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D’APRÈS UNE ESTAMPE DU XV* SIÈCLE

En 989, des luttes homicides éclatèrent entre les Montois et les gens d’Hornu qui tuèrent aux premiers dix personnes. Une nouvelle rencontre se préparait. L’abbé de Saint-Ghislain, Simon, pour appaiser ces dissensions, convoqua les adversaires en une plaine nommée Grand Lieu. Ils y vinrent cachant des armes sous leurs vêtements, mais le prélat lit tant par ses exhortations, qu’il parvint à les réconcilier.

C’est un hagiographe, vivant une vingtaine d’années après, qui nous rapporte cet événement. Il parait résulter de son récit que dans le terme « Montois « il faut comprendre les habitants tant de Mons que des environs, de Jemappes et de Quaregnon, dont l’ensemble formait un petit comté dit de Mons, une possession de Waudru, assurent les anciens historiens.

Hornu, centre d’un domaine étendu, semble avoir joui anciennement de prérogatives importantes et d’une certaine influence politique, peut être même avoir été le siège d’un comté ou d’une autre division administrative. Les habitants de l’autre partie du Borinage auraient-ils voulu restreindre ces privilèges ?

De ioy3 à 1086, un doyen de chrétienté du nom de Seyfrid, étendant sa juridiction sur de nombreuses paroisses, y résidait ; le décanat d’Hornu, cité encore en 1 i5q, ne fut transféré à Bavay que vers 1 177.

En q65, l'empereur Othon établit a Hornu, un marché hebdomadaire, qui s’y est tenu jusqu’à nos jours.

Rappelons encore qu’anciennement les comtes de Hainaut rassemblaient dansce village leurparlement ou leur haute cour de justice. Il y existait un lieu dit la Cour des quesnes pour tenir ces assises. Cet endroit situé non loin du centre de la commune étuit couvert de grands chênes sous l’ombrage desquels s’asseyaient le prince, les pairs, les prélats, les officiers du comté; il était clôturé par de grosses bornes de pierre dont quelques unes, nous a-t-on assuré, subsistaient encore il y a une quarantaine d’années.

Du comte Bauduin, on possède une sentence rendue en cour plénière sous les Chênes d’Hornu en 1190.

De i3qo à iqo5, le parlement se réunit de nombreuses fois dans cette enceinte pour entendre des causes judiciaires ou pour s’occuper des affaires du comté.

D’après de naïfs chroniqueurs, c’est César qui aurait établi cette cour de justice et un artiste du XVe siècle a figuré sa fondation dans une miniature dont nous donnons ci-contre un dessin réduit.

D’autres expliquent cette institution d’une façon plus vraisemblable en la rattachant aux difficultés de 989 qui auraient incité le souverain à compenser par là les préjudices soufferts par Hornu

quelle époque a-t-on commencé à s’apercevoir que le Borinage renfermait de riches couches de houille ? Quand leur exploitation a-t-elle commencé ?

A défaut de documents précis, il serait difficile de fixer des dates. Il est évident que la houille a pu être remarquée très tôt dans quelques affleurements de veines visibles à Wasmes, Pâturages et Warquignies.

D’après des écrits des XVIIe et XVIIIe siècles, qui s’inspiraient sans doute de preuves existant alors, la découverte et l’exploitation première eurent lieu au temps de Gilles de Chili, le preux chevalier, auquel le vulgaire attribue l’occision d’un dragon qui effrayait les populations boraines. Il était seigneur d’unepartie de Wasmes et il mourut en 1 1 37 au siège de Rollecourt-en-Ostrevant. Avant de mourir, il laissa à la communauté wasmoise, 1400 bonniers de bruyères, de bois etde terres incultes pour favoriser, ajoute-t-on, l’extraction du charbon de terre et attirer des ouvriers qui pourraient se livrer à ce travail.

Si cette mention a réellement existé dans la charte qui relatait cette donation, nos exploitations houillères seraient les premières en date du continent. Le pays de Liège, qui réclame cette priorité, ne fait remonter ses premières extractions qu’à l’année itq5 et en attribue le mérite à un certain forgeron du nom de Hullos de Plainevaux.

Ce qui est mieux établi, c’est qu’au début du siècle suivant, en 1229, la houille était connue dans le Borinage et on possède des contrats de cette année qui prévoient la rencontre de la houille dans le sol et le partage entre des seigneurs, des revenus à retirer de son extraction.

