‹ Le bonheur des autresChapitre 14 sur 23 · SŒUR COLETTE · texte numérisé non relu

SŒUR COLETTE

OLETTE fat introduite dans le parloir du couvent.

— Vous avez désiré me parler, ma sœur? demanda la supérieure des Glarisses, vieille femme à l'air morne.

Colette était toute parfumée d'ylang-ylang, une vapeur d'encens venait de la chapelle voisine; cette odeur de boudoir et cette odeur d'église, mêlées, c'était joli.

Colette dit :

— Ma mère, je suis une personne absolument digne de pitié! car j'ai commis les pires

crimes dont se puisse repentir une âme chrétienne, et il est peu de tendres péchés auxquels, en une déplorable faiblesse, je ne me sois abandonnée. J'ajouterai même que je m'étais acquis, en compagnie de mon amie Lila, une notoriété dont le souvenir m'oblige à toute la rougeur dont je suis capable. Enfin, oui, une jeune femme promise aux supplices bien mérités de l'éternel enfer, c'était mioi. Mais, grâce au ciel, la grâce m'a touchée. J'ai connu le néant des agréables folies ! Ah ! ma mère, les hommes valent bien peu, et les femmes ne valent guère davantage. Je sais la vanité des ardentes amours et des amitiés sincères. Les plus doux rêves, à peine réalisés, s'évanouissent; le cœur n'en garde môme pas ce peu de poussière fine que laissent aux doigts les papillons envolés. Rien de ce qu'on nomme la joie ne peut désormais me tenter! Mon âme, pleine d'illusions mortes, est pareille à un jardin qui serait un cimetière de roses. C'est en vain que l'on me conduirait dans des fêles où de jeunes hommes compli-

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