CHAPITRE II
La vraie société chrétienne doit avoir un chef.
infaillible.
Que le vrai christianisme doive être constitué sous forme “ sociale, non dans une mêlée confuse d’individualités indé-"
pendantes les unes des autres, saint Cyprien l’affirme quand «
il dit que Dieu à établi l’Église pour être la dépositaire, l’or-
gane et, quand il en est besoin, l'interprète des vérités qu’il « nous à révélées : la dépositaire pour nous les conserver; «
l'organe pour nous les annoncer; l'interprète pour nous les «
expliquer. Tout cela ressort de notre exposé sur la nécessité d’une institution destinée à servir de médiatrice entre Jésus-Christ et le monde, comme gardienne infaillible de la
révélation écrite et de la tradition.
Remarquons-le, toutefois, de même qu’en défendant à la raison philosophique de chercher à démontrer les vérités de la foi nous l’engageons à se rendre compte de la vérité de.
la foi, de même, tout en nous reposant sur l'Église de
l'examen de la vraie révélation, nous nous réservons l'examen de la vraie Église, et, par là, nous avons, suivant « l'antithèse célèbre de M. de Bonald, à défaut du témoi="
gnage de l'évidence, l'évidence du plus grand témoignage qui puisse subsister à la base d’une conviction.
C’est pourquoi nous devons poursuivre la recherche capitale d'une telle certitude. Il ne nous suffit pas de savoir que l’Église devait être fondée et qu’elle l’a été, nous avons à constater où est l’Église. Ce n’est pas assez d’avoir réfuté les erreurs concernant les membres de la vraie société chrétienne, il nous reste à dissiper les préventions et à rétablir les principes relativement à sa tête.
La vraie société chrétienne doit-elle être un corps acéphale, c’est-à-dire un organisme sans chef? Cette conception qui répugne également à la raison et à l'esprit de l'Évangile est cependant le fond des divers systèmes qui nient la primauté du Pape. Tels sont ceux qui font de l'Église, ou une oligarchie, dans laquelle tous les évêques ont les mêmes droits que le Pontife romain, ou une démocratie, dans laquelle les pouvoirs venant dé bas en haut, sortent du sein de la multitude pour être délégués par elle aux princes et aux évêques. La théorie démocratique a pour auteur Marsile de Padoue, théologien courtisan, qui se mit aux gages de Louis de Bavière, célèbre oppresseur de l'Église au quatorzième siècle. Le protestantisme, le jansénisme et le richérisme n’ont fait que retourner la même thèse avec quelques appropriations à leurs vues particulières. La théorie oligarchique est le fond du schisme grec depuis la révolte de Photius. C’est surtout à la réfutation de cette
” dernière erreur que le présent chapitre sera consacré.
D'après les schismatiques d'Orient et de Russie, Jésus- Christ n'aurait conféré à aucun des douze Apôtres l’autorité suprême, soit pour l’enseignement, soit pour le gouver-
nement des autres pasteurs et des brebis. S'il attribua à saint Pierre quelque supériorité en ce genre, ce fut un pri vilége personnel, qui s’est éteint avec lui. D'où il suit que la
primauté des Pontifes romains n’est nullement une institu=" tion divine, mais une concession des églises particulières et Es des fidèles, et une création de l’histoire produite par des
causes entièrement naturelles.
Comment s’est constitué en corps de doctrine et en vaste établissement religieux ce mensonge si opposé à l’évidence
des traditions chrétiennes? Le voici. Constantinople étant
devenue capitale de l'empire, l'évêque de cette ville acquit bientôt une prépondérance en rapport avec l'importance
politique de son siége. L’ambition du clergé, l'esprit de”
jalousie et de discorde des Grecs, l’orgueii des empereurs de”
Byzance, ne tardèrent pas à encourager, dans leur intérêt
propre, tous les empiétements tentés par les Pontifes de la…
nouvelle capitale sur la primauté octroyée aux successeurs de saint Pierre.
Timidement, d’abord, et, par voies indirectes, ils insi-" nuèrent que les priviléges, même ecclésiastiques, de la ville de Rome ne lui venant que de son titre de tête d’'empire, - Constantinople, qui avait le même titre, devait jouir des”
mêmes priviléges. Vainement le pape saint Léon leur ré- É
pondit avec indignation : « Autre est la source de l’autorité=
séculière, autre celle des pouvoirs divins ; » Constantinople continna perfidement vis-à-vis de Rome ses protestations à de soumission et ses tentatives d’émancipation, visant à usurper la primauté du Pape, sauf à lui rendre, souvent :
avec affectation, d’hypocrites hommages.
