LA MORALITE
applaudi de la plus élémentaire moralité, empoisomiaient bien autrement les consciences que ne le font aujourd'hui nos péchés, qui du moins portent leur signalement.
Le spectacle des débauches royales épanouies au grand jour, imitées par les courtisans, scrupuleasement reproduites en Allemagne et à Londres, exagérées par les Czarines à Saint- Pétersbourg, généralement acceptées comme un fait acquis et naturel : voilà qui faussait la conscience jusqu'en ses dernières profondeurs.
L'hypocrisie des philosophes dont le scepticisme s'étalait dans les salons, dont les genoux fléchissaient à Téglise, de ces hommes qui pratiquaient un culte auquel ils ne croyaient plus -^ Voltaire se vantait d'avoir fait ses Pâques, les incrédules beaux esprits se mariaient selon
122 LE' BeW- VIB!U3f TEMPS
lë nîte GsAoIiquev sçfeRiten pecbe, oosnii» il ftbllsdt^ leur ililtet île omitèsB^m -^œs-meai- S0nge»et^esrlâelietésv qnin'ôtlmiu»6nl^{)en39B9e, blessaient la eenseienoe^ et^ finiàsffitiei^ pim la toBT. La nation de véritéy eeilè^du"!cfe¥oir s-'bbscurciasaifeBt' rapWenïeBtt
Ces emseignemeaits^lèf^ pfewws e^^GowmpIfe^PSy Fliisloire dii* tempg^ jadis Iw fôurnit! en- ab«idance. L'FïistoimnoHffînwBtt^ Fraapoiaf 1*% le roi cHevalièr, qui prête àiî(lWI*i**ua^9Biri»eBr|3soiènnel^ aprèa'avoiirpriàiayeiUav.p8i^déT€ffi(ttéjxi0kfê, Fengagemant non^ niBHift^sdteniifii^ di^Tiole>r sa parole d'homaift d-hofjûnBUK- L'histDiiSËnôtm' mQaitrœGluirte9ï^(iitint^iLadi^rgaire* de Ft^noois If, . qni^Uaiti^ aa iBièi^; . Jeasme là^ folle — (filrôn^r mièu^v J^ffinne- la protestante
OBfiqoée d& respeet^ avec ne eruauté peCe, avec UD6 ténacilâ d'nq^Mtiee emmieUée qui tdameaai aajoardrimi eonéamier aux galères ilsaeacs. dépcaw poar aeconpGr de pareils
L'iôsloire bous Bioatre P6îlippe II, le digne fils de Charles-Qin^ qui reprené auprès* de don Carlos, livré sans défense à son pouvoir^ ce irâlâd'un<TaffUiIe,.dcwbJé^d'ttiiaaBattiiL.
L'histoire nous montre, au xvi° siècle, le meurtre froidement, pieusement, consciencieusetn^nf organisé des souverains qui se gênent ou qui se déplaisent entr'eux. Ainsi le roi d'Espagne fait arquebuser le prince d'Orange; ainsi le pape s'unit à Philippe II pour essayer à plusieurs reprises d'en flûir avec Élizabeth.
L'histoire nous montre l'altération des mon-
naies, un vol pur et simple, habituellement pratiqué par le pouvoir royal.
L'histoire nous montre la banqueroute^ autre vol, qui de temps en temps vient au âecours des embarras financiers. Tantôt Ton diminue les créances, tantôt l'on suspend ou Ton supprime le payement des intérêts :
.... Plus pâle qu'un rentier, A Taspect d'un arrêt qui supprime un quartier!
Mais si le rentier pâlit, le gros public hausse' à peine les épaules; crimes, peccadilles , tout le laisse indifférent.
Le sens moral a fait plus que fléchir, il a disparu.
Tel est le bon vieux temps.
Je l'ai représenté d'une manière que je crois exacte et que je sais impartiale.
Il eût été puéril, injuste par-dessus le marché, de refuser tout éloge à cet âge-là. Je lui reconnais des vertus. Je reconnais môme que quelques-unes de ces vertus nous sont étrangères éi que nous ne saurions y aspirer; Chaque temps aies siennes au surplus, aucun n'en estentiè-
rement déshérité. Et cela n'empêche pas qu'il n'y ait des siècles fmiestes, et qu'il n'y ait des siècles meilleurs.
Pris dans son eBsemble, malgré quelques nobles exceptions, en dépit de ses vertus, le bon vieux temps m'inspire une répulsion profonde*
Quand on cherche ce qu'il a fait de la justice, de la paix, de la liberté, de la vérité, des convictions, de lafiÉnrilte^ desT-mcMim; quand on suit tout au travers d(fe* lônp^ siècles- — bien longs et bien lugubres^ — œ despotisme impiacable qui desr mains dite^ prèlf es passe aux mains dé rÉtât , qui toujours est la tyrannie^ qui opprime toujours^ le Mble^ qui toujours écrase l'indépendÉnee, qm aboutit toujours? à Keselairatge^dès âm«9> à ngnovance^-dès^ nDasBas, à^ l'indicible misëvo' &ffss: popuiatimisy alOTS le
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eœur se révolte, et Ton se détourne d'un.teoips qui a possédé le ebristianisme et qui n'en a tiré que cela.
