chez les autres évangélistes. Il aime à rapporter certains mots de Jésus en syrochatdaïque, il est plein d'observations minutieuses venant, sans nul doute, d’un témoin oculaire. Rien ne s’oppose à ce que ce témoin oculaire qui, évidemment, avait suivi Jésus, qui l’avait aimé et regardé de très-près, qui en avait conservé une vive image, ne soit l’apôtre Pierre lui-même (1). » Etait-ce bien la peine d’amasser, pendant un siècle, tant de ténèbres sur cette vérité, pour aboutir à une telle amende honorable ?

Puisque l’authenticité de saint Luc nous est concédée, profitons de cet avantage; mais la justice m’oblige de convenir que je ne sais pourquot on fait à cet Évangile un hon- | neur exceptionnel. Car, enfin, on lui a contesté l’authen-= ticité de ses deux premiers chapitres : tantôt on l’a présenté comme le texte interpolé de Marcion, tantôt comme postérieur à l'époque apostolique, tantôt comme une réduction, tantôt comme une synthèse ; tant-il est vrai qu’en matière . de foi tout peut être nié par qui a le parti pris de ne pas croire, et si on applique, dans cent ans, à nos exégètes d'outre-Rhin leurs principes de critique, il n’y aura pas jusqu'à l’authenticité de leur critique ellé-mème qui ne soit mise en question!

(1) Vie de Jésus, p. 28,

Î dr de vangiteé n'est-il pas dos de tout ss “4 ni dutenteiet Ici, et la

encore, l’histoire dit oui,

É qui " en question, l'inspiration divine de d'épée. C'est | nier aussi le témoignage de l'expérience ; car combien de vieillards répètent mot à mot ce qu ils ont entendu dans 3 leur enfance ! L'homme me sesouvient jamais mieux du com- miéncement de sa vie qu’à la fin, quand, replié vers lui- | ; même, il a le temps de récapituler l’histoire des hommes et

des choses qu’il aima. On objecte que si l’Apocalypse est de

À saint Jean le quatrième Évangile n’en doit pas être, à cause des différences de style propres aux deux compositions : | mais tout s ‘explique, quand on sait que saint Jean écrivit

| V’Apocalypse avant l'Évangile. Or, la première de ces œuvres porte le cachet d’une origine hébraïque, parce que ê apôtre, sorti depuis peu de son pays, en gardait les locu- | tions; son Évangile, au contraire, fut rédigé à Éphèse, |

È. après un séjour prolongé de l’auteur dans l’Asie-Mineure ; c’est pourquoi il se fait remarquer par une diction plus correcte et quelquefois même élégante. On objecte que l’en-

seignement de saint Jean contraste avec celui de ses trois

4 devanciers ; mais il le complète et ne le contredit pas.

« Jean, dit Clément d'Alexandrie, voyant que ce qui se rapporte à l'humanité du Christ avait été raconté dans les

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moral, populaire de Jésus, tandis que le quatrième et en cc n signa la partie dogmatique, sacramentelle, mystique. Da ns le re cas, ils seat d’ instruire le ss re

la nation, les apôtres destinés à devenir les théologiens des

siècles futurs. Il n’est donc pas étonnant que Jésus ait e deux méthodes, selon la diversité des sujets et des audi-

-toires, et que ses historiens reflètent ces deux côtés de sa

physionomie intellectuelle. Enfin, on a objecté que l’auteur du dernier Évangile ne fut pas Jean lui-même, que ce fut. un compilateur de ses notes orales ou écrites; mais, vaincue par l'évidence, la critique du jour répond ainsi à sa

subtilité de la veille : « La première épitre attribuée à sai

Jean est certainement du même auteur que le quatrièm Évangile. Or, l’épitre est très-reconnue par Poiycarpe + par Papias.. En somme, j’admets comme authentiques le s quatre Évangiles canoniques: Tous remontent au premier

siècle, et ils sont, à peu près, des auteurs auxquels on les : à

attribue (1). » à Et qu'on -n’ajille pas éluder de telles conclusions en re-

courant à ce vieux tour d'esprit, à savoir : que les Évangiles 4

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ne sont nullement des œuvres composées par leurs auteur putatifs, mais des traditions signées de leur nom. D’ après le style du temps et d’après des exemples fournis par les classiques grecs, la formule selon saint Mathieu signifie 1 É même chose que par saint Mathieu. D'ailleurs, Grotius, Eicchorn et Olshausen ont observé que l’ancien titre n’était pas simplement : Évangile selon saint Mathieu ; mais LL

(1) Renan, Vie de Jésus,

| toute l'explication de leur intitulé. D'ailleurs, ajoute Ri- 4 chard Simon, c’est l’Église qui a rédigé les titres des 1 quatre Évangiles, pour nous marquer qu’ils avaient été » écrits par les apôtres ou par leurs disciples. Dès l'instant - qu’on prète à ces titres un sens différent de celui de l'Église, 4 n'est-ce point la preuve que l'on commet une falsification, car qui peut connaître sa pensée mieux qu ’elle-même?

C’est donc à tort que l’on a cru voir dans l'Évangile de saint Jean la trace d’une main étrangère, parce que l’his- … toire de la femme adultère est marquée sur certains manu-

4 citation. D'abord, il est avéré que des versions des premiers À siècles, telle que l’Itala et la Vulgate admettent cette his- | toire comme authentique. Il est certain que saint Jérôme, saint Chrysostôme et beaucoup d’autres Pères la défendent au même titre. Enfin, il est reconnu que certains copistes arméniens n’omirent ce passage, dans quelques exemplai- “ res, que parce qu'alors la sévérité morak était telle chez À eux, qu’on regardait la facilité de Jésus à pardonner comme apocryphe et dangereuse.

Donc, plus de doute possible sur l’origine certaine des quatre Évangiles, à moins de mettre en question l'évidence

. historique. Saint Mathieu dédia son manuscrit à l’Église de

à Jérusalem et aux juifs convertis de la Palestine, saint Marc

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à l’Église de Rome et à celle d'Alexandrie. Saint Luc et … saint Jean transmirent les leurs aux florissantes commu- . nautés de la Grèce chrétienne; « mais VE Évangile le plus

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solennellement publié fut celui de saint Jean, puisqu’une lettre de cet apôtre, de saint André et d’autres disciples du Sauveur, eut pour but de l’introduire officiellement dans les Églises, (1). » ;

N'est-ce point ici le cas-de s’écrier avec M, Vitet : « Ce qu'il y a de certain, c'est que les Évangiles, de si près qu'on les serre, résistent à la critique et demeurent à jamais d’indestructibles monuments ? Quel est le livre d'Hérodote ou la décade de Tite-Live qui porte aussi profondément un caractère de bonne foi et de véracité, que les récits de saint Mathieu et les souvenirs de saint Jean (2)? » La question de bonne foi touche moins à l’authenticité qu’à la véracité des livres du Nouveau-Testament. Nous voici introduits, par cette transition, de la discussion des écrits # celle des faits qui supportent l’édifice chrétien. \

(1) Vilmain. Étud, crit. sur les Évang.

(2) La science et la foi.

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