Au cinquième siècle, le patriarche JAcace s’arrogea, en
rs
Eortu d’un one décret impérial, la juridiction immédiate L sur les patriarches d’Antioche, d'Alexandrie et de Jérusalem. Cent ans plus tard, Jean IV, toujours secondé par l'empereur, prit le titre d’archevèque de Constantinople et de patriarche œcuménique. Enfin, Photius, après avoir ren- “versé le patriarche légitime saint Ignace, usurpa Sa place, et n’ayantpu obtenir sa propre confirmation des Pontifes de
| Rome, eut l'audace de les excommunier comme hérétiques. * Bientôt, néanmoins, les liens de l'Église de Constantinople l avec la Grande Église se renouèrent pendant deux siècles, C'est-à-dire jusqu'à l'an 1034. A cette époque, ils se brisèrent de nouveau, par les manœuvres de Sergius et de Michel Cerularius, jusqu'au Concile de Florence en 1439. Alors les Églises d'Orient, après un long écart, se jetèrent dans les bras de leur mère de Rome ; une ère de pacification religieuse s’annonçait ; les députés de toutes les pro- — inces schismatiques, du consentement de l'empereur Paléoà logue, avaient souscrit la primauté du Souverain-Pontife ” etle symbole de l'Église romaine. Malheureusement, esprit brouillon des Orientaux et l'invasion musulmane vinrent détruire l’œuvre de réconciliation opérée à Florence, et disjoindre ce que tant d'efforts avaient uni.
…. Les empereurs Ottomans intéressés à éloigner leurs sujets Chrétiens de la domination de Rome, pour les mieux assujettir à la leur, retinrent les églises d'Orient dans le schisme où elles croupissent encore. De leur côté, les czars trouvant pius commode d’avoir un pape à leurs ordres, que d’obéir au Pape, instituèrent chez eux une primauté exercée, tantôt par le métropolitain de Moscou, tantôt par un saint synode de leur création, et la servitude régna sans limites dans
tous les pays chrétiens, sur lesquels le Pape ne régna plus ! :
Le schisme grec naquit donc et subsiste de ces quatre passions combinées dans des proportions variables : J’ambi- $ tion des capitales politiques aspirant à devenir capitales de« la religion, l'ambition des Empereurs aspirant à devenir Papes, l'ambition des Évèques aspirant à devenir Patriarches indépendants, l'ambition des fidèles aspirant à rendre" l'Église vassale de la suprématie nationale. Cependant, comme il faut toujours à la pudeur de l’àme des raisons « plausibles pour couvrir les sentiments inexcusables, un « système théologique à été inventé qui pallie par ses subti-" lités doctrinales cette grande défection, c’est la théorie À schismatique niant la primauté du successeur de saint Pierre.
Après cet exposé dogmatique et historique de la question, le lecteur saisit toute la portée de ces assertions dont nous allons donner les preuves : 1° La vraie société chrétienne doit avoir un chef; 2 ce chef doit être infaillible. Quoique * la seconde partie de la thèse soit séparable de la première en spéculation, en fait elle en est le complément logique, car si le chef de l’Église était capable de la tromper, loin d’en *
achever la perfection, il en pourrait compromettre la destinée. |
Nous sommes en face de deux vérités à relever contre les négations de la théologie Schismatique, à savoir que le Christ à investi saint Pierre d’une vraie primauté sur les «
* autres apôtres, et que cette primauté fut transmissible et
» transmise à ses successeurs. Il à fallu des passions et, par-
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+ tant, des aveuglements incroyables pour contester cette
évidence évangélique. Cependant, il ne faut pas croire que l’autorité divine des Évêques soit incompatible avec
la suprématie du Pape, et que l’une soit absorbée par
l'autre; l’Église a été définie, une monarchie tempérée daristocratie, et tous ceux qui connaissent la constitution de l'Église, savent que l’élément aristocratique a son libre jeu sous la direction de la Primauté monarchique.
* Mais, parfois, cette aristocratie est devenue révolution-
naire, elle a voulu monter du second étage de l'édifice divin au premier, et, pour se justifier d’avoir détrôné le
- Pape, elle a dû imaginer qu’il n’était pas héritier universel
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