‹ Le bonheur des autresChapitre 20 sur 23 · LE FLOCON · texte numérisé non relu

LE FLOCON

L neigea ! Ce n'était pas de ma faute. Nous étions partis pour les champs sous un si clair soleil, déjà tiède, qui blondissait d'or les cheveux de Gœlie ; et la nappe, au premier étage de l'auberge, s'égayait d'une lumière d'été. Mais, voilà, tout à coup, par la fenêtre ouverte, une rafale entra, jetant vers mon amie cent petits flocons épars , dont quelques-uns, sous sa robe dégrafée,

lui glissèrent sur la peau. Elle poussa un cri tout à fait terrible et déclara qu'elle ne me pardonnerait jamais cette affreuse aventure ! Certainement j'étais coupable de tout le mal qui arrivait. J'aurais dû prévoir le jour obscurci, le coup de vent, la tempête blanche. Même elle se croyait autorisée à supposer que j'avais prémédité les choses, que je l'avais attirée dans un piège et pourquoi? pour qu'elle prit un rhume, pour que, le nez trop rose, elle ne put pas aller au bal de la baronne de Linège. Car, elle me le demandait, si je n'avais pas eu de mauvaises intentions, dans quel but aurais-je dégrafé son corsage, à l'instant même où elle allait être enveloppée par l'ouragan de neige ? Et longtemps elle me parla avec de dures paroles. Puis, ce fut pis encore : elle se tut, morne, froide, immobile, regardant la muraille avec d'impassibles yeux. Car Cœlie est cruelle parfois, et, quand elle est dans ses barbaries, elle tarde longtemps à s'attendrir ; qu'il est lent à éclore sur ses lèvres, le sourire qui pardonne !

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