Les seigneurs haut-justiciers s’étaient attribué en Hainaut le droit de concéder les couches de charbon et de limiter la production de ce combustible. En 1248 et en 1252, les possesseurs de fiefs au Couchant de Mons, l’abbé de Saint-Ghislain, le chapitre de Sainte-Waudru, Jean de Havré, maire de Quaregnon, Bauduin de Hennin, seigneur de Boussu, Jean d’Ierpent, chevalier, Jean li Cornus, seigneur de Fontenil-sous-Wasmes, Baudouin de Dour, seigneur de cette localité, conviennent de quelle façon se conduira le travail des mines, déterminent combien de puits ou de pics chacun des contractants pourra posséder dans sa juridiction.

Ces détails sont de nature à montrer quelle extension déjà considérable avait prise l’exploitation du charbon dans notre pays. Elle 11e se ralentit pas aux siècles suivants, ainsi que l’attestent de nombreux documente, actes de concession, contrats pour livaison de houille, achats de parts de fosses par les bourgeois les plus considérables de Mons. L’usage de la houille était entré dans les mœurs, et pour le satisfaire, en temps de chômage, on devait s’adresser à d’autres charbonnages, ceux d’Houdeng, de Morlanwelz, de Liège même ; ces derniers dès 1 3g8 nous expédiaient leur houille par le port de La Buissière.

Les charbonnages de l’Auvergies, de la Veine-l’Evèque, de la Grande-Veine sur Frameries, les Pâturages et Wasmes sont nominalement cités vers 1400.

La prise de Liège par l’armée hennuyère en 1408 mit en relations deux régions minières, et amena dans le Borinage de nombreux mineurs liégeois qui firent profiter les nôtres de l’habileté professionnelle acquise dans leur pays.

Elles étaient bien primitives les premières entreprises de nos charbonniers. Ils s’assemblaient à quelques uns, mettaient en commun leurs minces ressources, 3o

sollicitaient du seigneur un congé pour travailler telle veine, telle partie de veine, deux ou trois veines tout au plus. Le capitaliste intervenait sous la forme d’un bailleur de fonds, le plus souvent dans la personne d’un marchand de charbons qui achetait une partie de la production future et faisait des avances au fur et à mesure des travaux.

Ceux-ci consistaient dans le creusement d’un puits allant jusqu’à 3o, 5o, 80 toises, surmonté d’un tourniquet à bras ou d’un manège à chevaux. On entamait le terrain houiller par bouveaux et galeries d’une faible hauteur. A certain moment, l’eau s’infiltrait dans les chantiers. Il fallait l’épuiser à grands frais, par tinnets, par des pompes à bras; si la disposition des lieux le permettait, on creusait un conduit ou galerie d’exhaure. La lutte contre l’eau était l’éternel souci de ces premiers exploitants. Au cours des XVIe et XVIIe siècles, certaines fosses furent mieux établies et reçurentdes installationsplus puissantes, mieux perfectionnées au point de vue de la mécanique, mais ces cas étaient exceptionnels. Ce qui manquait ordinairement, c’était l’argent, et par son défaut, les entreprises végétaient, étaient abandonnées pendant des années, jusqu’au moment où de nouveaux « parchonniers » et charbonniers tentaient de nouveau l’aventure.

Malgré tout, le Borain était tenace, courageux, peu soucieux du danger ; il montrait dès lors les qualités d’endurance que possèdent à un si haut degré ses successeurs dans la mine.

La profession de mineur ne s’était pas encore spécialisée comme de nos jours. Les charbonniers restaient bien les «paysans travaillant aux fosses « dont il a été parlé plus haut. Ils étaient en même temps agriculteurs, domestiques de fermes, charretiers ; ils exerçaient un autre métier qui leur permettait de subsister quand la fosse n’allait plus, quand le chabon était peu demandé, quand les intempéries empêchaient l’extraction.

1 y a peu de faits saillants dans l’histoire de notre contrée au moyen-âge.

En 1 365 , le comte de Hainaut, d’accord avec l’abbé, fit fortifier la ville de Saint-Ghislain, et créer un système d’inondation d’une grande étendue. La création de cette place-forte, au lieu d’apporter protection au pays, fut une occasion pour les armées de s’arrêter autour de cette forteresse, véritable clef de Mons, et de ruiner le pays avoisinant, comme cela arriva si souvent dans les siècles suivants.

