‹ Le Bon Sens de la foiChapitre 87 sur 121 · CHAPITRE JL · texte numérisé non relu

CHAPITRE JL

La vraie société chrétienne n'est point. u 1

dépendance de la société civile.

permanente comme r'Église elle-même. nl n est pas mc certain que ce chef est infaillible, et que son infaillibilité loin d'être la pierre d’achoppement de la raison, a été, ses effets, une grandeur de l’histoire moderne, est ét par des arguments convaincants, et résiste à toutes objections du faux christianisme et de la CPS philo= sophique. : 4 Mais, dè même qu’il y a une révolte aristocratique da l'Église, contre l'autorité du Pape, il ya eu une insurrecti démocratique contre les évèques et toute la hiérarchie e ec lé siastique. D’après le premier système, l infaillibilité rés si dans le ro no. Hs de son EEE ar le e

premier ou au second degré, selon qu'il les rt ai À

ment ou par les gouvernants de son choix.

1 et tués au moyen àge. Alors té temporel ait subordonné au spirituel ; l'erreur que nous combatto ns regarde le spirituel comme une dépendance, une appartenance de l’État. Au moins l’ordre moral et l’ordre logique

“étaient respectés dans la théorie sociale qui soumettait les choses humaines aux choses divines, les royaumes à la tiare, les princes à Dieu, ce qui passe à ce qui est éterel; mais le système qui fait sortir les évêques comme les s d’un vote populaire, et qui voit, dans le suffrage unirsel, la source du droit de bénir comme celle du droit de ouverner, ce système est un renversement de toutes les ois du bon sens et des garanties de la dignité humaine. C’est

Ja théocratie de l’émeute et le droit divin de la révolution

ans le sanctuaire. LA Ajoutons que c’est une marche à reculons vers le pagaisme sous l'enseigne du progrès. Alors, le suprème pontificat était un annexe du souverain pouvoir. Un des plus grands miracles du Sauveur fut de faire cesser cette confusion, et une de ses plus grandes difficultés fut de la maintenir. Depuis l'Empire essaya souvent d'asservir -le Saceroce. Heureusement, le Christ s’était placé entre-les deux, afin de les empêcher de s’absorber mutuellement, et si le icerdoce prit un instant le dessus ce fut pour le salut du monde moderne, car ce qu’on appela la tyrannie des Papes était que la sauvegarde de la liberté des peuples, et, tout

iu plus, l'oppression de quelques oppresseurs. Le retour vers le césarisme antique s’est accompli sous ’influence de deux courants. Lun, plus spécialement héré-

x | supprime ou mutile lus juridiction, tait anse t spirituelle de la délégation des princes ou de celle du ; ple, et ne reconnaît qu’une seule souveraineté en ce mo: celle'de l'État. L'autre école, plus essentiellement politiq ne fait pas de discussion théologique, mais, au fond, profe implicitement la doctrine précédente. Ses adeptes plac

l'omnipotence de la loi au-dessus de tous les droits

l'Église; ils traitent celle-ci comme une vassale du pouv temporel, laquelle doit subir ses conditions sans en impos aucune, et, dans toutes les questions mixtes, ils décident a profit de l'intérêt civil contre la.prépondérance et la lib |

de la société religieuse. ds.

De là, deux erreurs à combattre, également menaçant pour cette institution divine à qui les peuples doive l’obéissance, et les princes, non-séulement l'obéissance, mais encore la protection. Sachons s’il est vrai, qu'à l’e contre du plan de Jésus-Christ, au lieu d'écouter l'Église le peuple peut la gouverner en lui donnant ses ministres ; si les princes, au lieu de servir l'Église, ont le droit de faire servir à leur pouvoir. Ce qui revient à examiner si la société spirituelle subsiste par elle-même, ou si elle n’es

- qu’un rejeton de la société civile. Pour établir solidement vérité, il nous suffira de démontrer, en opposition et réponse aux deux aspects de la négation, ces deux propos

tions : 1° l’Église doit être, au. spirituel, indépendante du

peuple; 2 l’Église doit être pee des princes.

4 Il est, dans l'Eglise, un élément particulièrement contesté par la critique protestante et rationaliste, c’est la hiérar- & hie. On affecte de la regarder comme l’expression des conventions et des abus, non comme celle de la pensée divine. De là une série do bn, la plupart formulées F par M. Guizot avec sa gravité ordinaire, mais avec une 1 inexactitude peu digne de son autorité.

