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L’AME DU PAYS NOIR

Par Marius RENARD

e ne crois pas qu’il existe en Belgique une contrée ayant conservé, plus que le Borinage, les caractères distinctifs de la race et les éléments curieux de la vie d’autrefois. Non que le pays soit resté réfractaire à la civilisation, à cette vie progressive qui remue si profondément le monde à présent, mais parce que la population et la terre ont su maintenir, malgré les évolutions, un charme qui n’est pas sans saveur*

Le pays borain est évidemment l’un de ceux qui donnent une impression spontanée.

Lorsque l’on a passé Mons et qu’on entre dans le pays minier, dans ce minime espace qui s’appelle le Borinage, le plus brusque changement se fait sentir.

Une atmosphère plus triste encadre les cités et transporte l’âme vers des pensées moins heureuses. La nature, plus farouche, offre des aspects de désolation et presque d’effroi. Les choses, oui la vie s’agite en mille manifestations, forment un décor d’étrangeté qui paraît presque de l’exotisme.

Au sortir des grasses plaines du Brabant et du Nord du Hainaut, après la monotonie reposante des campagnes aux villages coquets, aux maisons que le chaume moussu encapuchonné, après les drèves ombreuses longeant les chemins animés du va et vient des charrois aux grelottantes sonnailles, la terre noire surprend é t r a n ge m en t .

Le ciel y parait plus lourd et plus gris, embrumé par les fumées des charbonnages. Des terrils noirs, qui prennent aux soirs de l’été des teintes

violettes, mamelonnent la plaine. Aux

habitations proprettes, aux fermes entourées de grands murs blancs, succèdent des corons qui semblent enfermer la désolation dans leurs maisons maussades, groupées autour des houillères, comme

Les corons semblent enfermer la désolation dans leurs maisons maussades. des ouailles

peureuses autourdu berger.

Même contraste dans les êtres...

A une population lourde et plantureuse, aimant le plein air et l’infini des horizons, succède une race un peu farouche, imprégnée de cette réserve qui n’est en somme que la caractéristique d’une âme craintive, à force de souffrir. Garce qui achève d’imprimer à la terre boraine cet aspect d’ancienneté et d’exotisme dans le temps, ce sont les hommes qui y vivent. Ils sont attachés à la terre natale comme des bretons à leurs landes et au granit de leurs falaises, malgré l’âpreté de l’existence que leur font le régime économique qu’ils doivent subir et le travail ardu auquel ils sont voués, dès l’âge le plus tendre.

Jamais peuple de Belgique ne fut plus â l’unisson de son sol. Jamais l’on ne vit accord plus parfait entre la vie des êtres et le milieu où elle évolue.

La raison en est, je crois, dans cet air d’antiquité qui se respire partout en terre boraine, dans les habitants comme dans les choses. Ainsi, ce pays donne l’impression d’avoir été tout le temps soustrait â la durée et d’avoir conservé une vie spéciale et une âme particulière, faite d’étrangetés.

Je ne m’étonne pas que l’enfant du sol noir reste rebelle, malgré l’âpreté de sa vie, aux chimères heureuses de l’exil, et qu’il garce jalousement l’amour de la contrée natale. De récentes statistiques ont prouvé que le Borain ne savait que rarement se résoudre â s’expatrier, et qu’il était de tous les Belges, celui qui demeurait le plus obstinément fidèle â son pays.

On a constaté notamment un singulier contraste entre les travailleurs dupays de Liège et ceux du Borinage. Pour une population ouvrière égale, 25.ooo houilleurs de part et d’autre, il y a seulement 5.ooo Liégeois nés où ils habitent, tandis que tous les Borains , à 600 près, sont restés dans leur village natal (à Wasmes, 2.5oo sur 2.700 ; à Pâturages, 2.i5o sur 2.2^0 ; à La Bouverie, i.5oo sur i.55o, etc.)

N’est-ce pas significatif ?

Mais il y a plus. Cette vénération de la terre maternelle ne date pas d’aujourd’hui. Elle demeure, depuis des siècles, une des qualités du Borain, et perpétue la vénération que les ancêtres professaient déjà.

Pourtant, la condition du Borain n’était pas jadis bien heureuse. Comme à présent, elle était compromise par le dur labeur, la misère, toutes les calamités semant les souffrances dans ces maisonnettes où s’abritait le repos furtif des « carbeneux », comme l’on disait dès le XVIIe siècle. Il trimait dur, le pauvre, et les profits de son travail enrichissaient les seigneurs, les marchands, et lui procuraient à peine de quoi le faire subsister.

Des proverbes d’alors disaient :

« Carbeneux, bribeux »,

ou bien encore :

« Au carbeneux la paille, au marchand la ripaille ».

Tant il est vrai qu’il n’y a rien de nouveau sous le soleil...

Notre distingué confrère M. G. Decamps, dans sa remarquable étude sur l’origine et les développements de l’industrie houillère dans le Couchant de Mons, parle en ces termes de la vaillance et de la peine des Borains.

