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a Je voudrais bien savoir pourquoi un ctaint + se
érange à dessein d'aller entendre le Saint-Esprit au prè-
… che, alors que le Saint-Esprit lui parle au foyer avec la
. même autorité ! Je voudrais bien savoir pourquoi les ministres du saint Évangile inondent les cinq parties de l'univers
- de brochures, de petits traités et de gloses sur les saints
4 Livres, alors que les saints Livres s ’entendent d'eux-mêmes
et n’ont pas besoin d’être expliqués ! d’où il suit que la ré-
forme ne peut vivre qu’en reniant $on principe, car, après
. avoir rejeté l’apostolat enseignant, elle le reprend à son
. profit, et, après avoir aboli le magistère, elle se place sous
» la conduite des pasteurs.
L'autorité de la tradition préside encore à certains actes de foi du protestantisme, quoiqu'il ait la prétention de n’obéir qu’à la Bible. L'Écriture qu’il admet, en effet, par qui lui est-elle garantie? Si ce n’est pas les Pères, les
4 | Conciles, les Papes, le consentement des siècles, en d’autres
termes, par la tradition qu'il repousse ? « Vous disputez par D « l'Écriture lui dit Bossuet, vous ne songez pas que l'Écri- 4 « ture elle-même nous est venue par cette suite. Les Évan- 1 « giles, les Épitres apostoliques, n’ont pas formé l'Église ; à « l'Église les a précédés, les a reçus, les à transmis à la pos- … « térité avec leur véritable sens. Là donc où est la source de 1 « la foi, c’est-à-dire la succession de l'Église là est la vérité 4 « des Écritures, des interprétations ou expositions, et de Le toutes les traditions chrétiennes (1).
+ Ajoutons à cette triple autorité de la famille, des pasteurs, des traditions, celle du milieu social, des coutumes,
(1) Première inst. past. sur les prom, de l'Église.
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DURS SNA RE MENT EEE ENS |
conviction religieuse, et nous verrons que la plupart adeptes de l’examen privé n’examinant rien, vivent : meurent dans la résistance à l’Église, par des motifs t opposés à leurs propres principes, et entièrement ri à ceux de l’Église. Re Confondue dans ses conséquences et dans ses inconséquences, la règle de foi tirée du sens privé est encore p à discréditée, peut-être, par ses impossibilités pratiques A-t-on réfléchi à tout ce qu’il faut savoir pour être protes
tant, selon la méthode protestante ?
Il faut d’abord être un exégète consommé. Quel est le. : catalogue authentique des livres inspirés ? Pourquoi ceux de Tobie et de Judith en sont-ils éliminés par la réforme,
tandis que celui de Job y est maintenu? Pourquoi ceux de la Sagesse, de l’Ecclésiastique et les deux derniers des . Macchabées , sont-ils déclarés apocryphes, tandis que le 4 Cantique " Cantiques est accepté comme authentique par. E les mêmes critiques? Tout autant de questions qu'u protestant doit résoudre, et cela sans le secours des texte inspirés, car l'Écriture ne peut être prouvée par l'écriture sans le concours de la tradition et de l'Église, puisqu’elle ne sont point admises, par la seule Persuasion intérieure du Saint-Esprit, qui ne persuade pas à deux lecteurs la même chose. Voilà tout ce qu’ un honnête luthérien doit déci 3 der, sous peine de n ’ètre luthérien qu en ii d’une règl Catholique. :
Il faut encore qu'il soit un linguiste consommé, qu’il sache l'hébreu, le grec et le latin pour vérifier l'exactitude de toutes les traductions, depuis la dernière jusqu’à l'ori-
aul, des choses difficiles à comprendre; saint Ambroise appelait l'écriture, une mer dont les profondeurs sont inson- . dubles ; Luther lui-même estimait qu’il fallait avoir passé - cinq ans à labourer pour comprendre les Géorgiques de d - Virgile, vingt ans dans le maniement des affaires pour voir clair aux épîtres de Cicéron, et cent ans avec les prophètes et les Apôtres pour déguster les Écritures (1) ; mais son # | disciple, qu’il soit paysan ou femme du peuple, doit briser le sceau de ces mystères à première vue.
