CHAPITRE IV
La forme de la vraie société chrétienne est l'unité.
Nous avons vu que cette société a le droit de vivre de sa vie propre, parce qu’elle a une autonomie réelle, qui la rend distincte et indépendante de la société civile. Nous avons reconnu l'erreur et le crime de cette double tyrannie qui s’est élevée de deux points extrêmes contre l’Église : l’une venant den bas, et plaçant la source des pouvoirs spirituels dans le suffrage universel; l’autre s’exerçant d’en haut, et faisant du chef de l’État celui de la religion. En d’autres termes, la vraie société chrétienne a une constitution hiérarchique contre laquelle ne doivent prévaloir, ni la démocratie, ni le césarisme, et cet ordre n’est jamais violé par un peuple sans qu’il l'expie dans sa dignité amoindrie, car Dieu n'aime rien tant, dit saint Anselme, que la liberté de son Église,
Mais il est une note plus certaine de la vraie Église que la liberté, c’est l'unité. Sans doute on conçoit, en spéculation, qu'une fausse Église conserve ce qui caractérise la véritable, c’est-à-dire l’unité sociale formée par une collection de personnes professant la même foi et obéissant à la
même autorité; mais, en fait, ce phénomène n'a jamais existé, et quand on en connaît les condilions essentielles, on peut dire qu’en dehors de l’Église catholique il est moralement impossible.
Voyons comment le protestantisme du jour, désespérant de produire l’unité, la définit pour n’en pas perdre les bénéfices : « Les Églises apparaissent, non comme des institu- « tions surnaturelles destinées à transmettre des sacrements « merveilleux, mais plutôt comme une patrie religieuse, où « l’on peut communier de cœur et d’action avec beaucoup « dé personnes dont on ne partage pas les doctrines, où les « diversités intellectuelles viennent, en quelque sorte, se « fondre dans la communauté du sentiment religieux et de l'effort moral; où l’homme de science, sans perdre de sa.
sainte indépendance, peut se retremper dans là foi des. :
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« plus naïfs croyants, et c’est pourquoi je voudrais ces « sociétés aussi larges, aussi hospitalières que possible, Que « d'autres donc considèrent l’Église comme une alliance « dogmatique scellée à une tradition immuable, je respecte « cette manière de voir, tout en la jugeant disparate avec «le principe du protestantisme. Moi j'aime mieux voir, «dans l'Église, une société religieuse ouverte à l'esprit « d'examen, indulgente par conséquent aux dissentiments « de doctrine (1). »
En d’autres termes, l’Église est la réunion de tous les hommes animés du sentiment religieux, mais sans croyances ni dépendances communes ; car la croyance n’est pas un élément de la religion. Autant dire que tous les hommes
(1) Synode protest. de 1871. M. Pécaut, séance du 18 juin,
sont membres de l'Église, excepté ceux qui n’en veulent pas
être. Cette unité, telle que l’entendent les protestants libéraux, revient à dire que Jésus-Christ, Mahomet, Bouddha,
Confucius et Luther sont de la même Église. Eh! pourquoi M
pas Voltaire lui-même? de nos jours nous avons vu des athées mystiques et ornés du sentiment religieux.
A côté des protestants libéraux, il en est de soi-disant
orthodoxes, au sentiment desquels il n'y a point d'Église sans foi commune. « On s'occupe beaucoup, dit M. Guizot, « des progrès de l'esprit d'association ; mais en politique, en « littérature, il n’y a point d’association, sans un but com- « mun, une règle commune. Il en est de même des associa- «tions ayant la religion pour objet. Ce qui est vrai dans « l’ordre social l’est plus encore dans l’ordre religieux. « Quand il s’agit de l’état des àmes, des rapports de la société
«religieuse avec Dieu, plus que jamais il faut là une foi
« commune, un travail commun, un but commun (1). »
Ainsi, d’après les libéraux, la croyance est indifférente, chacun ne dépend que de sa conscience individuelle, toute règle de foi est tyrannique, et l’unité de l'Église c’est la collection de ces diversités. Et, d’après les orthodoxes, les membres de l’Église doivent avoir des croyances et des subordinations communes sous la conduite de ce principe: l'autorité souveraine des saintes Écritures. Nous avons vu et nous verrons mieux encore, que l’unite faite par cette théorie est aussi dérisoire que celle du protestantisme libéral.
