I . Elle sert', d'mtroâaction au Décameron de Boccace
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tristesse, la mort est pleine d'obscurité : Tàme ne peut se réfugier nulle part. Il n'y a point d'abri. Pas plus de joie dans l'éternité que dans le présent. L'antique sérénité s'est effacée. Le catholicisme romain ne promet qu'un purgatoire terrible, qu'un paradis ennuyeux.
La philosophie du Chinois, qui lui fait envisager son cercueil comme le meuble le plus précieux; le fatalisme du Musulman, qui le fait doucement errer parmi les tombes et les cyprès de ses champs des morts, ne peuvent. Dieu merci, consoler ces âmes. Elles gardent assez de foi pour ne se pouvoir satisfaire de ces horizons douteux.
Mais si le bon vieux temps a conservé le se* rieux, il est trop accablé, trop découragé, trop enténébréy. trop- éloigné du rayonnant Évangile
— ceci explique tout — pour posséder, en présence de la mort, ces certitudes radieuses, cet espoir elssuré qui en éclairent les chemins.
J'ai fait tout à l'heure allusion aux Jacqueries.
Révoltes du désespoir, elles se reproduisent fi équenoaaaeat.
Au treizième siècle, les Pastoureaux traversent la France du nord au sud, égorgeant les seigneurs, égorgeantles prêtres, laissant partout îcs ruines et la douleur.
Ces faits extrêmes ne se renferment pas dans le moyen âge. Plus tard,* quand la monarchie a fout envahi, quand les grands règnes éblouissent le monde entier, la détresse est pareille.
Les grands règnes ! C'est précisément au mo-
ment des grands règnes qu'éclatent les grandes désolations.
Sous François I'*»', les campagnes ne respirent plus.
Sous Louis XIV, le grand Roi^ on ne sait lesquelles l'emportent, en fait de malheur, des premières ou des dernières années.
A tout prendre, c'est la fin de cette royauté brillante et malfaisante. Au commencement du règne, on sortait de la Fronde ; la France était épuisée, mais la France avait des ressources, il lui restait quelque vigueur. A la fin, on sortait des grandes guerres; la France avait donné son dernier homme et son dernier écu. D'un bout à l'autre bout du pays, on ne mangeait plus, et l'on mourait.
Ainsi se payaient les gloires du Roi-Soleil.
Saint-Simon a beau nous montrer le peuple broutant l'herbe, peu importe au bon vieux temps. Il n'y regarde pas de si près. L'histoire,, redisons-le, ne daigne guère s'occuper des souffrances du peuple, tant le fait est habituel, tant il est acquis, tant il est puéril de s'arrêter aux misères de ceux qui ne sont ni seigneurs^ ni prélats, ni généraux.
L'histoire du bon vieux temp^ fait comme lui, elle écrase les petits. Elle raconte sans sourciller une des pires infamies du pouvoir royal,, cet acte signé Louis XY : le Pacte de famine ^ en vertu duquel une association &'est formée pour acheter les blés quand ils sont à bas prix, pour les revendre quand les prix ont monté» produi-* sant la cherté par l'accaparement. L'entieprise est ofQcielle, le gouvernement la protège et. la
soutient, les produits deviennent fabuleux, le roi Louis XV se félicite d'avoir si bien placé dix millions de sa cassette^ la cour entière, à commencer par les ministres, suit l'exemple royal^ et c'est ainsi que les vampires sucent la natio» jusqu'au dernier sang 1
LE PAUPERISME
Les partisans du passé opposent à nos attaques un argument sans réplique : le paupérisme!
A toutes les détresses du bon vieux temps, ils répondent par ces mots : Le paupérisme n'existait pas I
Je ne connais guère ni de prétention plus absurde, ni d'assertion mieux démentie par les
faits.
Lisez Moreau Christophe, lisez tous ceux qui
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ont étudié, pièces en main, les longues annales du paupérisme; vous verrez que ce mal horrible — ne le confondons pas avec la pauvreté — n'a jamais sévi avec plus de violence que dans le bon vieux temps, n'a jamais été moindre que de nos jours.
Le paupérisme de l'antiquité dépasse l'imagination, des douleurs sans nom comme sans secours agonisaient dans les bas-fonds de ce monde-là.