L’ouvrier borain était minable. « Il est connu de chacun, lit-on dans une pièce de l’époque, de tel village, dans les travaux de telle veine, que les ouvriers trouvent rarement subsistance assurée dans le travail des veines. Ils en tirent à peine quelques sous vaillants pour leur nécessité. Les profits vont aux officiers des seigneuries, aux marchands et monopoliseurs qui les ont sous leur entière subjeetion. Pour un grand nombre, les tables des pauvres et l’aumosne sont une ressource sans laquelle, malgré leur courage et leur bonne volonté, ils périraient de besoin.

» Un mauvais grabat ou quelques bottes de paille jetées sur le sol nu, quelques ustensiles tcut-à-fait primitifs, voilà le seul mobilier que possédaient beaucoup de maîtres charbonniers. Quand ils sortent de la fosse, dit un document de 1734, ils ressemblent plutôt à des hommes de terre que de chair, mouillés et trempés de sueur comme des souppes jusqu’à la peau, que bien souvent ils doivent quitter leurs chemises et les reporter sous le bras chez eux... Quand ils retournent en leur maison, ils n’y rencontrent qu’un mauvais lit, quelques estrains pour soy reposer ; la plus grande part n’y trouve que du pain et de l’eau, que peu de beurre et mol fromage, et fort rarement pour les plus commcdés un morceau de viande.

Ce serait néanmoins une erreur de croire, dit M. G. Decamps, que cet état misérable a toujours existé dans le Borinage. En parcourant les greffes scabinaux, les comptes de massarderie et d’institutions de bienfaisance des villages de cette région, nous avons pu constater qu’au XVe et au XVIe siècle, nos mineurs possédaient, en apparence, du moins, plus de bien-être et d’aisance qu’aux deux siècles suivants.

» La bienfaisance publique ou privée qui, dans nos cités, s’était exercée de tant de manières à pourvoir au soulagement des pauvres et des malades, n’avait créé dans le Borinage aucune institution spéciale pour secourir les charbonniers. Quand la vieillesse les forçait à cesser leurs travaux, ils ne trouvaient souvent d’autre secours que dans la charité de leurs voisins. Les quelques hôpitaux élevés dans ces localités rurales avaient d’ordinaire une affectation particulière et toute locale. A la fin du XVIIe siècle, alors que la misère toujours croissante demandait des ressources abondantes, les revenus de ces institutions furent dilapidés par les seigneurs ou détournés de leur destination pour aider à des besoins moins pressants.

» Malgré tant de causes de pauvreté et de malheur, nos mineurs aimaient leurs occupations souterraines ; les ténèbres de ces enfoncements, les fatigues et les dangers qu’ils y rencontraient, avaient pour eux des attraits et des charmes irrésistibles, comme les périls de la mer pour le matelot. Il était rare de voir les enfants d’un charbonnier quitter pour d’autres carrières le métier de leur père. C’est ainsi que du XIVe siècle jusqu’à nos jours on voit certaines familles semaintenir de père en fils dans les exploitations de tel village, dans les travaux de telles veines ».

Ainsi, le Borain d’aujourd’hui, en aimant son pays natal et son labeur, ne fait que perpétuer la vénération des ancêtres. Pour lui, la contrée revêt un charme spécial. 11 l’aime malgré l’infime tristesse qui la pare, malgré l’effroi qui y surgit souvent, aux heures des catastrophes.

L’exil, par delà les étroites limites de sa contrée, est pour lui comme la rupture d’un lien maternel. Il semble qu’il y a un échange d’éléments vitaux qui ne se fait plus, comme si la terre marâtre ne laissait plus monter en lui une sève virile. Le souvenir des horizons familiers le poursuit et l’obsède. Il lui manque les coutumes, les êtres, le milieu, l’atmosphère étrange qui entourait sa vie.

Et voilà pourquoi les rares qui s’en vont, essaient de retrouver en les pays étrangers ce qu’ils n’ont pu emporter avec eux : des usages, des jeux, une langue, tous ces éléments qui peuvent rappeler encore le pays quitté, mais jamais oublié.

Ainsi, aux jours des fêtes, lorsque revivent encore un peu les mœurs de jadis, tant et tant reviennent, satisfaits de retrouver, avec les familles, les joies savoureuses et le frisson heureux de l’existance passée. Cette hanti'se n’est pas spéciale à l’homme du peuple. Les individualités les plus prodigues, y sont aussi sujettes que les plus obscures et les plus humbles. Oui, à part des cas bien rares, l’homme fortuné, le savant, l’esprit libre, débarrassées des naïvetés excusables du populaire, restent aussi dociles ques les plus ignorants des beautés du monde, à l’instinct héréditaire et aux inpérieuses suggestions de l’horizon familier.

La physionomie du pays complète merveilleusement celle du peuple. Elle -explique peut-être cette dernière, tellement il faut croire que la race a pris son caractère au décor de peine où elle vit.

En vérité, la bonne terre prolifique qui laissa sortir de ses filons tant de richesses et tant de misères, donne une impression qui porte aux songeries et aux tristesses. Et pourtant, quels sont ceux du pays qui ne savent pas l’aimer, la chérir, soit dans le passé ou l’exil, comme si la contrée minable liait à ceux qui savent comprendre son âme, l’essence même de sa vie.

