LE RETABLE DE L’ÉGLISE DE BOUSSU
DATANT DU XVI' sjùiil.E
riser l’industrie houillère par l’établissement de bonnes voies de communication dont le Borinage était jusque là destitué. En 1724, on avait commencé la construction de la route de Mons à Valenciennes, depuis la première des ces villes jusqu’au corps de garde de Jemappes ; la section de Jemappes à Boussu fut entamée en 1738 et celle de Boussu à Quiévrain, en 1750.
Le pavé d’Hornu à Barry, commencé en 1720 et achevé en 1766 seulement a permis un transport plus facile du charbon du Borinage vers l’Escaut et les Fland res.
De 1763 à 1790, on construisit la route concédée de Belle-vue, au Rond de Ville, qui devint très avantageuse pour les charbonnages de Boussu et de Dour.
Les pavés « Richebé « et du « mayeur Daneau » reliant les fosses du Flénu aux rivages de la Haine furent projetés et exécutés en partie vers la même époque.
Il semble qu’à la fin du siècle dernier, les Borains n’étaient pas trop mécontents de la situation et du régime politique existant. Ce qui semblerait le prouver, c’est que la révolution dite brabançonne de 1789-1790 n’eut guère d’écho chez eux. Il y eut assez bien de volontaires qui allèrent s’engager dans l’armée des patriotes, mais à leur retour, ils subirent tant d’avanies, qu’ils allèrent prendre du service dans les troupes françaises, notamment dans la légion étrangère dite « de Béthune » qui se formait sur la frontière. Plusieurs de ces volontaires parvinrent dans la suite à de hauts grades, tel Deverchin d’Eugies plus connu dans l’histoire sous le nom de « général Caillette, général Charbonnier ».
La guerre éclata en 1792. Une tentative d’invasion par le Borinage se produit. Ee 28 avril, la colonne française du général Byron s’avance de Valenciennes par Boussu jusqu’à Quaregnon. Elle y rencontre les Autrichiens commandés par le général Beaulieu qui culbutent. Une partie des Français parvient à se rallier sur Hornu, mais le lendemain, ils sont rejoints par l’ennemi. Les soldats s’eufuient en criant à la trahison et en massacrant leurs officiers.
Ce n’était qu’une simple escarmouche. Le Borinage allait bientôt devenir le théâtre d’une lutte plus sérieuse. Le 3 novembre de la même année, le général Dumouriez accompagné du jeune duc de Chartres (depuis le roi Louis- Philippe) part d’Onnaing et prend position entre Elouges et Wihéries. Les Autrichens sont fortement retranchés avec trois batteries sur le champ du Moulin à Boussu. Une première tentative pour les déloger de ce poste ne réussit pas. Le 4, neuf bataillons français appuyés de canons se lancent à l’assaut de ce bastion et l’enlèvent.
Le même jour, Dumouriez rendait compte de sa victoire par une lettre adressée à l’Assemblée nationale et lue dans la séance du 6 novembre ; elle excita chez les députés le plus vif enthousiasme. Dans cette journée, trois bataillons de volontaires belges, composés en grande partie de Borains, insistèrent pour être les premiers au feu et se distinguèrent par leur intrépide bravoure.
Ce furent ces troupes qui, le 5 novembre, furent chargées d’une attaque contre Quaregnon. Les Autrichiens s’y étaient retranchés dans de fortes positions
établies en bordure de la route de Mons à Valenciennes, avec postes avancés échelonnés le long du ruisseau du Cœur. Au hameau de la Courbelette ils avaient élevé une imposante redoute garnie de canons. Dans un bel élan, les détachements français parvinrent jusqu’à la Mariette, coron situé entre Quaregnon et Wasmuël, mais arrivés là, ils durent rétrograder sous un feu terrible. En quelques instants, une centaine d’hommes furent tués. Leurs cadavres furent inhumés non loin de l’emplacement de la fosse du Renard du Rieu-du-Cœur, remise en activité depuis deux ans.
Le lendemain, la bataille s'engageait sur tout le front del’arméeautrichienne. Il y aurait un livre à écrire sur ce combat qui fut l’un des plus formidables que connaisse l’histoire, où l’on vit aux prises les plus célèbres généraux autrichiens et français.
L’armée impériale, forte de 20.000 hommes, ayant à sa tète le duc de Saxe-Teschen et les généraux Beaulieu et Clerfayt, avait depuis plusieurs jours occupé les hauteurs s’étendant depuis le mont Héribus fMons et Cuesmes) jusqu’au bois du Llénu, aujourd’hui défriché où se massait sa réserve. Seize redoutes armées d’une centaine de canons hérissaient ces positions.
L’armée française, avec Dumouriez, les généraux Dampierre, Bournonville, Ferrand, Thomenot, le duc de Chartres, les célèbres demoiselles de Fernic, comme aides de camp, comprenait environ 40.000 hommes. Ses lignes se développaientde CiplyàQuaregnonen passant par Frameries, La Bouverie, Pâturages et Wasmes. Le quartier général était à la Fosse du Bois, aujourd’hui n° io du Rieu-du-Cœur.
Les attaques françaises furent d’abord repoussées par les Autrichiens qui les soutinrent héroïquement, mais un mouvement hardi de Thouvenot qui s’empara des retranchements et du village de Jemappes, leur fit craindre d’ètre enveloppés. Ils cédèrent le terrain et se retirèrent en bon ordre vers la route de Bruxelles. La bataille commencée à 7 heures du matin ne prit fin qu’à 3 heures de l’après-midi. Un détail qui servira à faire juger de l’acharnement des troupes en présence: de part et d’autre, il périt un sixième des effectifs engagés. Le nombre des cadavres fut si grand qu’on se refusa à les inhumer tous. Ils furent jetés dans un puits de mine voisin ; une tradition contestable d’ailleurs, prétend que ce fut au charbonnage de Montenpeine sur Noircham. Parmi les tués, du côté des français, signalons Charles Rouget de la Fosse, lieutenant-colonel en chef du bataillon des Deux-Sèvres, un parent de Rouget de Lisle, l’auteur de la « Marseillaise ». Il fut inhumé le 8 novembre au cimetière de Pâturages.
Telle fut la bataille connue aujourd’hui sous le nom « de Jemappes », mais qui d’abord fut désignée comme «combat de Quaregnon». Ce fait d’armes amena le lendemain la prise de Mons, que sa garnison avait évacuée, puis l’occupation du Hainaut et de nos autres provinces.
L’année suivante, le Borinage était de nouveau envahi par les belligérants et la suite des combats produisit, dès la fin de février, la retraite des troupes républicaines, et le retour à la domination autrichienne. Il semble que cette restauration ne fut pas trop mal vue dons notre région car l’indiscipline et les
excès des Français leur avait aliéné les sympathies de la plus grande partie de nos populations.
Le 26 juin 1794, la bataille de Fieu rus gagnée par Jourdan sur Clerfayt assurait de nouveau la conquête de notre pays par la France. Le ier juillet, Mons se rendait après un combat insignifiant. Kléber forçait le camp retranché du Mont Panisel où se tenaient en observation les Impériaux. La Belgique redevenait française ; elle le resta vingt ans.
Les premiers temps de l’occupotion française furent désastreux pour notre pays que les commissaires de la Convention et du Directoire traitèrent en ennemi. Le commerce et l’industrie étaient ruinés par leurs mesures arbitraires et vexatoires. Beaucoup de terres ne furent plus cultivées, et une terrible famine sévit en 1795 et 1796.
L’industrie charbonnière surtout se ressentit vivement des défauts du nouvel étatdechose. Nombre de personnages de la noblesse et delà bourgeoisie, intéressés dans les exploitations, avaient émigré ; les sociétés qu’ils subsidiaient durent se dissoudre. La plupart des houillères furent abandonnées ; celles qui purent se maintenir étaient accablées par les réquisitions de tout genre, de charbon, de chevaux servant à l’extraction et au roulage, par l’impossibilité de se procurer du bois, la plupart des forêts ayant été accaparées par l’administration de la marine et de la guerre. Les machines d’exhaure ne fonctionnaient plus et l’eau envahissait les ouvrages causant des ruines souvent irréparables.
Si nos charbonniers se trouvaient dans la détresse, par contre il y eut des spéculateurs venus de l’étranger qui profitèrent des désordres du temps pour réaliser de grandes fortunes.
En vain les représentants du peuple lancèrent des arrêtés prescrivant de remettre en exploitation les charbonnages abandonnés. Ce ne fut que vers 1798 que l’on reprit courage et que l’on recommença à travailler. C’est alors que le pays commença à apprécier les avantages de sa réunion à la France.