Si, après l’hérésie, nous consultons le schisme sur la no
(1) Synode protest. de 1871, M. Pécaut, séance du 18 Juin.
tion de l'unité, il la définit : la profession de la même foi et la participation aux mêmes sacremenis. Mais, comme les mêmes sacrements n’ont pas l'efficacité d’un même gouvernement pour relier en faisceau, soit l’ensemble des Églises grecques, soit les membres de chacune de ces Églises, il en résulte, entre Constantinople et Moscou, des variantes liturgiques, disciplinaires et parfois dogmatiques, dignes de l'anarchie protestante.
Seul, le catholicisme conçoit et réalise la vraie forme qui convient au corps de l'Église. Belle marque de vérité dans une religion, car l'unité consiste, pour une institution comme pour un homme, à être toujours d'accord avec soi-même, Ce caractère divin est plus difficilement communicable à une institution qui parle à tous les temps, qu'à une carrière individuelle plus circonscrite par la durée et jar la portée de ses assertions. Or, quel magnifique spectacle présente | l'unité de l’Église dans l'unanimité de tant d’adhésions sur tous les points définis, sans préjudice pour la liberté de discussion sur les autres, en telle sorte que la soumission de la foi n’est jamais l'esclavage de la pensée ! Après avoir pesé ce faisceau de suffrages, qu’on se rappelle les divisions de l'opinion à l'infini, soit en politique, soit en philosophie, soit dans la science; il est impossible de n’être point impressionné par la différence. Mais l'unité de fait qui resplendit dans l'Eglise enseignée est complétée par l'unité de droit qui réside en l'Eglise enseignante, Aussi, évaluons le témoignage que constituent doctrinalement deux cent soixante papes, plus de cent vingt mille évêques, enfin quarante millions de docteurs ou de pasteurs secondaires qui. ont chanté le sublime Credo de Nicée, et nous conclurons, sans
peine, que si la vérité est personnifiée dans une.autorité, sur la terre, elle doit l’être dans celle-ci.
Certes, peut-on demander moins à l’erreur que de ne pas
se contredire? Et, néanmoins, c’est ce qu’elle obtient le plus difficilement d’elle-même. Si nous appliquons aux fausses Eglises, comme pierre de touche, le principe que nous venons de poser, aucune n'offre la garantie de notre unité de droit, ni celle de notre unité de fait, parce qu'aucune ne possède ni l’élément actif qui impose l’unité, ni l'élément passif qui exécute, c’est-à-dire ni l'autorité suffisante pour la commander, ni l'obéissance suffisante pour la réaliser; d’où il résulte que, dans l’hérésie et dans le schisme, mais dans la première plus encore que dans le second, on ne trouve rien de certain que l'incertitude.
Et, d’abord, y a-t-il, peut-il même y avoir ce bel ordre, qui consiste à ne point se démentir soi-même, dans le protestantisme? Nullement, puisque cette hérésie, comme son nom l'indique, proteste, mais ne réunit personne. Elle n’est une que contre nous, mais, en elle-même, dit un célébre réformé, elle ressemble à un ver coupé en mille morceaux. Aussi,retranchons sa seule affirmation générale, la négation du catholicisme, que voyons-nous sous de telles enseignes? Des individualités qui se poursuivent pour s’agglomérer, comme les atomes d'Epicure, sans y pouvoir réussir; des agrégations de scepticismes et des amalgames d’incrédulité
à toutes les doses, enfin une vraie pulvérisation de la doctrine évangélique, tournoyant dans le champ dévasté de Pautorité religieuse, et poussée par le vent du libre examen au nihilisme de la foi chrétienne.