De vieilles légendes populaires prétendent que la terre communique ses secrets aux vieux arbres, ses amis, ceux dont les racines ont le plus poussé dans son sein. Qui sait si les peinards qui creusent le sol d’ici, depuis tant de siècles, qui sait si ceux de leur race ne reçoivent pas, eux aussi, la confidence de la terre comme les arbres du passé ! Oui, le houilleur d’autrefois a entendu, dans le noir des galeries, la mystérieuse voix de la terre maternelle, comme un chant berceur que l’enfant écoute quand commence son sommeil, et qui charme à jamais sa vie. De la sorte, il semble que ceux qui savent comprendre le pays noir, restent dans la confidence mystérieuse des choses, et savourent, jusque leur trépas, la beauté étrange du cher pays.

Il s’en faut pourtant que le Borinage puisse être enfermé en une formule unique. Il est au contraire d’une variété infinie, non dans ses paysages, mais dans la diversité que les choses prennent sous les ciels changeants, dans les soleils et dans les frimas. A cause de l'étrangeté de la terre, des usines, des houillères, des villages, jonchant d’un bout à l’autre, la plaine, les jeux de la lumière et des saisons créent des parures spéciales, d’une saveur intense.

Des collines de Pâturages et de Wasmes, avisée dans un recul de mystère, la plaine se précise nostalgique et douloureuse, et l’on peut mieux s’initier aux charmes multiples de ses aspects et de ses horizons. De la plate-forme qui précède les bois de Colfontaine, le regard embrasse de vastes étendues. Il va des houillères de Boussu et de Dour, voire des bois de B iisieux, aux collines qui cachent la vallée où la cité de Mons groupe ses maisons et ses édifices, autour du beffroi. Là-bas, les forêts de Baudour et de Ghlin enferment la contrée. Vers Pâturages et Wasmes, les tiernes ondulent. Des vais se creusent. La plaine s’étend peu à peu. Et c’est partout la même vision de houillères, de corons et de collines schisteuses.. .

Mais de combien de joies les spectacles de cette nature boraine, savent exalter l’âme des contemplatifs ?

Chaque aube ou chaque crépuscule parent la terre de misère d’une beauté étrange et souvent d’un grave mystère. Il faut aimer les effets qui s’y multiplient et font surgir une âme nouvel le, chaque jour. Car, semblables â ces dentelles qui enferment les visages et leur font comme un esprit changeant, le ciel et les jours multiplient les joies de ces visions...

Toujours, pourtant, c’est l’âpreté du labeur qui surgit des choses, des natures dorées de l’été, comme des tristesses de l’hiver...

Mais quels cadres le ciel fait chaque jour, à cette vision du travail ! Quelquefois, celle-ci parait presque rieuse et aimable, dans la joie du soleil qui colore les verdures et ies toits rouges. Pourtant, les ombres grises des nuées conviennent mieux à sa détresse. Une brume endeuille alors les houillères et les villages, et semble écraser sous les fumées, le vaste champ des maisons tristes et des charbonnages, apparu tel qu’un chaos de pierres. C’est alors un pays d’intense mystère, enseveli sous la cendre d’un désastre...

Mais pour goûter dans toute sa saveur la terre nostalgique, il faut la comprendre dans la tristesse des crépuscules. L’heure de somnolence qui précède la torpeur nocturne, convient à cette vision. L’espèce d’assoupissement qui tombe sur la nature avec le soir, et qui vit en chuchotements graves comme des plaintes, semble mettre sur les choses un ronron douloureux. Une mousseline brumeuse est tissée sur les choses. Sous les ombres, la contrée semble s’éloigner dans un recul de mystère.

Et l’on voit une vastitude triste...

Et l’on écoute un chuchotis où pleure une souffrance...

Dans l’ombre les chemins sont perdus. Les villages et les corons forment de vastes paquets indistincts. Les végétations sont comme des brumes figées.

Une chose caractérise l'étendue : la multitude des houillères et des usines, dont les cheminées, pareilles à des cierges noirs, émergent des villages et des champs. 11 y en a partout, jusqu’au fond de l’horizon. Là-bas, leurs silhouettes sont mièvres et leurs vitres éclairées. Leurs beffrois métalliques les désignent dans l’infini. Plus près, elles écrasent les maisons de leurs masses noires. Leurs fenêtres, envermeillées de fanaux électriques, semblent des yeux. Il y a aussi des fours à coke aux cheminées trapues, capuchonnées de flammes, des pontons, pareils à de grêles ossatures de bêtes monstrueuses, des échafaudages qui semblent des gibets géants. Des terrils encombrent ça et là les alentours des houillères. Sous les arches des ponts, des trains passent, s’engouffrent sous les voûtes sonores, se retrouvent plus loin parmi les vapeurs blanches qui fuient. Quelquefois, la clarté d’un foyer de chaudière brasée dans le noir, grandiose fanal qui éclaire d'une lueur d’incendie les hauts bâtiments sombres et les cierges des cheminées.

Mais les lampes familiales s’allument une à une, aux vitres des maisons.

On devine mieux alors la peine enfermée dans ces humbles demeures. A part dans les agglomérations plus riches des villages, autour des places et des églises, ces pauvres habitations se serrent, malingres et branlantes, comme craintives de la nuit.

Elles sont bien les logis qui conviennent à la race de souffrance.