Par ce fait, le Couchant de Mons se trouvait devant un marché de plus de quarante millons d’habitants, sans entraves douanières ni autres. Les voies de transport s’organisaient. L’Escaut si longtemps fermé au commerce était réouvert solennellement ; en même temps foule de droits anciens, les privilègesdes bateliers deCondé, ceux de la chambre de navigation disparaissaient et laissaient libre le trafic de nos cnarbonniers. Notre pays était mis à même de profiter de la révolution industrielle, née au milieu du siècle chez nos voisins, et qui aboutit à de sérieux progrès techniques, au développement des sciences, à une meilleure direction et réglementation du travail.
C’est surtout au Consulat et à l’Empire que sont dus ces avantages qui se traduisirent dans nos charbonnages par une prospérité inconnue jusqu’alors. Au milieu du siècle dernier, les industriels âgés rappelaient encore comme une époque exceptionnelle d’affaires lucratives les années i8o2-i8o5. La présence de
l’armée française au camp de Boulogne et sur les côtes de la Manche et de la mer du Nord fourni aux houillères du Couchant un débouché considérable qui amena la hausse du charbon et une production énorme. De cette époque date la spéculation sur les valeurs charbonnières, la réorganisation de nombreux établissements, la création de sociétés importantes. Cette situation n’exista guère dans les autres bassins houillers de la Belgique ; elle put, grâce à l’établissement du blocus continental qui rendit impossible l’entrée des houilles anglaises, se soutenir jusqu’en 1810.
Dès 1801, Napoléon s’occupa de l’idée de créer un canal de Mons à l’Escaut destiné à remplacer la Haine qui était devenue insuffisante. Un projet fut dressé par M. Dubois-Dusauzet, ingénieur en chef du département de Jemappes ; mais il rencontra l’opposition des charbonnages d’Anzin et du génie militaire. Il fut repris en 1806 par l’ingénieur Piou, et son plan, après bien des difficultés; fut approuvé le 18 septembre 1807. Les travaux furent adjugés à M. Honorez de Mons. Le 29 avril 1810, l’empereur et l’impératrice vinrent les visiter. Le regard d’aigle de Bonaparte vit de suite quelle faute on avait commise en dirigeant cette voie navigable en ligne droite et à une trop grande distance des charbonnages. On sait que les raccordements que cet éloignement a exigés ont fait dépenser des mil Ions à nos charbonnages.
En 1808, M. le comte de Caraman et les sociétés charbonnières de Boussu, construisirent le canal dit « de Caraman » qui réunit la Haine au canal de Mons à Coudé. On voulait par cet ouvrage maintenir le navigation de la Haine dans la traverse de Boussu, mais de nouveaux moyens de transport firent abandonner cette voie navigable qui ne sert plus actuellement qu’à l’alimentation du canal de Mons à Condé.
La chute de l’Empire et notre incorporation au royaume des Pays-Bas furent d’abord regrettés dans le Borinage. Au point de vue commercial on était replacé dans la même situation qu’en 1794. « Avant
1810, dit Nicolas Descamps, dans ses curieux mémoires sur ce temps, tout homme courageux était certain de gagner sa vie, il n’était point question alors de dépôts de mendicité, de loteries pour les pauvres, etc. indice de la misère qui se produisit après. La séparation d’avec la L rance fut un arrêt malheureux ».
Le roi de Hollande ne manquait certes pas de bonnes intentions.il développa l’instruction, organisa l’administration de l’industrie et du commerce, créa même, de ses deniers, le crédit industriel ; il fit achever le canal de Mons à Condé, décréta en 1828, celui de Pommerœul à Antoing. Mais d’autre part, il dut souscrire à des mesures contraires aux intérêts de notre région. Un traité de commerce avec l’Angleterre favorisa les produits de ce pays et les mit sur la même ligne que nos produits nationaux : nous fûmes inondés par des objets de fabrication anglaise, par le charbon anglais, par les machines anglaises. Un droit de consommation sur la houille extraite dans notre pays souleva de vives
protestations chez nos exploitants. Il se passa des années avant que le gouvernement se décidât à abolir cette taxe injuste ; on lui attribua même en partie la famine qui, en 1816, sévit en Belgique et tout spécialement dans le Borinage.
Ces obstacles, de nature à rebuter les grandes entreprises, n’empêchèrent pas qu’après 1820 une véritable ère de prospérité ne s’ouvrit pour notre bassin. La Société Générale pour favoriser l’industrie nationale et la Société de Commerce d’Amsterdam eurent une heureuse influence sur la situation par l’apport de capitaux importants. De cette période datent les maisons Fontaine-Spitaëls et Legrand-Gossart, qui s’intéressèrent aux charbonnages et attirèrent chez nous de nombreux capitaux étrangers, français surtout. De grandes associations se forment ou se réorganisent. Celle de Produits avec MM. Colembuen et Coppieters de Brameries s’attache a développer l’exploitation de cette riche concession. M. Dcgorge-Legrand crée de toutes pièces pour ainsi dire
l’établissement du Grand - Hornu avec ses charbonnages, ses ateliers, ses fours à coke, sa cité ouvrière aux centaines de maisons, ses institutions de tout genre, qui, à l’époque où elles naissaient, constituaient des progrès et des innovations peu pratiqués sur le continent.
L a p r e m i è r e statistique des mines fut publiée par le Gouvernement en 1827-1828. Elle renseigne, pour le Borinage, io5 puits à charbon occupant 15.425 ouvriers et produisant 1.361.965 tonneaux de houille.
Quelques usines métallurgiques, fonderies et ateliers de construction datent également de l’Empire et surtout du régime néerlandais. Citons dans cette catégorie, la platinerie et l’usine à fer de Wasmes, les ateliers de Renard à Cuesmes, celui de Dorzée à Hornu qui augmenta ses installations déjà existantes en 1786, ceux de Dorzée et Prélat à Boussu, d’Hainaut à Elouges, d’Abrassart à Dour,de Vilain et Cornez à Pâturages, de Duval à Quaregnon et à Jemappes, de Laplace à Cuesmes, d’Haurix à Quaregnon. Dans ces usines, on s’occupait spécialement de la constructton de machines à vapeur d’exhaure ou d’extraction.
Les'voies de communication pavées se multiplient et relient la plupart des villages borains enlr’eux et avec les centres importants de consommation. Nos canaux sont sillonnés par les bateaux de houille. En 1827-1829, le Borinage expédiait uniquement vers la Hollande et les Flandres 1200 bateaux,
année commune. Nous voyons se fonder en 1829, des sociétés mutuelles d’assurance pour la navigation, comme par exemple celle de Saint-Julien à Jemappes.
C’est au Grand-Hornu que fut établi l’une des premières voies ferrées du continent. Des essais assez primitifs avaient été déjà faits en 1804, à la fonderie des canons de Liège et en 1819, dans une usine métallurgique de Seraing. En 1829, M. Dégorgé- Legrand utilisait pour le transport de ses charbons au canal 160 chevaux de trait. Sur le parcours suivi il établit un chemin à ornières de fer, qui lui permettait de réduire ce chiffre à 24.
Cette amélioration, au lieu d’être acceuillie favorablement par les ouvriers, devint le prétexte d’une véritable émeute. Le 20 octobre t83o, quatre à cinq mille ouvriers d’Hornu et des villages avoisinants, parmi lesquels beaucoup de femmes, s’abattirent sur la voie ferrée. En quelques instants, les installations furent détruites, les ateliers furent envahis et pillés. On ne respecta même pas les machines.
La foule des émeutiers se porta ensuite sur le château de M. Dégorgé, qui n’eut que le temps de se réfugier dans une dépendance ; de là, il entendit les cris de mort de la foule furieuse, il assista à un véritable saccagement de sa demeure. Dans cette journée, bien connue en Borinage sous le nom de « pillage Dégorgé », le propriétaire du Grand-Hornu subit une perte de plus d’un demimillon de francs. Il ne perdit pas courage, et sitôt que le calme fut rétabli, il reconstruisit le chemin de fer détruit, mais pendant des mois, il fallut que des hommes armés surveillassent la voie.
En racontant ces derniers faits, nous avons quelque peu anticipé sur les évènements car ils coïncident avec la révolution de i83o qui nous sépara de la Néerlande et nous lit libres.
Des détachements de volontaires venant de diverses communes boraines allèrent offrir leurs services au gouvernement provisoire. Citons Dour, F railleries, Jemappes, Pâturages, Quaregnon, Wasmes et Saint-Ghislain. La troupe de Dour, comprenant 56 hommes sous le commandement de M. Louis- Joseph Cambier, avocat, se distingua tout spécialement à Bruxelles où elle fut investie d’une mission de confiance.