Des mesures plus profitables furent édictées par Albert de Bavière, comte de Hainaut quelques années après. 11 dota les habitants de Saint-Ghislain et d’Hornu de privilèges et de franchises communales. Par des rectifications du cours de la Haineainsi que par la création d’étangsetdetenuesd’eau, il améliora la navigation de cette rivière qui put supporter des bateaux plus pesamment chargés.

En 1424-1425, le Borinage est sillonné par les troupes du duc de Glocester, troisième mari de la duchesse Jacqueline de Bavière. 11 séjourne à Saint-Ghislain qui se met sur pied de guerre. Peu après, Jean IV, duc de Brabant, en tait son quartier général, et de là il dicte ses conditions à la ville de Mons qui avait tenu

le parti de la comtesse de Hainaut. Le pays est ravagé de telle façon que douze ans après, on se ressentait encore de ces évènements calamiteux.

En 1478, Louis XI, roi de France, prend Condé, et, avec une armée de 20.000 hommes, il dévaste toute notre région. Les châteaux- forts de Ville, d’Harchies, de Montrœul-sur-Haine et de Boussu sont assiégés, pris et détruits en grande partie par les Français. La ville de Saint-Ghislain n’avait qu’une garnison de 5o hommes sous le commandement du seigneur d’Imbreselles ; elle résista énergiquement pendant plusieurs jours, ce qui permit l’arrivée d’un secours. Le comte de Romont et Philippe de Ravestein à la tête de 4.000 Allemands vinrent à la fin de mai la débloquer et réoccuper le château de Boussu. Le 3 1 du même mois, l’archiduc Maximilien d’Autriche, avec 16.000 hommes, arriva camper à Cuesmes, puis â la Court-à-Hornu ; De là, il se diriga vers Crespin, et chassa devant lui les Français qui avaient ruiné toute la contrée.

L'histoire de la région boraine, à partir de cette époque n’est pour ainsi dire qu’une longue série de mouvements de troupes, de guerres, de pillages par amis et ennemis qui viennent y combattre comme en champ-clos. Il se passe rarement trente années sans que le bruit des armes n’y retentisse.

En i5q3, François I, roi de France, en marche de Maubeuge sur Mons, la traverse ; ses troupes y commettent les plus grands excès.

Vingt ans plus tard, s’allument les guerres de religion. Le luthéranisme s’infiltre dans le pays. Des prêches ont lieu à Ghlin, près de l’ermitage du Moulineau, à Spiennes dans la Fosse à Plouy, à Qua regnon, à Warquignies, mais nulle part la nouvelle religion ne fit autant de prosélytes qu’à Dour. Depuis lors, malgré les persécutions de tout genre, cette localité n’a cessé de compterune communauté protestante qui s’augmenta considérablement par la venue de calvinistes français au XVIIe siècle, à la suite de la révocation de l’édit de Nantes.

En 1 566, les Huguenots de Valenciennes et de Tournai arrivent vers Crespin et Elouges où ils saccagent plusieurs églises ; ils s’avancent près des murs de Saint-Ghislain, à dessein de faire subir le même sort à l’abbaye, mais l’allure décidée des bourgeois en armes les fit reculer.

De nouveaux ravages sont causés en 1 568, par les troupes allemandes du prince Guillaume d’Orange.

En 1572, le frère de celui-ci, Louis de Nassau, s’empare par surprise de la ville de Mons. En même temps, une armée composée de Huguenots sous les ordres de Jean d’Hangest, baron de Genlis, arrive à marches forcées sur le Borinage, avec cette ville pour objectif. Pour l’arrêter, le duc d’Albe envoie son fils Frédéric et des troupes espagnoles qui occupent Saint-Ghislain et le château de Boussu. Le pont de la Haine, sur cette dernière localité, est détruit, mais il est rétabli par les Français qui se dirigent vers Hautrages (27 juillet 1572).

Ils y sont rejoints par les Espagnols qui, aidés des paysans de ce village, de ceux deVillerot, Baudour et Sirault, défont complètement l’avant-garde de Genlis. Deux mille deux cents hommes restent sur le champ de bataille, les autres sont massacrés dans leur fuite. Un annaliste rapporte que 1.100 prisonniers furent menés à Ath et « jetés, liés deux à deux ensemble, du haut de la grosse tour en

l’eau pour être noyés. A l’entrée du village de Ghlin, on en vit pendus aux branches des saules, jusqu’à cent dix-neuf ». Genlis lui-même, fait prisonnier, fut envoyé au château d’Anvers où, quelques jours après, il était étranglé.

