‹ Le bonnet vert: L'ame transmiseChapitre 3 sur 23 · NOTICE SUR MERT · texte numérisé non relu

NOTICE SUR MERT

àMéry, onTadmire; quand on le connaât, on Taime.

Achevons de le suivre dans sa carrière poétique.

Nous le voyons, au commencement de 1829, corn* poser l'Assaisinat, souvenir lugubre des massacres qui avaient épouvanté sa jeunesse. Barthélémy ne l'aida point dans cette œuvre; mais bientôt ils reprirent la plume ensemble et continuèrent, contre le pouvoir, leur croisade fraternelle.

Rome à Paris, la Corhiérèide et la Censure furent publiées six mois après la VilUliade.

Enfin, le ministère tomba.

Un joyeux ami du vaudeville et de la chanson, M. de Martignac, ramassa le portefeuille et tâcha de concilier tous les partis, d'apaiser toutes les rancunes.

Il n'y avait plus de satire possible.

Nos deux poôtes, renonçant jusqu'à nouvel ordre à leur rôle d'opposition politique, écrivirent cette admirable épopée du Napoléon en Egypte^ piédestal de granit sur lequel ils ont à tout jamais assis leur gloire.

Ambroise Dupont acheta le Napoléon soixante mille francs.

Il en avança vingt-huit, avant que Barthélémy et Méry eussent fait un seul vers.

L'œuvre achevée, les auteurs confièrent au sort le soin de régler l'ordre de la signature, et le sort favorisa Barthélémy.

Fidèle à Fon système de conciliation, M. de Martignac devait avoir la pensée de gagner au pouvoir ces deiîx frères siamois de la satire, dont la verve, d'un instant à l'autre, pouvait déborder encore.

On offrit la croix à Méry, qui la refusa.

'Bonapartiste de cœur et de conviction, il ne voulait à aucun prix se rallier à ceux qui, depuis le jour où il tenait une .plume- 'avaient ét4 l'objet de ses. plus vives attaquas,'

^^ NOTICE SUR h£rT.

Le ministre vaudevilliste ne put sauver la légitimité.

Elle se réfugia dans les bras de M. de Polignac^ qui la laissa bientôt choir sous les barricades^ où blessée de deux nouveaux aiguillons^ la Peyronnéide et la Guerre d* Alger, elle ne devait pas tarder à trouver sa tombe.

Méry^ pendant les trois jours^ quitta la plume pour le fusil.

La bataille terminée^ il reprit la plume^ et bientôt on put lire ce magnifique poème de l'Insurrection, écrit avec du salpêtre^ et dont chaque vers est un coup de feu.

Au nombre des lettres^ pleines de compliments et de louanges^ qui lui arrivèrent alors^ nous citerons celle-ci:

€ Mon cher monsieur, j'ai lu avec le plus vif plaisir l'Insurrection. Je n'avais pas vu les grandes Journées, j'étais en Normandie; mais je les connais maintenant, vous me les avez peintes avec splendeur et^ vérité. J'ai admiré comment, luttant de si près avec des faits si grands, vous avez su les saisir, les embrasser et les poser en statues sur un piédestal grandiose. Jamais vous n'avez été mieux inspiré, jamais vous n'avez dû l'être mieux.

a Sainte-Beuve. »

^ Heureuse époque, où tout le monde fut un instant^^^ d'accord, ce qui n'était jamais arrivé, ce qui n'arrivera plus!

Croyant à une ère nouvelle, Méry salua le drapeai national par un hymne enthousiaste, dont Halév^ composa la musique.

Sœur aînée de la Parisienne, la Tricolore fut chaurtee la première sur tous les théâtres de Paris

NOTtGE Stm MÉRT. IS

Hais bientôt le poête^ en présence des résultats ^esipiins et inattendus de la Révolution de 1830^ fut 3)ris d'un découragement profond.

La royauté^ devenue épicière, au lieu d'un sceptre^ tenait une balance^ vendait à faux poids^^ tendait la main à Tégoïsme et s'appuyait sur la bourgeoisie^ ce ballon gonflé de morgue et de sottise^ qui réservait une cbutê si humiliante à son maladroit aéronaute.

Méry se retira à Marseille^ décidé à ne plus s'occuper de politique.

Cependant sa tftcbe n'était pas accomplie* Bientôt une lettre de son collaborateur le rappela dans l'arène : cette lettre aimonçait que la Nétai^étiê était fondée.

a Journal en vers d'un seul homme I » tel était le sous-titre pompeux que Barthélémy avait fait réson* ner aux oreilles du public en lançant son prospectus, n ne tarda pas i comprendre que le fardeau serait trop lourd pour ses épaules.