L’impartialité historique nous oblige à constater que la révolution très populaire parmi la jeunesse boraine, ne rencontrait pas les mêmes sympathies dans une partie de la bourgeoisie ; de ce côté, on n’envisageait pas sans craintes l’avenir ; on regrettait vivement les avantages de f union avec la Hollande, puissance commerciale et maritime, nous complétant en quelque sorte.
Les premiers temps qui suivirent la séparation furent rudes et pénibles. Il fallait tout réorganiser, créer des ressources, trouver des débouchés pour notre industrie. La France qui, elle aussi, sortait d’une révolution, n’en offrait que de très précaires. La Hollande était en guerre avec nous et nous fermait ses frontières. Il fallait lutter contre l’hostilité des partisans de l’ancien régime, contre
l'opposition des grandes puissances qui redoutaient les libertés proclamées, et peut-être 1 impulsion qu elles allaient donner à nos sérieuses qualités industrielles. 11 y avait aussi à craindre les mauvais instincts des masses, qui, en divers lieux du Borinage, s’étaient livrées à des actes regrettables.
Les temps étaient d’ailleurs mauvais pour les agriculteurs comme pour les ouvriers. Une épidémie de choléra se déclara en i83e dans le Borinage et fit de nombreuses victimes dans la population charbonnière.
Ces mauvaises années passèrent. Dès la fin de 1834, on constate que la confiance renaît. A ce moment, se dessine un mouvement industriel d’une grande puissance qui s’applique surtout au développement des charbonnages. Les capitaux rassurés affluent de toutes parts. A la Société générale s’ajoutent à partir de 1 835 , la Banque de Belgique, la Société de Commerce de Bruxelles, celle des Capitalistes réunis dans un but de mutualité industrielle, la société des Actions réunies et d’autres non moins importantes qui accordent leur aide à l’industrie boraine.
De 1 83(3 à 1 838 , les grandes sociétés charbonnières se constituent sous la formeanonymeavecd’importants capitaux. Telles sont: Produits (tooctobre 1 836) Levant-du-Flénu (même date), Hornu-et-Wasmes ( 1 9 décembre 1 836 ) , Midi du Bois de Boussu (3o novembre 1837), les Grand et Petit Tas (29 janvier 1 838) , TEscouffiaux (3o avril 1 838) , les Houilles grasses du Levant d’Elouges (25 mai 1 838), le Haut-Flenu (23 avril 1 838) , Bonnet-Veine à Mouches (18 juillet *838), le Nord du Bois de Boussu, l' A grappe et Grisœul , le Couchant du Flénu, les Charbonnages et Hauts-fourneaux du Longterne. Pour ces treize sociétés, en moins de trois ans, un capital de plus de trente millons est créé.
La production du Couchant, activée par de nouvelles installations s’augnente considérablement. Elle était, en i832, de 1. 197,770 tonnes ; elle atteint 1.791.549 tonnes en 1 838, alors que l’arrondissement de Charleroi n’arrivait qu’à 724.359 tonnes et que la France toute entière ne produisait que 2.812.256 tonnes.
Un élan vigoureux se produit pour doter le Borinage d’usines métallurgiques et autres, comme dans le pays de Charleroi. En i83e, M. Degorge-Legrand transforme complètement ses ateliers ; Cockerill lui fournit une installation qui longtemps a été citée comme un modèle. Presque toutes les usines existant sous la période hollandaise s’aggrandissent ; des nouvelles s’édifient. Les ateliers de Produits sont mis en activité dès 1 832. A citer aussi les établissements d’Antoine Cornez et Poschetfilsà Wasmes, dej .-B. Vilainà Pâturages, de Billard à Jemappes, de Quenon à Boussu, qui s’occupèrent de machines de mines et de fonderie.
MM. Divuy de Dour, ( 1 835) essaient, mais sans grand succès, d’exploiter les minerais de fer carbonaté rencontrés dons la mine du Longterne.
La constitution de la société des Hauts Fourneaux du Borinage est du 24 janvier i83y. Elle construisit deux hauts-fourneaux à Pommcrœul, qui furent en activité, mais d’une façon intermittente, jusqu’en 1 863 .
D’autres branches d’industrie surgissent dans le Couchant. M. James Hall Greivc établi à Hornu dès 1829, fonde un établissement pour la fabrication des cordes et des câbles plats de mines par des procédés usités en Angleterre. Il se
transforma en 1837 en société des Corderies d’Hornu sous la raison Hauman Greive et Cie. Cette fabrique appartient maintenant à M. De Mot. D’autres corderies existaient dès 1 838 à Frameries, Boussu, Wasmes, Dour, Elouges.
En 1887, s’élèvent les verreries du Marais à Boussu, sous la firme Wins- Degorge. L’association fut transformée, deux ans après, en société anonyme. Ea verrerie du Moulineau à Ghlin fonctionnait dès la fin du XVI 1 F siècle et continua ses travaux jusqu’en 1840.
La fabrication en grand du sucre de betteraves fut introduite dans le Borinage et, croyons-nous, en Belgique par MM. Robette et Wins de Boussu, en i83q. Leur usine fut apportée en 1 838, à la Société du midi pour la fabrication du sucre de betteraves à Boussu, sous la raison Maximilien Robette et Cie.
D’aucunes de ces industries, celles de la verrerie et de la sucrerie ont pu se développer dans la région. D’autres, comme la métallurgie, y sont restées pour ainsi dire stationnaires.
L’expansion industrielle, sur laquelle nous venons de donner quelques détails, toucha presqu’à de l’engouement. Et il se produisit ce qui devait arriver. A la surproduction ne répondait pas une augmentation de débouchés. D’ailleurs, vers 1839-1840, diverses circonstances d’ordre plutôt externe arrêtèrent les affaires causant des dissolutions de sociétés, des ruines nombreuses, surtout dans les industries autres que celle des charbonnages.
L’un des effets principaux de cette crise, qui dura presque dix années, fut de spécialiser le travail. Dans le Borinage, il y a certes nombre d’habiles ouvriers de tous les genres, mais c’est le charbonnier qui domine et nul n’ignore combien le travail de la mine est absorbant et tyrannique. Le mineur connait son métier, il sait très bien « carbener », mais il ne peut plus faire que cela, au bout de quelques années.
La création des grandes sociétés anonymes, poussant à la production par tous les moyens, n’a pas été sans influence sur cette restriction des qualités industrielles de nos mineurs. A certains instants, quand le charbon se vendait bien, ces sociétés enrégimentaient le plus possible de jeunes gens, même les enfants. Une fois entrés dans le travail minier, c’était pour le reste de leur vie, pour 3o ou 40 ans tout au plus, car alors, ils devenaient par la fatigue ou l’anémie incapables de travail.
C’est pour secourir ces invalides de la mine, leur donner des pensions, que fut créée, en 1840, la caisse de prévoyance des ouvriers mineurs du Couchant de Mons, approuvée par arrêté royal du 3o décembre de cette année.
Nous ne pouvons oublier que ce fut à la suite de la crise de 1 83g, que l'on se mit à étudier sérieusement les moyens de transport par rail. En dehors du chemin de fer de M. Degorge-Legrand, il n’existait que le réseau du Haut et du Bas Flénu, dont l’inauguration avait été saluée par les huées des populations riveraines. Le réseau dit de Saint-Ghislain desservant les charbonnages d’Hornu, Warquignies, Dour. Boussu, concédé en 1 836, ne fut ouvert qu’en 1840.
En 1841, on inaugurait la section du chemin de fer de Bruxelles à Mons ; l’année suivante, la voie était poursuivie jusqu’à Quiévraiu.
En 1845, se place la concession du railway de Mons à Manage qui permit aux charbons du Borinage un accès plus facile des bassins du Centre et de Charlcroi où l’industrie les demandait en grandes quantités.
En 1857, on inaugure la ligne de Mons à Hautmont qui assure l’exportation de nos houilles vers la Sambre, la ligne de Maubeuge à Creil et vers Paris.
La Compagnie des Bassins houillers, créée en 1866 pour établir de nouvelles communications ferrées industrielles, reprit les réseaux de Saint-Ghislain, du Haut et du Bas-Flénu, d’autres créées de 1847 à 1 8b 1 par l’Escouffiaux, le Rieu-du-Cœur, par les Charbonnages Belges. Une loi de 1870 a remis à l’Etat, la plus grande partie de ces lignes. Il les a développées par la création du chemin de fer de Cuesmes à Quiévrain, par Pâturages, Dour et Elouges et par des jonctions permettant de relier tout notre bassin industriel aux gares de Saint-Ghislain et de Mons.
