Du nouveau Testament
Il faut maintenant examiner les prétendues prophéties contenues dans les Évangiles.
Premièrement; un ange étant apparu en songe à un nommé Joseph, père, au moins putatif, de Jésus, fils de Marie, lui dit: « Joseph, fils de « David, ne craignez point de prendre chez vous « Marie, votre épouse ; car ce qui est dans elle est « l'ouvrage du Saint-Esprit i). Elle vous enfan- « tera un (ils que vous appellerez Jésus, parce « que ce sera lui qui délivrera son peuple de ses « péchés. » Cet ange dit aussi à Marie : « Ne crai- « gnez point, parce que vous avez trouvé grAce (( devant iJieu. Je vous déclare que vous conceo vrez dans votre sein, et que vous enfanterez un (( fils que vou^ nommerez Jésus, il sera grand, <( sera appelé le fils du Trrs-Ilaul. Le Seigneur « Dieu lui donnera !«' Irùiir cl<' David, son ihtc, il
II) Combien, dit Montaigne, y a-t-il d histoires de semblable» cocuage», procuréb par les dieux contre les pauvres humainj», etc. £<»., p. âoo.
« régnera à jamais dans la maison de Jacob, et « son règne n'aura point de fin (i). »
Jésus commença a prêcher et à dire: « Faites (( pénitence, car le royaume du ciel approche (2). « Ne vous mettez pas en peine, et ne dites pas : « que mangerons-nous ou boirons-nous, ou de {( quoi serons-nous vêtus ? Car votre Père cé- « leste sait que toutes ces choses vous sont « nécessaires. Cherchez donc premièrement le « royaume de Dieu et sa justice, et toutes ces « choses vous seront données pour surcroît (3). »
Or, maintenant, que tout homme, qui n'a pas perdu le sens commun, examine un peu si ce Jésus a jamais été roi, si ses disciples ont eu toutes choses en abonbance.
Ce Jésus promet souvent qu'il délivrera le monde du péché. Y a-t-il une prophétie plus fausse? Et notre siècle n'en est-il pas une preuve parlante?
Il est dit que Jésus est venu pour sauver son peuple. Quelle façon de le sauver 1 C'est la plus grande partie qui donne la dénomination à une chose: une douzaine ou deux, par exemple, d'Espagnols ou de Français ne sont pas le peuple français ou le peuple espagnol ; et si une armée de cent vingt mille hommes était faite prisonnière de guerre par une plus forte armée d'ennemis, et si le chef de cette armée rachetait seulement quel-
(i) Voyez Matth., ch. I, v. 20; et Luc, ch. I. v. 3o. (2)Matth.. ch. IV, v. 17.
{3}Ibid.. ch. VI, v. 3o. 3i. 32.
ques hommes, comme dix à douze soldats on officiers, en payant leur rançon, on ne dirait pas pour cela qu'il aurait délivré ou racheté son armée. Qu'est-ce donc qu'un Dieu qui vient se faire crucifier et mourir j)0ur sauver tout le monde, et qui laisse tant de nations damnées? (Quelle pitié et quelle horrour !
Jésus-Christ dit qu'il n"v a qu'à demander et qu'on recevra, qu'à chercher et qu'on trouvera. Il assure que tout ce qu'on demandera à Dieu en son nom, on l'obtiendra ; et que, si l'on avait seulement lagrosseur d'un grain de moutarde de foi, l'on ferait, par une seule parole, transporter des montagnes d'un endroit à un autre. Si cette promesse est véritable, rien nt* paraîtrait impossible à nos christicoles qui ont la foi à leur Christ. Cependant le contraire arrive
Si Mahomet eût fait de semblables promesses à ses sectateurs, que le Christ en a fait aux siens sans aucun succès, que ne dirait-on pas ? Un crierait : « Ah ! le fourlx'! ah ! rimj»osteur ! ah ! les « fous de croire un tel im|)0sleur ! " Les voilà ces christicoles eux-mêmes dans le cas; il y a longtemps qu'ils y sont sans revenir de leur aveuglement; au contraire^ ils sont si ingénieux à se tromper, (piils prétendent que ces promesses ont eu leur accomplissement dès le commencement du christianisme : riant pour lors, disentils, nécessaire (ju'il y <'ûl de> mirarles. alin de convaincre les incrédules de la vérité de la religion: mais que celte religion étant suflisam-
ment établie, les miracles n'ont plus été nécessaires. Où est donc la certitude de cette proposition.