La bataille d’Hautrages ruinait en grande partie les espérances de Louis de Nassau, et permettait au duc d’Albe, qui était arrivé devant Mons, de pousser le siège de cette ville. Pour se prémunir contre l’arrivée des secours de Guillaume d’Orange, il fit fortifier le mont Héribus entre Cuesmes et Mons, ainsi que la Trouille entre ce dernier lieu et Jemappes. Cette dernière localité fut hérissée de tranchées ; un fort avec artillerie y fut bâti par l’ingénieur italien Bartolomeo Campi. Un souvenir de cette construction se retrouve dans le nom de Fort Mahon, donné à un hameau populeux de la commune jemappienne.

Le 8 septembre, Guillaume d’Orange vint camper à Quaregnon avec l’intention de passer la Haine, de là il se porta par Jemappes vers Frameries et H armignies, où une embusquade lui fit perdre une partie de ses renforts allemands. Il s’empressa de quitter les lieux. Louis de Nassau n’espérant plus de secours, capitula le 24 septembre.

Pendant l’année 072, dit une chronique du temps, « presque tous les habitants de Jemappes, Quaregnon, Wasmes et Hornu se sont retirés de leurs foyers et se sont réfugiés à Mons. Tant par amis qu’ennemis, tout fut pillé et on ne put couper les quelques récoltes qui n’avaient pas été fourragées ou foulées parla cavalerie et les charrois des armées. A Wasmes, il y eut trente maisons incendiées par les soldats. Tous les ouvrages de charbonnages ont été laissés à cause de ces garbouilles qui durèrent quatre à cinq mois ».

Dix ans ne s’étaient pas écoulés que réapparut l’ennemi dans le pays, sous la forme des Hurlus ou gueux de Tournai, troupes indisciplinées sous la conduite du capitaine Turqueau. Dans la nuit du 7 au 8 septembre j 5 8 1 , ils entrent dans Saint-Ghislain, pillent la ville, tuent les bourgeois qui résistent, commettent toute sorte de désordres mais le i3 septembre, le prince de Parme reprend cette cité ; ses envahisseurs sont renvoyés à Tournay à moitié nus, traités avec ignominie par la population qui les escorte bien au-delà des remparts. Chaque année, le jour anniversaire de cette délivrance était célébré par une fête et un festin.

Pendant plus d’un demi-siècle, nos populations respirent. La guerre ne gronde plus que dans le lointain, et agriculteurs et charbonniers peuvent se livrer sans trop de crainte aux œuvres de la paix.

Les animosités religieuses se sont assoupies. L’ambition de Louis XIV devient pour notre pays une autre cause de malheurs. A la paix et à la tranquillité succède une période très longue de guerres, de combats, de ruine pour nos campagnes. Le pays se fait désert, beaucoup de terres tombent en friche. D’après des documents contemporains, dans l’intervalle de 1 65 5 à 1698, on ne put cultiver la terre et récolter qu’à peu près vingt années.

Le 18 août 1 65 5 , Condé est pris par les Français qui viennent camper dans le Borinage. Le seigneur de Boussu tente vainement de défendre le pont de la Haine ; il doit se retirer à Saint -Ghislain où il se joint à don Pedro Javala et au comte de Rembourg pour résister à l’envahisseur. Le 19, les maréchaux de Turenne et de la Ferté cartonnent la ville qui se défend énergiquement, mais la poudre ayant manqué, la garnison est obligée de capituler après sept jours d’attaque. Le 25, Louis XIV, âgé de 17 ans, accompagné du cardinal Mazarin, du chancelier Le Tellier et de trois mille gentilshommes, faisait son entrée dans Saint-Ghislain qui fut occupée par une forte troupe.

Le 22, le roi s’était emparé du château de Boussu et s’y était installé avec sa cour.

Le 7 février 1 6 5 6 , une détonation terrible se fait entendre. L’abbaye et une partie de la ville de Saint-Ghislain sautent. Les mémoires du temps rapportent que cette explosion avait été préparée par l’abbé Jerome Marlier, de connivence avec un officier français, dans le but de causer une brèche et de permettre â la garnison de Mons de reprendre la ville, mais ce projet échoua.

