CHAPITRE QUATRIÈME
Le docteur Franck avait fait toute udc leçon à Paul Delmas ; il lui avait annoncé le brusque départ de sa Louise, et il lui avait dit :
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- De notre côté, mon ami, nous partons pour Nimes ainsi que vous i'a\ez sagement et bravement résolu , mais vous n'aurez pas le triste courage d'aClliger votre belle auiie en l'informant du devoir et du danger qui vous appellent. Louise a le cœur déjà trop malade, pour que vous lui fassiez une blessure de plus. Vous êtes et devez être, dans cette occasion, fort comme un homme, comme un vaillant soldat. Si vous disiez a cette chère petite : <' Mon père est arrêté, sa tète est menacée; je vole à son secours et ma propre vie est exposée, » vous jetteriez dans son cœur une épouvante dont nioii art ne sauurait pas la guérir ;
elle n'aurait plus l'espoir de vous revoir; elle partirait, car il faut qu'elle parte, avec un chagrin mortel... Je compte donc sur votre discrétion, faites lui de louchants adieux, je le veux bien, mais séparez-vous en vous promettant de vous retrouver bientôt, dans celte même maison oii le ciel a sourit a vos heureux serments. Louise ne sera pas plus de quinze jours en voyage; et, j'y compte bien, dans quinze jours nous ramènerons ici votre noble et bon père débarassé, a tout jamais , des griffes de la police royale.
— Dieu vous entende ! avait répondu
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Paul avec amertume : je ferai selon vos désirs et vos conseils.
Boileau avait exigé que Mariette fût présente a la scène d'adieu d'Antoinette et de Paul. Celle scène eut donc pour témoins la bonne fermière el le brave major Franck. Antoinette el Paul, fidèles au programme du docteur, s'appliquèrent a ne point s'en écarter, et souvent la fermière faillit trahir la vérité en se pâmaiit au?v minutieuses précautions que prenaient les pauvres enfants pour se mieux tromper. Souvent, aussi, le rouge lui îiionta au visae^e en entendant les
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brûlantes proteslalions de Paul, qui se croyait autorisé, par la présence de la mère de sa Louise, a répandre en prodigue toutes les richesses de son cœur, tous les trésors de son amour. Antoinette, profondément émue par un langage aussi passionné, quoique maintenu par une irréprochable décence, s'abandonnait avec ivresse , au charme de cette musique mélodieuse, et y répondait avec cette ineffable candeur qui est la sublime poésie de l'amour.
11 fallut eniin se séparer, Louise pour rejoindre sa préieiidue marraine et le
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marquis son protecteur, Paul pour se résigner a l'attente d'un retour fixé à courte échéance.
— N'oubliez pas que vous devez la vie h cette médaille de Marienthal que j'ai suspendue a votre chevet, dit Antoinette; et, si vous m'en croyez, vous la porterez sur vous tant que nous serons éloignés l'un de l'autre.
Paul se saisit de la médaille, Antoinette y attacha un cordonnet de soie, qu'elle passa au cou de son fiancé.^. Tel
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était le titre que se donnaient nos amoureux, et la fermière fut sommée par le jeune officier de reconnaître officiellement que ce titre n'était pas une usurpation.
"- Bénissez-nous, clière bonne mère, s'écria-t-il en s'agenouillant : Promettezmoi que vous ne reviendrez jamais sur votre parole, et jurez que je suis, a dater de ce jour, votre fils adoptif.
- Eh! pardine, répondit Mariette abasourdie par cette prière trop pressante
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pour qu'elle pût l'esquiTer. ~ Pardiiie î Oui, que je vous bénis et que je vous adopte pour mon Gis... Allons, relevezvous... C'est pas une posture, ça, jeune homme !
— Et moi je suis témoin, ajouta le major en riant. Allons, vite, mon cher Paul, un tout petit baiser sur la main de votre iiancée... Puis, mademoiselle Louise, décampons... marraine et parrain pourraient vous gronder.
Antoinette se sauva comme si elle ve-
naît de faire un mauvais coup. Ses deux mains étaient brûlantes : les jeux et les lèvres de Paul les avaient effleurées...