Par rail ou par eau, le Borinage a été mis en communication avec tous les points du pays et avec une grande partie de la France, ce qui lui a permis de lutter contre les conditions défavorables que son industrie charbonnière rencontre dans la concurrence d’autres bassins et des difficultés d’extraction s’augmentant d’année en année.
I’ histoire du Borinage pendant ces soixante dernières années se confond pour ainsi dire avec le développement de l’industrie houillère. Rares -A sont les faits qui ne s’y rattachent pas plus ou moins directement.
La prospérité ou la torpeur des affaires charbonnières amènent la prospérité ou la gêne chez ses populations. Et les instants de crise ont pris certainement plus de temps que les années de travail bien rémunéré. Voici quelques chiffres à cet égard.
De 1841 à i85o, le travail n'est vraiment rémunérateur qu’en 1847 ; l’année suivante, la révolution en France amène une grande misère.
De 1 85 1 à 1870, on ne peut guère citer comme bonnes années que i85q, 1 85 5 , 1866, 1867 et les premiers mois de 1870. Un mouvement d’arrêt se produit lors de la guerre franco-allemande, mais dès que cette lutte a pris fin, en 1871, naît pour le Borinage une ère de prospérité comme il ne s’en était jamais vu, comme il ne s’en produira peut-être plus jamais. Elle dure jusqu’en 1876, mais alors éclate une crise industrielle qui persiste jusqu’en 1 883 .
La période de ces vingt dernières années a offert, au point de vue de la production et des salaires des vicissitudes très diverses. On peut citer comme satisfaisantes les années 1884-1886, mauvaises celles de 1887 à 188g, passables 1890-1891, très changeantes et plutôt gênées celles de 1892 à 1896. Il y a amélioration solide de 1897 à 1902, mais cette dernière année semble devoir être moins favorable que ses devancières.
En établissant ces données, nous avons tenu compte de l’offre et de la demande, mais peu d’un autre fait qui a sa répercussion sur la situation
de la classe ouvrière. Nous voulons parler des grèves, tenages-bons qui périodiquement dénaturent la situation économique.
Au commencement du XIXe siècle, les grèves étaient peu importantes et toujours localisées à quelques fosses. Il y avait un genre de suspension forcée du travail plus commun. C’était le ravaux ou ennontemint , occasionné par le mauvais temps, par un accident, la vente difficile du charbon, le défaut d’argent chez les actionnaires {parchonniers ou panseniers) pour continuer leur travail. Cela durait quelquefois fort longtemps, et les charbonniers se répandaient dans les localités agricoles du Haut Pays et du pays des Manous (vers Ath) pour solliciter des aliments ou s’employer à des besognes faciles.
La première grève ouvrière pour motif de salaires est de 1 833 et dura 8 jours. En 1 8 3 7 , îo.ooo ouvriers du Flénu cessèrent leur besogne pendant i5 jours à propos d’un nouveau règlement affiché dans les charbonnages. En 1 83q , grévette au Flénu. La remise en vigueur de l’obligation du livret causa de véritables émeutes en février et en mars 1841, surtout du côté de Wasmes, Dour et Elouges. Après quelques chômages en 1846-1849, causés surtout par la crise alimentaire, on constate une période relativement calme qui dure jusqu’en 1860.
Les grèves de juillet 1861, de 1862 et 1 863 furent presque générales dans le bassin et provoquèrent des collisions sanglantes. Elles recommencèrent en 1867 et en 1869, cette fois s’accompagnant de revendications socialistes prônées par l’Internationale. En juillet 1872, 20.000 mineurs cessent le travail pendant quatre semaines. Dans les années 1874, 1876, 1877, 1879,1a grève prend un caractère grave. Une collision se produit le 22 septembre 1877 au n° 6 d’Hornu et Wasmes, et plusieurs ouvriers sont tués ou blessés.
Les grèves n’ont pas cessé au cours de ces vingt dernières années ; elles se produisent en moyenne tous les 3 ou 4 ans, maisavec un caractère plutôt politique qu’économique. Telle fut celle qui éclata en i8q3, et qui fut marquée par la sanglante échauffourée que l’on désigne sous le nom de «fusillade de Jemappes». Tel encore le chômage tout récent d’avril 1902 qui s’est étendu à la généralité du monde ouvrier borain. Nous indiquons simplement ces évènements sans interpréter leurs causes, car ils n’appartiennent pas encore à l’histoire.
Les accidents de mines constituent également des faits importants des annales boraines. On peut dire que depuis quelque temps ils sont devenus relativement plus rares, bien que le personnel ouvrier se soit augmenté dans de lortes proportions.
Les coups d’eau qui ravageaient jadis les galeries minières, sont l’exception depuis le 16 mai 1 836, où les eaux de Grisœul firent irruption dans les travaux du puits de Sainte-Victoire, n° 4 de l’Agrappe et noyèrent 29 mineurs.
C’est le grisou qui inscrit le plus de noms au nécrologe de la mine, le grisou s’accumulant dans les vieux travaux ou se produisant d’une façon presqu’instantanée, semblable à une éruption volcanique. Les rapports des ingénieurs ont commencé à nous renseigner sur ces explosions dues à tant de causes fortuites, seulement dès 1821. Et depuis, que de centaines de charbonniers y ont trouvé la mort ?
Notre génération ne se rappelle plus que vaguement des coups de feu de la Grande-Veine du Bois d’Epinois, lesquels, en 1825 et en 1 83 1 , occasionnèrent la mort de 40 ouvriers ; de celui du Grand Buisson en 1 836, 22 tués ; de la Boule, puits Saint-Félix, en 1841, 28 tués ; de l’épouvantable tuerie qui se produisit le 22 mars i85o au siège n° 1 du Rieu-du-Cœur, dans laquelle 76 charbonniers trouvèrent la mort; des 100 tués à Longterne-Ferrand et Longterne-Trichères en i852 ; des 20 morts d’hommes en 1862 au premier de ces charbonnages, des 17 autres survenues par un volcan au Midi-de-Dour en 1 863 .
Par contre, beaucoup de nos contemporains ont encore un souvenir de l’émotion qui s’empara du pays le 3 février 1 865 en apprenant l’hécatombe de 57 ouvriers au Midi de Dour, et de l’élan de charité qui se manifesta alors dans tout le pays. Le 7 août 1868, 55 victimes tombaient pour 11e plus se relever, au puits n° 7 des Produits. En ordre de date viennent les explosions d’Ho.rnu-et- Wasmes (1871), 35 tués ; puis, à quatre ans d’intervalle, le 16 décembre 1875 et le 17 avril 187g, les épouvantables massacres que le gaz meurtrier occasionna au puits de la Cour de l’Agrappc : 1 12 tués dans la première, 121 dans la seconde!
Depuis 20 ans, le grisou a de nouveau ravagé bien des fois nos charbonnages. Au nombre de ces catastrophes plus récentes il faut signaler celles du 4 janvier 1887 à l’Escouffiaux, 35 tués ; du 4 mars de la même année qui causa la mort de 1 1 3 ouvriers au puits Sainte-Désirée des Vingt-Quatre actions ; celle de 1892 au siège n° 2 de l’Agrappe, si tristement célèbre, 25 tués ; et le 26 avril 1901, l’explosion au puits n° 3 du Grand-Buisson, 19 victimes.
Le mineur borain qui descend dans l’abime profond de 600, de 800, voire même de 1000 mètres de profondeur, ne sait jamais s’il en remontera vivant. Le péril l’entoure de toutes parts. Un faux pas, un heurt de la machine, un câble rompu peut le précipiter dans le vide. Dans les galeries qu’il parcourt, dans les chantiers où il s’attaque au roc et à la houille, il a à craindre non pas seulement le grisou, mais les effets meurtriers de l’explosion d’une mine, un éboulement, la chute d’une pierre énorme se détachant du plafond de la voie et venant l’écraser : telle fut la mort d’un jeune et distingué officier des mines, l’ingénieur L. Viernory, tué le 17 juin 1896 dans l’exercice de ses fonctions, en visitant les travaux d’exploitation du Grand-Hornu.
Notre mineur est un fataliste ou un résigné. Le danger n’êffraye pas son courage. Les fumées d’une terrible explosion se sont à peine dissipées qu’il vole au secours de ceux qu’elle a frappés, au risque d’être abattu à côté d’eux. Et quelques jours plus tard, il retournera travailler là même où le minotaure de la mine a bu le sang et dévoré la chair de ses compagnons.