__ Ilest vrai que les docteurs ont écrit d'immenses volumes 4 et une immense quantité de volumes sur presque chaque E verset de la Bible; que les sectes protestantes ont donné
plus de deux cents interprétations de ces paroles : Ceci est > mon corps ; que le docteur Thiess a compté quatre-vingt- 25 2 cinq explications de la parabole de l’injuste administrateur, - É. É et cent cinquante d’un texte de saint Paul; mais, grâce au
| rayon ou au goûi intérieur, le protestant devra discerner toujours le vrai du faux en matière de traduction, d’inter- 1 prétation, d'application scripturaires, et cela sous peine de cesser d’être protestant, car dès l'instant qu'il consulte des autorités, il abjure l'inspiration privée pour rentrer dans la
oi catholique.
Enfin, il doit être encore un profond théologien, car il … doit, par la seule lumière de l'Écriture, dirimer toutes les controverses et tous les débats qui surgissent relativement F ;
(1) Audin, Vie de Luther, t. IT,
ceux ‘qui la connaissent déjà. Aussi, c’est bien le cas: terminer cette exposition par une grande pensée € Platon : « L’homme qui doit toute son instruction à l’écri- «ture, n'aura jamais que l'apparence de la sagesse. | « parole est à l'écriture ce qu'un homme est à son portrai : « Ces sortes de productions se présentent à nous comme « vivantes ; mais si on les interroge elles gardent le silence avec dignité. L'écriture ne peut se défendre, car son pè en’est jamais là pour la soutenir. Celui qui s'imagine | pouvoir établir, par l'écriture seule, une doctrine claire 3 et durable est un grand sot. S'il possédait la vérité, He «se garderait bien de croire qu'avec un peu de lique noire et une plume, il pourra la faire germer dans l’uni- « vers (1). Be.
Maintenant, si je considère qu’une telle règle de foi doit. 1 être à la portée de tous les hommes, et qu'une grande partie n’a cependant ni le temps, ni la science nécessairés pour lire les écritures; qu’elle doit être applicable aisément, parce que chacun est tenu d’avoir son symbole arrèté au sortir de l'enfance; qu’elle doit exclure, non-Seulement l'erreur, mais les chances d'erreur, parce qu’en matière de foi le doute n’est pas permis, je me demande comment il peut exister sur la terre cent cinquante millions d’ hommes | éloignés du vrai christianisme par une telle mystification ; logique! Évidemment, le protestantisme ne reste le culte.
(1) In Phæd.
- raison par l’indifférence religieuse qu’il produit. | Il faut convenir que si ce culte était vrai, le Christ se
+ tr
des gens éclairés qu'en échappant aux étreintes üe leur
serait bien mépris en portant au monde cette nouvelle:
= . Les pauvres sont évangélisés, car les pauvres, d’après un tel
. système, sont déshérités de la lumière, et quiconque n’a pas
reçu ses grades en littérature sacrée, en herméneutique, en théologie, est radicalement incapable d'arriver au vrai selon la méthode de Luther et de Calvin.
Comme ces considérations font ressortir la nécessité d’une Église enseignante et celle de son infaillibilité! Peu
importe, en effet, que l'Écriture ne trompe pas, si celui qui
la litou l'interprète peut se tromper. Aussi, voici une économie fondée sur la nature que le seul catholicisme a réalisée.
