‹ Le Bon Sens de la foiChapitre 89 sur 121 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

De l'extension que doit avoir la vraie société chrétienne.

| L’unité religieuse n’est réalisée ni réalisable qu’au sein “4 du vrai christianisme. L’hérésie et le schisme en ont défi- “ 4 guré la notion par l'impuissance d’en former le vrai type, ÉE etne sachant pas faire l'unité ont pris le parti de la contre faire. Mais il est avéré que l'unité, pour le schisme, cet . tout ce qui est conforme au caprice des sultans ou des 4 CZATS, etque Vunité, pour le protestantisme, c’est la concorde. É intellectuelle qui peut résulter d’un état de choses tel que 1 celui-ci : « On voit bien le protestantisme mais pas d’Eglise

« protestante. Il n’y à entre nous d’autre lien que la haine 4 « contre Ïa papauté. Le protestantisme n'offre plus mainte- E. « nant qu’une série de zéros sans chiffre numérateur (1) }, » “3 hs La question de forme une fois résolue, en ce qui concerne le corps du vrai christianisme, une autre se présente : 4 3 quelle doit être sa stature? Sa stature ou son développement k: dans l’espace, c’est l'universalité. Il Ja en one les

: (1) De Bussière, Schmals protestants, ete, etc.

ficile, on pouvait conclure qu’une doctrine parvenue à 3 l'autre extrémité du monde était divine, parce que seule une force divine avait pu l’y porter; mais, depuis qu'il À suffit d’un train de plaisir pour semer des bibles de Saint- Pétersbourg à Cadix, il semble que la catholicité us église soit moins la conquête des martyrs que l’œuvre des “, touristes et des Compagnies maritimes. Cependant, le vrai Christianisme a conservé, sous ce rapport, un privilés ; d'universalité hors de toute comparaison. 3 Comment la catholicité est-elle entendue par le protestan- 4 tisme? C'est difficile à savoir, car cette erreur est essentiel M lement protéiforme. On ne peut la photographier parce | qu’ elle remue toujours. D’ailleurs, il est permis de dire qu ’elle à imaginé une catholicité à son usage et à son profit … très-commode, le jour où elle a défini l'Eglise : la réunion de tous les hommes qui sont animés du sentiment religieux. De cette façon, le protestantisme s’approprie toutes les Églises pour qu’on ne lui reproche pas l'insuffisance de la. é Sienne. C’est la philosophie de cet ancien qui se consolait de sa pauvreté en disant : Je n’ai rien, mais je suis proprié- s taire de l'univers. Du reste, comme s’il avait le sentiment de son impuissance prosélytique auprès des païens, le protestantisme a tourné presque tous ses efforts contre la vraie Eglise, et il débauche des catholiques au lieu de faire des

chrétiens, ce qui est à la fois moins dérangeant et moins 4 dangereux. 23

De quelle façon le schisme conçoit-il la catholicité? Evidemment d’une manière arbitraire et fausse, car toutes les

églises schismatiques sont nationales, et la nationalité c’est l'opposé de la catholicité. La propagation de la foi est impossible à ces Eglises, parce que leur apostolat ayant la couleur du drapeau de leur patrie, ne peut entrer chez des voisins sans avoir l’air de faire une déclaration de guerre . plutôt que d'aller évangeliser la paix. Qu'on présente l'Evangile à un empire sous les enseignes du maître d’un autre empire, l’évangile sera repoussé comme une sorte d'invasion étrangère dans les âmes; mais qu’on le présente au nom d’un vieillard dont le royaume n’est pas de ce monde, et qui porte des chaînes au lieu d'en imposer,

l'Evangile passera toutes les frontières et sera bienvenu

. dans tous les états.

Qu'est-ce que la catholicité au sens de la vraie Eglise? * Nous allons le dire bientôt. En attendant, contentons-nous de remarquer que, pour définir les conditions d'une communion catholique, notre Eglise est plus autorisée que toute autre, car ceci est l’explication de son nom. Depuis le temps des Apôtres, elle est appelée, par ses ennemis eux-mêmes, l'Eglise catholique; ce qui est, dans les termes, synonyme de l'Eglise véritable, en ce sens que la catholicité bien comprise est une grandeur qu'aucune fausse église n’a pu usurper. Pour être bien convaincu que la catholicité est un signe positif du vrai christianisme, il suffit de méditer commént elle est réalisée : 1° par le catholicisme; 2° par les

communions dissidentes.

Se

de Yyaneilé, dans la plus grande partie du monde connt | et parmi un nombre considérable de ses habitants. Fr Chacune de ses paroles renferme un sens digne d'è être

sondé, La diffusion doit être permanente, car si elle cessai: un instant, par rapport à à l’ensemble de l'humanité, il « 5 résulterait une éclipse de la lumière spirituelle plus con- 4 traire à l’ordre providentiel que ne le serait, physiquement, la disparition du soleil. La diffusion doit être simultanée, : car si le règne des clartés évangéliques était successif au Ê milieu des diverses nations, comme le passage d’un voya= À geur, son extension ne serait point géog raphiquement catho. lique ou universelle. La diffusion doit avoir lieu seulement dans la plus grande partie du monde connu, car lorsque Jésus-Christ qu aux Apôtres : > os toutes on nations,

tifie dans tout l'univers, « il ne faut point les Re. Bossuet, en leur alléguant la Chine, les terres austra: Hasenque, pour leur nos la Des écoutée

l'Eglise PA à éclairer les pays découverts, non ; découvrir les pays inconnus.

Enfin, j'ai ajouté que la diffusion est requise au mil d’un nombre considérable d'hommes appartenant à Majeure partie de l'univers, car, si la catholicité s sa par ordre divin à tous les hommes,

LA VRAIR sOct ÉTÉ CHRÉTIENNE.

À ompatible avec la liberté morale, et sielle nes ’étendait pas

à un nombre considérable, elle ne serait point une preuve, puisqu’aujourd’hui, grâce aux moyens de locomotion, il est . ‘facile à toute négation d’avoir des représentants dans les

* lointaines contrées. Ainsi, le vrai christianisme doit être - présent, à la fois et sans interruption, dans la plus grande

portion du monde exploré, et accepté par un nombre consi-- 4 dérable de ses habitants. Ce prodige de sa constitution lui | est tellement propre que l'erreur ne peut le contrefaire ; car, quelque succès que le schisme et l’hérésie obtiennent à la surface de la terre, celui de la catholicité leur manquera à toujours.

Comment pourrait-il en être autrement, puisque la catholicité est une conséquence de l’unité et de la liberté? Partout où la raison privée divise infiniment la croyance, ily a autant de christianismes que de chrétiens. Alors les $ disciples d’une même secte se touchent sans adhérence,

pareils aux grains de sable sur le rivage, et chaque catho- . licité étant délimitée par des jalons que pose la pensée indi- LE: viduelle, il y a des milliers de catholicités et il n’y en a ; pas une. La catholicité dans les sociétés chrétiennes dépend encore de leur liberté spirituelle. Là où le pontificat est absorbé par la royauté, l'Eglise devient nécessairement une annexe de l'Etat. Dans ce cas, une frontière lui sert de bornes, une ligne de douanes la circonscrit: les politiques et les esprits courts s’applaudissent d’avoir fait de Dieu | lui-même un serviteur de la patrie; mais les âmes fières et éclairées se révoltent, car la nationalité de la religion est l'exclusion de sa domination universelle, et," partant, une indirecte négation de sa vérité.

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