Six tieures après celte scène, mademoiselle df Lauzane, assise vis-h-vis de son père dans la berline qui i'enlraînait sur la rouie de Rennes, regardait l'une de ses jolis mains dégantée, comme pour y chercher les traces d'une larme et d'un baiser... Dans le même instant , Paul Delmas portait, de son cœur a ses lèvres, la médaille de Marienlhal qu'Antoinette avait suspendue h son cou.
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Le surlendemain du départ des châtelains de Lauzane, le major Franck et le lieutenant Delmas s'apprêtaient a monter dans un fiacre qui était arrêté sur la route de Saint-Clond, et près du pavillon de chasse. Mariette et Boileau accompagnaient leurs hôtes, et ces quatre personnages, muets comme de vrais amis sur le point de se quitter pour une expédition lointaine, avaient la tête basse, le front triste et le regard humide.
— Je vous écrirai, ma chère mère, dit Paul.
— Pardine! mon enfant, j'y compté
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bien, répondit la bonne fermière, s'armant d'un coin de son tablier pour le porter a ses yeux ; et si je savais écrire, je vous répondrais... Mais Boileau sera là... ne vous fendez pas le c<Eur... votre papa en réchappera... et puis, nous vous aimerons bien... vous le savez.
— Ah! si ne n'était cet espoir, je me tuerais...
— Ne parlez pas comme ça... Quel dommage que vous n'ayez pas plus de religion, monsieur Paul ?
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— J'en aurai... je vous le promets en son nom.. Adieu, parlez-lui souvent de moi.
— En route î s'écria le docteur
Adieu , monsieur Boileau. Si tous les royalistes sont comme vous , parole d'honneur, je me fais cliouan... Souvenez vous de cela, monsieur Jean l'honnête bomme.
— Et si tous- les bonapartistes vous ressemblaient, monsieur Franck, riposta Boiieaiî, j'irais m'enrôlera l'île d'Elbe.
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— Vous n'êtes pas dégoûté... Ah ça !
mère Mariette, nous qui ne somme pas àesjeimesses, nous allons nous embrasser sur lesdeuxjoues,etsanspleurer... hein ?
— Et pourquoi donc pas ? eépondit la fermière olTranî ses joues que sillonnaieni deux grosses larmes... Au revoir, mes enfants , ménagez - vous et priez Dieu :
Le fiacre partit dans la direction de Saint-Cloud.
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— C'est des braves gens, des bien braves gens, n'est-ce pas, Boileau? dit la fermière a son homme en rentrant au logis.
— Je le parierais, femme, mais c'est égal, les voila partis... Ouf! quelle affaire de moins sur les bras et sur le cœur. Vivre ainsi dans l'intrigue , le mensonge, la ruse et un gâchis d'amourettes, ça ne me va pas.
— - Ni a n:ioi, pardinel mais crois-lu doue que ça soil fini ?
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— J'y compte bien
— Ce jeune homme a le cœur fièrement entrepris...
— C'est un cœur de sous-lieutenant Mariette, grand foyer pour les feux de paille.
— Eh l>en ! et mademoiselle Antoinette pour qui et quoi la comptes-tu?
— Mademoiselle de Lauzane n'a pas
vingt ans , elle a un demi million en dot... il lui pleuvra des amoureux, et l'histoire d'aujourd'hui sera bientôt de l'histoire ancienne.
— Pour la première fois de ta vie, Jean, tu n'y vois goutte.
J'y vois trop clair.
— Je ne sais pas ou tu as appris a connaître les sous-lieutenants, mais je vois avec peine que je n'ai pas su l'apprendre
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ce que c'est qu'une bonne femme... Une bonne fenirae, vois-tu? ça n'aime qu'une fois... v'Jà trente ans bientôt que je lu'extermine a te le prouver.
— C'est vrai, }flariette; mais ne te fâche pas. j'ai le cœur moins dur (|ue la tête... Tout de même, sac à papier! la maison me paraît tristement vide... Ah bah ! la jeunesse a, pour elle, l'avenir et le hasard. ..
-- V.[ le bon Dieu, ajouta Mariette; lu «'ï s
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comptes trop souvent !?aiis lui, mon pauvre Jeau