‹ Le Bon Sens de la foiChapitre 80 sur 121 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Origines certaines de la vraie Religion; ses dogmes.

Les livres du Nouveau Testament sont authentiques; son histoire est certaine. Ses dogmes sont-ils d’origine divine ou de formation purement humaine? La négation n’hésits. pas à répondre dans le dernier sens. Comme si, pour être divine, une dogmatique ne devait contenir aucune vérité connue, et comme si la totalité du vrai n’en devait pas renfermer les parcelles, on reproche au Christianisme, ce qui est sa preuve, d’avoir collectionné dans un ensemble évidemment surhumain les fragments de vérité épars au sein de la circulation générale. S’il ne se les était point assimilés, On l’aurait accusé d’être incomplet; il se les approprie, et on l’accuse de plagiat. Cependant, pour élever un édifice original, il n’est pas besoin de n’employer que des matériaux

neufs : il suffit de les disposer d’une manière entièrement .

nouvelle. Certes, jamais le bon sens ne contestera la gloire d’un tel succès à Jésus-Christ. Mais la critique peut mettre en question même le bon sens : et ce qui le prouve, ce sont ses attaques contre l’origine divine des dogmes chrétiens.

Ici encore, elle ne procède point de l’érudition, comme elle en a la prétention, mais du système. Elle pose en principe qu'un symbole religieux ne peut descendre du ciel, parce que l’Auteur de la nature, s’il y en a un, se contente d’assister au jeu invariable des forces aveugles ou intelligentes qu'il créa, sans le troubler jamais. C’est pourquoi les croyances se forment par l’action lente du temps et des évolutions humäaines. Partant de cette donnée, la négation n’est point embarrassée pour se donner des prétextes à défaut de fondements. Elle surprend, çà et là, quelques rudiments dénaturés de la révélation primitive qui ont été restaurés par la révélation chrétienne, et elle déclare que la seconde n’existe point, parce qu’elle a travaillé sur le même fonds que la première, quoique ce soit en le transfigurant; c'est exactement comme si on niait l'acte divin de la Rédemption par le seul fait qu’il suppose la création.

Les divers milieux où se sont produits des courants précurseurs de l'Évangile sont les religions de l’Orient représentées par la Perse, les théories spiritualistes de la Grèce, V’ascétisme des sectes juives et chrétiennes, les travaux de l’école érudite d'Alexandrie. En présence de ces affinités, la négation n'hésite pas à le déclarer: le christianisme doit être un effet naturel de ces causes, non le produit d’une cause surnaturelle, Eh bien! montrons à la négation que c’est faire de l’empirisme, non du raisonnement, que de changer ce que l’on croit devoir être en ce qui est, et qu’il m'est point vrai que l'Évangile soit un syncrétisme formé des divers apports fournis : 1° par les révélations de Zoroastre ; 2 par celles de la philosophie grecque; 3° par celles du philonisme ; 4° par celles de l’éclectisme alexandrin.

D'abord, fût-il vrai que les doctrines chrétiennes ont existé avant le Christ, on ne pourrait pas dire sans absur- . dité qu’il les a collectionnées. à

Il fallait, pour cela, qu’il conçüût la résolution de les étudier ; comment en aurait-il eu la pensée, lui qui était Juif sincère, et qui, à ce titre, méprisait les Systèmes des faux sages et le contact des sociétés étrangères? Il fallait que, après avoir conçu cette résolution, il l’exécutàt. Moïse, le premier législateur d'Israël, avait été élevé dans le palais des Pharaons, et il y avait acquis toutes les connaissances de l'Égypte; mais Jésus-Christ n'était pas seulemeut un Juif exclusif : il était un villageois sans lettres, élevé dans un atelier de charpentier, De plus, il fallait qu’il eût assez d’àge pour acquérir la science nécessaire à une pareille entreprise ; comment supposer qu'ayant commencé à dogmatiser vers trente ans, étant mort à trente-trois, avec si peu de culture et d'années, il pût approfondir et dépouiller les monuments philosophiques où l’on affirme qu’il puisa ses doctrines? Enfin, il fallait que, après avoir fait son triage doctrinal, il pourvût ici-bas à l’incessante conservation de son œuvre; comment imaginer que, dans une si courte carrière, il ait eu non-seulement le temps d'opérer sa fondation, mais encore Celui de lui assurer un immortel avenir? Tout cela est explicable si Jésus-Christ est Dieu, comme c’est impos- Sible s’il ne l’est pas!

« Choisissez un charpentier de trente ans, menez-le dans

1 a au lieu d’être das il était magistrat, académi- | ci n, ou même législateur, assumerait-il avec plus de hances de succès une pareille charge? Et cependant un manœuvre obscur de Nazareth aurait entrepris ce que: ycurgue et César eussent décliné? Il aurait accompli dans

ation, vous donnez à Jésus- Christ. Il vous répugne pe faire un Dieu; vous en faites une chimère (1). » .

