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III

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— Bien vrai.

— Il est à croire cependant qu'il t'admire.

— S'il me fallait connaître tous mes admirateurs!... Oîi m'aurait-il vue ?

-— Au théâtre, au bois de Boulogne.

— C'est possible, je n'y vais pas avec un masque.

— Je le le présenterai.

— Tu ne seras donc jamais jaloux ?

— Dès que j'en aurai le teoips, et alors ce sera terrible.

— Tant mieux, mon petit ; k quand la présentation ?

— Après demain , dans l'après-midi , vers quatre heures.

— Il est marié ?

— Oui.

— Et sa femme ?

— Jeune, riche, belle, adorable.

— Quel feu ! interrompit Adeiine; on croirait que tu es fou de cette belle adorable ?

— Moi!... je la déteste... tu sais mon aversion pour les anges?

— Merci !

— Les anges déchus, bien !... et je le prouve, dit Maurice en baisant les mains de la courtisane.

— Allons, câlin, reprit Adeiine, que veux-tu que j'en fasse, de ton Verri^il?

Un damné, cher démon,

— Tu veux que je l'ensorcelle?

— A mort.

— Mais n'est-il pas royaliste?

— Enragé, oui.

— Eh bien ! puisque tes vipères vont changer de peau comme des caméléons, pourrais-je le recevoir ce défenseur du tronc et de l'autel?

— Si tu étais une femme ordinaire,

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non ; mais tu es une femme d'élite, et tu sauras le détacher de son parti.

— C'est un miracle que tu me demandes-là.

— Le comte est jeune et mauvais sujet; il est brave, ardent, téméraire, aventureux ; son imagination déréglée le porte aux extravagances; son caractère est faible, ses passions n'ont pas de frein. Avec un peu d'art , avec beaucoup d'art s'il est nécessaire, tu le conduiras comme le vent mène les o;irouettes. D'ailleurs, mes conseils t'assisteront... il faut

que cet homme tombe dans- mes filets... il le faut...

— Maurice, tu n'es pas frauc, tu aimes la comtesse ?

— Je la hais, te dis je.

— Alors tu l'as aimée?... tu veux te venger d'elle en perdant l'homme qu'elle t'a préféré ?

— Eh bien ! quand cela serait.

— Cela prouverait que lu l'aimes encore.

— Voila bien des questions, Adeline, répondit sévèrement le chevalier. Je suis à garder ouk laisser. Sers ma haine, ma vengeance, ou passe a l'ennemi. Dix femmes se mettront a mes genoux pour

m'aider, si tu m'abandonnes Je te

laisse cinq minutes de réflexion.

— Je ne veux pas réfléchir... Je te servirai, car la fatalité nous a mariés... Je t'aime tel que tu es; je vendrais, pour toi ma dernière jupe et mon prochain... Je l'aimerais sur l'échafaud, je t'aimerais jusque dans un bagne. Mais je te le jure, Maurice, si j'étais payée de mon aveugle

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dévouement par une trahison, si la comtesse de Verneil devenait ta maîtresse ou ta femme, je l'assassinerais en plein jour, sous tes yeux... Souviens-toi ?

— C'est entendu... Cependant, chère amie, d'où te viennent ces brusques scrupules ; tu t'es montrée, jusqu'à présent, moins farouche k l'égard de mes amourettes.

— Parce que ce n'étaient que des amourettes ; ici ce serait une passion, et

seule je dois, je veux être ta passion

Encore une fois , souviens toi. Après de-

main, donc, j'attendrai ta victime et la mienne.

— Tu te montreras fervente royaliste ?

Tout ce que tu voudras.

— Onze heures ! dit le chevalier en tirant sa montre, je me suis oublié. . Le grand Fouché m'attend, mais ce n'est pas Louis XIV...

— Heureusement pour Louis XIV

Pendant que j'y pense, tu ne m'as rien dit de tes aventures ?...

— Demain, demain; je viendrai de bonne heure me reposer des travaux de la nuit... adieu.

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