D'ailleurs, celui qui a fait ces promesses ne les a pas restreintes seulement pour un certain temps, ni pour certains lieux, ni pour certaines personnes en particulier; mais il les a faites généralement à tout le monde. « La foi de ceux qui a croiront, dit-il, sera suivie de ces miracles-ci: ({ ils chasseront les démons en mon nom, ils par- « leront diverses langues, ils toucheront les ser- « pents, etc. »
A l'égard du transport des montagnes, il dit positivement que quiconque dira à une montagne : Ote-toi de là, et te Jette dans la mer, pourvu qu'il n'hésite pas en son cœur, mais qu'il croie, tout ce qu'il commandera sera fait. Ne sont-ce pas des promesses qui sont tout à fait générales sans restriction de temps, de lieu, ni de personnes?
Il est dit que toutes les sectes d'erreurs et d'impostures prendront honteusement fm. INIais si Jésus-Christ entend seulement dire qu'il a fondé et établi une société de sectateurs qui ne tomberaient point dans le vice ni dans l'erreur, ces paroles sont absolument fausses, puisqu'il n'y a dans le christianisme aucune secte, ni société et église qui ne soit pleine d'erreurs et de vices, principalement la secte ou société de rÉglise romaine, quoiqu'elle se dise la plus pure et la plus sainte de toutes. Il y a longtemps qu'elle est tombée dans l'erreur ; elle y est née, ou.
pour mieux diro, elle y a été engendrée el formée; et maintenant elle est même dans des erreurs qui sont contre l'intention, les sentiments et la doctrine de son fondateur, puisqu'elle a, contre son dessein, aboli les lois des juifs qu'il approuvait, et qu'il était venu lui-même, disait-il, pour les accomplir et non pour les détruire, et qu'elle est tombée dans les erreurs el l'idolAtrie du paganisme, comme il se voit par le culte idolûtrique qu'elle rend à son Dieu de pâte, à ses saints, h leurs images et à leurs reliques.
Je sais bien que nos christicoles regardent comme une grossièreté d'esprit de vouloir prendre au pied de la lettre les promesses et prophéties comme elles sont exprimées; ils abandonnent \o sens littéral et naturel des paroles, pour leur donner un sens qu'ils appellent mystique et spirituel, et qu'ils nomment allégorique et tropologique, disant, par exemple, que par le peuple d'Israël et de Juda, à qui ces promesses ont été faites, il fautentendre non les israélites selon la chair, mais les israélites selon l'esprit, c'est-à-dire les chrétiens, qui sont l'Israël de Dieu, le vrai peuple choisi ; que, par la promesse faite à ce pouple esclave de le délivrer de la captivité, il faut entendre non une délivrance corporelle d'un seul peuple captif, mais la délivrance spirituelle de tous les hommes de la servitude du (h'mon, qui se devait faire par leur divin sauveur; que, par l'abondancedes richesses et toutes les félicités temporelles promises à ce
peuple, il faut entendre l'abondance des grâces spirituelles; et qu'enfin, par la ville de Jérusalem, il faut entendre non la Jérusalem terrestre, mais la Jérusalem spirituelle, qui est l'Église chrétienne.
[Niais il est facile de voir que ces sens spirituels et allégoriques n'étant qu'un sens étranger, imaginaire, un subterfuge des interprètes, il ne peut nullement servir à faire voir la vérité ni la fausseté d'une proposition, ni d'une promesse quelconque. Il est ridicule de forger ainsi des sens allégoriques, puisque ce n'est que par rapport au sens naturel et véritable que Ton peut juger de la vérité ou de la fausseté. Une proposition, par exemple, une promesse qui se trouve véritable dans le sens propre et naturel des termes dans lesquels elle est conçue, ne deviendra pas fausse en elle-même, sous prétexte qu'on voudrait lui donner un sens étranger qu'elle n'aurait pas : de même que celles qui se trouvent manifestement fausses dans leur sens propre et naturel ne deviendront pas véritables en elles-mêmes sous prétexte quon voudrait leur donner un sens étranger qu'elles n'auraient pas.