Donc, le christianisme eût-il été en germe dans les £ sources qu’on lui assigne, Jésus aurait été impuissant dt Ven faire sortir; mais le christianisme n’était point là, et

ucune élaboration ne pouvait l’extraire d’un fonds qui ne.

Je contenait pas.

4 Il n'était point d’abord dans les livres attribués à

roastre. Voici quelles seraient les origines du christianisme

elon la science la plus récente : « Le Zend-Avestu renferme, elle, explicitement, toute la doctrine métaphysique des étiens. L'unité de Dieu, du Dieu vivant, l'Esprit, le

(D Mer Plantier, Zroisième conférence,

Verbe, le Médiateur, le Fils engendré du Père, Principe de vie pour le corps et de santification pour l’âme. Il renferme la théorie de la chute et celle de la rédemption par la gràce, la coexistence initiale de l'Esprit infini avec Dieu, une ébauche de la théorie des incarnations, de la foi, celle des bons et des mauvais anges connus sous le nom d'Amschas= pands et de Darvands, celle de la désobéissance au Verbe divin présent en nous, et de la nécessité du salut. Enfin, la religion de l’Avesta exclut tout sacrifice sanglant, En passant chez les Israélites elle devait supprimer l’immolation de l’Agneau pascal remplacé par une victime idéale. C’est, en effet, ce qui eut lieu d’abord chez les esséniens et les thérapeutes, ensuite chez les chrétiens (1).

Mais Comment cette dogmatique s’est-elle répandue de la Perse dans l'Évangile et dans le monde? Le voici. Au temps ” de la captivité de Babylone, la religion de Zoroastre sus- cita, parmi les juifs, une secte cachée, dont la doctrine # transmise par tradition orale se perpétua des esséniens de * Palestine aux thérapeutes d'Égypte, des Septante au juif « Philon, hellénisant dans Alexandrie, enfin de celui-ci à Jésus qui servit d’initiateur à quelques apôtres. On sait le reste.

Quelle prodigieuse découverte! si ce n’était pas une invention [! Assurément ce n’est point l'honnêteté des MM. de Bunsen qui doit être mise en question dans leurs spéculations sur ou contre la religion ; ajoutons même que ce n’est pas leur sentiment religieux ; mais de quelles déviations n’est point capable un esprit plus original que vrai, en cherche de nouveautés piquantes !

() Origine du christianisme, par Ernest de Bunsen.

Et, d’abord, à quel âge historique ou mythologique Zoroastre a-t-il appartenu? Quelle part a-t-il eue dans la rédaction des livres qui lui sont attribués? N'est-ce pas lui qui à fait des emprunts aux races sémitiques dans le voisi- ; nage desquelles il vivait? Ne peut-on pas dire des dogmes iraniens ce que nous avons constaté au sujet du boudhisme : que s'ils renferment des croyances hébraïques, c’est parce que les émigrations juives les y ont portées, non parce - qu’elles ont été les y prendre. L'autorité que Daniel obtint parmi les mages, sous les règnes de Darius-le-Mède et de Cyrus , n'est-elle point la preuve que, jusques dans son exil, Israël était, en matière de religion, dominateur plutôt que dominé? Cette influence, du reste, ne lui étaitelle point commandée, comme une sorte de mission nationale à remplir, par ces paroles sacrées : « Dieu vous à dispersés « parmi les peuples qui lignorent, pour que vous racontiez « vos merveilles et que vous leur appreniez qu’il n’y à pas « d'autre Dieu tout-puissant que lui (1). » Dans cet état de choses, M. de Bunsen peut-il affirmer que les germes chrétiens de l’Avesta au lieu d’être la cause de notre révélation - n’en sont point l'effet ? Ils sont réellement l'effet de la révélation primitive conservée là plus qu'ailleurs par le contact de la tradition juive, et c’est pour avoir considéré les choses à l'envers de la vérité historique que certains savants en tirent des conclusions à l'envers de la vérité logique,

Veut-on voir, par des exemples irrécusables, combien le mazdéisme est plagiaire quand on le croit l’objet de nos plagiats? « C’est chose curieuse àh remarquer, d’après

(1) Tob., XII, 4.