L'homme ayant un besoin infini de la vérité, Dieu en
devait placer le dépôt quelque part, et cette vér.té ne pouvant rester douteuse, sous peine de faire à l’homme plus de mal que de bien, Dieu devait la mettre sous la garde de l’infaillibilité ; et l’infaillibilité ne pouvant subsister sans organe, Dieu devait créer l’Église pour remplir cette belle fonction. Rien de plus convenable et de plus lumineux que cette économe. L'Église, c’est la société des àmes, ce sont Les États de la vérité sur la terre: or, ainsi que dans les États ordi-
. paires, il y a un pouvoir qui juge en dernier ressort et qui
- n’est pas jugé; il faut un tribunal suprême dans le royaume un. des esprits. Seulement, ce qui, dans l’ordre temporel, s’ap- … pelle souveraineté, dans la sphère où nous sommes, doit
s'appeler l'infaillibilité ; car les corps obéissent à un homme parce qu’il tient le sceptre, les âmes se plient devant le ‘commandement parce qu'il ne se trompe pas,
k LE VRAI CHRISTIANISME DOIT ÊTRE CONSTITUÉ EN SOCIÉTÉ,
Voilà donc un ordre parfaitement conforme à la nature et favorable au repos des esprits. L'Église l’a inauguré en remplaçant les contentions individuelles par un enseignement maternel ! Une mère affirme, et ne démontre pas. Les docteurs dissertent, les maîtres argumentent, une mère dit : Cela est ou cela n’est pas : Est est, non non, et son autorité surpasse toutes les autres. De cette sorte, l'Église, dans sa méthode de propagande, laisse la controverse aux écoles : elle ne fait et ne suggère que des actes-de foi. D’autres forment des convictions par des raisonnements, elle les forme, comme Dieu, par sa parole, et l'humanité suit avec une sorte d'entrainement heureux cette voix qui la dispense de s’écouter et de se conduire elle-même !
Et n’allons pas croire que l’Église ne caplive que les faibles d'esprit; il n’y à pas une galerie des illustres qui vaille la sienne depuis saint Augustin jusqu’à Bossuet. N’allons pas nous imaginer que l’Église obtienne des adhésions enthousiastes plutôt que de fermes convictions ; on la croit plus que la science, plus que le génie, plus que les écoles rivales, plus que les multitudes, plus que soi-même, et tandis que, pas un protestant n’est capable de mourir pour une découverte ou une inspiration de son sens privé, qu’une tyrannie quelconque osàt retrancher un iota des articles de foi définis par l’Église, nous sommes des millions de catholiques prêts à monter sur les échafauds pour lever notre main et donner notre {ête en disant : Je le crois.
En dehors de cette autorité protégeant l'enfance, le peuple, le vulgaire même des gens éclairés contre l'erreur, que voyons-nous ? les anarchies intellectuelles changent, mais l’anarchie est immuable. Tantôt, ce sont des Égiises
jour se Hi devant celle de tous les fétiches, . |
e n ’est point devant la sienne propre.
Je ne suis point étonné, cependant, que les sectes nese
squent pas à revendiquer une telle prérogative. C’est que se
sil est nécessaire de se proclamer infaillible pour obtenir ë
la foi des autres, il n’est guère possible d'entreprendre un | | pareil rôle sans s’exposer à la risée de l'univers. Aussi, quand je me rappelle que seul le catholicisme a osé afficher & cette prétention, surtout que seul il la justifie depuis dix- . ; huit cents ans, par son indéfectibilité doctrinale, je goûte . profondément les félicités de cette profession de foi venue ë jusqu à nous des premiers siècles : je me nomme chrétien, 7 je me surnomme catholique : Christianus nominor, catholicus
| cognominor.
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Jusqu'à présent nous nous sommes tenus dans le domaine
È la spéculation. Nous avons vu que, logiquement, le vrai christianisme doit être constitué en société, sous une auto= rité enseignante; mais, en fait, cette societé et cette autorité istent-elles? Je réponds par l’affirmative, et je me hâte de
quées, une vraie société religieuse, c’est une certitude historique et un dogme de foi. J'en appelle à la sincérité de tout adorateur de sa divinité ; n’est-on pas mis en demeure de renier cette divinité, ou de souscrire à la réalité d’une fondation qu’elle a garantie en termes si formels ?