On peut dire que les prophéties de l'ancien Testament, ajustées au nouveau, sont des choses bien absurdes et bien puériles. Par exemple, Abraham avait deux femmes , dont l'une qui n'était que servante, figurait la synagogue, et l'autre qui était son épouse, figurait l'Eglise chrétienne; et, sous prétexte encore que cet Abraham avait eu
LE BON SENS DU CURE MESLIER oO.»
deux fils, dont l'un qui était de la servante, figurait le vieux Testament, et l'autre qui était de sou épouse, figurait le nouveau Testament. Qui ne rirait d'une si ridicule doctrine (i) ?
N'est-il pas encore plaisant qu'un morceau de drap rouge exposé par une putain, pour servir de signal à des espions, dans l'ancien Testament, soit la figure du sang de Jésus-Christ répandu dans le nouveau ?
Si, suivant cette manière d'interpréter allégoriquement tout ce qui est dit, fait et pratiqué dans cette ancienne loi des juifs, on voulait interpréter de même allégoriquement tous les discours, toutes les actions et toutes les aventures du fameux Don Ouichottc de la Manche, on y trouverait certainement autant de mystères et de figures.
C'est néanmoins sur ce ridicuh' fondement que toute la religion chrétienne suhsiste. C'est pourquoi il n'est [)res([ue rien, dans cetteancienne loi, que les docteurs christicoles ne lâchent d'ex[)liqnfT myslicjucment.
La pro[)hétie la plus fausse et la plus ridicule qu'on ait jamais faite est celle de Jésus dans Luc (2) ; il est prédit qu'il y aura des signes dan< le soleil et dans la lune, et que \c fils de l'honinn^ viendra dans une nuée juger les hommes; et il prédit cela pour la génération présente. Cela est-
(1) Speclalum admissi riêum Unealiê amici ! JIohat.)
(2) Voyez ch. .WI.
il arrivé? Le fils de rhomme est-il venu dans une nuée ?
Chap. VI. — Des erreurs de la doctrine et de la morale.
La religion chrétienne, apostolique et romaine enseigne et oblige de croire qu'il n'y a qu'un seul Dieu, et en même temps qu'il y a trois personnes divines, chacune desquelles est véritablement Dieu. Ce qui est manifestement absurde ; car, s'il y en a trois qui soient véritablement Dieu, ce sont véritablement trois Dieux. Il est faux dédire qu'il n'y ait qu'un seul Dieu; ou, s'il est vrai de le dire, il est faux de dire qu'il yen ait véritablement trois qui soient Dieu, puisqu'un et trois ne se peut véritablement dire d'une seule et même chose.
Il est aussi dit que la première de ces prétendues personnes divines, qu'on appelle le père^ a engendré la seconde personne qu'on appelle le fils^ et que ces deux premières personnes ensemble ont produit la troisième que l'on appelle saint-esprit^ et néanmoins que ces trois prétendues divines personnes ne dépendent point Tune de Tautre et ne sont pas même plus anciennes l'une que l'autre. Cela est encore manifestement absurde, puisqu'une chose ne peut recevoir son être d'une autre sans quelque dépendance de cette autre, et qu'il faut nécessairement qu'une chose soit, pour qu'elle puisse donner l'être à une autre. Si donc la seconde et la troisième
F.r: I5UN -i;.N< ul" «ukl meslilh ;ii,l
personnes divines ont reçu leur être de la jircniicre, il faut ncccssaircmcnt qu'elles d«!'pondcnt, dans leur être, de cette pivmirre personne qui leur aurait donné l'être, ou (jui les aurait engendrées; et il faut nécessairement aussi que cette première, qui aurait donné l'être aux ileux autres, ait été avant, puisque ce qui n'est point ne peut donner l'être h rien. D'ailleurs, il répugne et est absurde de dire qu'une chose qui aurait été engendrée ou produite n'aurait point eu de commencement. Or, selon nos christicoles, la seconde et la troisième personnes ont été engendrées ou produites ; donc elles ont eu un commencement; et si elles ont eu un commencement, et que la première personne n'en ait point eu, comme n'ayant point été engendrée ni produite d'aucune autre, il s'ensuit de nécessité (jue l'une ait été avant l'autre.
Nos christicoles, qui sentent ces alisunlilés et qui ne peuvent s'en parer par aucune bonne raison, n'ont point d'autre ressource que de dire qu'il faut pieusement fermer les yeux de la raison humaine et humblement adorer de si hauts mystères, sans vouloir les comprendre; mais comme ce (ju'ils appellent foi est ci-devant solichMUcnt réfuté, lors(ju'ils nous disent cju'il faut se soumettre, c'est comme s'ils disai«'nt qu'il faut aveuglément croire ce qu'on ne croit pas.