FE. Au commencement, dit-on, de l’histoire ecclésiastique, il ‘ y eut une ère démocratique où aucune magistrature reli: 1 gieuse n'existait encore, et où le peuple, presbytérien, | quaker, indépendant, avait la principale part à la gestion : de la communauté chrétienne. Aïnsi, les premiers évêques t les premiers prêtres auraient été ordonnés par Jésus- » Christ, leurs successeurs l’auraient été par la seule acclamation populaire, et ce serait aux masses les plus ignorantes et les plus corrompues que Dieu aurait confié le recrute- ; ment de son sacerdoce. Que faut-il penser en droit et en fait

e ces étranges allégations?

En droit, il est faux que le pouvoir spirituel soit d’origine opulaire, er ce sens que tout le monde puisse le Communiter, et que tout le monde puisse l'exercer. Se figure-t-on, our la nomination des ministres sacrés, des scrutins publics, dans lesquels tous les débauchés et tous les impies

seraient électeurs et candidats? Des évèques promus ou révoqués par le caprice populaire, des prédicateurs désignés par la majorité d’un faubourg jacobin et athée? Le tout sans aucune garantie ni de moralité ni de capacité de la part des électeurs et des éligibles? En vérité, ce serait quelque chose de pire que l’abomination dans la religion, ce serait la fin de la religion elle-même.

En second lieu, les pouvoirs spirituels sont, par essence, surnaturels dans Pautorité qu’ils ont, dans l’enseignement qu’ils donnent, dans les moyens qu’ils employent, dans le but où ils tendent ; et, au contraire, le suffrage de la multitude n’a rien qui l'élève au-dessus de la sphère naturelle. Voilà donc deux ordres de choses, non-seulement distincts, mais séparés par un abime. Croire qu’une élection purement naturelle est la source de la juridiction spirituelle, c’est faire sortir de la volonté des masses ce qu’elle ne contient pas, car l'autorité sur les àmes étant d’un ordre plus élevé que la nature n’en saurait provenir. Il en est de l'autorité déléguée comme de l’eau répandue hors de son réservoir : elle ne peut jamais monter plus haut que le point d’où elle est partie,

Si cette théorie démocratique est absurde en principe, il. ‘ faut convenir qu’elle ne l’est pas moins dans ses conséquences. Eh quoi! ce serait la délégation populaire qui constituerait la légitimité des pasteurs, par conséquent la vérité de leur doctrine et les pleins pouvoirs de leurs gouvernements? Mais, en ce cas, il faut que le suffrage universel soit assisté d’une véritable infaillibilité dans ses opérations, ou bien ses mandataires seront aussi variés dans leurs nuances qu’il l’est lui-même dans ses caprices, et, à force de s’en-

+ Christ et sans même l’adorer, on . être son inter= + prète, son ambassadeur, son lieutenant, son continuateur, “un autre lui-même ; et cela, malgré la défense de saint Paul À isant : Que personne ne s ’arroge cet honneur s'iln’est appelé En Dieu, et sur la parole d’une foule qui prétend exprimer 5 a volonté de Dieu sans croire en Dieu, c’est la révolte pous- . sée jusqu’à la déraison.

Surtout que les adhérents d’une telle doctrine n ‘appellent . jamais l'Église un corps my stique, car, dans un COrpS, cha-

que organe a ses fonctions déterminées et n’empiète pas sur À À . celles des autres. Si les pieds d’un organisme avaient la . prétention de se substituer aux yeux, et les mains à la tête, ce serait une perturbation qui ferait de cet assemblage de nembres mal assujettis un monstre. Voila, néanmoins, ce

qui arriverait dans le corps de l’Église le jour où les gou- 4 vernés auraient la prétention de devenir gouvernants. Le 5 auveur ne peut avoir conçu un ouvrage si peu digne de sa gesse, et l’on peut affirmer qu’il ne l'a pas exécuté, pour eu que l’on consulte les faits. ’ El « Dans les premiers temps, tout à fait dans les premiers temps, disent les auteurs de lobjection, la société chréienne se présente comme une pure association de croyances et de sentiments communs. On n’y trouve aucun Corps

| « de magistrature. Sans doute, il y avait, dans les diverses

« congrégations chrétiennes, des hommes qui prèchaient, qui. «enseignaient, qui gouvernaient moralement, mais il n’y « avait aucun magistrat institué.