Le nombre de ces vaillants 11e diminue jamais. Dans nos vingt mines en activité, ils sont maintenant 3o.ooo, et leur travail arrache de la terre 5 millons de tonnes de houille ayant une valeur de 80 à 85 millons de francs. Ce labeur fait vivre 100.000 personnes, active d’autres industries, entretient une fourmilière immense dans une sorte d’aisance relative qui semble plutôt s’améliorer depuis quelques années.
Pour arriver à ce que nous voyons, quelle somme d’efforts n’a-t-il pas fallu,
que de races se sont superposées aux races, de générations aux générations pour défricher notre contrée, la fertiliser, arracher les noirs trésors que renferme son sein ?
C’est ce que nous avons essayé de rechercher et de présenter dans ces quelques pages, résumé d’études plus développées, ensemble de faits épars qu’on nous saura peut-être gré d’avoir rassemblés à l’usage de ceux qui aiment bien leur pays et cherchent à connaître son véritable passé.
Monuments
et Souvenirs archéologiques
Les dévastations commises par les armées au XVIe et au XVIIe siècles n’ont guère laissé subsister dans le Borinage de monuments du moyen âge. Les édifices qu’on y rencontre, églises, maisons communales, grandes fermes, châteaux, demeures, édicules, datent pour la plupart de l’époque moderne ou contemporaine, Toutefois, quelques édifices ou parties d’édifices ont conservé de curieux vestiges du passé, des objets mobiliers d'un grand intérêt. C’est une revue de ces objets artistiques ou simplement archéologiques que nous donnons ci-après en les rattachant aux diverses communes où ils se rencontrent.
Autlregnies. — 11 s’y trouvait un antique château-fort qui a été démoli en ce siècle, de même qu’une ancienne chapelle sépulcrale du XVIe siècle, avec belles voûtes, carrelage céramique, bas reliefs et sculptures remarquables. Tout cela a été détruit et dispersé lors de la reconstruction de l’église en 1871. Il y avait aussi, sur le mont d’Audregnies un monastère de religieux Trinitaires pour la rédemption des captifs, fondé en 1220 par Alard, sire de Ville d’Audregnies, et d’Harchies ; on n’en retrouve que peu de traces.
Athis. — Village mentionné en 1 1 10. La tour de l’église est romane ; le chœur ogival offre une charpente apparente très intéressante. On remarque en cet édifice un porte-lumières pédiculé en fer, datant du XVIe siècle.
Baudour. — Village très ancien, siège de l’une des douze pairies du Hainaut. On y a retrouvé un trésor romain et des sépultures franques. L’église ogivale, construite de 1 5 1 5 â 1 5 2 1 , olfre un porche latéral en hors d’œuvre très curieux. La charpente apparente en chêne sculpté mérite l’attention.
Blaugies. — Dans l’église de style ogival du XVIe siècle, plusieurs objets d’art remarquables: une cuve baptismale romane ; un.retable en bois sculpté d’environ i53o de toute beauté, restauré en 1876; deux belles couronnes de lumière, forme pédiculée, en fer forgé datant également du XVIe siècle ; tableau de l’écolede Rubens, représentant une Sainte Famille, mais maladroitement restauré.
Boussu-sur-Haine. -- C’est la localité du Borinage qui a peut-être le plus de souvenirs du passé. Son château dont on fait remonter l’origine au IXe siècle,
fut bâti et rebâti au XVIe siècle par le célèbre sculpteur montois, Jacquesdu Breucq On y trouvait des marbres de toute beauté, dont quelques - uns sont conservés en l’église de Sainte- Waudru à Mons.
11 reste des parties de cet édifice, la façade postérieure notamment et une partie de la chapelle ogivale.
Deux de ses propriétaires, MM. les comtes de Caraman et de Nédonchel, l’ont fait restaurer au siècle dernier. Cette demeure seigneuriale est environnée d’un vaste parc. Une devise inscrite sur une pierre : Je y seray Boussu est rapportée â des visites de l’empereur Charles-Quint en i5qo et 1 549. En 1 65 5 , Louis XIV y installa son quartier général. Les illustres familles de Boussu, de Rumigny, de Fontaine, de Hennin d’Alsace ou Liétard et .de Caraman ont possédé la terre de Boussu qui était un fief relevant des comtes de Namur.
L’église paroissiale de Saint-Géry est un monument de mérite dont le chœur date du XIIIe siècle et le clocher de 1 5 1 1 ; le vaisssau a été remanié à diverses époques. La charpente apparente révèle une grande ancienneté. O11 y voit un bel autel et deux retables, l’un en marbre, le second sculpté en bois datant du XVe siècle; celui-ci représente des scènes de la vie de la Vierge et est remarquable parla finesse des détails. Nous le reproduisons ci-contre, en photogravure. La chaire de vérité a été taillée par Latour de Boussu. Sur les murs de l’église, s’étalent de curieuses pierres tombales. Derrière le chœur, on \roit une croix de cimetière en fer forgé sur base de pierre du XVIe siècle. Un joli épi en métal ouvragé surmonte le faite d’une chapelle absidale.
Au côté droit du chœur, se voit la tribune des anciens seigneurs de Boussu et leur chapelle sépulcrale de style roman datant de 1278. Une grande plaque de cuivre porte gravés les noms de 29 membres de la famille de Hennin et de Caraman donne accès à un vaste caveau, voûté en pierre, qui a servi à leur sépulture. Cette crypte renferme toute une série de cénotaphes et de sculptures. Une de celles-ci rappelle le souvenir de Thierry de Hennin dit de Boussu, décédé en 14II0 à Venise, en revenant de Jérusalem. Un tombeau superbe en marbre, œuvre du sculpteur Luc Petit de Valenciennes, rappelle Jean de Hennin,
Liétard, comte de Boussu, sire de Blaugies, Athis. etc, chevalier de la Toison d’or, capitaine général des armées de Charles-Quint, décédé en son château de Boussu, le i2 février 1 562 et Anne de Bourgogne. Haut de 6 m. sur 3, go m. de large, il n’offre pas moins de dix statues. Sous le sarcophage gît le corps d’un homme mort recouvert en partie d’un linceuil, œuvre traitéeadmirablementetque l’onattribue généralement au ciseau du célèbre Jean Goujon. Remarquable aussi, le mausolée en pierre polychromée de Maximilien de Boussu, amiral, mort le 26 juin 1578 et de son fils Pierre de Boussu, général de l’artillerie, mort le 21 avril 1598 ; il est orné d’un bas-relief et de cariatides. Celui de Maximilien, comte de Boussu, mort le 8 décembre 1625, est orné de fines sculptures. Non loin là, se une trouve effigie en marbre représentant un cadavre dont les chairs rongées par les vers laissent apercevoir le squelette. Cette œuvre saisissante de réalisme est de Jacques du Breucq ou de Jean Goujon.
Un calvaire placé dans la Grand’ Rue, offre deux bas-reliefs du XVe siècle en pierre bleue.
Parmi les édifices modernes signalons : l’Hospice Guérin pour les veillards, installé dans une belle habitation ; l’Hospice de la vieillesse en style ogival du XIIIe siècle, construit sur les plans de M. Béthune de Gand ; l’Hôtel de ville, style Renaissance italienne, bâti sur le projet de M. Joseph Hubert, architecte à Mons et inauguré en 1876.
Sceau de Boussu
L’ancien hôpital d’ Hanneton, fondé au XIIIe siècle, est occupé aujourd’hui par les bâtiments d’une ferme.
Ciply. — Nous avons rappelé plus haut le beau musée de M. Léopold Bernard qui renferme une magnifique collection d’objets préhistoriques, galloromains et francs, retrouvés sur les territoires de Ciply et de Mesvin.
Le château de M. Dezomberg à Ciply, bâti au XVIIIe siècle, en grande partie avec des débris de l’église des Jésuites de Mons, renferme le cénotaphe en marbre du maréchal de camp et gouverneur de Mons pour Louis XIV, Nicolas de la Brousse, comte de Vertillac, tombé le 4 juillet i6g3 au combat de Boussulez-Walcourt.
Dans l’église paroissiale moderne, on retrouve quelques sculptures du XVe siècle, malheureusement abîmées et des bas-reliefs incrustés dans les autels latéraux, qui paraissent être de l’école de Jacques du Breucq.
