‹ Le BorinageChapitre 6 sur 9 · TYPE DE MINEUR BORAIN · texte numérisé non relu

TYPE DE MINEUR BORAIN

pétillement d’étincelles et retombait lourdement sur le sol. Vite, on la secouait pour raviver la flamme, et l’on se dirigeait à toutes jambes vers un autre arbre : tous ainsi, à leur tour, recevaient les baisers du feu. D’un verger à l’autre, les cris répondaient aux cris, les chants de joie retentissaient, tandis que dans la nuit, on voyait de toutes parts, jusqu’aux villages voisins, la flamme des brandons sillonner les ténèbres.

Et voici la menaçante prière qu’on adressait :

A l’Escouvion ! A l’Escouvion !

Porte pungn’s ! Porte poires !

Porte chérises toutés noires !

Porte pungn’s comm’ dés boulets

Porte poires, plan dés catoires !

Poiriers, pumiers,

Si t’es bié querquié.

De t’ virai vol’tiers !

Si tou n’ bail Es rié,

De t’abattrai,

De t’ descomp’rai In gros basions Pou l’Escouvion !

A l’Escouvion ! A l’Escouvion !

Puis, la coutume se modifiant, ce furent des torches enflammées, des lalots faits de bouts de corde goudronnée que l’on jetait ainsi dans les arbres fruitiers.

Il y avait deux Escouinons : le petit qui avait lieu le premier dimanche de Carême, et le grand qu’on célébrait huit jours après.

A Wasmes, on disait : « Escouviage », et' la chanson était celle-ci :

On s’couveye les pungn’s et les poires ;

Les cherises s’ font toutes noires ;

Qui d’viess’nt’té comm’ dés tiett’s dé t’ché !

Dés p’tits, dés p’tits comm’ dés radis.

Si tou port’s bié, ed’ t’ém’rai.

Si top n’port’s gnié, dé t’ tû’rai,

De t’ fricass’rai !

Des deux côtés, c’est la même prière pour obtenir une belle récolte de pommes, de poires et de cerises ; ce sont les mêmes menaces à l’adresse des plantations. La seconde chanson doit avoir été adultérée dans son texte et dans ses expressions ; elle est plus moderne de forme, moins patoise et moins bien coordonnée dans son ensemble.

Dans notre contrée, Escouvion, feux S1 Jean, et plus tard Guinguette etAlion marquent d’une façon indéniable la trace de la domination des Romains, qui y installèrent leurs mœurs, leurs coutumes et leurs croyances.

Vers le deuxième et le troisième siècle, ils occupaient notre pays et les marques de leur passage et de leur établissement se retrouvent partout encore.

Le camp romain de Givry, si merveilleusement conservé, le camp romain de Pâturages et le camp romain de Roisin en font foi. N’avons-nous aussi les grandes chaussées Ërunehault, qui, de Bavai, rayonnent dans le Couchant de Mons ? Que de monnaies, de tuiles et de poteries ont été trouvées dans notre Borinage ! A Givry, on a découvert des casques romains, et tout récemment encore, une superbe statue en bronze du Dieu Mercure.

Dirons-nous, vers Ciply, les cimetières gallo-romains qui ont été explorés, et dans les tombeaux desquels on a relevé toutes les armes, les urnes et les bijoux de cette époque ?

Notre patois lui-même porte encore l’empreinte de leur passage. Que dire, par exemple de cette phrase : « E^avaitie\ sus V estaule, comin les arondes fait’ nt daller leus p’nas ! ». Puis cette autre plus caractéristique encore : « Les gélines sont d'vins lés pionnes ». Combien de Borains comprendraient encore ces expressions presqu’oubliées aujourd’hui, qui signifient que « les poules sont dans les pivoines ».

Estaule , aronde , ep’na, gélines et pionnes sont des mots purement latins. Et combien d’autres encore on pourrait ajouter à ceux-là !

Les Romains eurent un camp retranché à Pâturages, à l’endroit appelé : « Castiau don Diâpe », c’est-à-dire «Château du Diable». Ce nom fut donné aux restes d’une villa dominant leur enceinte. Les anciens habitants de la commune, qui ne pouvaient s’expliquer la présence et la construction de murailles semblables en ce lieu, en attribuèrent l’érection au Diable ; et quoique tous les vestiges en soient aujourd’hui disparus, le plateau continue à porter ce nom. Ainsi se forment les légendes.