« À mesure que la société des enfants du Christ avance, «on voit apparaître des magistrats appelés les uns #92560- «pl, où anciens, qui sont devenus des prêtres; les «autres, exisusrol, Où inspecteurs, surveillants qui sont «devenus des évêques: les autrés, diduovst, ou diacrés chargés du soin des pauüvrés et de la distribution des « atmônes.

« Il est À peu près impossible de déterminer quelles « étaient les fonctions précises de ces divers magistrats, La « ligné de démarcation était probablement très vague. Ce- « pendant, un caractère domine, c'est que l'empire, la pré= « pondérarcé, dans cette société religiéusé, appartient at « corps des fidèles, C’est le corps des fidèles qui prévaut « quant aü Choix des magistrats (1). »

Montrons la vérité historique à la place de cet échafaudage habilement dressé par celui quï ne justifie pas ici son surnom de continuateur de Montesquieu.

Et, d'abord, dans les premiers temps, tout à fait dans les premiers temps, comme parle l’auteur, de lobjection, il ÿ avait dans la société chrétienne des magistrats institués. Le Christ choisit parmi ses nombreux disciples douze apôtres : il leur confère le pouvoir de lier et de délier, d'enseigner toutes les nations, de paitre les brebis et les agneaux, de renouveler lé miracle de la Cène, enfin de le remplacer à {a tète de son troupeau, si bien que celui qui les écoute l'écoute,

(1) Guirot, Mist. de la ciel, t, ÎT,

me # méprise 16 méprise : s'étréorh n'est vas nm

oo ( He | |

administrent même les Mage de la conirante) car on vend. LS ces ds pour nos en re lé ARE ae

une Défh, à cètté époque, Paul parle de l'évés ue comme de l’économe de Dieu, de Timothée commé aÿanñt

. réunion des prêtres; enfin, les actes mentionnent les diacrés | . comme servant aux tables, et tout celan’est pas la preuve | qu'il existe un corps de magistrats divinement constitué?

timédiatement après les apôtres, saint Ignace, leur diss ciple, s’écrié en parlant aux Magnésiens : « Obéisséz tous à «l’évêque comme le Christ obéit à son Père; obéissez au È «collége des prêtres comme aux apôtres : révérez les diacrés « comme servant par l'ordre de Dieu. Que personne né fassé : + «rien de ce qui tient à l’Église sans l’évêque. » Sion se rappelle que lé même Père, écrivant aux Thralliens ét aüx Philadelphions, à marqué, en termes aussi formels, les | mêmes degrés hiérarchiques, il est difficile de comprendre que la hiérarchie des temps apostoliqués ait pu être niée. … ..Le Pape saint Ciément, contemporain des apôtres, fait ore mention des trois ordres majeurs qui composent 1 istrature sacrée, « Il est, dit-il, dans sa lettre aux u

tres ont leur place réglée, les lévites ou diacres sont chargés du service qui leur est propre, le laïque est astreint aux préceptes tracés pour les laïques. Que chacun de vous rende gràces à Dieu en son rang. »

Saint Justin, dans sa première apologie, indique, de la manière la plus précise, la différence qu’on faisait, en l’an 150, entre les pouvoirs et l'office des ministres sacrés, particulièrement entre ceux de l’évêque et ceux du diacre. Clément d'Alexandrie, dans ses stromates, dit : « Ici, au sein de l'Église, les degrés des évêques, des prêtres, des diacres, sont, à mon avis, des imitations de la gloire des anges. » Origène pousse

un profond soupir à la vue des désordres du sacerdoce et :

représente les mondajns s’écriant : « Voyez quels évêques, quels prêtres, quels diacres ! » Il ajoute avec une précision plus rigoureuse encore : « On exige plus de moi, qui suis simple prêtre, que du diacre, plus du diacre que du laïque. Quant à celui qui sert à la tête de l'Église, l’évêque, il rendra compte de toute l’Église. » Est-il possible de mieux dis- ‘ tinguer les titres, les rangs, les fonctions et, partant, les échelons de la hiérarchie?

