‹ Le Bosphore et Constantinople avec perspectives des pays limitrophesChapitre 139 sur 179 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

GEOLOGIE

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Après avoir clonué une idée générale du Bosphore et des contrées limitrophes, sous les rapports de leurs conditions topographiques , organiques et climatologiques, nous allons maintenant aborder l'étude géologique de ces pays, étude à la vérité réservée aux savants de métier, mais qui ce[)endant pourrait offrir un certain intérêt, même à plusieurs des lecteurs auxquels est destinée la première partie de cet ouvrage. En effet, parmi ceux que j'aurai été assez heureux pour décider à chercher sur les rives du Bosphore un agréable séjour d'été, il s'en trouvera certainement qui éprouveront le besoin de se livrer à des occupations sérieuses, incumpalibles avec le tourbillon dos villégiatures mon-

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daines que la mode , cette reine fantasque et décevante, a fait généralement adopter. Sur les rives à la fois calmes et grandioses où je les aurai conduits, ceux-là mômes qui, auparavant, ne se seraient trouvés, ni par leurs études, ni par leurs goûts, portés vers les sciences physiques, s'y sentiront, comme à leur insu, entraînés par la nature du sol qu'ils fouleront, par les merveilles qui, à chaque instant, se présenteront h leurs yeux. Dans ce pays si imparfaitement exploré et si riche pourtant, sous le rapport géologique, tout le monde pour ainsi dire peut faire et apporter son contingent d'observations utiles; il n'est pas besoin pour cela d'être un savant de profession. Li détermination de TAge et de la succession chronologique des dépôts dont sont composées les contrées du Bosphore repose particulièrement sur la connaissance des fossiles; et, comme les localités diverses qui les renferment sont encore autant de précieuses mines ;\ peine entiimées^ il suffira, pour en révéler les trésors, de se borner au simple rôle de collecteur. Ce rôle s'alliera merveilleusement avec les nombreuses promenades et excursions qui ne peuvent manquer d'occuper une très -large place dans l'existence de l'étranger appelé sur ces bords enchanteurs pendant la saison d'été.

Nous invitons donc l'homme du monde, les fennnrs

elles-mêmes qui viendront passagèrement dans la contrée qui nous occupe, à ne point négliger d'apporter leur pierre à l'édifice scientifique; à plus forte raison y engagerons-nous les Européens que leurs fonctions officielles arrêtent pour plus longtemps dans ce pays et qui cherchent leurs délassements dans des goûts élevés. Quand on voit, échelonnés sur le Bosphore, pendant des années entières, les bâtiments à vapeur affectés au service si peu fatigant des diverses ambassades, on ne saurait se défendre d'un sentiment de regret, en réfléchissant à tout ce que pourraient faire, dans leurs loisirs, en faveur de la géologie, de la botanique, de la zoologie, de la géographie, etc., de nombreux officiers, parmi lesquels il en est de fort instruits, si, au lieu de passer de longues journées à arpenter le pont de leur bâtiment ou à chercher sur terre des distractions frivoles, ils avaient l'heureuse idée de remplir ces heures stériles par des excursions aussi fructueus(»s qu'agréables, dans h; but de récolter pour nos établissements publics des objets d'histoire naturelle. Chacune de leurs promenades aurait pour effet d'enrichir les muséums de leurs patries respectives, et de fournir aux savants de précieux matériaux pour l'élucidation de la constitution physique du littoral du Bosphore. Aux marins aussi utilement occupés pourraient s'adjoindre de jeunes attachés d'ambassade, dont les [)réoc-

eupations diplomatiques sont loin d'absorber tous les instants.

Ces efforts réunis produiraient des résultats bien autrement importants que ceux obtenus par des géologues isolés , surtout lorsqu'on songe que souvent plusieurs observateurs peuvent passer successivement à côté des endroits les plus riches en débris organiques, sans que rien leur en révèle la proximité, dans une contrée où les fossiles, quoique nombreux, sont extrêmement localisés. Contrairement à ce qui a lieu dans plusieurs autres pays, où sinon les trésors paléontologiques, du moins leurs indices, s'offrent au premier coup d'œil, ici, les plus importantes découvertes sont presque toujours l'effet du hasard , ou bien ne sont obtenues qu'en consacrant à des espaces trèsrestreints beaucoup [)lus de temps que n'en exigerait ailleurs l'examen de régions dix fois plus étendues.

C'est là ce qui explique l'état d'oubli apparent auquel les géologues semblaient avoir voué le Bosphore, malgré la facilité avec laquelle les étrangers peuvent le parcourir et le parcourent tous les jours. Ce qui a empoché pendant longtemps d'assigner au classique détroit une place définitive dans le domaine de la science, comme il eût été si aisé de le faire, c'est, d'un côté, l'espèce de répugnance qu'ont pu éprouver les géologues venus de loin à lui consacrer un temps

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et des labeurs eu apparence disproportionnés avec l'étendue du pays qui en aurait été l'objet; c'est, d'un autre côté , le défaut de concours de la part do ceux qui ignoraient et ignorent encore l'importance des services qu'ils seraient susceptibles de rendre à la géologie de cette contrée , sans avoir besoin d'être géologues eux-mêmes.