Les Romains séjournèrent longtemps dans notre contrée; ils a] 'portaient avec eux — les guerriers surtout — non pas la religion de leur pays, mais une religion qu’ils avaient adoptée au cours de leurs expéditions, et qui, grâce aux conquêtes de l’Empire, vint d’Asie, gagna la Germanie, la Gaule et l’Angleterre même : c’était la religion du Soleil, dont on relève les traces dans le voisinage de tous les camps et des chaussées.

Ces guerriers adoraient le Soleil et le Feu. « L’œil du soleil est le bienfait suprême », dit un hymne de Véda.

Le Dieu-Soleil, c’est le Mythra de Perse, le Baal de Tyr, l’ Hélios des Grecs, l’Apollon de Rome.

Les hommes primitifs tremblaient devant le Soleil aux rayons d’Or, devant l'éclair de la foudre, en face des étoiles innombrables du firmament ; ils cherchaient à deviner le secret des planètes ; leur esprit vagua dans l’immensité des mondes ignorés, se confondit devant ces phénomènes incompréhensibles pour eux, en resta obsédé, confondu et en fit des divinités.

Le Soleil devint un Dieu. Au printemps, n’est-ce point lui qui fait fuir les sombres nuages de l’Hiver? N’embrase-t-il pas le Ciel ? Ne réchauffe-t-il pas la

Terre ? Ne vivifie-t-il pas toutes les semences ? Ne fait-il pas germer les moissons, animer les forêts, fleurir les campagnes, et ne dore-t-il pas les fruits mûrs? N’imposait-il pas ainsi à l’homme despremiers âges une admiration et un respect sans bornes ?

Chaque jour, le Soleil souverain jaillissait de l’Orient, fier et victorieux ; il régnait, il animait, fécondait, et vêtu d’une pourpre royale, il descendait au Couchant sur son char d’or, pour prendre un repos bien gagné.

La nuit, le feu devenait l’ami du foyer ; il les protégeait contre les froids de l’hiver, en illuminant gaiement les parois de la caverne ou de la tente. Les Dieux Lares l’entretinrent ensuite constamment, comme plus tard, les Vestales veillaient à son éclat perpétuel.

La Lune eut aussi sa place au rang des divinités : elle présidait aux enchantements, à la Magie, aux incantations, ainsi qu’à toutes les œuvres ténébreuses et démoniaques.

Déesse infernale, elle dirigeait les esprits malins et les monstres, faisait aboyer les chiens, provoquait les apparitions et menait le sabbat ; et les sorcières déroulaient leurs rondes fantastiques au clair de lune, dans les carrefours déserts.

Il n’y a pas bien longtemps encore que les sorcières de Warquignies, aujourd’hui disparues, tenaient, durant les nuits sombres, leurs réunions diaboliques sur les terris abandonnés et dans les clairières du bois.

Les sorcières de Sars-la-Bruyère avaient leur sabbat régulier au Rond-point des Chasseurs, dans le Bois-de-l’Evêque.

Les Lcus-Waroûes (loups-garous) abondaient dans nos régions : ils parcouraient les campagnes vêtus de peaux de bêtes, secouaient des chaînes, grimpaient sur les saules, poussaient des cris lugubres pour apeurer les passants attardés.

Ces sorcières de Warquignies, de Sars-la-Bruyère et d’autres lieux encore, ces loups-garous étaient encore des vestiges des superstitions que nous léguèrent les soldats romains.

Nos ancêtres, d’ailleurs, eurent vite fait d’accepter ces idées étrangères. Ils lançaient des flèches contre le Ciel quand l’orage grondait ; ils allumaient des bûchers énormes à l’époque de la Saint Jean, pour saluer le retour du Soleil ; ils jetaient des branches enflammées dans les arbres, parce que le Feu, pensaient-ils, en provoquait la croissance.

Leurs coutumes se sont ainsi perpétuées à travers les siècles, sans que l’on en recherchât la signification, que des savants patients et ingénieux ont aujourd’hui étudiée et pénétrée.

ette incursion dans les temps passés ne doit pas nous faire oublier la principale et la plus pittoresque des cérémoniques du Printemps, la véritable fête du soleil, concordant toujours avec l’Equinoxe : ÏAlion.