Le paupérisme du moyen-âge, celui de l'ancien régime ont conservé des proportions lamentables.
Entre les famines et les pestes, entre les Jacqueries et les lugubres processions des flagellants, le monstre dépenaillé traîne ses haillons. Il se tapit aux cours des miracles, il s'étale au
<;oiii des rues sous toutes les formes de la meiv -dicitéy il asservit des classes entières, et les plus nombreuses de la société d'alors. Qu'est-ce ^près tout, que le servage, sinon le paupélisme au dernier degré 1
Le paupérisme régnait en Europe , on nous permettra de le croire , lorsque les populations décroissaient rapidement, lorsque le désert s'étendait partout.
Aujourd'hui, la vie moyenne s'est allongée; -aujourd'hui, le'désert s'est peuplé; ces deux faits ne semblent pas indiquer que le paupérisme se soit accru.
Les champions du bon vieux temps ne se tiennent pas pour battus.
Ce temps-là — disent-ils — ne connaissait pas
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l'industrie, Tiadustrie est mère du paupérisme» . par conséquent, nous avons reculé I
Vous le pensez? Alors, faites ceci. Proposez au plus misérable d'entre les ouvriers d'aujourd'hui, les conditions qui formaient la vie des ouvriers d'autrefois; vous verrez ce qu'il vous répondra.
Le dix-neuvième siècle, loin de rester en arrière du dixième, fournit, même aux plus dépourvus^ un ensemble de jouissances et de facilités dont l'industrie est la source, précisément.
Que l'industrie ait ses indigences et ses inconvénients, nul ne le niera. Certains centres manufacturiers sont des foyers de pourriture et de mort; les populations s'y étiolent et s'y corrompent ; la famille s'y déprave, tout s'y dissout.
Mais notre temps, à nous, ne prend pas son
parti de ces choses-là; notre siècle possède un trésor dont se passait le bon vieux temps : nous avons la conscience, les lumières, la discussion. Les infamies sont dénoncées, les attentats qu'abritaient le mystère, nous les tirons au jour, la souffrance d'autrui ne nous laisse plus dormir tranquilles; nous protestons, nous réclamons, nous obtenons, et tout annonce que, bientôt, les mesures protectrices dues en Angleterre à ce moderne élan d'amour trouveront leur application dans le monde entier. La loi proscrira les logements insalubres; la loi fixera, bornera les heures du travail; la loi protégera les femmes et les enfants.
Voyez au surplus certaines villes manufacturières, voyez certains établissements industriels, regardez ces maisonnettes et ces jardins dont
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Touvrier, moyennant une location modique, devient en peu d'années possesseur; comptez les bibliothèques, comptez les associations coopératives, comptez les sociétés de secours mutuels! Aurez -vous le courage d'affirmer, encore, que le sort du travailleur ne s'est point amélioré!
L'industrie, ce fait moderne, qui nous appartient, que nous n'avons nulle envie de répudier, ne mérite pas le mal qu'on en dit. Si l'industrie enfante çà et la des misères, elle crée bien plus deprospérité.Vôtements,nourriture,habitations, éclairage, chauffage, déplacements, communications, elle perfectionne ou produit tout, et les pauvres comme les riches, les défenseurs du présent siècle comme les avocats du bon vieux temps, tous nous sommes ses obligés.
Nous lui devons plus encore ; elle nous a donné
iS2 LE. BON VIEUX TEMPS
Texpansion, générale, prodigieuse, des lettres, des sciences et des arts.
- Je vous entends ! — L'artisan d'autrefois, qui liaisait son œuvre seul, qui la faisait complète, j mettant son cœur, y gravant son individualité, 'dépassait de partout notre ouvrier que la spécialité condamne à reproduire sans cesse le môme ^détail d'un ensemble qu'il ne verra peut-être jamais. L'artisan, c'était l'homme. Notre ouvrier, à nous, serviteur d'une machine, machinisé lui- .même, n'est plus guère qu'un outil! — Vous croyez? Dans ce cas, faites une chose, prenez les classes ouvrières aux deux époques, prenez-les «n bloc, avec leurs ignorances, avec leurs connaissances, avec ce qu'elles savent, avec ce qu'elles ne savaient pas, comparez, et contestez, si vous l'osez, le progrès accompli!