Comment ces conséquences se sont-elles produites? Tout le monde le sait, au moins parmi ceux qui veulent le savoir, Le christianisme reçoit la vérité par trois affluents qui se complètent en se réunissant dans son sein : l’Ecriture, qui contient la révélation écrite; la Tradition, qui est dépositaire de la révélation orale; enfin, l'Eglise, qui, par son magistère enseignant, garde, interprète l’une et l’autre, et les préserve de toute altération. Or, qu’a fait le protestantisme de ces trois sources de la vérité? Il en a supprimé deux : l'Eglise, parce qu’elle le condamnait; la tradition, parce qu'elle le contredisait; et il a conservé la Bible, parce qu’il n’est rien de plus facile que de faire dire à un livre sacré ce que l’on veut, quand les interprètes sacrés sont éliminés,
Cet attentat est évidemment une mutilation de la foi chrétienne. Pourquoi, en effet, répudier les traditions authentiques? Jésus n’a chargé personne de rédiger la charte constitutive du christianisme; il est monté au ciel sans avoir écrit, ni fait écrire un seul mot à son sujet; il a fondé l'Eglise par la prédication, non par les livres; le Symbole des Apôtres, lui-même, n’a reçu une formule arrêtée qu’à Nicée, ce qui ne l'empêchait point de faire loi longtemps auparavant ; d'où il suit, que circonscrire la révélation à la lettre de quelques textes, si vénérables qu’ils soient, c’est apprécier judaïquement la somme de la foi chrétienne.
Pourquoi donc rejeter les traditions divines? Pourquoi surtout rejeter l'Eglise, qui est leur oracle divinement établi?
SES mo Ven
De même que la lumière naturelle a jailli à cette parole : Que la lumière soit! la lumière surnaturelle s’est dégagée à cet ordre non moins souverain : Allez, et enseignez. Dès ce moment, c’est-à-dire avant les livres du Nouveau Testa= ment, il y à donc une autorité enseignante et une autorité dirigeante constituées dans le corps apostolique et dans ses successeurs. La doctrine est propagée, la hiérarchie est formée, le culte est réglementé, le monde enfin est converti avant même que les Évangiles soient tous composés. De cette sorte, l'Écriture est évidemment postérieure à l'Église, puisqu'elle est née pour ainsi dire dans son sein.
D’ailleurs, la Bible n'est-elle pas une lettre morte, comme nous l’avons déjà dit, qui ne peut elle-même, ni se défendre contre ceux qui la dénaturent, ni s'expliquer à ceux qui ne savent point la comprendre? il fallait donc que Dieu instituàt un truchement et un gardien incorruptible auprès de sa parole pour la défendre et l’expliquer; et il le fallait d’une nécessité absolue, car, supposé que l'autorité doctrinale n'existe point dans un corps choisi, comme il en faut une, elle existera dans l’esprit de chacun. Quand l'Église n’est plus dans l'Église, elle se relève dans la pensée individuelle; au moment où la chaire de saint Pierre est abattue, c’est le sens privé qui se présente pour en tenir la place, et, alors, voyez comment volent en éclats les débris de l'unité évangélique, sous les coups de ces innombrables protestantismes qui n’ont rien de commun que leur protestation?
L’hérésie compte, ou bien sur l'inspiration, ou bien sur la raison pour lui dévoiler le sens des Écritures. Suivez les conséquences de sa première méthode. Qu'est-ce que l'inspiration? C’est, selon quelques-uns, un rayon du Saint-
Le
Esprit qui découvre à l’àâme les profondeurs du texte sacré, comme le soleil éclaire aux yeux les objets sensibles; c’est, selon quelques autres, une saveur interne qui nous fait distinguer la parole divine de celle de l’homme, comme le goût discerne le suave de l’amer. Théorie effrayante de l'illuminisme qui accorde à l'imagination de tout voyant » l’infaillibilité dont elle dépouille l’Église. Voulez-vous savoir ce que devient l'unité livrée à ce courant de fanatique théosophie?