Aussi , lorsqu'on 1847 j'entrepris l'exploration de l'Asie Mineure, que j'ai continuée depuis pendant dix-sept années, les caractères paléontologiques des dépôts sédimentaires du Bosphore étaient encore si mal connus, qu'on ne pouvait tirer aucune conclusion positive relativement -à leur ftge; de manière que ce ne fut qu'en 1850* que je me permis de les ranger dans le terrain devonien, tout en faisant observer que, puisque MM. Hamilton et Strickland croyaient devoir placer le Mont-Géant dans la formation silurienne , :\ cause de certains fossiles que ni M. Hommaire de Hell, ni M. ViquesneK ni moi-même, nous n'avions pu y retrouver, il serait possible que sur ce point du Bosphore le système silurien présentât un affleurement local au milieu du terrain devonien, auquel appartient le reste du détroit. J'étais d'autant plus porté en faveur de cette

1. Voyez mon Mémoire sur les terrains sédimentaires de l'Asie Mineure, publié dans le Bulletin de la Société géologique de France, 2* série, t. Vil, p. 388 (séance du 15 aoilt 1850).

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hypothèse (en admettant provisoirement et jusqu'à preuve du contraire l'âge silurien du Mont-Géant), que déjà, en 1849, j'avais constaté le terrain devonien tout le long de la rive septentrionale du golfe de Nicomédie (entre Skutari et Touzla), où il ne formait par conséquent que la continuation du même terrain qui compose le littoral asiatique du Bosphore. Depuis cette époque assez reculée jusqu'au moment présent, les observations de plusieurs savants (et entre autres de MM. Dumont et Gaudrv) sont venues confirmer mes doutes relativement à l'âge silurien du Mont- Géant, et je suis heureux de pouvoir enfin faire rentrer définitivement cette localité problématique dans le terrain devonien , qui constitue exclusivement la contrée limitrophe.

Cependant, bien que, depuis 1849, un grand nombre de géologues aient visité le Bosphore, il est permis de dire (à en juger du moins par les résultats publiée de leurs recherches) que les données paléontologiques, sur lesquelles j'avais tout d'abord fondé mes conclusions relativement à l'âge des deux rives du célèbre détroit, n'ont reçu aucun accroissement notable*; en

1. Voyez dans le Bulletin de la Société géologique de Fra?ice, t. XXI, p. l/i7, Taperru historique aussi lumineux qu'impartial que donne M. de Verneuil des explorations du Bosphore dans le remarquable travail ciu'il a présenté à la Société géologique sous le titre de : Xote sur les fossiles recueillis en IHfi'i par M. de Tchihatchef aux environs de Constantinople.

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sorte qu'aujourd'hui encore, notre répertoire puléontolofçique du Bospliore se réduit, à peu de chose près, aux fossiles que j'ai successivement recueillis dans le cours de mes longues pérégrinations dans l'Asie Mineure. C'est donc en m'appuyant presque exclusivement sur les résultats de mes propres observations que je vais essayer de tracer un tableau général de la constitution géologique du Bosphore, ainsi que des contrées comprises dans les limites de ma carte.

Quant à la détermination de mes fossiles, je continue à payer une ancienne dette de reconnaissance en rappelant que cette fois, comme dans mes explorations précédentes (et ainsi que cela sera, j'espère, dans toutes celles que je puis entreprendre encore) j'ai joui de l'immense avant;ige de voir mes collections étudiées par deux des plus éminenls paléontologistes de notre époque : par mes excellents amis et confrères, MM. d'Archiac et de Verneuil. C'est avec le même plaisir que je saisis cette occasion pour rappeler les titres non moins anciens et non moins solides qu'a mon savant ami et confrère, M. Gustave Rose, à ma reconnaissance : l'illustre minéralogiste de Berlin, dont M. de Humboldt aimait Uini à invoquer le concours et l'autorité , m'a constamment accordé son efficace contrôle dans l'appréciation, souvent si difficile et si délicate, des nombreuses roches et des

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minéraux, variés que j'ai recueillis dans mes voyages en Orient.

Les roches qui composent particulièrement la contrée dont nous allons nous occnper consistent en roches éruptives et en roches sédimentaires appartenant aux terrains paléozoïque (devonien), tertiaire (nummulitique et miocène) et quaternaire*.

C'est dans cet ordre que nous les étudierons.

1. O^ n'est quo pour mieux faire ressortir les limites des divers terrains, que j'ai marqué sur ma carte le terrain crétacé, bien qu'il soit exclu des études qui font l'objet du présent ouvrage, parce que ce terrain n'occupe qu'un espace circonscrit placé en dehors des limites des contrées du Bosphore. Au reste, le lambeau crétacé figuré sur ma carte n'est que l'extrémité occidentale du vaste domaine crétacé qui embrasse presque la totalité de la péninsule bithynienne, et sur lequel j'ai déjà donné des renseignements publiés dans le Bulletin de la Société, géologique , et notamment dans les volumes VII, p. 388, et VHI, p. 280, 2* série.

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