Tertullien et saint Cyprien confirment l'existence des mêmes institutions durant l'ère dite démocratique. Enfin, les canons surnommés apostoliques, certainement antérieurs au premier concile général de Nicée, font souvent, mention

des divers emplois exercés dans l’Église. « Que l'évêque.. disent le premier et le second, soit ordonné par deux où

trois évêques, que le prêtre soit ordonné par un évêque, de:

même le diacre et les autres cléres. »

Donc, quelle que puisse être l'incertitude de quelques modernes écrivains relativement aux dignités ecclésiastiques

temps, Vantraités ne la A pas, l histoire è la justifie pas, et les historiens qui la professent substi-

ent des théories arbitraires à des faits évidents. PLANS

| C'est, pour ainsi dire, la tête de l’objection que nous 4 venons d’abattre, après cela, les membres tombent par le

it. Une magistrature existant dans l'Église, ‘durant ee

période démocratique, comment la prépondérance eût-elle …

‘appartenu au corps des fidèles? Sans doute, suivant les cir- | constances, on recherchait le témoignage, Pavis, même l'approbation de la multitude, mais on ne lui abandonnait, | ni la décision, ni le gouvernement. Aujourd'hui encore on

consulte le peuple, avant l’ordination des sous-diacres ; mais l'autorité seule les ordonne et les choisit. Tantôt le . Ne: peuple, tantôt les princes ont été ädmis à présenter les évê- ea 4 ques au Pape, mais le Pape seul ou son délégué les institue. É - Tantôt le peuple, tantôt les princes eurent droit d'entrée. à dans les Conciles, mais les évêques seuls y eurent toujours : droit de suffrage. Quand a-t-on vu le peuple fonder des Églises, exercer la justice contre les fidèles coupables, distribuer les sacrements, monter dans les chaires pour ins-

à défendre une religion

uire ? Évidemment, il faut avoir qui détruisit la hiérarchie pour méconnaître à ce point celle < de la religion véritable. ra.

Donc, il est faux que les premiers chrétiens aient étés resbytériens, car ceux-ci n’admettent pas plusieurs degrés dans le sacerdoce; ils ne reconnaissent que la prêtrise, tanque le sacerdoce primitif se composait de trois catégo- es à A: ries. Pour le presbytérien, d’ailleurs, sa part d'administration aux choses de l'Église est un droit; pour les fidèles de première pério:le, c'était, ou un honneur qui leur était

6P# LA VRAIE SOQIÜTÉ CHRÉTIENNE N’EST FOINT

concédé comme confesseurs de la foi, ou un privilége révo= cable suivant les temps et les lieux, L

Donc, il est faux que le système de la prédication individuelle ait prévalu dans les assemblées du christianisme naïssant, et que nos premiers pères dans la foi aient été quakers. Il est certain qu'avant la multiplication des prêtres les laïques évangélisérent parfois dans le lieu saint ; mais peut-on confondre à ce point des chases si peu sembables ? Si le laïque orthodoxe prêche, c'est pour tàcher de suppléer son chef spirituel dont il regrette l’absence; si le quaker prêche, c'est parce qu'il prétend avoir le droit de prêcher et de se passer de ministres religieux. Si l’orthodoxe écoute les instructions d’un laïque, c’est parce qu’il ne peut pas mieux faire ; si le quaker les écoute, c’est parce qu’il ne veut pas faire autrement. Les principes d'où partent le quaker et l’orthodoxe sont essentiellement différents. Celui du quaker exclut la hiérarchie, celui de l’orthodoxe la suppose; le premier regarde la magistrature ecclésiastique comme une COrruption .du christianisme, la second comme une fondation divine. Pour admettre le premier et nier le second, il faut avoir des préventions capables de résister même à l'évidence. f

Conclusion : il y a toujours eu, depuis les apôtres, des Évêques, des prêtres et des diacres, L'Orient et l'Occident sont unanimes pour donner le droit de décider, dans les élections, aux évêques .de la province qui imposent les mains, L’ordination leur appartient plus essentiellement encore que l'élection. L'intervention du peuple dans le choix des Évêques fut l'effet d'une condescendance momentanée de l'Église, qui s’en départit, sans contradiction de la part.

| ie que l'élection populaire, ne Ra aucun Rs — spirituel. La nomination des princes désigne les futurs ae ques; seule, l'institution des Papes les fait. Fi.