Cuesmes. — On ne retrouve plus de trace de l’église ancienne située près du Pont de pierre, ni de l’hôpital Saint-André, qui avait été érigé avant le XIVe siècle. L’église actuelle, l’hôtel de ville, les écoles et le presbytère forment un ensemble bâti en 1847, en style gréco-romain. Au hameau du Cérisier, temple protestant gothique.
Dour. — Ancien village mentionné au VIL siècle. On y a retrouvé beaucoup d’antiquités romaines et franques. L’ancien château seigneurial a été démoli en 1 883 ; il oflrait un certain caractère architectural.
La chapelle de Notre-Dame des Cocars, près d’Elouges, datée de 1769,
servait à un ermitage jadis renommé dans la région pour son école. Des légendes ont crée une sorte de renommée à cet oratoire près duquel se tient chaque année une ducasse très courue.
Elouges. — Village très important à l’époque romaine et franque. On y a trouvé les vestiges d’un camp de légionnaires, un cimetière et quantité d’objets très curieux qui ont été rassemblés par M. Charles Debove dans un musée, conservé aujourd’hui par Madame veuve Debove.
La tour Doye, très ancienne est croit-on un reste d’un château féodal.
Il y a deux églises à Elouges, mais reconstruites en 1 865 et 1879. Celle qui se trouvait au hameau du Monceau, démolie en 1878, conservait un clocher roman très ancien du IXe ou du Xe siècle. Lors de sa démolition, on trouva d’antiques sépultures franques et un silo gallo-romain renfermant des céréales et des pois absolument carbonisés mais ayant encore conservé leur forme. On trouvera ci-contre un dessin de ce monument.
Erquennes. — Eglise de Saint-Ghislain du XVI Ie siècle. Elle renferme une belle croix triomphale de style ogival, ornée de personnages et d’ornements sculptés en haut relief.
Eugies. — Aux limites de cette commune se trouve la Belle-Maison, villa des évêques puis archevêques de Cambrai qui possédaient à Eugies la seigneurie de Colfontaine et de Bois l’Evêque. Le célèbre Fénélon séjourna quelques temps en cette demeure.
Le Bois de Colfontaine est un centre d’attraction pour tout le Borinage le lundi de Pâques. On y tient une sorte de ducasse-foire, animée de guinguettes.
Franieries. — Le vaisseau de l’église offre des traces de style ogival du XVe siècle, le reste est de 1717. Cet édifice est surmonté d’un clocher massif qui se voit de très loin. On y trouve un beau tableau de Germain Hallez, natif de ce village, qui représente Sainte-Barbe.
On ne trouve plus de trace de la maladrerie (léproserie) et de l’hôpital de Frameries, deux institutions fort anciennes. L’ancienne commanderie de l’ordre des chevaliers du Temple datant de 1 142 et la ferme de Flegnies (appartenant au chapitre de Sainte-Waudru) sont remplacées par des fermes.
Le « Noir Bonhomme » rappelle une légende superstitieuse qui avait cours dans toute la région comprise entre Ciply, Noirchain et Frameries. C’était une sorte d’homme noir, un Templier en peine disaient les uns, le Diable d’après les autres, qui apparaissait sur le monticule de Montavaux, ou sur un talus buis-
sonneux de la vallée suivie par la route de Ciply à Frameries et qui pour cette raison, portait le nom de « Tienne du Noir Bonhomme ». M. le lieutenantcolonel Lheureux, un enfant de Frameries, a rappelé cette légende dans ses souvenirs si curieux sur son lieu natal.
Ghlin. — Station de l’âge de la pierre. Pierre celtique mentionnée. De nombreux objets d'origine romaine et franque s’y sont retrouvés.
Chapelle et ermitage du Moulineau datant du XIIIe siècle où s’installa en 1781, une verrerie à bouteilles. L’oratoire très ancien est de style gothique ; on y voit un petit mais très curieux bas-relief en marbre.
Hainin. — Eglise de 1731 avec tour de 1626. Ce village appartenait à une famille d’Hainin qu’il ne faut pas confondre avec les de Hennin, sires de Boussu.
Hautrage. — L’église Saint-Sulpice moderne avec clocher du XVIe siècle renferme des bas-reliefs très curieux, notamment un ensevelissement du Christ avec nombreux personnages.
De l’hôpital d’Hautrage, fondé en iq32, par Jean Sourive, il ne reste que la chapelle. On y remarque une superbe croix en pierre de style ogival.
Il y avait également à Hautrage un monastère de tertiaires fondé en i5oq par Jean Hanot, bourgeois de Mons et bailli de Ville. Ces religieux desservaient l’établissement hospitalier qui a été remis de nos jours à une Commission des Hospices.
Hensies. — Village dont les origines sont antérieures au IXe siècle. Son église est l’une des plus antiques de la région. Le chœur seul est moderne. La façade est du XIIe siècle, la nef est du XIIIe, le transept avec bras inégaux est du XVe mais bâti sur soubassement plus ancien.
Une cuve baptismale romane du Xe ou du XIe siècle y est conservée ; elle est d’un caractère très archaïque et porte, sculptés sur ses quatre faces, des dragons enlacés, des arcades en cintre, un lion fantastique ; huit tètes humaines garnissent les angles.
Hornu. — Ce village ancien et jadis très étendu, n’a conservé aucun monument du passé. Son église ogivale avec colonnes en fer date de 1840. L’établissement du Grand-Hornu, dont nous avons parlé plus haut, comprend une cité ouvrière bâtie sur les plans de l’architecte Bruno de Tournai. Dans une cour centrale, on remarque la statue en bronze de M. Dégorgé- Legrand.
Jsmappes. — Des antiquités en nombre ont été découvertes dans le sol de cette commune, mais elle n’a conservé acun édifice ancien. Sa belle église romane a été rebâtie en 1 863 sur les plans de M. J. Van Yzendyck de Bruxelles. L’hôtel de ville de style renaissance date de 1877. L’école industrielle est établie dans la demeure de feu M. Goffint.
Au-delà du canal se voit le château de M. Honoré, aujourd’hui M. Paternostre,avec parc bien dessiné, rempli de fabriques dans le style Empire.
La Bouveris, ancien hameau de Frameries, a été érigé en commune par la loi du 3o mars i8q5.
Montrœul-sur-Haine. — Des ruines de son château féodal, appartenant à la famille de Ligne et détruit par le roi de France Louis XI, se Vôyàient encore il y a quelques années, non loin de l’église. Celle-ci ne date que de 1840, mais elle renferme quelques objets anciens, des tableaux funéraires peints sur bois, des objets d’orfèvrerie, un lustre en dinanderie d’une facture élégante.
Noirchain. — L’église est de style ogival primaire avec portail sculpté et charpente apparente.
Onnezies. — On a retrouvé en ce village des antiquités de divers genres et notamment un vase gallo-romain de toute beauté, avec figure humaine, qui se trouve actuellement au musée d’antiquités de Bruxelles.
Le donjon du château féodal d’Onnezies a été conservé et offre quelqu’ intérêt.
Dans l’église ogivale reconstruite en 1847, on voit une antique statue de Saint-Pierre que l’on fait remonter au XIIe siècle.
Pâturages. — Son territoire, dépendance de Quaregnon, ne' fut érigé en paroisse et en commune distincte qu’â la fin du XVIIe siècle.
L’église, d’assez vastes dimensions, a été construite en 1770-1771 , sur les plans de Jean Malengreau, maître maçon â Quaregnon.
Quaregnon. — On y a découvert des sépultures, ainsi que de nombreux vases romains et francs.
Le Château du Diable (Castiau del Diable) est un ancien édifice dont il n’existe que le soubassement. L’appareil de sa construction dénote un âge très ancien. Ces ruines ont exercé l’imagination populaire qui y a vu une sorte de cnâteau hanté. Elles paraissent appartenir â l’ancien oratoire de Saint-Quentin, construit, dit-on, par Saint Ghislain et Sainte Waudru au VIIe siècle et qui comportait un hospice pour voyageurs. On prétend aussi que cet édifice est construit sur un antique tumulus.
L’église paroissiale, également dédiée â Saint-Quentin, n’a d’ancien qu’une tour ogivale très svelte datant du XIVe et du XVe siècle. A l'intérieur se trouve une cuve baptismale assez curieuse.
Quiévrain. — Dans ce village, mentionné dès le Xe siècle, un tumulus existait au lieu dit le Tomboit. Aux environs, on a rencontré une grande quantité d’objets préhistoriques et romains.
L’église possède un chœur ogival datant de i5oo. Le vaisseau est du XVIIe siècle, de même que le clocher qui a été bâti en 1680 par Louis de Longpont, architecte de Valenciennes.
