‹ Le bonheur des autresChapitre 6 sur 23 · LA JOIE IMPOSSIBLE · texte numérisé non relu

LA JOIE IMPOSSIBLE

UAND VOUS dormez, lui dis-' je, que vous devez être jolie! C'est une chose délicieuse de regarder vos yeux ouverts, où le soleil allume des étoiles, et votre bouche vivante comme une rose qui s'épanouit, et rien n'égale sans doute l'enchantement de vous voir aller et venir dans le boudoir, tantôt avec les lenteurs câlines d'une lionne qui rôde, tantôt avec des saulèlements d'oiselle étourdie qui va s'envoler. Mais combien il doit être doux aussi de vous consi-

dérer ensommeillée dans la paresse de vos cheveux défaits, immobile et toute blanche, les yeux fermés !

— Il est certain, répondit-elle, que je ne dois pas être, en dormant, d'une laideur repoussante; je suis portée à croire que l'on prendrait plaisir à voir trembler sur ma joue l'ou^ibre des cils de mes paupières closes.

— Eh bien! repris-je, donnez-moi la joie, chère âme, de vous admirer assoupie. Tenez, l'heure est propice, vous êtes doucement lasse et le soleil d'hiver, dans la chambre où flambent les bûches, a des chaleurs d'été; couchez-vous sur cette chaise-longue, profonde et molle, que nous aimons; laissez-vous glisser dans la tiède langueur des songes, et dormez, le peignoir entr'ouvert, tandis que je vous regarde.

Elle éclata de rire. '■

— Bête ! dit-elle. ;

— Quoi! vous refusez?

— Ce que vous désirez, c'est la chose impossible.

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