É Il est évident que le peuple ne peut transmettre aux à

princes l’autorité spirituelle, puisqu ‘il ne la possède pas; il

est plus évident encore que Jésus ne l'a point transmise aux princes, qui étaient tous païens de son temps, et qui sen seraient servis contre la religion chrétienne, A2 On peut dire qu’il est dans l'esprit de la vraie révélation

de maintenir la démarcation entre les deux pouvoirs. Sous

l’ancienne loi, Ozias est frappé de la lèpre pour avoir tou-

| chéà l'arche sainte. Sous la loi nouvelle, Constantin le Grand ne s’asseoit à Nicée qu'après en avoir reçu l'autorisation des Évèques, et Osius, lépat du Pape, lui dit : « Dieu vous |

a commis l’Empire et ilnou confia le gouvernement de

| Po. il ne nous est pas permis d’usurper votre autorité ; À mais il vous esi tout aussi a de porter la main à nos once: |

Dieu a cts ainsi les choses dans l'intérêt de sa vénilé, Se % qui étant universelle, ne doit pas être nationale ; qui étant Ë appelée à commander aux rois, n'en doit pas dépendre, et qui étant, en même temps que la règle, la protectrice de

sujets, ne doit pas les‘livrer au caprice des rois. Aussi, on peut dire que la liberté de l’Église est la plus sûre garantie de celle des peuples et de la pureté de la foi.

Pour que la religion soit libre, il faut qu’elle ne relève

que d'elle-même et que, tout en courbant le front devant la puissance temporelle, dans les assujettissements de l’ordre temporel, elle garde une autorité suprême dans ses décisions et dans son administration spirituelles. Ceci importe à la . sécurité des consciences tout aussi bien qu’à la dignité des caractères. À la sécurité des consciences ; car, en vertu de quel droit raisonnable, un souverain sera-t-il juge de la vérité, parce qu'il est constitué en puissance, c’est-à-dire - infaillible, parce qu'il est fort? A la dignité des caractères : car le despotisme qui entre, le glaive en main, dans les âmes, est le plus insultant, et les àmes capables d'accepter de telles mains leur Dieu, leurs espérances, leur droit et leur devoir, sont les plus avilies par l'oppression.

Et, cependant, votlà une énormité qui a pesé sur les nations jusqu’à ce que l'Évangile les en ait délivrées! Oui, Jésus-Christ, le premier, a restauré l'autorité de Dieu en face de celle de César, séparé de la souveraineté le pontifi-

cat, et fondé, dans un pouvoir qui n’est pas de ce monde, c’est-à-dire re la domination exclusivement spirituelle, le royaume.de la vérité en ce monde, aussi bien que la liberté et la noblesse de l’obéissance religieuse. Et cette distinetion des deux pouvoirs est si caractéristique de la pensée de Jésus-Christ, que plus une secte chrétienne s’en éloigne, plus elle penche vers le césarisme ; et que, plus elle se retire des Papes, plus elle tombe sous le joug des empereurs. Voilà pourquoi le schisme et l’hérésie, qui sont le divorce avec là

£ Ces conséquences sont fatalement contenues dans la logi- Fe

que du christianisme séparatiste. Dès l’instant que la supré= . tie doctrinale de l'Église n'est plus reconnue, il faut un

arbitrage quelconque pour la remplacer. Alors, les rois se préséntent, tantôt sous prétexte de maintenir l’ordre parmi

es dissidents, tantôt comme chefs avoués du sacerdoce en

1ème temps que de l’ empire ; et les consciences passent, par

es escamotages politiques, sous le joug des légistes ou des

1 aîïneurs de sabre. Aussi, c’est une aberration et une ini- quité du temps présent de voir dans Rome la capitale du.

despotisme religieux. Rome est la vraie citadelle de notre liberté de conscience. | Le despotisme trône à à Constantinople et à Pétersbourg, parce que là une même main fait plier les corps et les à nes ; . mais il ne saurait habiter Rome, parce qu’elle ne peut rien sur les corps, et queles âmes ne lui obéissent que par amour. À Ne nous en laissons point imposer par ce fantôme d’un souyerain étranger, si souvent évoqué aux yeux de notre patriotisme pour l’effrayer. Le Pape n’est jamais un souverain tranger là où il y a des âmes, parce qu'il est leur monar-

L que légitime. Mais le monarque temporel est un souverain 4 tranger toutes les fois qu'il franchit le seuil sacré d’une àme, parce que €e domaine ne lui appartient pas. Donc, que

Ja libre-pensée n’essaie plus sur le bon sens public la tyrannie de ses mots à effet. Le bon sens public sait bien que tout

terrain perdu par le Pape dans la conscience des peuples ee

618 LA YRAIE SOCIÂTÉ CHRÉTIENNE N'EST POINT

croire sur la parole d’un représentant de Dieu, autant il est. absurde et honteux d’adorer sous le sabre d’un dictateur, qui souvent ne croit pas et n’adore pas lui-même,

