LE VIEUX CARON
Et poar mieux cacher nos pro]eti.
Chantons gàlment la barcarolle t
{La Jf«rtt9 4$ P«HM.)
Cn vieillard aux galères est hideux.
Ce matin^ eu m'é veillant, je Vax vu qui s'entretenait avec mon voisin : ils parlaient une langue inconnue, Targot sans doute. A peine ai-je fait un mouvement que le vieillard m'a regardé froidement avec ses yeux d'un bleu pâle, en me disant : « Eh bien ! le Parisien me dit que Tair de la montagne est bon, qu'en pensez-vous î »
J'ai fait un signe affirmatif.
Il a continué :
a Vous avez des galions, n'est-ce pas? avec ça le perroquet du Barber ot volerait jusqu'à la grosse four, et plus loin encore.
— - Oh ! beaucoup plus loin, lui dis-je, et d'un autre côté surtout.
— Oui, par le Nord-Est, c'est mieux. Vous connaissez la porte de France?
— Je l'ai reconnue en entrant.
^ Et après, que trouve-t-on?
— Que m'importe ! tout chemin est bon.
— Bien pensé. On m'a dit que vous aviez un coffrefort dans votre matelas?
— J'ai ma fortune à votre service.
— Votre fortune! qu'en ferais-je? achèterais-je tout le tabac de la Havane? toute Teau-de-vie du Languedoc? voyez mes cheveux et mes rides : je n'ai plus que quelques petits verres à boire et quelques pipes à fumer*
— Je vous comprends*
~ Eh bien! écoutez-moi.*. »
(En ee moment un garde s'arrêta devant nous, lo vieillard continua tranquillement.)
« ÉGOuteHnoi C'était dans le mois de noyem«
« bre 1793, tous yoyez que je date de loin, il y avait « un autre logement de nuit pour les forçats, et d'une a petite lucarne qui s'ouvrait sur la rade, je voyais le a Petit^Gibraltar clair comme je vous vois. Oss co« a quins d'Anglais avaient joliment fortifié cette rea doute... »
(A mesure que le garde s'éloignait ou revenait, le vieillard changeait le texte de son discours avec un admirable sang-froid.)
a Vous me donnerez quinze louis pour les premiers « frais, je vous aurai un costume de monsieur et une
a perruque Vous trouvez ça un peu cher peut-
a être?.. Ab 1 c'était une redoute aussi forte que La^ a malgue, trente-six canons de vingt-quatre, des « fossés larges comme le grand canal, et des chevaux a dé frise; il fallait avoir le diable au corps pour « prendre cela... Quand vous serez rétabli, vous rena trerez au bagne flottant, et là, quelqu'un se présence tera, pendant trois jours, qui vous portera votre « costume pièce à pièce ; vous cacherez tout sous la a sangle de votre lit... Vous savez que Bonaparte n'éa tait qu'un conscrit alors, un caporal, quoi. Le drôle, a qui connaissait son état mieux que le citoyen Dua gommier, devina qu'il fallait prendre le Petit-Gi- « braltar; c'était un morceau dur à digérer, mais il a dit aux réprésentants : Ma foi, je m'en charge, dona nez-moi un régiment... Il vient souvent de bons « enfants vous voir au bagne, n'est-ce pas? Attendez a qu'il vous en tombe une bande, cinq à six, et choia sissez bien votre monde, observez les figures. Pena dant qu'ils feront des questions aux voisins, habilft lM-veua...Qudlenuitilfaisaitl jamaisnoufin'avona
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€ VU sa pareille^ de mémoire de forçats./. Dites donc^ c monsieur PaÙlou, Youlez-vous entendre mon hisa toire? prenez une chaise; ah! tous Tavez entendne « trente fois^ c'est hien honnête^ promenez-yons... Je « reviens à ma nuit j des éclairs comme des soleils^ des « tonnerres coup sur coup; on voyait le Petit-Gihral^ a tar comme en plein micU. Les Français suivirent les a collines là-bas au pas de charge; ils descendirent a dans le yaHon, et ils placèrent une batterie^ sur un « mamelon que je vous ferai voir dimanche en nous u promenant... On vous donnera une lime pour tra- « yailler votre ferraille ; une bqime lime, c'est l'affaire a d'uneheuredetravail.QuandvousserezhabilIé^vous a descendrez fièrement avec les autres, si le planton a vous tourne le dos. Soyez bien tranquille; on ne se a méfie pas de vous, je le ssds, moi; allez bon train, « et marchez sur la grande porte comme un honnête fit particulier. Après à la garde de Dieu; il y a des « choses qui sont d'idée dans ces moments-là; j e ne vous a dit que le gros : vous devez être fin, parce que vous « avez le nez pointu. . . Ils tiraillèrent deux heures, c'é- « tait une musique de tonnerres et de canons : après a ils montèrent à l'assaut par une brèche, tuèrent a tous les canonniers sur leurs pièces et massacrèrent a la garnison. Si le vent du nord ne s'était pas levé, a le petit-Gibraltar aurait coulé à fond tous les vaisa seaux anglais de la grande rade; mais ces coqpiins « d'Anglais sont si heureux !.. J'ai fini, j'ai fini, mon- « sieur Paillou... Adieu, mes camarades; dimanche, a je vous ferai voir le mamelon de la batterie de Bona- « parte i c'était une fière position qu'il avait prise là, « ce gaillard ! d
Allons, ne soyons pas scrupuleux sur le choix des moyens et des hommes ; ne voyons que le but. Que puis-je risquer d'essayer, tant d'autres ont réussi, et bien plus coupables que moi l fortune 1
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