‹ Le bon vieux temps; (volume 2)Chapitre 22 sur 51 · DE · texte numérisé non relu

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Dans le bon vieux temps les élections parlementaires ne se faisaient pas dans une seule journée. Les bureaux de votation restaient ouverts tous les jours tant qu'il s'enregistrait une voix par heure. Il arrivait très souvent que les élections duraient un mois et les rixes étaient aussi fréquentes que sanglantes entre les patriotes et les bureaucrates.

Le premier mai 1832, les citoyens dte Montréal furent appelés à choisir un député pour l'assemblée législative.

Deux candidats étaient sur les rangs: le docteur Daniel Tracey, un des collaborateurs du Vindicator, un patriote à tous crins, et M. Stanley Bagg, un riche propriétaire, bureaucrate renforcé. Les poils furent ouverts le premier mai et la votation se continua sans troubles remarquables jusqu'au 21.

Le 21, les voix étaient à peu près également divisées et le sentiment populaire avait été chauffé à blanc.

Les coups de poings et les coups de bâtons s'échangeaient entre les torys et les libéraux à tous le? poils. Le foyer le plus ardent de la lutte était le poU de la rue Saint-Jacques.

Des forts à bras étaient soudoyés par les torys qui assommaient les patriotes assez braves pour se présenter au bureau de votation. Les patriotes résolus d'affirmer leurs droits recrutèrent des forces et prirent une revanche éclatante. Ils s'élancèrent sur les torys qui battirent une prompte retraite sous une grêle de coups de poings et de coups de manches de hache. Jos. Montferrand était au premier rang.

Ses poings s'abattaient comme des massues sur les bureaucrates et les faisaient rouler dans la poussière.

Les torys s'étaient réfugiés sur la Plaoe d'Armes et à l'entrée de l'ancienne petite rue Saint-Jacques lorsque le docteur Eobertson fit demander les militaires. Entre midi et une heure, une couple de compagnies de soldats parurent sur la plac3 d'Armes.

L'acte des émeutiers {Riot Ad) fut lu par un juge de paix, M Janvier Danteil Lacroix.

Ordre fut donné aux militaires de charger à la baïonnette.

La foule recula dans la rue Saint-Jacques. Lorsqu'elle fut rendue près de la rue Saint-Pierre, elle s'arrêta. Alors les soldats ouvrent le feu sur les patriotes. Trois hommes qui n'avaient pas pris part à l'émeute tombèrent sous les balles pour ne plus se relever. C'était Byette [ou Billet], Languedoc et Chauvin. Les deux premiers étaient de pauvres journaliers et le troisième était un typographe employé à la Minerve.

C'est pendant la même élection remportée par M. Tracey, que le grand Aboyer assonmia près d'un poil un bully bureaucrate nommé Bill Collins, le boxeur le plus redoutable du parti tory. Bill se tenait près du bureau de votation ^et massacrait impitoyablement tous les Irlandais et les Canadiens-Français qui s'approchaient.

Le grand Aboyer, un patriote dévoué, un des citoyens les plus paisibles et des plus respectables de Montréal, résidait sur sa propriété au coin des rues Saint-Laurent et Mignonne et vivait de ses rentes.

Il était doué d'une force herculéenne et il avait une taille d'environ six pieds et demi. (1)

Voyant que ses compatriotes se faisaient maltraiter, il se décida "à faire le coup de poing. Il frappa le plus fort de la bande et celui-ci tomba assommé. On transporta Bill Collins dans une petite auberge de la place du Marché au foin (aujourd'hui la Place Victoria) où il rendit le dernier soupir quelques minutes après.

La mort de Bill Collins ne fut regrettée de personne. Il avait eu souvent maille à partir avec la justice qui l'avait marqué par la main du bourreau. Le grand Voyer subit son procès devant la cour du Banc de la Reine et fut acquitté, parce qu'il avait été prouvé qu'il avait donné le coup homicide à son corps défendant.

En 1832, à l'époque de l'émeute dont nous venons de parler la Place d'x\rmes é+ait loin de présenter la magnifique apparence qu'elle a aujourd'hui. L'ancienne Banque de Montréal étati situé au coin de la rue Saint-François-Xavier, sur le site

(1) XouR avons publié les biographies de Joseph Montferrand et d'Antoine Voyer dans les Athlètes Canadiens- Français.

actuel du bureau de poste. Il y avait un terrain vague entre cet édifice et le coin de la côte de la Place d'Armes. (1)

Sur ce dernier coin était bâti un hangar appartenant à M. Dubois, père de M. Etienne Dubois, employé de la Fabrique.

16 décembre 1884.

( 1 ) Entre la Banque de Montréal et Ir maison Dubois, il y avait de l'ouest à l'est, le Musée, le poste de pompiers no 1 et la maison de M. Henderson. M. Jacques Viger qui a dressé un plan spécial pour élucider ce tragique événement n'indique pas d'autre " terrain vague " que celui de " place d'Armes. "

Sur les causes de l'émeute de 1832, d'après un point de vue qui n'est pas celui des patriotes, voir Bibaud, Histoire du Canada III, pp. 101 et suiv.