C'est là ce qui doit se passer quand il y a rupture entre un pays et l'Église, et c’est bien ce qui s’est passé, En preuve, consultons l’histoire de l’hérésie et du schisme,

L'histoire nous montre toutes les Églises hérétiques devenant nationales quand elles cessent d’être romaines, Trans- formation humiliante dont l’orgueil national, je l’ai dit, n’a pas lieu de se féliciter, Dès l'instant que le même souverain peut frapper les impôts et régler les prières, c'est-à-dire faire de Dieu le garde-du-corps de la tyrannie, une nation est esclave. Or, l’hérésie moderne est d’abord césarienne dans ses moyens d'exécution : la Réforme s’est installée en Europe par l’autorité des pouvoirs temporels, à Genève par le sénat, en Suisse par les conseils cantonaux, en Allemagne par les princes de l'empire, dans les Provinces-Unies par les États, en Danemark, en Suède, en Angleterre par les rois et les parlements, et si, en France, elle a une prépondérance limitée, c’est parce que l’appui du trône lui à manqué pour en acquérir beaucoup, et que la complicité des grands seigneurs et de la royauté de Navarre fut néanmoins suffisante pour lui en donner un peu (1),

Certes, il ne faut point s'étonner si, par reconnaissance de tels services, l’hérésie est devenue encore césarienne en principe. Jurieu a écrit cette parole, capable de réveiller. dans leurs sépulcres les chrétiens des catacombes : « Il est

(1) Juricu, Lett, 8,

nne aussi Die que “de e mad ohäle en Mie à ee e la religion « comme de l’État. » O vaillants ancôtres, glo- æ

rieux martyrs qui mourûtes pour obéir à Dieu plutôt qu’ “à CES tyrans ennemis de Dieu, vous n’étiez donc que des re- er

les, et ce sont vos bourreaux qui méritèrent les palmes ises par la postérité dans vos mains! se Enfin, l’hérésie est césarienne dans son organisation, Re- &

. gardez d'un bout à l’autre de l'univers; vous la verrez par

ut, à côté, ou plutôt à la suite des pouvoirs temporels, se

faire la servante des rois, là où l'Eglise était jadis la tutrice des peuples. Faudrait-il citer des exemples à l'appui? Le

)i de Prusse édite des prescriptions liturgiques dans ses |

tats, le roi de Suède porte le titre d'inspecteur suprême de

l'Église, le roi de Danemark est l’évêque des évêques par

rapport à ses sujets. La Saxe, le Hanôvre, le Wurtemberg, e pre de Bade n'ont pas même l’honneur d'avoir à

r chef spirituel ; c’est un administrateur des cultes

ui est chargé de ce soin. Enfin, dans la Suisse, la papauté, dis usurpée par Zwingle et par Calvin, est tombée aux ains des autorités cantonales, et les conseils laïques défi- ; issent la doctrine, déposent les ministres, représentent nfin la chaire apostolique de la fédération. Peut-on concevoir pour les âmes une servitude qui les courbe plus bas, | t pour la tyrannie des droits qui la corroborent davantage?

| Sans doute, nous n'entendons pas dire que les divers sou- |

ains pontifes qu'institua le protestantisme, en Europe, la fatiguent par la tyrannie de leurs décisions ex cathedra ; jais d’où vient cela, sinon de ce que leur droit est si exor-

bitant qu'ils n'osent guère en user de peur des conséquen- Fa

ces? de ce qu’ils trouvent avantageux de laisser le peuple croire tout ce qu’il veut, pourvu qu'il les laisse faire, à peu près, tout ce qu’ils” veulent? enfin, de ce que, sous leur sceptre, les croyances se fractionnent tellement, que l'on ne se passionne plus pour aucune, et que, créant l’indifférence pour avoir la paix, ils font de l’anarchie elle-même un instrument de despotisme ? Mais, le jour où chaque souverain protestant prendrait sa suprématie doctrinale au sérieux, ses sujets ne seraient plus qu’un troupeau d'esclaves. Félicitons notre nation d’avoir échappé à un tel péril, car il serait bien moins glorieux d’être Français, siles Français n'étaient point Catholiques. J'aime ma patrie pour ellemême; je l’aime surtout parce qu'il n’y à pas en son sein, une seule âme gouvernée par la force. Et qu’on ne se scandalise pas si j’ajoute que je me sens d'autant plus à mon pays qu'il est lui-même plus à l'Eglise, car plus il a de respect pour l'Eglise, plus il en montre pour ma liberté,