Luther est venu : qu’a-t-il vu dans l'Écriture? Que nous sommes justifiés par la foi sans les œuvres, que le libre arbitre est une invention du moyen àge, qu'il n’y & que quatre sacrements, que les religieux sont déliés de leurs vœux, enfin que les prêtres sont autorisés à prendre une femme, et les landgraves de Hesse à en prendre même deux si cela leur fait plaisir; le tout à la charge de l'Esprit Saint.
Calvin est venu : qu'a-t-il vu dans l'Écriture? Que la réalité du mystère eucharistique, respectée par Luther, n'était qu'une figure, et que les hommes convaincus de résistance aux célestes communications, comme Michel Servet, devaient expier ce crime dans les flammes. Ainsi l'avait décidé le Saint-Esprit!
Muncer est venu : qu’a-t-il vu dans les Écritures ? Que les titres de noblesse et les propriétés considérables sont une usurpation impie, et que ses sectateurs doivent en débarrasser les grands et les riches par le fer et par le feu. Nouvelle inspiration du Saint-Esprit!
Jean de Leyde est venu: qu’a-t-il vu dans les Ecritures ? Que l’obéissance aux lois est une restriction de sa liberté chrétienne; qu’il doit jeter ses outils pour se mettre à la
tète d’une populace cruelle, se proclamer roi de Sion, et épouser quatorze femmes, parce que l& polygamie est le privilège des saints patriarches! Tout cela en vertu d’une injonction de l'Esprit Saint.
En un mot, puritains, quakers, méthodistes sont venus : qu'ont-ils vu, ou plutôt que n’ont-ils pas vu dans les Écritures? L’esprit ne peut ni le supputer, ni le dire. Les hallucinations du protestantisme mystique sont un lieu commun 4 qui ne se raconte plus. À ses yeux, l’homme s’évanouit devant Dieu, la raison devant la foi, la nature devant la grâce, une effrayante prédestination règne sur le monde, le salut et la damnation ne sont plus qu’une affaire de fatalité ; enfin, une seule chose lui importe, c’est d’avoir l’inspiration du Saint-Esprit pour soi; or, ce que la folie de sectaire peut mettre, en cet état, au compte de l'Esprit de Dieu, est une des plus grandes humiliations que la révolte ait infli=. gées à la raison.
Ainsi se passent les choses, quand c’est l'inspiration qui interprète la Bible. Que se passera-t-il quand ce sera la raison? Alors, l'examen privé devient un jugement infaillible en matière de foi. Chacun prononce, en dernier ressort, Sur les croyances et les devoirs enseignés par les saints livres, et, l’on se détourne avec horreur de toute autorité religieuse, pour devenir soi-même le pape de sa religion, si, toutefois, on peut appeler de ce nom auguste les restes informes que laisse une exégèse dévorante au fond de ses creusels! Mesurons les échelons, ou plutôt les abîmes que l’on descend, sous la conduite de l’Écriture commentée par . le rationalisme.
