Pambonk, coton; kalr, château
il a de trois quarts de kilomètre à un kilomètre. La circonférence du plateau mesuré le long de son revers , méridional, où il se confond insensiblement avec la plaine de Denizly, est presque de deux kilomètres. Les flancs de la terrasse supérieure sont très -abrupts; les rochers de travertin qui les composent et qui ont le plus souvent de dix à douze mètres de hauteur verticale descendent, par une pente rapide, vers la terrasse inférieure; la déclivité de cette dernière est moins forte, et les rochers de travertin qui la constituent n*ont généralement que de deux à trois mètres de hauteur verticale. Nous commencerons d'abord par étudier la terrasse supérieure, foyer central pour ainsi dire qui donne naissance aux phénomènes remarquables dont Tensemble du plateau présente un si curieux spectacle.
Tout à côté du petit village Karahit, que Ton peut considérer comme placé sur la limite nord-ouest de ce plateau, se trouvent, au pied des montagnes, plusieurs sources dont la température est de 50 à 60 degrés centigrades. Elles se précipitent le long du flanc nordouest, pour se jeter dans un petit ruisseau qui, descendant des hauteurs, débouche dans le Tchekerek-sou. L'inclinaison du plan par lequel elles coulent est de 25 degrés environ. Tout le revers de cette partie du plateau est tapissé d'une écorce rouge et blanche. A dix minutes au sud-ouest du même village, on voit, au pied du rempart qui le borde au nord , sortir une source dont la température était, le 10 mai 1848, de 30*^7 à l'ombre; elle envoie à l'ouest plusieurs filets
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qui se répandent à la surface du plateau et le revêtent d'une écorce jaune on rougeâtre. La saveur de la source est légèrement acidulé, avec un arrière-goût ferrugineux très-prononcé; le dégagement de l'acide carbonique est fort sensible. Le flanc du rempart même d'où sortent les eaux est couvert d'une croûte ocreuse assez compacte, qui s'élève à plusieurs mètres au-dessus du niveau actuel de la source, ce qui prouve qu'il a dû jadis exister, à une hauteur plus considérable, une autre source que les dépôts auront obstruée.
1. Cuul où coule l'eau (aqueduc naturel). — S. Cascades. — 3. Lit d«uéchi du nitiMu. — 4. Hontafcnea qui bordeat Ib plateau du cbté du nord. — ï. Pont
A mesure que l'on s'avance du village Karahit vers cette cité solitaire de monuments funèbres, les phénomènes d'incrustation et le nombre de sources qui les produisent se développent d'une manière prodigieuse :
on dirail qu'au milieu de cet asile de la mort la nature a voulu redoubler d'activité et de vie. Ainsi, à l'extrémité septentrionale de la nécropole, on voit un mur de plus de huit, mètres de hauteur, composé d'incrustations blanches; en serpentant du sud -est au nordouest, il se creuse, à son sommet, en un canal dans lequel coule un filet d'eau qui a âi^'S au soleil, 22"" à l'ombre, et qui, à l'endroit où, au nord-ouest, le mur fait un coude, forme une superbe cascade. Des déversements semblables ont lieu sur plusieurs points du canal. L'eau ainsi épanchée se répand sur le plateau, où elle compose une immense quantité de blocs et de masses d'incrustations. La figure (p. 385) donne approximativement un plan horizontal de cet aqueduc naturel.
Par-dessus le lit desséché du ruisseau (3) se dresse le pont naturel (5), composé également de masses d'incrustations formant une voûte spacieuse qui est hérissée de stalactites suspendues au-dessus du ruisseau en longues lanières frangées. De ces stalactites tombent constamment de grosses gouttes d'eau sur les rochers de tuf amoncelés sous la voûte. L'action prolongée de leur chute a creusé dans les rochers une foule de cavités arrondies, où le liquide, se refroidissant et se débarrassant de son acide carbonique , devient parfaitement clair, et alimente des citernes naturelles admirablement ombragées. Grâce à la puissance de Tévaporation, il règne sous les voûtes de ce pont magnifique une température tellement agréable, qu'au moment où , à la surface nue du plateau, le thermomètre s'élève à
50 degrés centigrades, il s'abaisse à 16*" 2 dans ce délicieux réduit, où la température de Teau n*est qu'à 17* 5.