Le schisme peut-il se vanter de l'indépendance perdue par l'hérésie? Les trois branches dont il se compose rappellent et personnifient autant de servitudes, Passez la Manche, par exemple, allez susqu'aux iles de Cethym, et instruisez-vous. La, un roi débauché se proclame le grand-prêtre de la religion ; et, depuis Henri VIII, l’anglicanisme chañge bien souvent de despote sans changer de despotisme. Là, un conseil de ministres sans foi réglemente la pratique nationale de la foi, prescrit des jeûnes, forme et réforme le rituel. Là, le souverain pontificat tombe en quenouille, et l’'anomalie de la papesse Jeanne, si faussement impütée au catholicisme, se renouvelle à chaque siècle pour la Grande-Bretagne, sans que Son puritanisme en soit offusqué. Là, enfin, Elisabeth

| ait de exigences de e nation une vraie justice de Dieu à ntre les sacriléges usurpations de ses souverains.

De Londres, rendons-nous dans la patrie du schisme

byzantin, et demandons-lui ce qu’elle a fait de sa libertéreli=

ieuse. Quand la grande voix de saint Chrysostôme, de saint asile et de saint Grégoire cessa de se faire entendre sur ette terre de l'Orient, berceau de la foi, les rivalités du | génie local et de la prépondérance latine suscitèrent, dans | Constantinople, des ombrages contre Rome. La capitale de 4 l'empire devint jalouse de la capitale de la religion. Bientôt les prélats, les théologiens et les juristes ambitieux se mon- trèrentarrogants envers le Pape, qui était faible et qui était Join: serviles envers l’empereur, parce qu’il était fort et 4 “près d’eux. Les tendances séparatistes, encouragées par la cour byzantine d’une part, et colorées de l’autre par la sou- ; plesse de la sophistique grecque, s’accentuèrent de plus en lus, jusqu’à ce qu’enfin, en 1054, un empereur qui voulait être Pape, et un patriarche qui voulait être indépendant, ouvèrent à acheter, dans ce pays où tout est à vendre, un conciliabule d’évêques courtisans pour prononcer la paration définitive. :

Certes, il était moins difficile d’obéir au successeur de ierre qu’à un César de Bas-Empire ! ! Cependant, il y a pire que les Césars du Bas-Empire, puisqu'ils étaient chrétiens :

ce sont les sultans qui ne le sont pas, et le schisme oriental plie la tête sous cette domination. Oui, au moment de l’inva= sion de Mahomet II, l’Église de Romé, mére sublime, offrit des secours à sa coupable fille de Constantinople; mais celle-ci répondit aux députés de l'Occident : Plutôt le turban que la titre, et ce souhait criminel fut exaucé. Le 29 mai 1453, Mahomet II entra à cheval dans cette basilique Sainte- Sophie, où, quatre cents ans avant, le schisme avait été consommé. Le vainquenr marqua l’empreinté dé sa main rougie de sang sur les frésques à fond d’or du sanctuaire ; c'était le symbole et comme le contre-seing du nouveau despotisme sous lequel l’Église d'Orient allait ployer.

Depuis, cette main sanglante est toujours restée sur cés chrétientés rebelles. Un jour, elle saisit le cimeterre pour massacrer les disciples de l'Évangile : le lendemain, éllé passe la houlette pastorale aux mains du patriarche de Constantinople, Quand les pontifes de cette Eglise ne peuvent point s'entendre sur le dogme ou la discipline, lesultan quitte un instant son sérail pour venir leur ex pliquer l’'Evangile et ies mettre d'accord. Et, si le sultan est trop occupé, il charge un pacha d’en connaître, lequel dirime souvent les débats chrétiens selon des principes mahométans : témoin la querelle dés Grecs et des Arméniens touchant la coutume de mêler de l’eat au vin du sacrifice : le Turc, appelé à 14 vider, déclara que le vin ést un breuvage impur condatñné par lé Coran, et que les deux parties devaient simplement prendre de l’eau pour consacrer. Y a-t-il, dans cette théo= logie proconsulaire, de quoi tenter notre dignité et notre raison ?

