‹ Le Boomerang, ou, Rien n'est mal qui finit bienChapitre 8 sur 13 · Pourquoi précisément Montélimar? Sans · texte numérisé non relu

Pourquoi précisément Montélimar? Sans

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dis Montélimar, c'est que dans la situation que j'occupe en ce moment, je n'ai pas le droit de faire mon malin! ... Et pourtant, avec ce creux-là (il fait le geste d'un homme qui en prend son parti)... Enfin!... quand je me ferais de la bile et de la bile, ça n'arrangerait rien, n'est-ce pas?....

Alors?... (Il sort en chantant du Paul Delmet.)

Qu'importent les trahisons?

La scène ne reste pas longtemps vide.

Comme la nature, le théâtre a l'horreur du vide.

Et la scène deuxième montre le Pauvre Bougre.

Il arrive las — ô combien ! — et vêtu d'un costume propre, mais puréiforme au delà de toute expression.

11 se laisse choir sur une chaise.

Inutile de rappeler comme, à Ventrée de M. Mounet-Sully, dans le rôle du

doute en vue de taquiner notre ancien chef de VEtat, originaire de cette localité. Piètres moyens d'opposition!

LE BOOMERANG h'i

Pauvre Bougre, la coquette bonbonnière croula sous les applaudissements.

Le propriétaire de l'immeuble, qui se trouvait dans la salle, n'en menait, comme dit le vulgaire, pas large'.

De sa belle voix grave et bien timbrée, M. Mounet-SuUy commença :

— Oh! certes, j'ai mes défauts, et je ne me donne pas comme plus parfait qu'un autre; mais il y a une chose qu'on ne peut pas me retirer, c'est que j'ai bigrement soif! Oh! oui, j'ai soif! Au cours de ma longue carrière, si fertile pourtant en pépies de toutes sortes, je crois bien n'avoir jamais éprouvé une soif pareille à celle que j'éprouve en ce moment.

Il tire de sa poche une pièce de 10 centimes au moyen de laquelle il heurte la table :

— Garçon!... il n'y a rien qui vous altère comme de monter tous ces esca-

1. Pourquoi, aussi, n exlste-l-il pas de Compagnies d'assurances contre l'effondrement. (Une idée à creuser).

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liers,... si ce n'est pourtant de les descendre.

Il refrappe.

— Garçon!... En mettant bout à bout tous les escaliers que j'ai montés 'et descendus depuis quelques semaines je pourrais sûrement escalader l'Olympe î (Il s'interrompt.)

— Tiens, un vers ? Il déclame avec affectation:

Je pourrais, sûrement, escalader 1 l'Olympe !

Ça n'est pas un très beau vers, mais c'est un vers. (Il frappe ^de nouveau plus fort sur le guéridon.)

— Garçon!...

Si ce garçon tarde encore à venir, il ne trouvera à ma place qu'un cadavre desséché.

Le garçon, finalement, apparaît.

Et le dialogue s'engage entre le Pauvre Bougre et lui sur un ton semi-badin, semisérieux, comme il convient au genre féerique, mélange de foi naïve et de léger scepticisme :

— Ah! vous voilà, mon ami? Soit dit sans reproche, ce n'est pas trop tôt.

— C'est vous, mon pauvre monsieur.

Eh bien! comment que ça va aujourd'hui?

— Euh! Euh!

— Avez- vous fini

par trouver une place ?

— Pas la moindre, hélas! Tous les commerçants que j'ai vus m'ont dit de repasser.

— Ilsvous prennent pour une blanchisseuse. (Il rit bêtement.)

— \'ous trouvez ça drôle , vous?

kn/MCLAÀ^

^ LE BOOMERAKd

(Il hausse les épaules.)

— Oh! ma foi, non !... Mais il faut bien rire... Alors, une absinthe, comme d'habitude?

— Non, pas d'absinthe encore... J'ai trop soif. Boire de l'absinthe quand on a soif, mon ami, c'est offenser le Créateur...

— Ah!

— Oui. La bière suffit à cet usage...

— Alors, un bock?

— Un simple bock.

— Blonde?... Brune ?...

— Blonde.

Mais se ravisant brusquement:

— Non, brune.

Le garçon sort en chantant :

Entre la brune et la blonde, Son cœur balance et vagabonde ' .

Resté seul, le pauvre bougre fait un retour sur lui-même :

— C'est pourtant vrai, ce que chante

1. Fragment d'une chanson tirée delà Plumeuse d'aigles, oratorio inédit dû à la collaboration de MM. Ferdinand Brunetière, pour les paroles, et Vabbé Cassine, pour la musique.

LE BOOMERANG kl

cet imbécile! Entre la brune et la blonde, mon cœur n'a pas cessé de vagabonder. Il y eut des blondes, pour lesquellesj'aiirais lâché toutes les brunes du globe, et j'ai connu des brunes à qui j'aurais sacrifié mon existence entière... Le tout, sans préjudice de certaines jeunes dames châtain et de rousses jouvencelles.. Comme c'est loin, tout cela!

— Le bock demandé !

Le pauvre bougre saisit le bock et le vide d'un seul trait ; puis, à la grande stupéfaction du garçon:

— Celte bière n'est pas buvable ! grimace-t-il douloureusement.

— Que serait-ce donc, si elle l'était?

Question qui vaut au garçon cette

réponse si fière en sa simplicité :

— J'en redemanderais.

— Oh ! ça la bière ! ça n'est pas notre fort, ici! fit l'autre d'un air détaché, dont il n'aurait pas fallu que son patron eût connaissance.

Un silence.

— Alors, mon pauvre monsieur, toujours sur le pavé ?

— Toujours, hélas!... Et mes petites économies qui commencent à s'épuiser.

Il compte son argent.

— Il me reste un franc quarante-cinq pour finir l'année K

— C'est plutôt maigre !

*~^J'ruXAJJ^

— Un franc quarante-cinq !... Ce fonds de réserve, qui semblerait suffisante certaines Sociétés financières que je ne veux pas désigner plus clairement -, est bien minime pour un homme seul !... Enfin \ espérons!... et oublions!

i. E 1 1 action qui se passe au début du pri7itempsf 2. Allusion, nous pouvons bien le dire maintenant, à diverses entreprises, lancées par notre vieux camarade Boulaine.

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