Nos déichristicoles condamnent ouverlemml l'aveuglenuMit des anciens païens qui adoraient plusieurs dieux, ils se raillent de la généalogie
de leurs dieux, de leur naissance, de leurs mariages et de la génération de leurs enfants ; et ils ne prennent pas garde qu'ils disent des choses beaucoup plus ridicules et plus absurdes.
Si les païens ont cru qu'il y avait des déesses aussi bien que des dieux, que ces dieux et ces déesses se mariaient et qu'ils engendraient des enfants, ils ne pensaient en cela rien que de naturel ; car ils ne s'imaginaient pas encore que les dieux fussent sans corps ni sentiments; ils croyaient qu'ils en avaient aussi bien que les hommes. Pourquoi n'y en aurait-il point eu de mâle et de femelle? On ne voit point qu'il y aitplus de raison de nier ou de reconnaître plutôt l'un que l'autre; et, en supposant des dieux et des déesses, pourquoi n'engcndreraient-ils pas en la manière ordinaire ? Il n'y aurait certainement rien de ridicule ni d'absurde dans cette doctrine, s'il était vrai que leurs dieux existassent.
Mais, dans la doctrine de nos christicoles, il y a quelque chose de bien plus ridicule et de plus absurde; car, outre ce qu'ils disent d'un Dieu qui en fait trois, et de trois qui n'en font qu'un, ils disent que ce Dieu triple et unique n'a ni corps, ni forme, ni figure ; que la première personne de ce Dieu triple et unique, qu'ils appelent le père, a engendré toute seule une seconde personne qu'ils appellent le /?/s, et qui est tout semblable à son père, étant comme lui sans corps, sans forme et sans figure. Si cela est, qu'est-ce qui fait que la première s'appelle le
LE BON SENS DL uLKh ML-LILH 363
père plutôt que la mère, et que la seconde se nomme plutôt le fils que la fille? Car si la première est véritablement plutôt père que mère, et si la seconde est plutôt fils que fille, il faut nécessairement qu'il y ait quelque chose dans Tune et dans l'autre de ces deux personnes qui fasse que l'un soit père plutôt que mère, et l'autre plutôt lils que fille. Or, qui pourrait faire cela, si ce n'est qu'elles seraient toutes deux mAles et non femelles ? Mais comment serontelles plutôt mâles que femelles, puisqu'elles n'ont ni corps, ni forme, ni figure ? Cela n'esc pas imaginable et se détruit de soi-même. N'importe ; ils disent toujours que ces deux personnes sans corps, forme, ni figure, et par consé- (juent sans différence de sexe, sont néanmoins père et (ils, et qu'ils ont produit par leur mutuel amour une troisième personne qu'ils appellent If sainl-csf)ril, bupK'Ile personne n'a, non plus (jue les deux autres, ni corps, ni foriiir. ni figure. Ouel abominable galimatias !
Puiscpie nos christicoles bornent la puissance de Dieu le père h nVngendrer ({u'un lils, pour- (juoi ne veulent-ils pas (jue cette seconde personne, aussi bien que la troisième, ail, comme la proniièrf, la puissance d'engendrer un lils (pii soit semblable à elles? Si cette puissance d'engendrer un lils est une j)erfeclion dans la première personne, c'est donc une perfection et une puissance cpii n'est point dans la seconde ni dans la troisième personne. Ainsi, ces deux personnes
manquant d'une perfection et d'une puissance qui se trouvent dans la première, elles ne seraient certainement pas égales entre elles. Si, au contraire, ils disent que cette puissance d'engendrer un fils n'est pas une perfection, ils ne devraient donc pas l'attribuer à la première personne non plus qu'aux deux autres, parce qu'il ne faut attribuer que des perfections à un être qui serait souverainement parfait.