Le pont naturel dont je donne le croquis rappelle un peu celui de Saint-Alyre, à Clermont-Ferrand ; seulement, ce dernier est sur une échelle beaucoup plus petite» Le mur que j'ai mentionné sous le nom d'aqueduc naturel (o!" i du plan horizontal) parcourt, en décrivant uoe foule d'anfractuosités , une distance d'à peu près un kilomëtre; il s'abaisse de plus en plus en se dirigeant au nord-est , tandis que le canal creusé à son sommet s'élargit au contraire progressivement. L'eau qui coule dans le canal pour s'en échapper en une foule de petites cascades est alimentée par un grand nombre de sowces, toutes situées sur le plateau même, mais à une- distance considérable des montagnes qui le bordent ; les principales se trouvent au nord-est du magnifique -^édifice qui servait aux anciens d'établissement thermal. Une des sources en question est remarquable par sa profondeur, car je n'en atteignis le fond qu'à l'aide d'une corde de k" 95 de longueur ; sa plus grande extension n'est que de 90 centimètres et sa largeur de 70 centimètres. La température de ces dernières sources n'est que tiède, tandis que celle des sources situées plus près des montagnes est, ainsi que nous l'avons vu , plus ou moins élevée. Le dégagement du gaz carbonique y produit une effervescence assez vive ; le goût de levars eaux est légèrement acidulé.
Pendant les quatre jours que je passai en 18&8, campé au milieu de toutes ces merveilles de la nature
et de l'art, je ne me servais d'autre eau que de celle des sources qui nous occupent ; après avoir été exposée à l'air pendant la nuit dans des vases de grès, elle devenait même beaucoup plus agréable à boire que l'eau ordinaire ; elle rappelait l'eau de Seltz.
Plusieurs petits remparts de 60 centimètres à i mètre de hauteur, ayant à leur sommet une rigole où coule Teau , se croisent tout autour des sources ; c'étaient probablement autant de conduits artificiels destinés
à diriger cette eau vers l'édifice thermal ; ces conduits se sont sans doute exhaussés peu à peu par suite des dépôts ; ils représentent, en petit, exactement ce que le mur de laqueduc naturel (n*" 1 du plan horizontal, p. 385) indique sur une grande échelle. Les innombrables filets d'eau qui sillonnent la terrasse supérieure, ne suivent pas la même direction : les uns coulent au nord -est. les autres au sud-est.
Indépendamment des sources groupées dans le voisinage immédiat de l'antique édifice thermal, d'autres viennent se concentrer, à l'est de ce dernier, dans un vaste bassin, et se déverser ensuite sur la terrasse intérieure. Ce bassin, situé au pied de la chaîne de montagnes (n"" & du plan horizontal, p. 385) qui constituent le bord septentrional du plateau Pambouk-kalessi, est encombré de dalles et de tronçons de colonnes en marbre; sa profondeur moyenne est de 2" 40; mais il y a des endroits qui ont jusqu'à 3" 15. Les débris que l 'on rencontre doivent faire supposer que jadis le bassin, probablement creusé de main d'homme, avait été dallé en marbre, et surmonté d'une coupole que sou-
tenaient sans doute les colonnes dont on voit les fragments.
Enfin, les intervalles qui séparent les sources nombreuses dont est sillonnée la terrasse supérieure sont presque toujours recouverts d'une écorce blanche poreuse , qui souvent constitue des nappes de plus de deux cents mètres de longueur; d'ailleurs, la surface du plateau est bariolée de traînées d'incrustations représentant d'anciens conduits d'où l'eau a disparu.
Après avoir jeté un coup d'œil sur la partie supérieure du plateau de Pambouk-kalessî , nous pouvons examiner maintenant la partie inférieure. Si la première est le foyer des agents qui ont effectué l'œuvre gigantesque des dépôts, la seconde en laisse voir les effets dans toute leur magnificence. En effet, tant que les innombrables sources de la région supérieure paraissent à la surface presque unie de la plate-forme, leur travail se réduit à la construction deS remparts et au revêtement des canaux et des cavités; mais une fois parvenues au bord de la plate -forme, on les voit se précipiter en cascades sur la terrasse inférieure, où, après avoir élevé des pics et des rochers aux contours les plus variés, elles les franchissent en bondissant le long de la pente abrupte qui descend vers la plaine.