En 1657, Don Juan d’Autriche, gouverneur des Pays-Bas essaie de reprendre Saint-Ghislain. Tout le pays se couvre de troupes. Des détachements occupent la Tour au bois, Tertre, le château de Baudour, Je château de La Motte â Jemappes, le château de Boussu, réoccupé par les Espagnols au début du mois de mars, celui d’Harchies, le bois de Wasmes ; la vieille église d’Hornu (aujourd’hui remplacée par une place publique) est crénelée et convertie en fort, de même que la chapelle de Notre-Dame du Salut.

Ee prince de Condé et les plus hauts seigneurs belges et espagnols assistent â ce siège. Du i5 au 21 mars 1657, une canonnade furieuse est dirigée contre les remparts et rend impossible la défense des assiégés qui se rendent. Les conditions de la capitulation sont écrites dans les ruines de l’église d’Hornu, sur la pierre de l’autel. Ce succès est salué par nos populations avec les plus grandes démonstrations de joie, car les Français avaient laissé bien des ruines autour de la ville ghislenopolitaine.

Jusqu’en 1659, les mouvements de troupes continuent ; interrompue par le traité d’Aix-la-Chapelle, la guerre reprend en 1667. En 1674, le Borinage est dévasté par les armées françaises et les alliés. Le maréchal de Humières assiège de nouveau Saint-Ghislain en 1677 et la prend grâce â la gelée, après une défense opiniâtre d’une douzaine de jours. A la paix de Nimègue (1678), les Français la quittent mais après en avoir détruit les fortifications.

En 1683-1684, nouvel envahissement du pays par le maréchal de Luxembourg. Ee 20 juin 1690, une imposante armée française vient camper â Pommerœul et le 22 se porte vers Quévy en traversant Hainin, Boussu, Quaregnon, Wasmes, Frameries, etc. Les soldats passent â travers champs, sans s'inquiéter des récoltes qui sont détruites, pillent à droite et à gauche, tuent même de pauvres malheureux qui n’ont pu se sauver â temps.

En 1691, la ville de Mons est prise ; presque tout le Hair.aut est conquis et reste sous la domination française, jusqu’à la paix de Ryswyck (1697). Plusieurs fois, notamment en 1692, la contrée boraine est ravagée.

Cinq ans à peine se passent, que les Français réoccupent le pays. Saint- Ghislain est prise par eux et en 1706, ses fortifications sont relevées. Le gouverneur d’Ath la reconquiert en 1708, par un hardi coup de main, mais les Autrichiens 11e peuvent la conserver. La sanglante bataille de Malplaquet (11 septembre 1709), livréeentre Taisnières, Blaregnics et Erquennes et où les Français sont battus par Malborough, amène les alliés à assiéger de nouveau Saint-Ghislain, qui se rend. Enfin les paix d’Utrecht et de Rastadt, mettent fin à cette épouvantable guerre causée par les visées ambitieuses d’un homme que l’on peut mettre au premier rang des plus tristes dévasteurs de pays et des plus cruels tueurs d’hommes.

Jetons un coup-d’œil sur la situation du Borinage à ce moment. Les fermes ont été détruites ou croulent. Les champs, les bois, ont été dévastés. La plupart des charbonnages, dans lesquels on n’a travaillé que par intervalles sont abîmés ; les fosses non exhaurées se sont remplies d’eau. Le crédit fait défaut pour les remettre en bon état, car la plupart des seigneurs et des bourgeois qui subsidiaient ces exploitations sont ruinés ou mis dans la gêne.

D’autre part, par la conquête du Flainaut français et surtout de Coudé, la France est maître de l’accès du bas et du haut Escaut : elle ne manque pas d’entraver par des droits douaniers, l’obligation de rompre charge, et d’autres tracasseries, le commerce de nos houilles avec la France et les Flandres. La découverte de veines de charbon à Fresnes-lez-Condé en 1714 et vingt ans après à Anzin, allaient rendre plus difficiles encore les conditions de l’industrie boraine.

l’honneur des Belges et des Borains tout spécialement, il faut reconnaître que les plus grandes difficultés, les dangers même, n’ont jamais lassé leur esprit lab mieux ni découragé leur persévérance.