Quiévrain possédait un hôpital de Saint-Jacques fondé au XVe siècle par Jeanne de Lalaing. Son serment d’archers de Saint-Sébastien, institué en 1 4 1 5 par Simon de Lalaing, seigneur de ce village, subsiste encore et conserve un beau collier de roi en argent, datant du XVIe siècle.
Saint-Ghislain. — Il ne reste que des parties insignifiantes des bâtiments de la célèbre abbaye fondée par Saint-Ghislain au VIIe siècle. Ils avaient été érigés en 1714 par Gabi, architecte de Lille et De Brissy, architecte de Mons. Les derniers vestiges des remparts dont cette ville était entourée ont disparu il y a 40 ans.
L’église paroissiale, de style ogival, date de 1 565, et a été restaurée il y a quelques années. C’est le but d’un célèbre pélérinage des mères de famille et des enfants. On y trouve des objets d'art de valeur : une châsse romane du XIIe et du XIIIe siècle, ornée de ciselures et d’émaux champlevés représentant des vertus. Un lectrin aigle, œuvre de dinanderie que nous attribuons au XIVe siècle, car il porte les armoires de Gillion Le Ramoneur, prévôt de Mon.s,„puis de
Valenciennes (1317-1340). Il est supporté par un socle en marbre sculpté, style Renaissance; spendide chandelier pascal en cuivre, crénelé et ajouré, muni d’une broche sur lequel, hors du temps pascal se fixe une belle statuette de Sainte-Catherine. A la tige est fixé un lectrin ajouré avec l’Âgnus Dei. Cet objet a' été fondu en 1442 par Wuillaume Le Febvre, fondeur de laiton aux frais de Marie Follete, veuve de Jean Gervais. L’église de Saint-Ghislain a vendu ce chandelier à l’Etat, mais celui-ci en a fourni un surmoulage; couronne de lumières pédiculée portée sur un trépied, XVIe siècle ; repositoire ou ciborium du XVIe siècle dans la sacristie ; il se ferme par une porte en cuivre ouvragé représentant la Cène ; tryptique de 1607 représentant un gouverneur de la ville, sa femme et ses enfants, d’un bon mérite. En outre, l’église conserve une chaire de vérité et des boiseries en chêne Renaissance d’assez bon style, et une chasse en bois des SS. Lambert et Bellère, disciples de Saint Ghislain.
Sur la place, on remarque un bâtiment de joli style construit de 1752 à 1753, sur les plans de Dont Durot, moine de l’abbaye. Il servait de halle au blé et d’hôtel communal. Il s’orne d’un coquet campanile avec crosse abbatiale, indiquant que l’abbé de Saint- Ghislain l’avait fait construire pour la ville.
Presque vis-à-vis, adossé à une pompe, se Chandelier pascal voit une sculpture gothique grossière repré¬
sentant une ourse allaitant deux oursons, allusion aux supports des armoiries de Saint-Ghislain, qui sont une ourse et un aigle. C’était la base du pilori seigneurial. L’abbé était en effet prince de l’Empire et de Wihéries, comte de Basècles, seigneur de la ville de Saint-Ghislain et de dix-sept villages.
Un bel hôtel-de-vi lie, bâti depuis une dizaine d’années, s’élève à front delà place et a remplacé la porte d’entrée et des dépendances de l’abbaye.
Derrière le moulin, se trouve, sur la Haine, une arche très ancienne dont la pierre de clef porte une sculpture curieuse.
L’ancien hospice de Sainte-Elisabeth, fondé en i56o et desservi par des sœurs hospitalières, possède une église bâtie en 1725-1729; on y conserve des objets venant de l’abbaye : douze toiles representantdesapôtres, peintes parAndréDavesnes artiste montois du XVI IIe siècle; deux tableaux de mérite figurant des scènes de la vie de Saint-Ghislain; un panneau vétuste, le « Martyre de Saint Jacques le Mineur)); enfin des chasses en bois de Saint Ghislain et de Saint Sulpice, de 1713 et 1737 .
Signalons encore à Saint-Ghislain une gare, l’une des plus importante du pays, avec façade très ornée en pierre mais d’un caractère un peu lourd, une école moyenne renommée des habitations modernes d’un joli style.
Sars-la-Bruyère. — Cimetière romain au bois du Temple, fouillé par M. de La Roche de Marchiennes. Sur ce village, existait avant i3io, une ancienne préceptorerie des Templiers, celle du Fliémet, qui devint ensuite la propriété des chevaliers de Malte.
Thulin. — Cimetière belgo-romain au lieu dit le Marais, vers Montrœul-sur- H aine. 11 a fourni des centaines de médailles et quantité d’objets curieux.
L’église bâtie en 1 856 par M. l’architecte Louis Dethuin de Mons en style Renaissance italienne, ornée de stucs, est l’un des plus remarquables temples érigés de nos jours dans le pays.
Warquignies. — L’ancien château a été converti en brasserie ; c’était au siècle dernier, la résidence des seigneurs de Warquignies, appartenant à la famille des de Grouff d’Erkelenz, qui créa les charbonnages de la Grande Veine et des Tas sur ce village. On y éleva une machine Newcommen dès 1765.
Wasmes. — Village connu dès le VIIe siècle. On y a retrouvé nombre d’antiquités des âges romain et franc.
L’église est en grande partie du XVIe siècle. Le clocher est daté de 1606 ; il renfermait d’après la tradition, les plus belles cloches du Hainaut. Quant au portail de style classique, il a été élevé en 1828 par l’architecte montois Lefèvre père. Cet édifice conservait jadis de belles verrières historiées, figurant le chevalier
Gilles de Chin, de curieux tableaux avec inscriptions se rapportant au combat qu’il aurait soutenu contre un dragon. Ils se trouvaient dans la chapelle de Notre- Dame, qu’il avait fondée. On ne les retrouve plus ; à leur place, se voit une grande toile de Van Lathem ayant pour sujet, ce combat légendaire.
Deux pierres sépulcrales du XVe siècle subsistent dans la muraille de cette chapelle et offrent des bas-reliefs à personnages. L’un rappelle Vital Lancelot et Jeanne Jonnette, sa femme, décédés en 142g et 1445. Une autre dalle funéraire raconte l’emprisonnement à Audregnies et la mort de Pierre Druart, mayeur de Wasmes, tué par les Français en mai 1676. Il y a quelques années, on trouvait et on doit trouver encore dans cette église un curieux monument :
c’était une sorte de charte lapidaire constatant le partage des bois de Wasmes entre l’abbaye de Saint-Ghislain et la commune, le 28 mai 1754, en suite .de sentence du conseil souverain de Hainaut ; le sceau communal de Wasmes y était insculpté. La cuve baptismale, de forme hexagonale avec couronne de feuille ciselée est un beau morceau du XVIe siècle.
La ferme de la Cou r-à- Wasmes, avec porte d’entrée et élégant colombier de 2? mètres de hauteur est occupée aujourdh’ui par les bureaux de la Compagnie des Charbonnages Belges. Elle a été reconstruite en 1772 par Jean Malengreau, entrepreneur à Quaregnon.
La légende de Gilles de Chin tuant un dragon dans les fonds de Wasmes est très populaire dans ce village et aux environs ; le fait qui y donne lieu est révoqué en doute et l’on croit généralement aujourd’hui que ce vaillant chevalier tua un crocodile ou un lion de haute stature en Palestine où il s’était rendu lors de la première croisade. Quoiqu'il en soit, la croyance vulgaire avait donné lieu à une figuration de combat semblable à celle du « Lumeçon » de Mons ; elle se donnait à la Pentecôte. Aujourd’hui encore «la Pentecoûte de Wasmes» est célébré dans -tout le- Borinage. Le lundi, a lieu la procession de la Pucelette,
petite fille qui représente la Vierge, d'après les uns, une demoiselle sauvée de la gueule du dragon par Gilles de Chin, d’après d'autres ; un cortège va la chercher
processionnel lement à la demeure de ses parents pour la conduire à l’église, d’où elle est ramenée avec la même solennité.
Le lendemain a lieu la procession du Tour Notre Dame ou de Wasmes, cortège qui part à 3-4 heures du matin du calvaire de Wasmes, va à l’église de Warquignies, puis à celles d’Hornu et de Wasmuël et revient par Quaregnon au dit Calvaire. Des savants ne sont pas éloignés de croire que cette cérémonie est très ancienne et se serait substituée au VIe siècle à une antique lustration païenne.
Wasmuël. — On y retrouve les traces d’une villa romaine sur le champ des Grands Euwis.