S’adossant les unes aux autres afin de mieux tenir, elles révèlent la peine qui pleure entre leurs murs, sous les toits rouges ou sous les vieux chaumes moussus. Leurs fenêtres marquent l’ombre de taches jaunes, sur lesquelles se profilent des silhouettes.

Et de toutes ces choses montent des rumeurs qui semblent des appels à la pitié dans le mystère du soir...

C’est l’heure où l’on goûte mieux la saveur de l’étrange pays, l’heure où l’on comprend son âme...

Mais il est, en terre boraine, autre chose que la grandeur âpre des paysages du labeur.

Passé les tiernes de Wasmes, de Pâturages et de Warquignies, les bois couronnent les crêtes. Ils font à la contrée charbonnière, une parure heureuse qui divertit, après la monotonie des villages où le travail s’exténue. Là-bas l’impression d’effroi qui surgit des corons et des « tosses »,se radoucit. Il semble que la terre veuille offrir une vision reposante. Sur la colline paturageoise, les bois apparaissent, avec des vallons foisonnants de feuillages, s’allongeant vers le haut-pays et la voisine frontière française, en méandres capricieux qui entourent

le pays charbonnier d’un décor de fraîcheur et de paix. C’est comme une oasis après la terre farouche, dont la peine ne suscitait que des idées d’effroi et de tristesse. Ici, là, partout, des sources jaillissent sous les frondaisons ; des fontaines creusent la terre que bordent les mousses fleuries, menus Edens dans la joie de la nature souveraine.

Que ce soit près de la « cave de l’Ermite », à la « fontaine aux cerisiers », au creux des

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ouffres » du bois de Warquignies, par ces chemins qui dévalent les pentes et se faufilent sous les arbres, dans les ombres semées des jonchures dorées du soleil, c’est toujours l’enchantement et la beauté.

Si les fées vivaient encore, elles choisiraient, pour y pleurer le temps passé des légendes, ces abris délicieux des bois du haut Borinage, d’où la vue, à côté des futaies, peut embrasser le grandiose pays de peine.

Qui sait si l’âme d’autrefois n’a pas élu domicile sous les branches, en quelque coin perdu de la forêt ancestrale ? Qui sait si quelque « rie » de Col fontaine ne reflète pas son image, parmi le frémissementdes ramures? Qui sait si, chaque printemps, ce n’est pas sa voix qui, du haut des collines, jette au bon peuple des houilleurs, un mystérieux appel à la vaillance, et des paroles d’espoir en la justice...

Oui, il est là-bas des sites de beauté, une nature qui est encore le Borinage, mais dont les surprises enchantées font oublier 1 aspect douloureux de la plaine.

Voici que vient sur la route une robuste fille du peuple.

L’âme du pays est ainsi faite à l’image des choses, douloureuse et bonne. Tenez, voici que vient sur la route une robuste fille du peuple, une ouvrière de «cliquage » chantant une complainte en patois, à beaux mots sonores et hardis. Hommasse et rude, presque farouche, elle a la démarche aisée de la luronne, accoutumée dès l’enfance aux plus durs labeurs. Sa face empoussiérée est serrée dans un « béguin » noir qui cache les cheveux. Sur le jupon sali, est tendu un tablier de grosse toile grise. Et la fille, dans le bruit de ses sabots martelant la terre, passe rieuse et chantante, semblant secouer, avec les cadences de sa complainte, tous les soucis de sa vie rude, et le travail, et la misère, et les douleurs et les tueries, dans la naïveté de son cœur.

C’est l’image de l’âme boraine qui passe dans un ronron de chanson...

Car la race boraine est ainsi faite.

Elle parait réfractaire et méchante.

Elle n’est que bruyante, tumultueuse quelquefois, toujours aimante. Elle sait oublier ses souffrances dans la beauté des sacrifices s’amusant d’un rien, riant d’une ariette.

Tellement son âme est bonne.

Le Borinage dans le passé

& par Gonzales Decamps

Coup-d’œil historique et archéologique

u’est le Borinage ?

Les géographes vous diront que c’est une région située à l’ouest de Mons, remarquable patson industrie et surtout par l’extration de la houille qui s’y effectue par des milliers d’ouvriers dits Borains. Pour beaucoup d’écrivains, c’est le Pays Noir par excellence, où ne poussent que les cheminées, où s’amoncellent les terrils , véritables montagnes de terres et de rocs arrachés des profondeurs de la terre ; et ils ajouteront, bien à tort, qu’en cette contrée morne et triste tout est au charbon, rien n’est laissé au pittoresque et à la poésie.

On rencontre dans le Hainaut, aux environs de Charleroi et de la Louvière, dans la province de Liégi et pas bien loin de nous, d’autres agglomérations charbonnières aussi denses, aussi enfiévrées par le travail de la mine, aussi sombres d’apparence. Pourquoi ces régions ouvrières ne portent-elles pas aussi par similitude de travail et d’aspect, le nom donné à la partie du pays dont nous nous occupons dans ces quelques pages ?

Et tout naturellement surgit la question d’origine du mot Borinage , de celui de Borains appliqué à ses habitants, de leur signification topographique, de leur limitation plus ou moins exacte.