Luther avait cru pouvoir conserver la divinité du Christ
- en niant celle de l’Église; mais, de cette rébellion génératrice, les blasphèmes vont se déduire, en moins de trois cents ans, avec une réserve décroissante jusqu'à l’athéisme,
| et la superbe du Lucifer allemand communiquera à son pays
cette spécialité monstrueuse, cet orgueil caractéristique qui pourrait être défini : l’impudeur de la négation. Après Luther, en effet, arrive Socin, à qui l'Écriture
* montre dans le Christ un homme adorable, mais nullement
divin. Ensuite Kant, qui distingue entre la foi religieuse
et la foi ecclésiastique, et qui prend dans les textes SaACTÉS
… ce qui plait à le première, en repoussant ce qui fortifie la … seconde. Ensuite Semler, qui rejette presque {ous les livres …. de l’ancienne alliance et n’en admet que ce qui a une portée morale. Ensuite Eichhorn, qui étend au Nouveau Testament la critique négative appliquée par Semler à l'Ancien. Ensuite Strauss, qui ne se contente pas de dépouiller les Écri- … ‘tures de leur autorité divine, mais qui va jusqu’à les traiter à comme une mythologie symbolique. Plus tard viendront ceux dont parle Tremblay, qui n’emploient la Bible que comme introduction à la raison pure, et qui n’affirment rien
de Dieu, sinon que l’homme vertueux doit désirer qu'il yen ait un. Enfin, Hégel résoudra cette question capitale par un athéisme sans ménagement, et l’Allemagne rationaliste, fermant le cercle de ses négations, étonnera le monde par une capacité d’aberration mille f6is supérieure encore à sa
puissance d'investigation,
Que sont devenus les articles fondamentaux dans lesquels les divergences hérétiques devaient se rencontrer? Plus articles fondamentaux dans un système qui s’est donné : pour pierre fondamentale le droit de les juger, de les réduire
et même de les renverser. Plus de confession d’Augsbourg, plus de symbole de la Rochelle pour un protestantisme sim
éloigné de son commencement, qu’il expulsait naguère de
son conseil presbytéral, par cinq scrutins successifs, le plus illustre Français de sa communion, uniquement parce qu'il Ë croit à la divinité du Sauveur. « Ils m'ont mis dehors avec le Christ, » s’écriait cette grande voix exprimant un étonnement qui nous à étonnés. Mais ne saviez-vous pas, Ô. illustre chrétien, que, d’après un de vos coreligionnaires, la # majorité des protestants n'est plus chrétienne (1)? Ne saviezvous pas que le moi étant votre criterium doctrinal, de même qu’il n’y à pas deux visages qui se ressemblent, il ne. peut y avoir deux consciences qui interprètent de la même façon? Enfin, ne saviez-vous pas que si Luther disait déjà, de vos ancêtres, autant de croyances que de têtes (2), aujour- 4 d’hui l’individualisme a réduit votre Église en poudre, et | que, pour ravir ses suffrages, il faut affirmer la divinité de la raison, non celle du Christ; car la conséquence immédiate du libre examen n’est pas que le Christ est vrai, mais que la raison est infaillible ?
Depuis que M. Guizot « fut mis dehors avec le Christ » È.
de certain conciliabule protestant, un effort a été tenté, au dernier synode national, pour faire rentrer le Christ dans le calvinisme. Le monde se souviendra longtemps des scandaleuses divagations de cette nouvelle Babel. D’un côté, ; c’étaient des libéraux pour qui la Bible n’est plus un livre divin, mais un simple thème de prédication, sur lequel le ministre du saint Évangile peut exécuter toutes les varia-
(1) Gasparin, (2) Michel Stiefel, 1524,
tions, depuis la négation de la divinité de Jésus jusqu’à la négation implicite de Dieu lui-même. De l'autre côté,
- c'étaient des orthodoxes faisant des efforts inutiles pour
établir l'unité de foi, sans autre règle qu'un livre, d’où le sens privé peut très-logiquement faire sortir la négation de la foi elle-même. Le triste côté de ce spectacle, c’est que les orateurs autoritaires de l’assemblée n'étaient pas les plus conséquents. En parcourant ces rangs, où il y avait une droite, une gauche, un centre gauche, une extrême gauche, etc., on était affecté douloureusement de voir que la foi n’était, dans ces diverses catégories, qu’en raison inverse de la logique. Les orthodoxes, en effet, qui voudraient imposer pratiquement l'autorité, après l'avoir reniée en principe, sont pleinement justiciables de cette parole de J.-J. Rousseau : « Qu'on me prouve, qu'en matière de foi, je suis obligé de me soumettre aux décisions de quelqu'un, dès demain je me fais catholique. » Ce qui confirme un jugement célèbre : « Le protestantisme n’est plus que le lieu d’une religion. »
