CHAPITRE SEPTIEME
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Vue partie de Maeao.
La baronne de Sainte-Adresse vida , coup sur coup, deux verres de Champagne ; puis, se jetant ramilièrement a
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côté de Maurice, sur le sopha, elle lui dit:
— Ah ça ! mon fils, réglons nos alîaires... Vous êtes donc ce beau garnement pour qui ma nièce a voulu se tuer?
— Juste.
- Mauvais sujet! Enfin, puisque vous êtes rentré en grâce, ne parions plus du passé... Une fière lionne que vous avezlà pour bonne amie ! elle a résisté, sans broncher, a toutes les tentations. Eh bie.i! quel est votre nom? Puisque vous
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savez le mien, c'est le moins que je sache le vôtre.
— Vous ne le connaissez pas ?
— Je sais que vous êtes chevalier; mais la petite ne m'en a pas appris davantage. Histoire d'un serment que vous lui avez fait jurer,
— C'est déjà trop de vous avoir dit mon titre. Que je m'appelle Jean, Joseph ou Jacques, peu vous importe. Pour le succès de nos futures entreprises, je dois être inconnu même de vous. Acceptez un
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nom de guerre et nommez-moi M. Blandin, ex-brigadier de dragons.
— C'est dit ; maintenant contez-nous votre moyen de faire tomber dans notre caisse, les dix, quinze ou vingt mille écus dont vous avez parlé.
— Moyen fort simple. Je connais la plupart des royalistes qui ont dîné ici aujourd'hui, et si les joueurs, amoureux et conspirateurs réunis dans votre salon sont de même compagnie...
— Tous gens de qualité.
— Ce sont de vrais richards que nous tenons. Allez leur annoncer la déroule de Waterloo ?
— J'y suis, chevalier, j'y suis, s'écria la mère Joffret; j'ai même un plan meilleur, et je saurai vous le prouver; mais pour que le coup réussisse, il me faut une certitude. Où avez-vous appris la déroute de Waterloo ?
— A Waterloo.
Vous y étiez ?
— J'en arrive. J'ai crevé trois bidels de poste en roule, et comme le télégraphe n'annonce pas les défaites, je suis certainement en avance de sept ou huit heures sur la nouvelle du désastre.
Et co désastre?
— Aussi complet que possible : l'Empire vient d'être renversé à coups de canon ; les impériaux se sont battus comme des aigles, mais c'en est fait d'eux... On croit que Napoléon a été tué.
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— Quel malheur pour nos affaires!
mais bah! reste le petit roi de Rome.
— Sans doute ; que faut-il à un parti ? un ! om pour un drapeau. C'est ce que me disait Fouché, il n'y a qu'un instant.
— Fouché ! s'écria la mère Joftrei avec terreur Vous avez vu Fouché ?
- Je sortais de son cabinet quand je suis venu ici.
— Eh ! miséricorde! qu'avez-vous k démêler avec ce chacal ?
— J'ai au contraire, bien des choses k mêler avec lui... D'abord, j'avais k lui demander votre adresse....
— Notre adresse ! quelle bonne plaisanterie! comme s'il la connaissait!...
- Il m'a tout de suite rendu ce petit service d'amitié... Ah! je lui suis très-
utile à SoD Excellence, elle n'a rien k
me refuser.
— Vous ! balbutia la baronne en changeant de couleur, car elle eut un instant la pensée de s'être sottement trahie devant l'un des mystérieux agents du redoutable ministre.
— Moi-même ; je suis l'homme du duc d'Otrante, chère dame; je suis son émissaire en faveur, son bras droit, pour ainsi dire.
— Adeline, interroaipit la mère Joffret, votre sralant nous a pipées... nous voilh prises! C'est bien votre faute... Ce n'est pas l'usurpateur, mais nous qui avons perdu notre bataille de^ Waterloo !
— Allons donc ! reprit Maurice, n'allez-vous pas me donner une mauvaise opinion de votre mérite, quand je suis tout disposé a chanter vos louanges?
Mère Joffret, il faut vous décider a changer de batteries. Vous avez fait jusqu'à présent, un commerce assez lucratif, mais périlleux, et si vous avez encore la tète sur les épaules, c'est a l'intelligence
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de la police, non pas a voire adresse, que vous le devez. La police vous surveille depuis près de vingt ans; elle s'est Ijien gardée de faire fermer vos iripots, parce qu'elle s'y faisait représenter, et savait, par les rapports de ses initiés, les propos, [>rojets et gestes de vos faniiiiers. Le (enips vient, chère dame, où vous ne sauriez marcher sans le secours plus qu'officieux de cette police clairvoyante. Notre association va donc se consiiiuer sous la puissante égide de Son Excellence le ministre.
— Quelle dégringolade! dit la baronne.
— Et pourquoi, s'il vous plaît? Nous aurons en sus des produits courants de notre industrie, des appointements fixes. Est-ce a dédaigner. Nous tiendrons boutique de buonapartisme...
— Avec permission de M. le maire, interrompit Adeline. — Ça me va.
— Si les Bourbons remontent sur le trône , comme le désire le capucin Fouché, continua Maurice, nous en verrons de belles, et, dans moins de deux
ans, nous pourrons, tous les trois, prendre une retraite honorable.
Alors, reprit la mère Jofîrel, nous
serons les mouches de ce gredin d'hom-
me qui a trahi l'univers.
— Nous serons ses vipères c'est
clair comme le jour, dit Adeline.
— Eh bien ! soit; mais gare qu'il nous trahisse a notre tour. Chevalier, mes réflexions sont faites et je vous donne la
main, mais retenez tien ceci : ce ji'est j>as sans appréhension que j'entre au service de Fouché.. J'aimerais mieux servir Marat s'il était de ce monde Finalement, je suis des vôtres parce que mes malheurs m'obligent k travailler ... A mon âge, c'est dur, et je devine qu'il en faudra brasser , de l'ouvrage , et du laid ! et du malpropre ! Ah ! vous en avez du toupei, vous, si jeune et si gâté... bref, comptez sur moi... Je vous laisse avec Adeline, je vais préparer nos qioutons et faire une première rafle.. a
Ne donnez pas congé à vos ^ens.
rebiez royaliste jusqu'au jour où, ruoimême, je changerai votre cocarde... Pas d'imprudence; la partie n'est pas tout à fait perdue pour l'usurpateur.
— Je connais moD affaire, tenez-vous tranquille.
— Quelle abominable criminelle ! s'écria Maurice, lorsque Ja mère Joffret eut disparu : mais j'en conviens, elle a de l'étofTe; décidément, je la garde. Ma chère Adeline, passons a d'autres questions. Est-il bien vrai que lu iie connais
pas le comte de Verneil ?