Ou le sens commun scripturaire n’existe pas, ou c'était bien d’une agrégation de fidèles professant sa doctrine et dépendant de son vicaire en terre que voulait parler Jésus quand il disait au prince des Apôtres : « Tu es Pierre, et sur cette Pierre je bätirai mon Église. » C'était encore de la même société constituée en tribunal suprème que Jésus disait : « Si vous avez à vous plaindre de votre frère, adressezlui vos corrections en tête à tête; s’il n’y a point d’égard, traduisez-le devant deux ou trois témoins ; et que s’il ne los écoute pas, déférez-le à l'Église : après quoi, supposé qw’il résiste encore, il sera considéré comme païen et publi- Cain. »
Quelle signification donner à cette parole de saint Paul: « Le Christ est le chef de l'Église, qui est son corps mystique, » si l’Église n’est pas une société spirituelle, au sens où nous l'avons dit? et cette autre parole : Le Christ a aimé son Église, et ul s'est livré lui-même pour la conserver Immaculée, comment l'entendre, si l'Église n’est pas cette organisation sociale qui sera toujours plus claire par soi, dans l'esprit du lecteur, que par toutes les définitions de l’apologétique ?
Nous avons eu la patience de compter, dans les livres du Nouveau Testament, plus de vingt-cinq passages où il est question des persécutions, des craintes, des joies, des membres, partant de l'existence de l’Église, et, si j'avais le malheur d’être protestant, il me semble qu'aucun préjugé
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d'éducation ne pourrait me dérober aux syndérèses que doit exciter la simple revue de ces textes dans la conscience qui les méconnaiît.
Et qu’on ne dise pas que l'Église existait au moment où ces textes furent écrits, mais qu’elle s’est évanouie depuis ; c'est contraire à la promesse de Jésus : Les portes de l'enfer ne prévaudront point contre elle, et à cette autre : Je suis avec vous jusqu'à la consommation des siècles. C’est contraire à la raison, car la révélation étant gardée par des témoins auriculaires au temps des apôtres, avait alors moins hesoin d'être gardée par l'Église ; mais, plus tard, l'Église devint l'indispensable dépositaire d'une doctrine dont les premiers disciples avaient disparu, et qui eût certainement disparu elle-même, s’il n’y avait pas eu une institution spéciale pour la perpétuer. D'où il suit que nous revenons à la même conclusion par tous les chemins : ou Jésus-Christ fut un fondateur sans prévoyance, ou il fonda pour l'avenir, non pour une seule génération d’auditeurs privilégiés.
Mais est-il possible de fonder une société destinée à l'enseignement des siècles futurs sans établir, dans cette société, une autorité enseignante? La raison ne l’admet pas, car, sans une autorité pour unir les intelligences qui composent la communauté, il n’y aura entre elles que des liens de voisinage, non de solidarité, qu’une agglomération d'individualités, non un faisceau. Au spirituel comme au temporel l’idée de la société implique celle d'un pouvoir, qui fait un tout des diverses parties, en devenant le centre de leur convergence et de leurs mouvements.
Le protestantisme se persuade éluder cette vérité fondamentale en désignant, sous le nom d'Église, la collection de
ceux qui, sans être soumis à aucun pouvoir, soit doctrinal, soit disciplinaire, tirent de la Bible la règle de leur foi et de leurs mœurs ; le sens commun fait justice de cette monstrueuse conception. Évidemment, une Église qui abrite à la fois le protestant orthodoxe admettant la divinité de Jésus-Christ, et le protestant libéral n’admettant pas même la personnalité de Dieu, le protestant mystique se croyant inspiré du Saint-Esprit, et le protestant rationaliste ne croyant pas même à l'inspiration des saints Livres, cette Église est un carayansérail intellectuel, non une société d'intelligence, une invention à seule fin d'échapper à la véritable Église, mais non sa sérieuse imitation.
Ainsi parle la raison sur cette matière, et l'Évangile ne la dément pas.
Il est évident que, parmi ses disciples, Jésus en choisit douze pour leur faire une éducation particulière, qu’il les admet dans son intimité pendant trois ans, et qu’il leur parle sans paraboles : qu’il enflamme leur foi, leur zèle, leur courage, et qu’il les prépare à une grande entreprise en termes mystérieux.