Nous voici donc arrivés à des conclusions inverses des précédentes, en partant néanmoins d’un même point. Dans le premier cas, la raison était envahie par un débordement de fidéisme:; dans le second, la foi disparaît sous les empiétements de la raison, et alors les docteurs de’cette loi mutilée ne sont plus que des professeurs d’incrédulité, émargeant au budget de l'État, sous le déguisement de ministres d’un culte reconnu. <
Ah! comme en présence de cette unité, hachée en mille pelotons, on est heureux d’appartenir à une religion dont on ne peut écrire l’histoire des variations. Mettez notre unité à
l'épreuve des distances, et placez un catholique de Paris en" face d’un catholique de Pékin; en récitant leur acte de foi, ils se reconnaitront et ils se donneront le baiser fraternel
sur le sein de leur commune mère, l’Église. Placez, au con
traire, un anglican de Londres en face d’un mormon de
Boston; ils se toucheront la main au premier article de leur
Credo et ils s’anathématiseront au second. Mettez encore 3 notre unité à l'épreuve des siècles, et faites comparaître un catholique des primitives catacombes au milieu des belles, ë assemblées de Saint-Pierre de Rome; il retrouvera tout son symbole dans le nôtre; car les dogmes qui ont été définis ont ajouté aux obligations de notre foi, non à la foi de l’Église: ils existaient dès le commencement dans son sein, en telle É: sorte que, s’il y a en elle nouveauté, celle-ci n’est nulle= M ment dans la croyance, mais dans le précepte d’y adhérer.
Et, au contraire, que doivent penser et sentir les hérétiques, à l’aspect de ces saints des siècles apostoliques dont
ils se disent les héritiers et dont ils ne sont pas les disciples? Quand je vois, dans nos antiques cathédrales de Bàle et de Westminster, usurpées par le protestantisme, les grandes statues de nos premiers évêques couchées sur des dalles où
les touristes passent, mais ne s’agenouillent pas, je crois M entendre ces illustres morts dire à l’hérésie : Qu’avez-vous fait de l'Évangile que nous vous avons légué? Il y avait, ici, ; des autels où nous offrions la victime pour le péuple, vous les avez démolis; il y avait des baptistères et des piscines 4 de la pénitence où nous lavions les péchés du monde, vous
les avez abattus; il y avait des croix et des statues de Marie. devant lesquelles la douleur aimait à prier et à pleurer, -
Yous les avez profanées, En ce temps-là, nous ne formions
ee Te ait oies ie
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qu'un troupeau et un pasteur, aujourd’hui vous êtes chacun un pasteur et un troupeau; alors nous étions un comme
. Jésus et le Père sont un, aujourd’hui vous ne communiez = plus les uns aux autres que dans la haine de l'Église et - dans la division. Aussi, ne vous appelez plus nos enfants,
vous n'avez pas la ressemblance paternelle; ne vous intitulez pas la réforme de la religion, vous n’en êtes que la diminution; enfin, ne troublez point notre sommeil par les bruits importuns de votre culte, car vos hymnes, nous ne les avons pas chantées; votre prédication, nous ne la com-
. prenons pas, et tandis que vous criez : Le Christ! le Christ!
le Christ s’est absenté de votre parole comme de votre temple, pour ne vous laisser de lui-même qu’une image brisée en mille morceaux.
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Le schisme n’est pas moins incompatible que l’hérésie avec l'unité. L’hérésie, il est vrai, rompt l’unité doctrinale, tandis que le schisme ne rompt que l’unité de communion ; néanmoins, l’un et l’autre, en se séparant de Rome, glissent sur la même pente, se retenant, le second plus haut, la dernière plus bas, mais tous les deux également détachés du pouvoir central et de la force unitaire.