Be ehnstianisme! Ahl certes, on reconnaît sa présence à plus d'un signe glo^eux. De tou-
chantes piétés se sont épanouies au moyen âge ; la Béforme, eette résurrection admirable, a fait plsflF. lard refleurir la chrétienté ; nos martf^rs, nos puritains, nos huguenots, nous ont montré comme il faut croire et comme il faut obéir; le Refuge, la tour de Constance chez les prêtestaats, Port-Royal chez les catholiques ont témoigné de l'héroïsme et de la vitalité de la foi. Mais «tùx-là sont les foulés, ce sont les méprisés ; le llw vieusttemps n^en a pas voulu, il les a honnis^ il 1» a détasiâs, il les a tués pour autant qu'il «ipvi;; ce' sont tes bommes de V&fremrv ce sent
les hommes qui détruiront le bon vieux temps!
Vous parlez du moyen âge, vous parlez du beau temps jadis I Voyons quel spectacle il présente à nos yeux :
Une Société cléricale.
Un clergé gouverné par un chef suprême, le pape, disposant à son gré des consciences et souvent des royautés.
Des moines couvrant l'Europe entière et la possédant ou peu s'en faut.
Des clercs et des religieux aussi décriés que corrompus.
Des ordres mendiants, les franciscains et les dominicains, affectant l'humihté suprême tout en se disputant le gouvernement du monde; affichant l'indigence absolue et se partageant
la presque totalité des biens territoriaux, sans coDQpterles trésors.
L*unité catholique maintenue par des procédés féroces.
Des superstitions accompagnant partout des incrédulités.
La religion, tantôt réduite au plus machinal formalisme, tantôt descendue à l'état d'une bouffonnerie dont on se rit, même chez les papes et chez les cardinaux,
La servitude et l'arbitraire partout.
La direction : pas une âme libre.
L'inquisition : pas une conviction libre.
Les droits seigneuriaux : pas un homme libre.
La Bible, ou brûlée ou supprimée.
L'ignorance absolue.
La misère inouïe.
Les souffrances inexprimables.
La vie humaine décroissant avec rapidité.
Les populations s'effaçant du soL
Les guerres, les destructions et les pestes à l*état permanent
Telle sort l'Europe des mains d'un clergé qui ra> pendant cinq ou six siècles^ despotiqùement gouvernée^ soumise à sa discipline, tenue à l'école de ses enseignements uniques et souverains M
1. La France respira deux fois : l'une sous Charles VII, Tauti'e sous Louis XII. Mais ce fut court.
Les Ë^ats généraux de 1439 séparent les deux parties du règne de Charles VII : celle que souillèrent les excès des Ëcorcheurs, celle que marqua le rétablissement de l'ordre, ramené par Jacques Cœur.
Il faut voir, pour se faire une idée des douleurs de l'époque, rénumération des atrocités commises par les anciens soldats et par les ligueurs leurs chefs, telle qu-eUe est présentée aux États généraux.
Ces Etats ont fondé la monarchie absolue eamème temps
'^mvm!^ 131 Tous i^rai^je iboq îiiqpreHmil?
Après avoir «oigneunenafit étudié l'image
d'autrefois , cpielle q«e puisse être Fimage
•qu'ils ont porté te coup mortel à la féodalité et à son despotisme effréné. En rendant la taille annuelle et en versant cet impôt non ^olèdaDsle tréfiar< royal, les États rendaient leur propre convocation inutile. L'impôt perçu de la sorte amena la création des armées permanentes. Ainsi parurent simultanément ces divers agents de la monarchie absolue : l'impôt, l'armée, la centralisation administrative, l'abaissement des seigneurs.
Le soulagement fut immense. On échappait au désordre •et à la féodalité; c'était assez, on ne regardait pas plus loin.
Louis XII effectua des réformes plus significatives et plus désintéressées.
Épargnes dont les. courtisans se moquaient, répression <les abus et des déprédations militaires dont les hommes -de guerre se plaignaient, la justice impartiale et gratuite, les impôts diminués, voilà ce qui valut à Louis XII le ti tre de Père du peuple.
Le peuple.se sentait aimé et protégé, pour la première fois.
François. P'. se chargea' 4e le ééaiâmadû
d'aujourcThui — et nous allons l'examiner — je suis bien décidé, pour mon compte, à ne pas accorder au bon vieux temps l'ombre même d'un regret.
Le temps qui lui succède pourra mal tourner.
L'avenir en décidera. N'importe! le bon vieux temps, lui, est mauvais ; le fait est acquis, on n'en saurait revenir, la cause est instruite, le procès est jugé.
Je voudrais — le souhait est méchant — condamner les gens qui versent des larmes sur le beau temps jadis, à respirer, ne fût-ce qu'une heure, dans l'atmosphère du meilleur de ses jours !
Lequel prendraient-ils ?
Celui qui brûlait l'Évangile ? celui qui courait sus aux Vrais chrétiens ? celui qui amassait les
obscurités sur l'Europe empestée? celui qui soumettait les âmes à la direction des clercs?
celui qui livrait les serfs à la tyrannie des seigneurs? celui qui malmenait les vilains? celui qui guerroyait et qui massacrait partout? celui qui altérait les monnaies et qui suçait le peuple jusqu'à la moelle des os? celui qui étouffait toute manifestation de la pensée? celui qui lançait les lettres de cachet? celui qui tenaillait et qui rouait?
Quant à moi, mon choix est fait.
Je me suis parfois demandé dans quel temps j'aurais voulu vivre; et toujours, après un long pèlerinage de siècle en siècle, j'en suis revenu au xix**, au nôtre, au mien!