IL est encore évident que, plus tard, Jésus laisse peu à peu transpirer son dessein sur les douze, tantôt en leur annonçant qu’ils seront, comme lui, la lumière du monde, tantôt en leur enjoignant de prècher sur les toits ce qu’il leur enseignait à l'oreille, tantôt en les envoyant au-devant de lui pour les exercer à l’apostolat, tantôt en leur manifestant, avant la dernière cène, que sa mission va finir et que la leur va commencer.
Enfin, arrive l’heure de son ascension et de laisser à l'Église ses suprèmes volontés. En ce moment, il s'exprime
en termes plus explicites, et il confie à ses apôtres ce mandat créateur, qui les transforme en docteurs et en conquérants:
Comme mon père m'a envoyé. je vous envoie. Toute pussance m'a élé donnée au ciel et sur lu terre : allez donc, instruisez toutes les nations, les baptisant au nom du Père, du Fils, du Saint-Esprit, leur enseignant à garder tout ce que je vous ai prescrit, et voilà que je suis avec vous jusqu'à la fin.
Et dans un autre endroit : Allez dans le monde enter, prêcher l'Évangile à toute créature, celui qui croira et sera baptisé, sera sauvé ; celui qui ne croira pas, sera condamné.
Après de telles paroles, ou il faut jeter l'Évangile, ou il faut s’'incliner devant ces conclusions : donc, puisque les apôtres sont envoyés comme Jésus-Christ lui-même l’a été, ils ont hérité de la plénitude de son pouvoir d'enseigner et de prescrire ; donc, puisque leur mission s’étend à toutes les nations, à tout l'univers, à toute créature, nul ne peut se soustraire à l'autorité de leur magistère, sans renoncer l'Évangile ; donc, puisque celui qui ne croit pas en eux sera condamné, leur collége apostolique est le seul moyen externe qui ait été institué pour arriver à la foi et au salut, et le protestant qui s’en émancipe au nom de la Bible, la convertit en faux témoignage contre la parole de Dieu la plus indubitable.
Et Jésus-Christ étant parti pour les cieux, son institution ne fut pas lettre morte; car elle fonctionna ainsi qu’il l'avait ordonné. Les douze, complétés par l'élection de Mathias, exercèrent une autorité suprême dans la transmission de la doctrine et dans le gouvernement de la communauté chrétienne.
Ayant recu l'esprit de vérité,f selon la promesse de Jésus,
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ils prêchent l'Évangile aux Juifs et aux gentils, d’abord à Jérusalem, ensuite dans toute la Judée et la Samarie, jusqu'aux frontières du monde connu, Dieu confirmant leur parole par des miracles.
Les juifs et les gentils, une fois convertis au christianisme par ce magistère, le consultent dans tous leurs doutes, lui remettent la solution de toutes les difficultés, et se soumettent à toutes ses décisions, comme il conste d’après les épîtres apostoliques.
Dès qu’il surgit des novateurs parmi les fidèles, les apôtres et les plus anciens se réunissent, sous la présidence de Pierre, et définissent, par un suprême jugement, la vérité que toute l’Église reçoit d’eux et confesse sans appel, ainsi qu’il est rapporté au livre des Actes.
Enfin, quand les hérésies commencent à pulluler du temps même des apôtres, ce sont encore les apôtres qui les réfutenf, qui les exterminent et qui déclarent anathème, même l'ange qui descendrait du ciel pour annoncer un autre Évangile que le leur.
Si tous ces textes, si toutes ces constatations ne prouvent pas que l’Église a été établie, propagée, défendue par un magistère d'institution divine, il faut supprimer l'autorité du Christ, des apôtres, de l’ère apostolique, et si les protestants s’obstinent à méconnaître une telle vérité, ce n’est point parce qu’ils croient trop à la Bible, mais parce qu'ils n’y croient pas assez.
Est-il besoin d'ajouter que ce magistère doit avoir été constitué dans des conditions d’inerrance et d’indéfectibilité suffisantes pour donner toute garantie aux intelligences relevant de sa direction? Une autorité avec laquelle
Jésus est toujours ne saurait tromper sans que le Christ se trompe lui-même. Un pouvoir dont Dieu promet de ratifier tous les actes dans le Ciel ne peut errer sans induire Dieu lui-même en erreur ; enfin, un oracle doctrinal dont il faut accepter les décisions sous peine de damnation, ne peut être faillible sans que le salut des hommes ne soit livré à une sorte de cruel empirisme, et que la justice et la bonté de Dieu ne soient mises enfquestion.