On vient de voir dans quel triste état nos populations se trouvaient au commencement du XVIIIe siècle. Et pourtant quelques années de paix ramenèrent l’activité de toutes parts. Ce fait est attesté par quelques voyageurs étrangers qui parcoururent nos villages de 1720 à 1740. Ils constatent la prospérité qui y régnait, le bel aspect qu’offraient nos exploitations rurales, la densité de la population, l’importance qu’y avait prise l’art des mines. On calculait qu’à ce moment, les charbonnages occupaient d’une façon plus ou moins directe, 14.000 à 16.000 ouvriers.

L’extraction s’était développée par l’emploi plus fréquent de la poudre, l’érection de machines plus puissantes. Pour l’exhaure, les machines à vapeur avait fait leur apparition. L’invention du petit serrurier de Darmouth, Thomas Newcomen fut appliquée vers 1784, à la Grande Veine l’Evêque de Pâturages, par Robert Fastré venant du pays de Namur et établi en dernier lieu à Frameries. Lambert Rorive de Liège, établit en 1745, celle du Bois-de-Boussu. Cette machine avait coûté 55. 000 livres. Elle a lait l’objet d’une longue description

dans Ja grande Encyclopédie de Diderot. En moins d’une dizaine d’années, une demi-douzaine de pompes à feu furent installées sur divers points du Borinage.

A ce moment, les circonstances ne semblaient pas devoir rester propices pour de semblables entreprises. La guerre s’était rallumée entre la France et l’Autriche, qui avait hérité de nos provinces. La victoire de Fontenoy (i 1 mai 1745) permettait à Louis XIV d’envahir le Borinage. Il essaya, mais sans succès, de surprendre la ville de Saint-Ghislain, mais l’année suivante, le 14 juillet, il venait la bombarder de nouveau et parvenait à s’en emparer le 25 du même mois, après une résistance acharnée du gouverneur Spalart. Un an après, les Français démantelaient cette place. Ses habitants, ceux de Hornu, Boussu, Wasmes et Quiévrain, furent obligés par corvées de défaire les murs de la forteresse, ce qui fut une rude charge pour eux.

Cette guerre tout désastreuse qu’elle fut pour nos populations eut du moins un avantage, celui d’amener dans le Borinage, plusieurs capitalistes français, de leur donner connaissance de richesses minérales dont ils ne soupçonnaient pas jusqu’alors l’importance. Ils s’y intéressèrent par la construction de pompes à feu ou la reprise d’exploitations abandonnées. Il se produisit alors au Couchant de Mons, un mouvement commercial et industriel d’une réelle intensité qui eut les plus heureuses conséquences.

De 1765, date de la fondation du charbonnage des Produits, par Ambroise Richebé. Des démembrements de cette concession ont donné naissance aux établissements de Belle-et-Bonne (1774) et du Rieu du Cœur (1783).

En 1747, Pierre-Toussaint Durieu reprit de l'abbaye de Saint-Ghislain, toutes les veines se trouvant dans le sud de Wasmes et d’ Hornu (Champ des Sarts). Son successeur Hardenpont divisa ce vaste champ d’exploitation entre trois sociétés, qui sont l’origine des importantes associations charbonnières de la Fosse Notre- Dame-Champré, plus connue aujourd’hui sous le nom d ’Hornu-et- Wasmes ou des Vanneaux ; du charbonnage du Grand- Buisson et de la Machine Autrichienne, dont les fondateurs furent MM. WolfF et Godonesche ; elle a pris de nos jours le nom d’Escouffiaux.

Excepté dans la partie occidentale du Bassin où l’on trouvait des exploitations concédées de fond en comble, partout ailleurs, les concessions étaient morcelées à l’infini en surface et en profondeur. Cela se remarquait sur Frameries, Wasmes et Pâturages. On trouvait une vingtaine de bandes de charbonniers dans le périmètre de la concession des Charbonnages Belges. Sur le Haut-Flénu, la division était plus extrême encore et le faisceau des vingt premières veines supérieures fut quelquefois travaillé par vingt-cinq sociétés.

La paix dont notre province jouit sous le règne de Marie-Thérèse, favorisa ces entreprises qui auraient pu être mieux développées encore si l’extrême division dont nous venons de parler n’avait produit, entre charbonniers et entrepreneurs d’exhaure, entre charbonniers eux-mêmes, des procès internai nables qui absorbaient leur temps et leur argent.

Les états de Hainaut et le gouvernement autrichien s’appliquèrent à favo-

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