Méry consentit à lui en alléger le poids.

Par un sentiment fort rare de modestie et de délicatesse^ il refusa même de signer le journal^ afin de ne pas démentir les promesses du prospectus et délaisser croire au tour de force; mais la presse tout entière souleva bientôt le voue de l'anonyme, et le libraire Perrotin, publiant la Némésis en volume, écrivit au frontispice le nom dès deux auteurs.

Cette satire périodique, à laquelle n'échappaient aucun mensonge, aucune trahison, qui arrachait tous les masques et fouettait sans pitié tous les ridicules, a laissé sur le visage de beaucoup de nos contempoimns des stigmates qui s'y voient encore.

Le 3 juillet 4831 est une date qui a dû rester dans le souvenir de M. de Lamartine, ce poète larmoyant et vaporeux, dont la vie semblait n'avoir rien de commiin avec les honunes.

16 "^ NOTICE SUK MEUT.

Néméêis osa lui dire :

Un trAne est-il ^scant dans notre Académie t A l'instant^ sans regrets^ tu quittes Jérémie Et le char d'Elysée aux rapides essieux ; Tu daignes ramasser avec la main d'archange Des titres^ des rubans^ joyaux pétris de fange. Et tu remontes dans les deux.

D'en baut tu fais tomber sur I>ous, petits atdmcs, ^ Tes Gloria Patri reliés en deux tomes^ Tes psaumes de David imprimés sur vélin; Mais^ quand de tes billets l'échéance est venue. Poète (ioancier, tu descends de la nue Pour régler avec Gosselin (4).

Ces attaques de poëte à poëte n'auraient pas été excusables, si, dès cette époque, M. de Lamartine jx'eût manifesté déjà ces malheureuses prétentions parlementaires au bout desquelles se creusait Tabime politique où il est tombé.

Ainsi, malgré ses formes brusques et la rudesse de sa voix, Néméêis avait raison lorsqu'elle ajoutait :

Mais qu'aujourd'hui^ pour prix de tes hymnes dévotes. Aux hommes de Juillet lu demandes leurs votes. C'en est trop! l'esprit saint égare ta fierté. Sais-tu qu'avant d'entrer dans l'arène publique U faut que, devait nous, tout citoyen explique €e qu'il lit pour la liberté.

Va, les temps sont passés des sublimes extases. Des harpes de Sien, des saintes paraphrases; Aujourd'hui tous ces chants expirent sans écho; Va donc, selon tes vœux, gémir en Palestine, Et présenter sans peur le nom de Lamartine Aux électeurs de Jéricho.

Après un an de publication, le journal en vers cessa de paraître.

Ni Laffîtte, malgré ses déboires, ni Lafayette, mal- {jré son erreur avouée et reconnue, ni Maugùin, ma^I-

C4) Editeur de M. de Lamurlino.

NOTICE SUR MLilY. 47

gré ses convictions, ne voulurent délier leur bourse en laveur de la cause napoléonienne.

Obligée de fournir au Tréa r un cautionnement de cent mille francs, dont elle n'avait pas le premier centime, Némésis dit im beau jour adieu à ses lecteurs, et Méry profita du repos auquel on condamnait sa plume pour faire en Italie un premier voyage

Il y était convié par la famille impériale, qui, depuis loiïgtemps, entretenait avec lui des relations par lettres.

La reine Hortense lui avait écrit :

« J'ai lu le Napoléon, et j'apprends vos beaux vers i mes enfants, b

Méry fut reçu par les nobles exilés comme il devait l'être, c'est-à-dire avec la reconnaissance la plus expressive et les témoigiiages de la plus chaleureuse affection.

Partout il rencontrait ses livres, partout on lui en récitait des passages.

Un des fils de la reine Hortense, mort depuis dans la Romagne, avait illustré la Bataille da Pyramides. Ce dessin peut encore se voir aujourd'hui dans l'album du roi Jérôme. Les quarante Siècles, drapés dans leur linceul, sont échelonnés du haut en bas de la grande j)yramide et regardent fuir les Arabes vaincus.

n arrivait souvent à Méry de composer des vers en présence de toute la famille assemblée.

Nous avons sous les yeux une de ces brillantes im-^ provisations, et l'on nous saura gré de la citer, car elle n'est contenue dans aucun recueil.

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