Tout le plateau de Pambouk-kalessi est ainsi entouré extérieurement d'une ceinture qui peut avoir environ cent mètres de hauteur sur près de quatre kilomètres de longueur, et qui est exclusivement composée d'un assemblage de masses où toutes les formes plastiques se trouvent reproduites sur les échelles les plus variées. Rien n'égale le grandiose du spectacle, lorsque, descendu vers la plaine , on fait le tour de la lisière méridionale du plateau : on aperçoit alors, de temps à autre, des cascades qui de la plate -forme supérieure se précipitent sans interruption jusqu'au bas de la plaine; mais, à une certaine distance, l'œil a peine à distinguer les gerbes d'eau des groupes sédimentaîres qu'elles ont produits, et ce n'est qu'aux reflets des rayons du soleil que l'on parvient à reconnaître le liquide ruisselant au milieu des incrustations immobiles, mais étincelantes. Six de ces cascades se font remarquer, entre toutes, par leurs audacieuses proportions. La plus magnifique est celle qui descend de l'endroit où s'élève, sur la plate- forme supérieure, le splendide édifice thermal des anciens. Lorsqu'on la contemple du bas de la plaine, on a devant soi un immense amphithéâtre composé de masses arrondies d'une éblouissante blancheur, brillant au soleil de mille feux comme une montagne de cristal. II faut s'en approcher et l'examiner de près, pour ne pas se croire devant une gigantesque et bouillonnante cataracte, éclairée par les rayons d'un ciel ardent. Mais si le grandiose de l'ensemble du tableau saisit d'étonnement le spectateur qui le considère de la plaine , la surprise atteint son apogée lors-
que, après avoir (gravi les masses ondoyantes, on se trouve transporté au milieu d'une véritable scène de féerie. Là ce sont des coupes, des amphores, ici de . mer\'eilleux bassins que la nature a échelonnés en terrasses : ces formes étranges et radieuses prennent souvent des dimensions colossales ; elles offrent les caractères les plus variés ; un grand nombre ressemblent à d'immenses bénitiers ou à des ttydacnes dont les parois molJement ondulées seraient sillonnées de côtes et de cannelures régulières, entourées d'arabesques. Toutes ces coupes, tous ces vases dont le pinceau et le ciseau s'eflForceraient en vain de rendre la fantastique élégance, sont tantôt d'une teinte jaune uniforme, tantôt bariolées de nuances diverses, simulant le jaspe, l'albâtre ou le porphyre ; une eau parfaitement douce les remplit généralement; quelquefois c'est un dépôt de tuf blanc, léger et vaporeux comme des bulles de savon. Au sommet du rempart, d'où la cascade pétrifiée se précipite en larges lames qui ressemblent à autant de gerbes écumantes, on voit ces coupes alignées comme au cordeau. Souvent elles sont frangées à leur partie inférieure et reposent sur un groupe circulaire d'immenses ciselures ; au-dessus de tous ces chefs-d'œuvre du grand atelier de la nature se voûtent, comme des coupoles de diamant, des masses globulaires d'un blanc de neige, qui semblent écumer et s'agiter aux reflets du soleil. La splendeur saisissante de ce spectacle dépasse tout ce que l'imagination la plus féconde peut rêver, et il n'y aurait point d'exagération à donner, parmi les phénomènes d'incrustation, à cette cascade
pétrifiée la renommée dont jouit la cataracte du Niagara entre les grandes chutes d'eau, tant l'œuvre des sources incrustantes de Pambouk-kalessî l'emporte en beauté et en proportions sur tout ce que l'Europe nous oflFre en ce genre, sur Saint- Al yre, à Clermont-Ferrand , en France; Carlsbad et Neusalzwerk, en Allemagne; San-Filippo, en Toscane; et même Tivoli, dans les États Romains.
Comme la plate- forme de la terrasse supérieure nous présente un mélange continuel des œuvres de la nature et de celles de l'art, on voit fréquemment les monuments de la vaste nécropole d'Hiéropolis, nonseulement entourés, mais encore envahis par les dépôts tufacés; il en résulte que, dans plusieurs endroits, la puissance de ces derniers qui reposent sur les tombeaux pourrait fournir la moyenne annuelle des dépôts, si l'époque de la fondation de ces monuments était susceptible d'être déterminée rigoureusement.
Je donne le croquis (flg. 6 et 7) de deux groupes de sarcophages où la superposition du travertin se manifeste d'une manière très -évidente. Dans la figure 6, on voit deux des monuments envahis et dominés par d'énormes masses de travertin ; la couche qui les recouvre n'a pas un mètre d'épaisseur, mais la masse
qui les surplombe a près de huit mètres. Dans la figure 7, on voit également une couche de tuf reposer sur un magnifique sarcophage dont les fenêtres sont découpées, en forme de grille, dans la pierre.
Les sources chaudes du plateau de Pambouk-kalessi étaient connues des anciens, qui n*ignoraient pas leurs propriétés incrustantes, bien qu'ils n'en parlent que d'une manière brève et peu précise, comme en général ils ont coutume de faire quand il s'agit des phénomènes de la nature , phénomènes qui ne leur inspiraient le plus souvent qu'un sentiment d'enfantine et stérile admiration.
Strabon dit^ qu'Hiéropolis est tellement riche en eau , que toute la ville est munie d'une foule de bains , et il ajoute que cette eaù passe si rapidement à l'état solide, que les canaux où on la dirige se trouvent aussitôt liemplacés par des murs d'une seule pièce.
Vîtruve nous apprend ^ également que les habitants d'Hiéiebpolis se servaient de ce moyen pour élever des cloisobs autour des champs et des vignobles; selon lui , une année suffisait pour déposer une croûte assez épaisse pour cet objet.
PIfaie le Naturaliste, Ptolémée, Jean le Lydien * et Etienne de Byzance mentionnent aussi les sources chaudes d'Hiéropolis.
Outre ces sources, Strabon signale, près de la ville, un phUonium (caveau) clos par une grille en bois, et
i. L. xiii, c. 1.