« Tout le privilége de l'Église est d'enseigner la parole de « Dieu aux hommes, sans pouvoir la transformer en erreur. « Comment enseigner le genre humain, comment lui de- « mander la foi, sans la possession de l’infaillibilité? Aussi, « toute religion qui ne se dit pas infaillible, se convainc « d'erreurs par cela même, car elle avoue qu’elle peut « tromper, ce qui est le comble, tout à la fois, de l’absurde «et du déshonneur dans une autorité enseignant au nom « de Dieu (1). »
Faut-il prouver encore que Ce magistère a été destiné à tous les siècles et non pas à un seul? Le sens commun répond : Le Christ ayant bàti pour toujours ne peut pas avoir dogmatisé seulement pour une époque. Le Christ ayant promis luniversalité de temps et de territoire à son snseignement : Omnes genes, omnibus diebus, il ne peut réduire cette domination sans se démentir. D'ailleurs, à l'heure où la magistère de l'Église cesserait d'exister, les portes de l'enfer auraient prévalu contre elle, et la colonne de la vérité en terre ne serait plus debout.
Et puis, les apôtres, après avoir reçu le magistère, ne
(1) Lacordaire. I Église. Deuxième Conférence.
l’ont-ils pas évidemment transmis ? la catholicité n’a-t-elle pas vécu sur cetie persuasion jusqu’à Luther? l’exercice, les représentants, les assemblées solennelles, les décisions irréformables de ce magistère, du premier Concile de Jérusalem à celui de Trente, ne sont-ils pas connus? Est-il possible de fermer les yeux à cette certitude historique sans apostasier la foi des ancêtres les plus incontestés ? Les hérétiques de tous les temps eux-mêmes n’ont-ils pas commencé leur révolte par un acte de foi à ce magistère, en appelant de leur condamnation au prochain Concile?
Après l'écriture et l’histoire, l'expérience journalière nous apprend que la voie d'autorité est la plus brève et la plus sûre pour former les convictions dans l'individu, pour maintenir l’unité dans la société religieuse, et que dès l'instant qu'ils ne croient pas sur la foi d’une autorité doctrinale, les peuples ne croient bientôt plus à aucune doctrine. Il ne faut pas se persuader que les simples et les ignorants soient les seuls à réclamer les bénéfices de cette méthode d'enseignement; ceux qui ont le plus douté sous la conduite de leur raison, sont souvent les plus enclins à dépendre, par désespoir de leur impuissance, et par lassitude de leurs tàtonnements infructueux.
« Tenez, disait Augustin Thierry à un célèbre apologiste, « je ne puis suivre vos démonstrations de philosophie reli- « gieuse, Cela doit être bon pour d’autres, non pour moi... € Je suis un rationaliste‘fatigué qui me soumets à l'autorité de l’Église. Je vois les faits, je vois, par l'histoire, la « nécessité d’une autorité divine et visible pour le dévelop- « pement de la vie du genre humain. Or, tout ce qui est en « dehors du christianisme ne compte pas; de plus, tout ce
AR
«€ qui est en dehors de l'Église catholique est sans autorité; « donc, l'Église catholique est l'autorité que je cherche, et je « m'y soumets. Je crois tout ce qu’elle enseigne, je crois
«son Credo (1).
Que dire d’une religion qui n'a rien à offrir à ces âmes haletantes, épuisées, qu’une Bible pour recomposer leur symbole? et cela, après une vie d’agitations qui leur Ôta la force, et en face de la mort qui va leur ôter le temps de la rechercher? encore une fois que dire de cette religion, sinon qu’elle ne comprend rien à l’humanité, ou qu’elle fait bon marché de la nécessité de la religion?
(1) Gratry. Lettre à l’Archev, de Paris,