Au commencement du siècle dernier, on n’appelait Borinage que l’étendue de territoire comprenant les villages de Cuesmes, Jemappes, Quaregnon,

Pâturages, Wasmes et de hameaux qui ont formé ensuite de nouvelles communes, telles Flénu et La Bouverie. Vers l’extrémité occidentale du bassin houiller, à partir d’Hornu jusqu’à Quiévrain, en passant par Boussu, Dour, Wihéries, Elouges, les populations se refusaient pour ainsi dire à être considérées comme « boraines ». Il y avait entre ces deux parties d’une même agglomération de sérieuses divergences au point de vue du langage, du caractère, des habitudes. Un autre fait à noter : à Frameries, on prétendait « être de Framerieset non du Borinage. »

Ces différences se sont effacées en grande partie au cours des cinquante dernières années et aujourd’hui personne ne se refusera d’être dite du Borinage, quand elle est originaire de l’une des localités que nous venons de citer.

11 est difficile de déterminer l’époque exacte où la dénomination de borains fut appliquée aux populations d’une partie du bassin de Mons. Les plus anciennes mentions ne s’en rencontrent que dans des documents de la seconde moitié du XVIIe siècle.

Quelque relativement moderne quelle paraisse, son origine étymologique n’a pas manqué de soulever les hypothèses et les déductions les plus variées. D’aucuns y voient un lointain souvenir des Eburons, peuple germano-belge qui habitait le Limbourg et le nord des provinces de Liège et d’Anvers et fut complètement détruit par César l’an 5i avant l’ère moderne. Nous ne nous attarderons pas à montrer tout ce qu’a de peu croyable la persistance dans un canton du Hainaut d’un vocable disparu avec la nation qui le portait, inusité même chez les houilleurs liégeois qui, à une époque indéterminée, l’auraient apporté sur les bords de la FI aine.

D’aucuns ont prétendu que borain venait du mot bure, issu lui-même de l’allemand bohren , creuser, et signifiant puits de mine. Si ce terme est usité depuis longtemps dans le bassin de Liège, il n’a jamais eu droit de cité dans le Borinage.

Pour nous, le terme borain pourrait venir des deux mots wallons bons règnes , (bons reins) et se serait appliqué tout d’abord à ces vigoureuses femmes qui jadis transportaient le charbon dans des hottes, soit pour le remonter par les échelles de la fosse, soit pour aller le vendre à Mons et dans les localités circonvoisines. Il semble d’ailleurs prouvé que le mot boraines a précédé ceux de borains et borinage.

Cette explication aura peut-être le défaut d’être trop simple et pas assez scientifique. Il en est une autre que nous signalerons et qui n’est pas sans vraisemblance. Le mot borain équivaudrait, comme étymologie, à celui des vaillants Boers ou Boeren qui ont si vaillamment tenu en échec les armées anglaises. Ce seraient les paysans (en flamand boeren , en allemand baueren). Les idiomes wallons renferment beaucoup de mots d’origine teutonique, et il n’est pas nécessaire de remonter au moyen-âge pour en rechercher l’introduction. Nous avons été longtemps sous la domination de souverains germaniques, qui envoyaient en notre pays des fonctionnaires parlant l’allemand. De fait, le mot se retrouve dans des documents officiels de l’administration ancienne : pour

celle-ci, les mineurs des environs de Mous sont les paysans aux houilles , les paysans travaillant aux houillères, les ouvriers paysans. L’emploi de ces expressions semble manifester un certain étonnement de voir en dehors des villes des ouvriers industriels, des paysans partout ailleurs occupés exclusivement de labeurs agricoles, s’appliquer à des travaux qui exigent d’importants capitaux, de puissants moyens, l’esprit de suite et la persévérance.

Ce sont ces paysans-ouvriers qui ont posé en quelque sorte les bases de la grande industrie dans notre pays et si le mot borains traduit la nature de leur travail, il n’a rien que de très honorable pour eux.

Le sol du Borinage n’a pas été remué que par les ouvriers de la houille.

Dans ces quarante dernières années, de savants chercheurs l’ont fouillé pour y rechercher les traces des populations primitives qui y ont vécu. Et la terre a livré de nombreux témoignages attestant qu’aux temps antéhistoriques d’importantes peuplades ont parcouru et habité la région boraine.

Aux époques dites paléolithique et néolithique, correspondant à de profondes modifications dans la température, d’abord torride, ensuite glaciale et tempérée, on trouvait aux confins du bassin, vers Mesvin, Spiennes ainsi que vers Flénu, Dour et Elouges de véritables ateliers où les hommes primitifs exploitaient le silex, l’éclataient, le taillaient ou le polissaient pour en confectionner des couteaux, des racloirs, des marteaux, des haches, d'autres outils et armes de pierre dont le fini étonne même de nos jours.

Dans les tranchées des chemins de fer de Mons à Bonne-Espérance, de Mons à Pâturages, on a recoupé d’anciennes galeries servant à ces exploitations, on a retrouvé les outils grossiers en corne ou en bois, dont ces ouvriers primitifs se servaient pour détacher les blocs ou les rognons quartzeux, des ébauches de taille, les résidus de leur fabrication, les foyers autour desquels ils prenaient place pour se réchauffer ou pour faire rôtir la chair des animaux sauvages, le daim, le cerf, l’urus, l’ours, voire même le lion, et d’autres grands félins ou plantigrades inconnus sous nos climats.