Entre les sociétés schismatiques pourrait-il y avoir, d’abord, unité collective? Non, car l'essence de la doctrine schismatique consiste à regarder tous les évèques comme indépendants et possédant les mêmes pouvoirs d’ordination
640 LA FORME DE Là VRAIE SOCIÉTÉ CHRÉTIENNE
et de juridiction. En telle sorte que, dans ce système, il d n'existe à la tête du corps épiscopal aucune primauté de & droit divin, et que la suprématie exercée par l’Evêque dem Rome, pendant plusieurs siècles, fut un privilége attaché a la capitale de l'Empire. 4 De ces prémisses ont dù naître des conséquences formida= | bles; nous l'avons déjà remarqué. Constantinople, étant devenue capitale, s’est attribué les prérogatives spirituelles d’une deuxième Rome; Moscou, pour les mêmes motifs, s’est è déclarée la troisième ; Londres, la quatrième, en attendant « que Paris, Turin, Vienne, Madrid tirent une conclusion identique, et que la puissance temporelle, ayant partout absorbé le Pontificat, puisse s’écrier :
Rome n’est plus dans Rome, elle est toute où je suis.
Que doit-il arriver, en effet, sous l'empire d’une théologie É qui institue tous les évêques papes? Un concile œcuménique à est impossible, puisqu'il n’y a plus d'autorité universelle pour le convoquer, ni pour le présider. Et, cependant, les sept premiers conciles, reconnus par les Églises schismatiques, n’ayant point répondu d'avance à toutes les difficultés de l'avenir, s’il survient une complication religieuse, com= ment feront ces Églises pour la résoudre? Le voici, et qu’on « ne m’accuse pas d’exagération! Quand le prêtre grec est : mécontent des jugements ds son évêque, il s'adresse au % patriarche, et le patriarche au sultan. En Russie, le pope consulte l’archimandrite, l’archimandrite le saint-synode, et le saint-synode le colonel, son président, qui prend les ordres du czar, s’il y a lieu. Enfin, qu’il surgisse une pareille :
. la religion, Ro un corps de doctrine par= tout semblable à lui-même ? Comparez les ordonnances pon- tificales de tous les souverains schismatiques aux décrétales. des Papes, et convenez qu’autant l’unité est prodigieuse en +
elles-ci, autant elle est impossible à celles-là. Aussi que la Providence nous garde de ces chefs de religion qui commandent des bataillons, car, ou bien le doute qu’on leur défère est puremént spirituel, et, dans ce cas, ils permettent à chacun de croire ce qu’il veut ; ou bien ce doute touche au . temporel et, dans ce cas, ils sacrifient toujours l’intérèêt de . la religion à celui de leur autorité. Alors on voit paraître, . au sommet des deux sociétés, la grande figure du despotisme F3 moscoyite ou byzantin dominant une hiérarchie colossale de servitudes, et faisant mouvoir, sous un sceptre de fer, -
es deux scandales de cette anomalie, la plus effrayante
versité d'opinions religieuses, obéissant à la plus effrayante nité de pouvoir civil et militaire.
E l'unité individuelle serait-elle plus facile aux peuples schismatiques que l'unité collective? Consultons leur his- toire; elle nous répondra.