LINCENDIE DU VIEUX PALAIS DE JUSTICE. — LEPAGE ET MERCURE. — L'ANCIENCE PRISON.

Félix Mercure, en 1844, tenait un magasin de nouveautés et de confections, rue Saint-Paul pi'esque en face de la rue Saint- Vincent. Mercure passait pour un homme à la conscience élastique et il avait les notions les plus étranges sur le meum et le tuum.

Il avait déjà trempé dans plusieurs opérations véreuses qui avaient nui considérablement à son crédit dans le commerce. Un jour, au commencement de l'année 1844, il fut appréhendé par la police sous l'accusation d'avoir volé à ses voisins, MM. Stevenson Brothers une quantité considérable de coton. Mercure, dit-on, pénétrait les dimanches dans l'établissement voisin et y commettait ses vols. Il avait une manière toute particulière d'opérer. Il n'enlevait jamais une pièce entière, il se contentait d'en apporter la moitié. En faisant des perquisitions dans sa maison, la police découvrit les marchandises volées qui furent déposées comme pièces de conviction dans le grenier du palais de justice, en attendant le procès.

La procédure en cour du Banc de la Keine commença pendant l'hiver, Mercure avait pour avocat, M. L. T'. Drummond, qui débutait avec éclat au barreau. Il obtint l'ajournement de sou ])rocès aux assises subséquentes et, en attendant, il fut remis en liberté après avoir fourni des cautionnements suffisants.

Dans la nuit de jeudi à vendredi, le 17 juillet 1844, vers une houre du matin, le feu éclata dans l'étage supérieur du palais (le justice, qui fut complètement détruit. Les pompiers travaillèrent avec leur activité et leur énergie ordinaires pour arrêter l'incendie. Pendant leur travail ils étaient surpris de voir que les boyaux étaient coupés en plusieurs endroits d'une manière mystérieuse.

On fit une investigation et on apprit que le feu avait été mis à l'édifice par la main d'un incendiaire. Celui-ci s'était servi de " carottes ". On appelait carottes, dans le bon vieux

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temps, des matières combustibles ficelées ensemble sous la forme du légume dont elles portaient le nom.

L'auteur du crime, un jeune homme nommé Carolus Lepage, qui disait qu'il était récemment arrivé dt. Plattsburg, New- York, fut arrêté le lendemain ainsi que Mercure, accusé de comijlicité.

Lepage subit son procès aux assises et fut condamné à quatorze années de pénitencier, mais Mercure, grâce au talent de M. Drummond, fut acquitté sur le chef d'accusation d'incendie.

Mercure resta en prison sous la prévention du vol commis chez MM. Stevenson. Après trois ans d'incarcération, il fut remis en liberté lorsque les témoins à charge eurent disparu de Montréal.

M. Schiller, greffier de la Couronne, qui était en 1844, commis dans le bureau de la couronne, nous dit qu'une semaine avant l'incendie du palais de justice, il reçut la visite de M. Mercure qui lui fit cadeau d'une magnifique montre et d'une chaîne en or, disant qu'il venait d'acquitter une dette de reconnaissance pour dos services rendus par son père.

M. Schiller informa M. Delisle, le greffier de la Couronne, du cadeau qu'il avait reçu et ce dernier lui conseilla de rendre la montre et la chaîne à Mercure, dont les intentions ne parais-' saient pas honnêtes.

Après avoir passé quatorze ans au pénitencier de Kingston, Lepage retourna à Montréal où il fit sa première visite à M. Schiller.

L'incendiaire du palais avoua plus tard qu'il s'était vissé au talon de ses bottes une lame tranchante en acier et que tout en faisant semblant d'aider les pompiers, il coupait les boyaux à coups de talons. Mercure est mort misérablement, à- Montréal, vers 1854.

Lepage, pendant qu'il purgeait sa sentence au pénitencier s'occupait beaucoup de la construction d'une machine à laquelle il prétendait donner le mouvement perpétuel. Lepage vit aujourd'bui dans quelque villes des Etats-Unis. Après l'incendie du palais de justice, les assises de la Cour du Banc de la Eeine, et les sessions de la paix, furent tenus temporairement dans la vieille prison et les cours civiles avaient leurs séances dans le vieil hôtel du gouvernement, [château de Eamezay]. En [1851, on commençait la construction du] palais de justice actuel avec les proportions qu'il a aujourd'hui.

LE nOX VIEX'X TEMPS 10")

La vieille prison servit aux séances des tribunaux jusqu'à sa démolition en 1852.

On [voyait encore en ISS-i] des vestiges des fondations de la vieille prison sur le terrain situé entre l'hôtel de ville et les bureaux de la cour de police.

La nouvelle prison de la rue Sainte-Marie [Notre-Dame Est] fut inaugurée en 1836.

17 décembre 1884.

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