Les objets de silex ouvré en ces campements s’exportaient au loin, au Sud et au Nord ; on en a ramassé jusque dans les plaines du pays de Waes et de la Campine. Sur certains champs de notre contrée, à Frameries, à Wasmes, à Dour à Angre et ailleurs, ils se rencontrent presqu’à la surface, et leur nombre atteste que là, les races préhistoriques ont stationné, ont séjourné longtemps, ont senti même la nécessité de se fortifier par des retranchements en terre dont les vestiges ne sont pas encore complètement disparus.

Au musée d’histoire naturelle de Bruxelles, on peut visiter une salle où des centaines de ces pierres travaillées sont exposées. Elles proviennent en grande partie de la collection de M. Neerinckx de Jemappes qui, l’un des premiers en Belgique, s’attacha à les découvrir dans le Borinage et aux environs. A leur tour, MM. Houzeau de Lehaye et Toilliez de Mons, l’ingénieur Cornet, Charles

Debove d’Elouges et d’autres chercheurs ont enrichi la science préhistorique de nombreuses et intéressantes trouvailles faites dans ce pays. Tout cet ensemble de documents étudié avec soin a permis d’établir qu’à une époque, si éloignée qu’il serait impossible de la dater, notre territoire fut un important centre de travail d’un genre tout spécial, mais qui dénotait déjà des connaissances dans l’art des mines et même certain souci de la perfection et de l’esthétique.

A ces races primordiales, sur l’aire que nous avons délimitée, succédèrent d’autres qui atteignent les débuts de l’ère historique proprement dite.

Tels ces mégalomanes si mystérieux qui semblent avoir traversé la région plutôt comme conquérants que comme occupateurs, laissant comme traces de leur passage des dolmens ou hauts monticules de terre, des menhirs, cromlechs, grandes pierres dressées superposées l’une sur l’autre ou disposées en enceintes. Ils semblent avoir suivi dans leur marche les hauteurs qui dominent la vallée de la Haine. Leurs monuments, pour la plupart, ont été détruits, mais des noms de lieux, de champs, semblent en avoir conservé le souvenir. Citons pour nos environs la Stantinpierre à Harmignies, la Longue Bonne à Cuesmes, la Grande pierre trouée à Jemappes, la Motte Herman ou Payenpierre à Baudour, la Pierre au Rieu des Estokis à Nimy, la Longue Bonne à Elouges, la Pierre Lee ou Levée à Dour, la Tomboit et la Pierre Gigant à Quiévrain, la Longue et la Haute-Borne à Boussu, la Haute-Borne à Eugies. Nous nous bornons à ces quelques lieux-dits, dont plusieurs certainement rappellent des mégalithes se rattachant au système des Zeupires de Gozée, de la Pierre à Bray d’une part, à la Pierre de Hollain, aux Pierres Bosieres (Petrœ Boserœ) de Basècles, aux Pierres Martiniennes de Marpent, de l’autre.

Les Nerviens qui occupaient le Hainaut lors de la conquête de la Belgique par César n’ont guère laissé plus de traces en nos parages qu’ail leurs. On connait leur résistance valeureuse au général romain, mais on ne trouve point de vestiges de leurs bourgades et de leurs habitations. Il faut, semble-t-il, réléguer au rang des fables les récits des chroniqueurs qui placent, aux environs de Mons, le théâtre de l’un ou de l’autre combat qu’ils eurent à soutenir.

Ce qui est plus certain, c’est qu’après la conquête, le Borinage, alors couvert en partie de bois, fut colonisé par les Romains. Il est peu de ses communes qui ne récèlent en leur sol des substructions datant de cette période, des débris de poterie, d’autres objets rappelant leur établissement pendant plusieurs siècles.

Là où le sol était de quelque feitilité, s’élevèrent des villœ, centres militaires autant qu’agricoles, colonies de soldats vétérans ou de Belges soumis, qui souvent comprenaient des dépendances très étendues. La villa des Monts à Elouges, notamment, couvrait plusieurs hectares ; elle était alimentée par une conduite d’eau de plusieurs milliers de mètres de longueur. Les vestiges de ses constructions ont été fouillés pendant des années par M. C. Debove qui a mis au jour

des morceaux de sculpture, des bronzes, des objets en verre, en ambre, en fer, des monnaies, de quoi constituer tout un musée antique. A Onnezies, à Angre, à Angreau, la pioche a ramené au jour des poteries ornées de toute beauté.

L’existence d’autres demeures romaines a été signalée à Dour, à Hornu, à Wasmes,à Quaregnon ; plusieursdecessubstructions sontaujourd’hui ensevelies pour des siècles sous d’immenses terrils de charbonnages. Vers l’Est, elles sont particulièrement nombreuses. Quand nous aurons cité Maisières et Nimy, où les débris sont accumulés en masses énormes, Ghlin, Hyon, Ciply, Mesvin, Cuesmes, Harvengt, les deux Quévy, nous n’aurons donné qu’une idée approximative du peuplement de la région, et de l’intensité de vie qui semble avoir existé en cette contrée à l’époque romaine.

Toute cette prospérité disparait devant l’épouvantable invasion des Huns qui se produit au IVe siècle de notre ère. C’est le pillage, le massacre et l’incendie qui accompagnent ces hordes dont les anciens légendaires ne parlent qu’avec terreur, dont les ravages sont marqués en termes indéniables sur les murs des villas mises au jour.