L’air de famille que présente ce mot A/ion avec le mot Hélios, Dieu

du soleil chez les Grecs, saute immédiatement aux yeux et aux oreilles. L’époque de la fête, son but, son caractère l’apparentent tout à fait avec les rites Romains, célébrant le retour de la fécondité annuelle.

Il y a quelques années, des amateurs curieux tentèrent de remettre en honneur cette vieille et licencieuse coutume sans parvenir à la faire réadopter.

La plus grande vogue allait à Pâturages, aux A lions de la Ceurière et au Cayat, puis à YAlion Nicaise à Wasmes, c’était Y Ali on Pâque , puis Y A lion Fasse. On s’y pressait, on y dansait, on y chantait très librement, et on s’y énivrait.

Comme pour YEscouvion , les fêtes de YAlion débutaient le premier Dimanche de Carême.

Ce jour-là, vers une heure de l'après-midi, un long cortège se formait au cabaret, dans lequel devaient avoir lieu les danses. Sur une chaise fixée sur une civière, on installait une fillette tout de blanc habillée, couronnée de marguerites et portant à la main un bouquet de fleurs artificielles, entouré d’une dentelle de papier.

Huit ménoires formaient l’escorte. Les ménoires étaient les anciennes prêtresses de l’Alion : elles menaient les rondes, disaient les airs, initiaient les novices en leur apprenant les chants et en leur enseignant les gestes à accomplir.

Quatre des ménoires prenaient la civière sur leurs épaules ; les quatre autres les accompagnaient. Puis venait derrière elles, une longue troupe de femmes et de jeunes filles. Aucun homme ne pouvait prendre place à ce défilé.

On se mettait alors en marche, en chantant à l’unisson :

Nous dallons qué l’Alion,

D’vins i’pochette D’jean Maton !

Elles annonçaient ainsi qu’elles allaient chercher l’Alion. Le second vers avait un sens local, se rapportant sans doute, à une personnalité autrefois en jeu.

Alors on entonnait une des rondes les plus entraînantes du répertoire obligé en cette circonstance. Les voix aiguës des ménoires au repos lançaient les couplets et toute la bande reprenait le refrain en sautant. Après avoir ainsi parcouru quelques unes des principales rues du village, on débouchait sur la Grand’ Place, où les commères farandolaient gaiement autour de la civière jusqu’à la sonnerie des cloches annonçant aux fidèles l’ouverture des vêpres.

A cet appel pieux, le cortège se reformait, et toujours chantant, toujours gambadant et tournoyant, il se rendait à l’église.

On installait alors le trône et l’Alion sur une estrade disposée au milieu du chœur. Le prêtre chantait ses psaumes habituels ; il aspergeait la filette d’eau bénite, et toutes les femmes en joie, se remettaient en route à la suite des ménoires et de YAlion sanctifiée cette fois, en criant plus fort leurs audacieuses chansons.

Mais maintenant elles entonnaient leur hymne d’allégresse :

V’ là l’Alion r’trouvé,

O gué !

Preux chevalier !

Elles ramenaient triomphalement leur Alion bénit, en entrecoupant leur retour de stations et de farandoles jusqu’à la Salle de Danse.

Là, sur une large table, dans la plus vaste des chambres du cabaret, on avait édifié une espèce de baldaquin, dont les montants étaient ornés de papiers polychromes et de fleurs en verroterie. Aux angles du dais, flottaient des nœuds de lustrine éclatante. Sous ce dais, s’asseyait la fillette personnifiant l’Alion.

Tels étaient le temple, l'autel et la jeune déesse fleurie. Autour de celle-ci, évoluait, toute la soirée, en dansant pesamment en ronde, en balançant les bras et la tète, chaque branque formée de couples qui répétaientenchœur le refrain d’une chanson égrillarde, dont une mdnoire disait les couplets sur un ton animé, avec des gestes malicieux et oseurs.

Une branque était formée de plusieurs couples et composée de capiaux et de blancsbonnets, c’est-à-dire d’hommes et de femmes.

Chaque branque dansait à son tour, sa ronde en disant ses airs prélérés. Souvent un accordéon pleureur accompagnait de son chant grêle, les cris des branques en goguette, et le refrain obligatoire, scandé par les piétinements des danseurs.

V’ià l’Alion r’trouvé,

O gué !

Preux chevalier !

Les complaintes dernières ont perdu la grâce charmante et l’audace naïve des anciennes chansons : cBiau chevalier ! - La saison que tout ’ est in fleur. - Au d' bout de non courti. - L'a/oétte cante ! etc. etc.