D'ailleurs, ils n'oseraient dire que la puissance d'engendrer une divine personne ne soit pas une perfection ; et s'ils disent que cette première personne aurait bien pu engendrer plusieurs fils et plusieurs fdles, mais qu'elle n'aurait voulu engendrer que ce seul fils, et que les deux autres personnes pareillement n'en auraient point voulu engendrer d'autres, on pourrait: i° leur demander d'où ils savent que cela est ainsi; car on ne voit point, dans leurs prétendues Ecritures saintes, qu'aucune de ces divines personnes se soit positivement déclarée là-dessus. Comment donc nos christicoles peuvent-ils savoir ce qui en est? Ils n'en parlent donc que suivant leurs idées et leurs imaginations creuses.
2** On ne pourrait dire que, si ces prétendues divines personnes avaient la puissance d'engendrer plusieurs enfants, et qu'elles n'en voulussent cependant rien faire, il s'ensuivrait que cette divine puissance demeurerait en elles sans effet. Elle serait tout à fait sans effet dans la troisième personne qui n'en engendrerait et n'en
LE bON SENS nu (LIIK MtsLlLli 303
produirait aucune, et elle serait presque sans cfTct dans les deux autres, puis(|u'elles voudraient la borner à si peu. Ainsi, celte puissance, qu'elles auraient d'engendrer et de produire quantité d'enfants, demeurerait en elles comme oisive et inutile, ce qu'il ne serait nullement convenable de dire de divines personnes.
Nos christicoles blAment et condamnent les })aïens de ce qu'ils attribuaient la divinité h des hommes mortels et de ce qu'ils les adoraient comme dieux après leur mort; ils ont raison en cela : mais ces païens ne faisaient que ce que font encore nos christicoles, qui attribuent la divinité à leur Christ : en sorte qu'ils devraient cux-mômes se condamner aussi, puisqu'ils sont dans la môme erreur (^ue ces j^aïens, qu'ils adorent un homme (jui était mortel, et si bien mortel qu'il mourut honteusement sur une croix.
Il ne servirait de rien ù nos christicoles de dire qu'il y aurait une grande dilTcrence entre leur Jésus-Christ et les dieux des païens, sous prétexte que leur (Christ serait (comme ils disent) vrai Dieu et vrai homme tout ensemblç, alt<-ndu (juc la divinité si; ser;iit véritablement incarnée en hii; ;iu inuy<'n de quoi la naliire (bvine se trouvant joiiitir et unie hy|»ostîiti<|uement (comme ils disent) avec la nature humaine, ces deux natures auraient fait dans Jésus-(^iirisl un vrai Dieu et un vrai homme; ce qui ne s'éluil jamais fait (î\ ce qu'ils [irétrmdent dans les dieux des paie [1 s.
Mais il est facile de faire voir la faiblesse de cette réponse ; car, d'un côté, n'aurait-il pas été aussi facile aux païens qu'aux chrétiens de dire que la divinité se serait incarnée dans les hommes qu'ils adoraient comme dieux? D'un autre côté, si la divinité avait voulu s'incarner et s'unir hypostatiquement à la nature humaine dans leur Jésus-Christ, que savent-ils si cette même divinité n'aurait pas bien voulu aussi s'incarner et s'unir hypostatiquement à la nature humaine dans ces grands hommes et dans ces admirables femmes qui, par leur vertu, par leurs belles qualités, ou par leurs belles actions, ont excellé sur le commun des hommes et se sont fait ainsi adorer comme dieux et déesses ? Et si nos christicoles ne veulent pas croire que la divinité se soit jamais incarnée dans ces grands personnages, pourquoi veulent-ils nous persuader qu'elle se soit incarnée dans leur Jésus? Où en est la preuve? Leur foi et leur créance, qui étaient dans les païens comme dans eux; ce qui fait voir qu'ils sont également dans l'erreur, les uns comme les autres.
Mais ce qu'il y a en cela de plus ridicule dans le christianisme que dans le paganisme, c'est que les païens n'ont ordinairement attribué la divinité qu'à de grands hommes, auteurs des arts et des sciences, et qui avaient excellé dans des vertus utiles à leur patrie. Mais nos déichristicoles, à qui attribuent-ils la divinité? A un homme de néant, vil et méprisable, qui n'avait
LL liÛ.N <I:NS du CUIU. MESLIEIt 3C7
ni talent, ni science, ni adresse, né de pauvres parents, et qui, depuis qu'il a voulu paraître dans le monde et faire parler de lui, n'a jiassé que pour un insensé et pour un séducteur, (|ui a été méprisé, moqué, persécuté, fouetté, et enfin qui a été pendu comme la plupart de ceux qui ont voulu jouer le même rôle, quand ils ont été sans courage et sans habileté.