Après leur passage, les ruines sont relevées de façon sommaire, mais ce n’est plus le luxe de la période précédente, car les temps deviennent de plus en plus sombres. Du IVe au VIe siècle, d’autres invasions se produisent. Les Francs Saliques ou Ripuaires qui arrivent en dernier lieu font la conquête du pays et se substituent aux Belgo-romains dans la plupart de leurs établissements.

L’archéologie a découvert dans le Borinage plusieurs de leurs campements ou de leurs bourgades. A Elouges, ils occupent la villa des Monts, mais ils se répandent également dans la plaine et essaiment dans tous les environs. Près de là, existait une grande nécropole, d’où l’on a exhumé des centaines de tombes presque toutes maçonnées, récélant les restes de ces hardis guerriers, de leurs épouses, de leurs enfants. Les hommes ont à leurs côtés leurs équipements militaires, les femmes, les attributs de leurs occupations, les petits s’accompagnent du mince vase où la mère avait versé le lait destiné au voyage vers la Wahallah.

A l’autre extrémité du bassin, au Champs des Prêles à Harmignies, un grand cimetière franc a été fouillé par MM. de Looz et de Loë.

La découverte la plus curieuse à tous égards a eu lieu sur Ciply, dans les exploitations de phosphates de M. Léopold Bernard, et de la société de Saint-Gobain. Il y a là plus de deux mille sépultures qui ont livré des armes, des boucles des ceinturons incrustées d’argent, des fibules finement ouvrées, des bijoux en or de toute beauté. Ces reliques du passé ont permis à M. Bernard de constituer, dans une annexe de ses usines de Mesvin, un musée franc des plus remarquables.

JL

Ce champ de repos si peuplé fait croire à de populeux centresd’ùabitation situés aux environs. Une telle agglomération a dû exister sur le Mont Heribus situé entre Mons, Hyon et Cuesmes. Une autre est soupçonnée à E rame ries dont le nom, écrit parfois Franries dans les vieilles chartes, doit signifier l’habitation des Francs ; mais en cet endroit, comme d’ailleurs dans la partie centrale du Borinage, la surface a été tellement remuée par les travaux

houillers, par la construction de milliers de maisons, les fouilles des briquetiers à une époque où l’on ne prêtait guère attention aux débris du passé, qu’on ne peut guère espérer d’y retrouver des indications archéologiques précises.

A l’époque franque, et surtout sous les Carlovingiens, l'histoire de notre pays commence à s’éclairer de documents écrits, de diplômes, de chartes, de légendes et de chroniques. Ils nous permettent de dresser en quelque sorte une esquisse de l’aspect présenté par le pays borain.

La vaste plaine qui borde les bords de la Trouille et de la Haine était entrecoupée de prairies naturelles, de bouquets de saules et d’aulnes et de marais lormés par les débordements de ces rivières et de leurs affluents, le Richon, le Rieu-du-Cœur, le Rieu de Wasmes (flumen Wamii en g65), le Rieu de l’Autreppe, celui de Hanneton, et les nombreux ruissel ets de Dour et d’Elouges.’ Ces cours d’eau, beaucoup plus importants que de nos jours, avaient des lits moins encaissés et très variables.

Des deux côtés, se voyaient de sombres étendues boisées, parties de la grande forêt charbonnière. C’étaient la forêt d' Ursidimgus située sur l’emplacement de Saint-Ghislain, sur Tertre, Hautrage, Baudour où l’on en trouve encore des restes ; 'les bois de Flénu et de Quaregnon, emplacements des communes modernes de Flénu et de Pâturages ; la forêt de Wasmes se continuant par Hornu (Champ des Sarts), Bois de Boussu, Bois de Saint-Ghislain et allant rejoindre par Dour et Blaugies la grande forêt de Raismes. Çà et là, des clairières occupées par des ronces et des épines marquaient l’emplacement d’anciens établissements abandonnés lors des invasions barbares.

Le pays, disent les vieux chroniqueurs, était peu habité, car il présentait un climat trop dur et il servait de repaire aux ours et aux loups. Une demidouzaine d’établissements agricoles seulement, ceux que nous citions plus haut et quelques misérables bourgades de serfs et de lètes avaient pu se maintenir malgré tous les dangers.

De ce nombre était Hornu qui était le siège principal d’un domaine royal embrassant non seulement le territoire portant actuellement ce nom, mais Baudour, Saint-Ghislain, Wasmes, Wasmuël, Warquignies, Résignies et la plus grande partie de Boussu. Les rois carlovingiens qui résidèrent maintes fois dans leur palais des Estinnes venaient chasser sur ce territoire où très probablement ils avaient une métairie ou une halte de chasse.

C’est dans une de ses courses, d’après la légende, que l’un d’eux, Dagobert rencontra Ghislain, un prêtre ou un religieux basilien, venu de Grèce pour évangéliser le Hainaut et qui s’était établi sur la colline de Châteaulieu, berceau de la ville de Mous. A cette rencontre se rattache le fait d’une ourse et d’un aigle qui auraient conduit Ghislain jusqu’à l’endroit où existe la ville de son nom. Là, il fonda le monastère de la Cella qui devint plus tard une puissante abbaye. Le roi Dagobert, voulant favoriser son dessein, lui fit don du domaine d’Hornu avec toutes ses dépendances.