La plupart de celles qui nous ont été transmises, sont perverties dans leur texte et dans leur sens ; plusieurs d’entr’elles sont amalgamées ; les plus récentes sont volontairement et brutalement licencieuses. Mais de la nlus ancienne à la

plus neuve, on constate aisément qu’elles sont empreintes des mêmes caractères : le réveil des passions et des désirs du cœur ainsi que leursmanifestations naturelles y coïncide avec le réveil de la nature et la poussée des bourgeons printaniers.

Chaque branque évoluait autour de la déesse fleurie.

Aux temps plus reculés, ce n'était point une fillette qui se trouvait installée sous le baldaquin, mais bien une statue informe faite de pâte de froment. Alors, sur le coup de minuit, le dernier jour des cérémonies, ce pain était découpé en tranches qu'on distribuait à tous ceux qui prenaient part aux danses, et il était le plus souvent emporté et conservé précieusement au fond du tiroir de la vieille dresse de chêne.

Une signification spéciale, inexpliquée jusqu’ici, devait certainement être attachée à ce dernier détail, très particulier, d’une cérémonie tout au moins singulière dans sa mise en scène, dans sa célébration et dans son symbolisme.

C’est que nos populations Boraines naïves et crédules à l'excès, ont adopté toujours avec une facilité extrême, toutes les croyances plus ou moins mystiques et plus ou moins mystérieuses qui impressionnaient leur cerveau enfantin.

Si nous retrouvons dans ces rites simples, tous les vestiges de l’antiquité romaine, nous pouvons également constater l’influence lointaine des siècles disparus, sur toutes les manifestations extérieures de la joie publique.

Ainsi en est-il de la Guinguette , aujourd’hui déformée et déviée de sa signification primitive, par le caractère de Kermesse villageoise qu’on lui a donné à tort.

Que viennent faire les Carrousels, les Diseuses de bonne aventure, les Saltimbanques et les Lutteurs en cette réjouissance printanière ?

La Guinguette ancienne se composait simplement de longues théories de promeneurs accourus de tous les coins du Borinage ; ils défilaient joyeusement et bruyamment dans les sentiers du Bois de l’Evêque, alors que les premières feuilles venaient de se montrer à peine dans les taillis, et que, dans l’herbe jeune, on voyait poindre les anémones roses, les primevères et les aycts (narcisses) d’or.

De toutes parts, on venait admirer la nature, s’énivrer d’air et de soleil, et manifester son contentement profond de Yervenue du temps.

Idervenue du temps , c’était le retour du printemps, la réapparition du soleil sur l’horizon, ramenant la montée puissante des sèves nouvelles et ardentes dans les arbres et dans les cœurs.

Ah ! ce bois de l’Evêque si beau et si pittoresque avec ses sentes capricieuses se perdantdans les vallées, suivant les sinuosités imprévues des ruisseaux bavards et escaladant les versants accidentés, ses allées courant de la Cave du R'mite en passant non loin de la Fontaine, jusqu’au Pavillon, s’égarant vers Blaugies ou revenant vers le premier Rond-point, ses chemins herbeux filant sous les taillis, vers le cabaret Croatte, ou vous ramenant par la Baraque-à-Ramons , vers le jeu de quilles Blondiau ! Que de couples endimanchés ! Que de groupes joyeux et fous! On eût dit la prise de possession du Bois par tous les amoureux du Borinage.

Au XVIe siècle, ce bois était la propriété de la commune d’Eugies. Vers 1700, Fénélon, alors évêque de Cambrai, fut mis en disgrâce par le Roi Louis XIV,

dont il avait été le précepteur ; il s’était attiré l'hostilité de Mme de Maintenon et et la défiance de Bossuet. Un livre de Fénelon sur Y Explication des Maximes des Saints fut soumis à l’examen du Pape qui le condamna, et l’auteur dut quitter la Cour et se réfugier au fond de son diocèse, dans un coin duquel il trouva une retraite douce et calme. Fénelon vint se cacher à la Belle-Maison à Eugies, paroisse de son diocèse.

Pendant cet exil forcé, l’Evèque que l’adversité avait, dit-on, rendu bon et sensible, reçut en cadeau ce bois qui porte son nom.

Lors de la Révolution Française, le Bois de l’Evêque devint propriété nationale, et fut acheté quelques années après par M. Dégorgé d’Hornu, le créateur du charbonnage de cette commune.