M, Spiégel, que l’analogie d’un manuscrit parsi, en tout cé qui touche l’art du copiste, avec un manuscrit hébreu ou araméen de la Bible, C’est le même format, la même dispo= sition de pages; la même manière d’agencer et d’entremêler : le texte, la version, les notes ; le même procédé dans l’énoncé des divisions, des souscriptions. Il n’y à pas jusqu'aux termes techniques de son art que le libraire parsi n'ait quelquefois reçu de son maître syrien et de la langue de Mésopotamie. Il était difficile que ces emprunts se bornas-" sent à la forme extérieure des livres et à leur côté purement matériel. Aussi, puis-je citer tel de leurs ouvrages, l’Ardaï-« Virdf-Nûmé, qui n’est qu’un remaniement, à l’usage des Parses, d’un écrit apocryphe du troisième siècle, connu sous le nom d’Ascension d'Isaïe. Tel autre écrit, le Bahmanyascht, offre une imitation évidente du livre de Daniel et de sa vision des quatre empires. Un troisième ouvrage d’assez 4 récente composition, le Mino-Khired, trahit plus d’un larcin de même genre. Là, pour la première fois, dit toujours M. Spiégel, apparaît dans les monunments du mazdéisme la sagesse subsistante et personnelle (1). » £ Voilà comment on s’y prend » AU pays de Zoroastre, pour « convertir les écrits nouveaux en autorités d'antiquité immémoriale, et voilà comment les critiques faciles rappor- : tent au temps de la captivité des Juifs à Babylone, des ouvrages composés de mille à quinze cents ans plus tard |! Cependant quels sont les lecteurs de nos savantes revues qui soient en garde contre de telles méprises ? Mais prenons au point de vue doctrinal cette objection «

() M. l'abbé Lehir, Des origines du christianisme.

à SES DOGMES. 193

. déjà si ébranlée par l’histoire. Il est vrai que l’Avesta pro-

fesse la croyance à un Dieu prééminent et créateur du ciel et de la terre; mais ce Dieu n'est pas un créateur ex mihilo ; mais ce Dieu prééminent ne l’est que de nom,

» puisqu'il ne règne que sur la moitié de l’univers et qu'il a

dans Ahrimane un rival avec lequel il doit compter,

… principe aussi éternel que lui, et source de tout mal phy-

sique et moral.

Sans doute les iraniens donnent.à leur Dieu certaines dénominations bibliques, mais la Bible est monothéiste, PAvesta ne l’est pas. Là, le soleil, la lune, le feu, l’eau, Sirius, céleste conducteur des astres, les heures, les saisons sont mis au nombre des divinités.

Sans doute, le mazdéisme réfléchit, çà et là, quelques lueurs du mosaïsme; mais, à cela près, quelle différence y a-t-il entre l’Égyptien prosterné devant un bœuf, un chat, un crocodile ou un légume de son jardin, et cet enfant de la Perse ne connaissant pas d'œuvre plus méritoire que d’exterminer les serpents, les tortues, les lézards, les fourmis et autres créatures d’Ahrimane ?

Sans doute, ce culte emprunta quelques mots à la langue de nos auteurs sacrés; mais jamais il ne pénétra l’esprit de ces mots; aussi liinceste, à ses yeux, était chose licite et presque recommandée ; mais souffler le feu de son haleine, y apporter son offrande sans se voiler la bouche,

“tuer ou simplement frapper un chien, c'était autant de

crimes irrémissibles et punis de mort.

Sans doute, on voit poindre dans l’Avesta quelques idées élevées sur la pureté des éléments ; mais que penser de cette pureté qui consiste à faire dévorer le cadavre de son

père par les animaux, pour que l’eau, la terre et le feu n’en soient point souillés, et à se croire purifié en plon= geant dans l’ablution la plus dégoûtante, dans l’urine de bœuf ?

À la déification des éléments, ajoutez l’apothéose des astres, celle du soleil, en particulier, presque identifié avec Ormusd; celle de la lune invoquée tantôt comme pleine,» tantôt comme néoménie ; celle de Sirius, le dieu des irriga= tions, qui prend alternativement, à son gré, la forme d’un « cheval élancé, ou celle d’un taureau robuste, ou celle d’un. jeune homme dans la fleur de l'adolescence. Rattachez au culte des astres l’adoration des àmes; les Férouers, où" génies tutélaires commis à la garde des hommes, des étoiles, des dieux eux-mêmes ; notez que de mème que tout à homme est diéu par son Férouer, toute divinité tient dé l'homme par son Corps, si bien qu'Ormusd lui-même n'échappe pas à la loi générale qui n’admet aucun pur esprit, et que son seul privilége est d’être doué du corps le plus excellent ; enfin, rappelez-vous qu'Ormusd a plusieurs épouses, des fils et des filles, que parmi ses fils le feu brille au premier rang, et qu’au nombre de ses filles on compte la terre et l’eau ; et si dans ce monstrueux amalgame du ciel. et de la terre, du spirituel et du corporel, du divin et de l'humain, vous ne reconnaissez pas l'embryon de la théologie chrétienne, c’est que vous n'êtes pas initiés aux mystères du Zend-Avesta.

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