De son temps, il y eut encore plusieurs autres semblables imposteurs qui se disaient être le vrai messie promis par la loi ; entre autres, un certain Judas, Galiléen, un Théodore, un Harcon et autres, qui, sous un vain prétexte, abusaient les peuples et tâchaient de les faire soulever pour les attirer à eux, mais qui sont tous péris.
Passons à ses discours et h quelques-unes de ses actions, qui sont drs plus singulières dans leur espèce. « Faites pénitence, disait-il aux peu- <( pies, car le royaume du ciel est proche; croyez u cette bonne nouvelle. » Kl il allait courir tout/» la Galilée, préchant ainsi la prétendue venue prochaine du royaume du ciel, (lomme |)ersonne n'a encore vu aucune apparence de la venue de ce royaume, cesl une preuve parlante (|n'il n'i'tait (pi'imaginaire.
Mais voyons dans ses autres prédications l'éloge cl la descriiilion de ce beau royaume.
Voici comme il |>arlail aux |)euples : « Le ♦' royaume d("s cieux est semblable ,'i un homme u (|ui a semé du bon grain dans son champ ; mais,
(( pendant que les hommes dormaient son ennemi « est venu qui a semé la zizanie parmi le bon (( grain. Il est semblable à un trésor caché dans (. un champ : un homme ayant trouvé le trésor, « le cache de nouveau; et il a eu tant de joie de « l'avoir trouvé, qu'il a vendu tout son bien, et (c il a acheté ce champ. Il est semblable à un mar- « chand qui cherche de belles perles, et qui, en « ayant trouvé une d'un grand prix, va vendre tout « ce qu'il a, et achète cette perle. Il est semblable « à un filet qui a été jeté dans la mer et qui ren- (' ferme toutes sortes de poissons : étant plein, les « pêcheurs l'ont retiré, et ont mis les bons pois- « sons ensemble dans des vaisseaux, et jeté dehors (( les mauvais. Il est semblable à un grain de mou- « tarde qu'un homme a semé dans son champ : il « n'y a point de grain si petit que celui-là, néan- « moins quand il est crû, il est plus grand que « tous les légumes, etc. » Ne voilà-t-il pas des discours dignes d'un Dieu?
On fera encore le même jugement de lui, si l'on examine de près ses actions. Car, i° courir toute une province, prêchant la venue prochaine d'un prétendu royaume; 2'' avoir été transporté par le diable sur une haute montagne, d'où il aurait cru voir tous les royaumes du monde : cela ne peut convenir qu'à un visionnaire; car il est certain qu'il n'y a point de montagne sur la terre d'où l'on puisse voir seulement un royaume entier, si ce n'est le petit royaume d'Yvetot, qui est en France; ce ne fut donc que par imagina-
LE BON .SENS DU CLHE ME-LIEH 3ôJ
lion fjii'il vil tous ces royaumes, et qu'il fut transporté sur cette montairne, aussi hieu que sur le pinacle du temple; *j'^ lorsqu'il guérit le sourtl et le muet, dont il est parlé dans saint Marc, il est dit qu'il lui mit ses doigts dans les oreilles, et qu'ayant craché, il lui tira la langue; puis jetant les yeux au ciel, il poussa un grand soupir et lui dit : Ephela. Enfin, (ju'on lise tout ce qu'on rapporte de lui. et qu'on juge s'il y a rien au monde de si ridicule.
Ayonl mis sous les yeux une partie des pauvretés attribuées à Dieu parles chrislicoles, continuons à dire quelques mots de leurs mystères.
Ils adorent un Dieu en trois personnes, ou trois personnes en un seul Dieu, et ils s'attribuent la puissance de faire des dieux de pâte et de farine, et même d'en faire tant qu'ils veulent. Car, suivant leurs principes, ils n'ont qu'à dire seulement quatre paroles sur telle quantité de verres de vin, ou de ces petites images de pîUe, ils en feront îiutant de dieux, y en cùt-il des millions. Quelle folie ! avec toute la prétendue puissnnee de leur Christ, ils ne sauraient faire la moindre mouche, et ils croient pouvoir faire des dieux à milliers. 11 faut être fraj)|)é d'un étrange aveuglement pour soutenir des choses si pitoyal)les,et cela sur un si vain fondement que celui des j)aroles équivoques d'un fanatitjue.
