‹ Le bonheur des autresChapitre 3 sur 23 · LE BON DANSEUR · texte numérisé non relu

LE BON DANSEUR

gea le mur d'un corridor, poussa une porte; ils se trouvèrent dans la chambre où logeait l'étrangère.

Elle reprit, avec un peu plus d'accent :

— Et, vraiment, vous avez toujours envie de danser avec moi?

— Toujours! plus que jamais!

— Eh bien ! dit-elle, dansons.

Il se rapprocha, les bras ouverts pour l'enlacement; elle avait les épaules rondes, très grasses; et la double rondeur de sa gorge se haussait, doucement battante, hors des soies et des dentelles, comme sortiraient du nid deux tourterelles aux becs roses.

— Ah! non! dit-elle, pas comme cela!

— Eh! comment donc?

— Vous allez voir.

Elle alla prendre dans un coin, derrière un meuble, une corde enroulée, monta sur une chaise, accrocha, sur le mur, à un fort piton de cuivre, l'un des bouts de la corde, descendit, traversa la chambre, grimpa sur une console, suspendit l'autre bout à un autre

piton, bondit, se trouva debout, un seul pied sur le rouleau de chanvre, en l'air, toute sa jupe remuée dans le balancement; et, sous ses bras levés, frisait une mousse d'or.

— Car, dit-elle, en pouffant de rire, je suis une saltimbanque! j'arrive de New- York, je dois débuter le mois prochain, au Cirque d'Hiver, et j'ai cette corde dans mon appartement, pour (( exercer « comme nous disons. Allons, monsieur, je veux bien danser avec vous, venez!

M. de Puyroche n'est pas un de ces hommes pusillanimes que le péril peut décourager du désir! D'ailleurs, ayant eu des succès sur la piste d'un cirque mondain, il se connaît assez bon gymnaste.

Sans témoigner le moindre étonnement :

— Me voici ! dit-il.

Mais il s'arrêta, feignant quelque appréhension :

■ — Ah! diable, sans filet? je me romprai le cou.

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