Sceau de Saint-Ghislain Wasmuël était une dépendance de Wasmes au
point de vue féodal et religieux.
Wihéries. — L’abbé de Saint-Ghislain s’intitulait prince de cette localité. Dans l’église, on voit un beau tableau du peintre montais Desoignie représentant une scène de la vie de Samt-Eloi. A remarquer aussi une belle ferronnerie gothique sur la porte de la Sacristie.
C O U T l MES ANCIENNES
$9 p ak Valentin Van Hasselt
adis le Borinage possédait bien des coutumes savoureuses. Hélas, elles tendent à s’effacer de plus en plus et à disparaître sous la poussée de la vie uniforme qu’engendre le cosmopolitisme de la modernité enfiévrée ! Que d’intéressantes et curieuses pratiques déjà perdues, qui, cependant, firent encore la joie de notre enfance et de notre jeunesse 1 Que d’usages abolis qui donnaient au Borinage sa caractéristique spéciale ainsi que sa note pittoresque et attendrissante ! Notre vieux patois, lui-même, si rude, si imaginé et si savoureux, n’est-il pas en voie de déchéance ? Telles les races qui, par des croisements et des 'alliances impurs, s’abâtardissent et perdent insensiblement les caractères essentiels qui les distinguaient.
Si pour beaucoup de nos coutumes, les vieillards, que nous interrogeons, doivent déjà actuellement faire de grands efforts de mémoire, quand nous faisons appel à leurs souvenirs, il en est d’autres dont la vision lointaine est nette encore et qui se présentent immédiatement à l’esprit quand nous évoquons les temps passés.
Ainsi, il ne laut pas remonter bien haut encore pour avoir entendu dire avec un soupir d’envie, par quelque brave femme, à un bambin : « Toi, au moins, 'tu seras heureux! » Et dès qu’on l’interrogeait, la vieille commère répondait sans hésitation : «Tiens ! C’est parce qu’on a beaucoup crié : « Screppe Salière !» à son baptême. »
Et l’on aurait pu s’assurer aisément que, lors du baptême de cet enfant, ses parents avaient très bien fait les choses. En sortant de l’église, ils avaient largement distribué aux mendiants et à la marmaille empressée, des liards , des inastoques, des bobons-mar raine et des pois de chuque.
Les gamins s’étaient battus et roulés dans le ruisseau, pour en attrapper le plus qu’ils avaient pu et ils s’étaient égosillés à chanter :
Crottes de tché ! Crottes de cat !
Si on n’rue gnié, l’aifant mourra !
El’ parreingn’
C’ess’t’ein crombeingn’ ?
Eli’ marraine C’ess’t’enn’ crombenne !
Screppe salière !
Screppe salière ! Screppe salière ! C’est-à-dire « bonheur et vie douce pour le nouveau-né ! »
Les parents prenaient déjà, de cette manière, même les plus pauvres, par des générosités prévoyantes, certaines précautions pour l’avenir de leurs enfants ; ils ne tardaient pas à envisager avec inquiétude les maladies qui les pouvaient atteindre.
Les pélérinages à la Fontaine de Sars-la-Hruyère, à la Chapelle du Coron, et à la Chapelle de Saint-Ghislain, depuis longtemps réputés, étaient donc fréquentés très assidûement. Ne fallait-il pas par l’intervention supérieure de personnages sacrés, se mettre à l’abri des convulsions et de tous les accidents de l’allaitement et de la dentition? Ne fallait-il pas leur protection bienveillante pour permettre aux bébés de faire rapidement leurs premiers pas ?
On complétait ces mesures de prudence, en faisant porter aux nourrissons des colliers faits de gousses d’ail ou de baies de rosier. L’on appendait aussi sur leur poitrine, un petit sachet de toile renfermant soit la patte de devant d’un fouan (taupe) — la patte gauche bien entendu — ou mieux encore un peu de terre des trois pallèes.
Cette terre des trois pallèes jouissait autrefois de vertus magnétiques et incomparables Sa réputation est, d’ailleurs, encore prônée aujourd’hui dans les campagnes voisines. Pour se la procurer, il fallait séduire un fossoyeur qui vendait, à cher prix, la terre des trois premières pelletées jetées dans une tombe comblée le jour de la Toussaint.
Hélas ! toutes ses multiples précautions n'empèchaient pas toujours les enfants de succomber à des accidents convulsifs ; et, dès que la mort avait clos à jamais les yeux de ces pauvres petits êtres, on ne manquait pas de retourner contre la muraille, tous les miroirs de la maison.
Mais aussi, heureux et combien choyés, ceux qui, bien portants, grandissaient bercés dans le giron maternel, et s’endormaient aux sons de la vieille chanson, tant de fois dite et quasi oubliée ;
Nannan, Ninette,
Racachez Barbette !
Barbette n’est gnié ci ,
Eli' ess't’au fond dou courti,
Qu’elle cache à puns pourris Eyé à poires blettes...
Pou qui ?
Pou l’aifant qui brait toudis !
Nannan, Ninette !
Et la chanson, rhytmée par le balancement régulier de la chaise, se prolongeait indéfiniment jusqu’à ce qu’un soufile doux vint déceler à la mère attentive le moment de coucher Ninette dans sa corbeille d’osier.
Il est ainsi des airs qu’on aime à fredonner et qui éveillent dans les cœurs des souvenirs émus.
En grandissant, on allait chercher ses premières leçons à l’école du Magister du Village ou chez quelque vieille fille qui apprenait l’alphabet dans la Croisette. Ce livre qui était celui des débutants, avait inspiré ce quatrain drôle, aux générations anciennes :
Croisette,
A Bil hoquette,
D’ai de sous Tout plan m’malette !
Croisette !
Comme tous les refrains naïfs de cet âge, il ne vaut que par les assonances. L’enfance est riche en chansons de ce genre.
N’est-il pas amusant aussi, ce chant que l’on disait, par les doux soirs de Mai, en poursuivant les hannetons ?
Vicha par ci, hann’ton tondu !
N’vas-t’in gnié par là,
T’aras d’I’im barras !
Vicha par ci,
T’aras dou plaisi !
A cet appel printanier, correspondait le méchant quatrain d’hiver qu’on lançait au passage des corbeaux :
Noirs Carbeaux,
Gris manteaux,
Roug’s bounets,
Voleurs de blé !
Mais voici qu’une requête est clamée dans toutes les rues du village. C’est la Saint Jean. aA F air d'eïï nuitte , c’est-à-dire à la tombée du jour, les gamins vont de porte en porte, par bandes chantantes.
Seint Pierre a queyud’ vins l’puche,
Seint D’jean l’a rattrapé.
Bayez-nous cnn' botf de s’tragne
L’on quémande du combustible, et on reçoit abondamment des bottes de paille, des branchages et des fagots.
De grands feux s’allument et flambent dans les carrefours.
Des rondes s’organisent autour des bûchers. Partout, ce ne sont que chants et que danses, car c’est bien joyeusement que la Saint Jean est fêtée.
Plus tard, on ne se borne plus à demander de la paille et du bois, on mendie des boulets de charbon et la chanson se modifie ainsi :
Seint Pierre a queyu in l’puche,
Seint D'Jean l’a rattrappé !
I nous laut enn’ briquette pou l’rinscauffer,
Ein maillet pou l’assoumer !
Mais, pourquoi, diable ! vouloir assommer à coups de marteaux Saint Pierre que le brave Saint Jean a sauvé de la noyade en le retirant du puits ?....
Si dans la région charbonnière, on célébrait ainsi la Saint Jean, à pareille époque, à Bougnies, en pays agricole, on allumait le Grand Feu ou Feu Heureux , avec de la paille également mendiée dans les fermes ; et l’on dansait au milieu des champs, jusqu’au pétillement de la dernière étincelle.
Quelque temps avant cette date, avait lieu la cérémonie de Y Escouvion.. .
Ah 1 que cet escouvion doit rappeler de courses échevelées, de gambades, de cheveux roussis et de brûlures aux doigts à ceux qui y participaient et qui attendaient avec impatience son retour annuel !... Cet Escouvion constituait une pratique ancienne, en apparence bien étrange.
On allumait de grands feux dans les courtils, et chacun, garçons et filles, allaient arracher au foyer un brandon flambant ; puis, en avant, on s’élançait, et on jetait dans les ramures des arbres, surtout dans les vieux pommiers tordus. La torche s’élevait vivement d’un jet, cognait aux branches en dégageant un
Pou rinscaufler ses piés !
Vive Seint-D’Jean !
« Les enfants vont chanter de porte en porte »