Enfin, de Constantinople passons à Moscoü et apprenons,

russe conserva son orthodoxie longtemps après que celle de onstantinople l’eût-perdue. Les czars, toutefois, ne tardérent pas à être séduits par l'omnipotence religieuse des À rnpereurs, et les métropolitains de Moscot ne furent point | insensibles à l'ambition de devenir patriarches. Ils le devin- "

mancipés de toute dépendance. Mais quand, en 1702, le is dé ces pontifes usurpateurs mourut, Pierre le | Grand refusa, vingt ans, de lui donner un succésseur: et | comme le clergé russe, fatigué de la servitude, demandait À L'une cette vacance fût remplie, l’autocrate, frappant sa poitrine, leur répondit d'une voix menaçante : Voilà votre Paitriarche.

Bientôt ce patriarche tout-püissant institua un saint | synode ou conseil d'administration ecclésiastique, présidé par un procureur civil où militaire, et l'Église oréhodowe

smé est un nféton posthume du Drm car r lise. .

rent, en effet, tantôt inféodés au schisme d’ Orient, tantôt :

os ’aplatit sous la tyrannie, pour n'avoir point voulu s'incliner me

sous l'autorité légitime. Là, du simple fidèle aux premiers LE onites les servitudes s’échelonnent avec un éñchaînement | effrayant. Les évêques, selon l'expression de Pierre I, marchent à là Yoix dé l’empereur, comme lés soldats au son du tambour : et, plus oppresseurs encore qu ’opprimés, 7 rendent au clergé inférieur les durs traitements qu’on leur prodigue. Les prètres sont condamnés au mariage en . ù. vertu d’uné coutume despotique, qui fait de ce sacério®S une caste à part, se renouvelant. à peu près d’elle: “même, et. | vouée par la misère à toutés les défections de la vénalité,

Les apôtres, souvent escortés par les gendarmes, n’ont d'autre liberté que celle de louer le ezar, et ne font guère » de missions que pour raffermir son autorité. Enfin, les con-

fesseurs délivrent aux riches, la veille de Pâques, moyen-

nant quelques roubles, le certificat d’une confession déri-

soire, et cette formalité dangereuse sera encore soigneuse- | ment évitée par les déserteurs et les repris de justice; car,

tous les secrets d'État sont portés du tribunal de la péni-

tence à celui de la police, la confession d’un suspect étant

déclarée une illégalité.

Après cela, je vous adjure, la vérité est-elle dans le christianisme garrotté, bäillonné et galonné de Saint-Pétersbourg? Est-elle dans le christianisme libre, désarmé et uniquement fort de sa faiblesse, représenté par Rome? O Église de Pologne, avec vos temples en deuil, vos évêques en exil, vos vierges et vos fidèles mourant en Sibérie plutôt que de vivre dans l’apostasie, vous ressemblez trop à l’Église des catacombes, pour n’être point son héritière! Vous, au contraire, Église adultère et persécutrice des Romanow, vous avez trop les fraits de la tyrannie néronienne pour n’en point descendre! Aussi, entre les martyrs et leurs bourreaux, la politique du jour peut tenir la balance, mais l'honneur et la justice n’hésiteront jamais.

Ainsi, la liberté, pour la conscience humaine, c’est la distinction des deux sociétés. Ce mot d'Église, qui nous effare comme l'expression d’une mystique tyrannie, n’est que le synonyme théologique de celui-ci : la société spirituelle. Or, partout où l'État fait la loi religieuse, la société spirituelle n'existe plus, et partout où celle-ci finit, la servitude des àmes commence. Alors, en effet, ce n’est plus à Pie IX

: “UNE DÉPENDANCÉ DE LA SOCIÈTÉ CIVILE, z qu’elles obéissent, mais c’est à Henri VIII, c’est à Élisabeth, c’est à Pierre I, C’est à Catherine II, c’est à Mahomet, en un mot, c’est à un roi, c'est au ministre de ce roi, c’est à un secrétaire de ce ministre, c’est à l'agent de police de ce 4 secrétaire, afin qu’il soit bien constaté, à la face du monde et des siècles, que nul ne déchire le sein maternel de l'Église sans en porter la peine : plus on s’émancipe, par l’hérésie, de l’unité d'enseignement, plus on est enseigné, et plus on % s'émancipe, par le schisme, de l’unité de gouvernement, plus on est gouverné.

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