| L'Église photienne, loin d'avoir une force de cohésion surnaturelle, ne use e que l’unité matérielle des agrégals
’on serre avec un cercle de fer. Ses dissidences sont por-
es à la barre d’un patriarche, qui prononce sous la sanc-
à du glaive musulman, et son identité n’est maintenue A
que par la politique, out le simulacre de l'unité religie
Le russianisme, quoique soumis à un synode dirigea lequel est soumis lui-même à un protecteur impérial, s désagrégé, malgré les chaines qui l’étreignent. Là, on voit des sectes sans nombre qui ont secoué le joug de l'Église nationale. Celle des vieux croyants, à elle seule, réunit treize
millions d’adhérents; et un quart, au moins, des chrétien
intérieur, de leur juridiction spirituelle. Que serait-ce si - les perspectives de la Sibérie ne venaient au secours de cette … orthodoxie chancelante et menacée de dissolution? On
Enfin, c’est vainement que l’anglicanisme, en naissant 2 2
d’une débauche royale, se promit de coñserver tout so -Credo. Il à été entrainé aux séparations qu’il ne voulait pas consommer, et déshérité des croyances qu’il voulait retenir, - Entraïîné d’abord aux séparations qu’il ne voulait pas, car. à peine a-t-il dit : Plus de Pape, mais seulement des évêques ; le presbytérianisme est venu qui a dit: Plus d'évèques,
mais seulement des prêtres ; puis les calvinistes sont venus 4 qui ont dit : Plus de prêtres, mais seulement es pasteurs; … puis de nouvelles sectes sont venues qui ont dit : Plus de pasteurs, mais seulement des prédicants; puis les quakers sont venus qui ont dit : Plus de prédicants: chacun est à soi-même son docteur, son pasteur et son prophète, Ainsi toute la hiérarchie ecclésiastique est renversée à la suite d Pape, ce qui revient à dire que la clef de voûte une fois supprimée, tout l'édifice s’est effondré. F7 L’anglicanisme a perdu encore les croyances qu’il voula retenir. Qu'est devenu le bill des six articles que Henri VIT faisait jurer 3. son parlement et à son peuple, sous peine d À
or rt L "UNITÉ, <e
ort? La confession auriculaire, D messe, la transsubétan-
% tiation, l'infaillibilité des conciles généraux, les indulgen- L ces, l'établissement divin de l’épiscopat, toutes ces croyances | | que l'Église d'Angleterre avait reçues dans son berceau, et 4 | avec lesquelles elle avait fait serment de descendre au tom-.
| | beau, ont été amoindries, défigurées ou reniées par elle. Tant il est vrai que les erreurs pullulent à l’ombre du , schisme comme de l’hérésie, et que le privilége de ne se % point contredire n'appartient qu’à la vérité! 4 Quelle contradiction plus révoltante, dans les Églises 1 séparées, que de renier leur origine en reniant la mère qui
leur donna le jour! L'Ile des Saints refusait-elle la communion de Rome, quand saint Grégoire lui envoyait Augustin pour la convertir? ni l’Église de Russie, quand saint Olga et saint Wladimir étaient placés sur les autels par les mains . de la papauté? ni l'Église de Constantinople, quand saint 3 Chrysostôme implorait les successeurs de saint Pierre dans sa détresse? Il faut donc que toute société schismatique renonce à ses ancètres ou qu'elle revienne à leur enseigne-
f ts
ment.
Ces ancêtres leur peuvent dire : Nous avons vécu avec la papauté dans l'union que vous avez abjurée; notre Égiise ‘à lui fut redevable de la naissance, de l’éducation et de ses ms beaux jours. Si c’est nous qui nous sommes trompés, : | * pourquoi vous glorifier d’être nos descendants? Si c’est vous,
1 pourquoi ne pas croire Ce que nous avons cru? Le jour où s Yous avez prononcé cette parole criminelle : Je me sépare, ül y avait de longs siècles que vous viviez dans l'unité romaine. Si elle n’était point légitime, vous fûtes coupables … de lui obéir ; si elle l'était, vous fûtes coupables de l'aban-
vos péres. one v. Re souffrait la mor Chrysostôme les rigueurs de plusieurs exils, , plut d’abaisser devant César la majesté de la puissanc tuelle. AUJoUrd De vous faites du pouvoir temporel le ne
* chissez le genou devant les Hate de la Le en ni
ne la tète contre le représentant de Dieu. De gràce, souven vous de vos anciens pontifes et de vos martyrs,
“vous de vos siècles ces et de vos en R promess