Ne voient-ils pas, ces docteurs aveuglés, que c'est ouvrir une porte sjiacieuse t^i toutes sortes (i'idolilti ics, que de vouloir faire adorer ainsi des
images de pâte, sous prétexte que des prêtres auraient le pouvoir de les consacrer et de les faire changer en dieux? Tous les prêtres des idoles n'auraient-ils pu et ne pourraient-ils pas maintenant se vanter d'avoir un pareil caractère?
Ne voient-ils pas aussi que les mêmes raisons qui démontrent la vanité des dieux ou des idoles de bois, de pierre, etc., que les païens adoraient, démontrent pareillement la vanité des dieux et des idoles de pâte et de farine que nos déichristicoles adorent? Par quel endroit se moquent-ils de la fausseté des dieux des païens ?N'est-cepoint parce que ce ne sont que des ouvrages de la main des hommes, des images muettes et insensibles? Et que sont donc nos dieux que nous tenons enfermés dans des boîtes, de peur des souris ?
Quelles seront donc les vaines ressources des christicoles? Leur morale! elle est la même au fond que dans toutes les religions; mais des dogmes cruels en sont nés et ont enseigné la persécution et le trouble. Leurs miracles ! mais quel peuple n'a pas les siens, et quels sages ne méprisent pas ces fables ? Leurs prophéties ! n'en a-t-on pas démontré la fausseté? Leurs mœurs î ne sont-elles pas souvent infâmes? L'établissement de leur religion! mais le fanatisme n'a-t-il pas commencé, l'intrigue n'a-t-elle pas soutenu visiblement cet édifice ? La doctrine ! mais n'est-elle pas le comble de l'absurdité ?
Je crois, mes chers amis, vous avoir donné un
LE l:ON SENS DU- CURE ME.'?I.IEH 371
préservatif suffisant contre tant de folies. Votre raison fera encore plus que mes discours ; et plût à Dieu que nous n'eussions à nous plaindre que d'être trompés ! Mais le sang humain coule depuis le temps de Constantin pour l'établissement de ces horribles impostures. L'Eglise romaine, la grecque, la protestante, tant de disputes vaines, et tant d'ambitieux hypocrites ont ravagé l'Europe, l'Afrique et l'Asie. Joignez, mes amis, aux hommes que ces querelles ont fait égorger, ces multitudes de moines et de noncs devenues stériles parleur étal. \'oyez combien de créatures sont perdues, et vous verrez que la religion chrétienne a fait périr la moitié du genre humain.
Je finirai par sup[)lier Dieu, si outragé par crllr secte, de daigner nous rappeler h la religion naturelle, dont le christianisme est Teimemi déclaré : à celle religion sainte (pie Dieu a mise dans le cœur de tous les hommes, qui nous apprend }\ ne rien faire à autrui que ce que nous voudrions être fait à nous-mêmes. Alors l'univers serait composé de bons citoyens, de pércs justes, d'enfants soumis, d'amis tendres. Dieu nous a donné cette religion en nous donnant la raison. Puisse h' fanatisme ne la plus pervertir! Je vais mourir plus rempli de ces désirs (jue d'espérance.
J. .Ml.Nl.ll.Fl.
IJIrépigny, ir> mars 1732.
TAULE DES .MATIÈIÎES
PnrFACF. DE l'Kditei'r 7
Letire de N'olUiire .'» dAlembert ... v
Lellre du inrine au rnc^rne i-
Héponso do d'Alomhert ...
Lettre de N'oltaiic à d Alembcrt . 1 1
Rt'ponKe de d'Ali*mbcrt i •
Lettre de dAlembert à Volt;ure . . ;';/
Lettre de Voltaire à d'.Membert . . . '/ /
— au comte d'Ar^rcnlnl i3
— à iJ.imilaville ... /. .'
— à m.idaiiie de IMoriari i..
— au marquis d'Argence /.; /
— :\ Helvétiurt .... lù Vie de .]. Meslier, d'ai)rès Voltiire. . . i; rJéclaralioa de re curé à se.s pnroirtsien-^ im
. \NT-i'HiHM»K détaché de son '/'eslanienl ' '«mporaison de Mc«lieravcc \\oolHl(»n hrciel de la (lonxeiilion nationale, sur la pn>poHilion
«If faire ériger un»» statue au curé J. Mrulipr. . . a5