Ceci se passait vers le milieu du VIIe siècle. A peu près à la même époque, deux autres institutions monastiques s’établissaient aux confins du Borinage. Landelin, fondateur de Lobbes, se transportait sur les bords de la Haine vers Condé, et créait l’abbaye de Crëspin. D’autre part, Waudru, épouse du leude neustrien Madelgaire, quittait le monde pour mener la vie-’ des moniales au

Chateaulieu. Elle apportait, à la nouvelle institution les villages de Cuesmes, Jemappes, Quaregnon, Frameries, Nimy.

Les trois abbayes dont nous venons d’esquisser les origines ont en grande partie colonisé et mis en culture la majeure partie du pays As au Couchant de Mons.

C’est depuis lors que l’on vit s’élever, presque toujours sur les emplacements des anciennes villas romaines, de grandes fermes, primitivement cultivées par les religieux que l’on appelait en latin grangiœ et curtes , en français courts.

Le monastère, puis chapitre de Sainte Waudru eut des courts à Jemappes, Quaregnon, Cuesmes, Frameries.

La plupart des fermes de l’abbaye de Saint- Ghislain avaient conservé

jusqu’au siècle dernier leurs noms primitifs. Citons : la Cour-à-Wasmes, dont les constructions, vastes et même luxueuses, bâties en 1771 par Jean Malengreau, servent actuellement de bureaux à la société des Charbonnages belges ; la Cour à Résignies ; la Cour à Hornu ; la Cour de Moranfayt à Dour ; la Cour de Wihéries.. Saint Landelin de C respin avait également de pareils établissements à Elouges et à Harmignies.

Autour de ces courts se groupaient les habitations des domestiques, des valets et autres personnes qui y travaillaient d’autres cultivateurs reprenaient des terres en sous-location et qui, peu moyennés, trouvaient avantage à s’abriter près de la grande ferme. On y élevait une chapelle, une église. De là une agglomération qui devenait un hameau, souvent même un village. La plupart de nos grands villages borains n’ont pas d’autres origines.

w La Cour de

Wasmes

Ce rapide aperçu nous a conduit au seuil des temps que l’on est convenu d’appeler le moyen-âge et qui virent l’établissement définitif de la féodalité, se substituant en partie au pouvoir royal.

Outre les possessions étendues des institutions ecclésiastiques, qui formaient en quelque sorte des alleux ne relevant d’aucun maître, les propriétés attribuées aux Leudes Francs dans le partage des terres conquises, notre région comptait toute une série de fiels ou seigneuries soumises lors de leur transmissions à des hommages au seigneur dominant, à des services militaires (liges) ou à de simples redevances (amples).

L’une des principales fut celle du comte de Hainaut, d’abord simple protecteur ou avoué du chapitre de Sainte-Waudru, qui se fit octroyer une partie de Mons, de Frameries, de Jemappes et de Quaregnon. Il y exerçait ses droits, ainsi qu’ailleurs, par des officiers dont le principal était le prévôt de M ons ayant juridiction sur les localités qui composent à peu près l’arrondissement judiciaire de Mons et par des maires héréditaires, tels ceux de Jemappes, de Frameries et de Quaregnon.

Les Templiers établis dès le XIIe siècle au Fliémet, entre Frameries et Genly possédaient une partie de ces deux villages. La ferme du Temple, appartenant à Mme veuve Mirland, rappelle de ces religieux soldats qui, supprimés en i3 10, abandonnèrent leurs biens et prérogatives à l’ordre des chevaliers de Jérusalem, connus en dernier lieu sous le nom de chevaliers de Malte.

Lambrechies ou Le Val fut un autre fief particulier, intercalé entre Quaregnon et Frameries. La seigneurie de Boussu, l’une des plus importantes fut érigée en comté en 1 5 5 5 . Elle fut l’apanage despuissants seigneurs de Rumigny, de Fontaine et de Hennin-d’Alsace ou Hennin-Liétard.

Dour était divisé entre l’abbaye de Saint-Ghislain et divers seigneurs.

Le vil lage d’Elouges appartenait au suzerain. Il formait le chef-lieu d’une

prévôté soumise à la prévôté de Mons, dont le ressort s’étendait sur 26 ou 27 villages.

Warquignies, Eugies, Hainin et la plupart des autres moindres villages étaient possédés par des familles particulières, l’évèque de Cambray, des abbayes du Hainaut.

Baudcur était l’une des douze pairies du Hainaut ; Quiévrain, Ville-Pommerœul, Harchies formaient le chef-lieu de baronnies ; qui en dernier lieu appartenaient aux quatre nobles familles des de Ligne, des de Croy, d’Aremberg et de Mérode.

Hg ncore que placées au commencement du moyen-âge sous le même , régime de suzeraineté, celui des comtes de Hainaut, toutes ces localités ^ semblaient n’avoir pas toujours formé un tout unique. Il y avait même entre les deux parties du Borinage situées à l’Est et à l'Ouest du ruisseau de Wasmes une sorte d’antipathie qui a persisté à l’état latent pendant des siècles.

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