Bien vite, cette fois, les Pâques nous amenaient à la Pentecôte, à /’ fameuse P inf coûte de Wasmes , qui constituait, après la Guinguette, la seconde grande réunion festivale du Borinage.

Ducasse, il est vrai ; mais cérémonie religieuse et légendaire

surtout.

Les Pâques ramènent l’époque heureuse des ducasses.

N’est-ce point là-bas dans les fonds de Wasmes, quelque part du côté de la rue du Bois, en quelqu’endroit mal précisé de la vallée, que « Messire Gielles de Chin, chambellan du Haynnau, seigneur de Berlaymont aussi de Chièvres et de Sars, de par sa femme Dame Y don, oçcy, au XIIe siec/e, un Dragon qui faisait grand Degast au terroir de Wasmes ». La lance de Gilles délivra la commune et les environs de la terreur qu’y répandait le monstre dévorateur d’enfants, et permit en même temps de sauver la vie à une fillette retrouvée en la tanière.

Est-ce un tait réel ? Est-ce une légende bâtie sur un brillant exploit de chasse ? Quelle part l’ardente imagination du peuple et sa crédulité simple a-t-elle eue en cet évènement? Nous n’avons pas ici à juger, puisque nous ne faisons que raconter d’antiques coutumes, mais nous nous souvenons avoir vu à la bibliothèque communale de la ville de Mons, la tète dudit Dragon, laquelle n’est autre qu’une tête de crocodile. Ce serait donc un crocodile que Messire Gilles de Chin aurait occis d’un coup de lance.

L’épitaphe de Gilles de Chin existe encore en l’abbaye de Saint-Ghislain où il fut inhumé. De cette inscription, il ressort que ce vaillant chevalier fut tué à son tour d’un coup de lance, à Roullecourt, vers la mi-août 1 1 37, et qu’on lui fit des obsèques aussi solennelles que celles qui eurent lieu à la mort du Roy Dagobert, fondateur de l'égle (église) de Saint-Ghislain.

De ce haut fait, par lequel Gilles de Chin, sous la bienveillante protection de la Vierge de Wasmes, tua si adroitement le Dragon, est né un pélérinage. dont la célébration régulière et toujours fastueuse, se perpétue à Wasmes depuis cette époque.

Une jeune fillette représente l’enfant sauvée de la férocité du monstre. Le lundi delà Pentecôte, alors que commence le pélérinage, on présente cett ePucelette — ainsi la nomme-t-on — aux nombreux pèlerins venus de toutes les communes des environs, et massés avec le public curieux autour du parvis surélevé de l’église. Toute gracieure dans sa robe blanche enrubannée de bleu, la fillette, debout sur une estrade, salue à la ronde, sourit et-envoie de sa menotte blanche des baisers à la foule. Après quelques minutes d’exposition, elle rentre dans l’église, où se chantent des hymnes dévotieux.

Quoique déjà, le dimanche et le lundi, des pèlerins aient fait, seuls et sans apparat la promenade obligatoire, ce n’est que le mardi que débute le grand jour du pélérinage.

Dès quatre heures du matin, après avoir entendu une messe, la foule croyante part pour faire le tour de la commune ; elle suit les confins étendus du village ; elle marche à la suite de la statue de la vierge, qui va de calvaire en calvaire, de chapelle en chapelle, se reposer et s’offrir à la vénération de ses fidèles, clamant des Ave et les répons des Litanies : au passage de cette vierge miraculeuse près du territoire de leur paroisse, les curés des communes voisines viennent, en grande pompe, la saluer et la bénir.

L’aube est née, colorée et brillante, et le cortège roule encore par les rues jonchées de sable, de roseaux, de feuilles et de pétales de fleurs. Aux toits flottent des drapeaux et des bannières. Sur les fenêtres sont érigés de minuscules autels formés de statues pieuses, de crucifix et de bouquets, entourés de chandelles à flamme tremblante.

Par les chemins poussiéreux et par les sentes des campagnes, quand le soleil, haut déjà sur. l’horizon, brûle les nuques, les pèlerins vont toujours, fatigués, lourds, énervés, priant d’une voix enrouée. On les voit défiler à la débandade, pieds nus, leurs gros souliers accrochés à l’épaule, dans les trèfle's rouges et les avoines vertes.

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