‹ Le Bosphore et Constantinople avec perspectives des pays limitrophesChapitre 17 sur 179 · Constanlinopolis und der Bosporos, vol. II, p · texte numérisé non relu

Constanlinopolis und der Bosporos, vol. II, p

connue de tous les habitants de la capitale sous le nom des Eaux doxices d'Europe.

De même , la vallée latérale de Pachaderessi abonde en sites délicieux, surtout dans sa portion supérieure, où elle se décompose en un grand nombre de bras secondaires , qui pénètrent dans la belle forêt de Belgrade, et dont l'un traverse le village de ce nom.

Enfin, les tributaires supérieurs de TAlibey-sou s'écoulent par la pittoresque vallée de Bogaskoï, bien qu'ils ne s'y présentent qu'à l'état de ruisseaux presque imperceptibles en été. La vallée, -à l'embouchure nordouest de laquelle se trouve le village grec de Bogaskoï (village de la gorge), forme un défilé tortueux et boisé, d'environ huit kilomètres de longueur, et se termine, à son extrémité sud-est, en plusieurs gorges ramifiées qui s'avancent jusqu'aux parages de Pyrgos, où elles se perdent au milieu de ces surfaces nues et profondément ravinées, si caractéristiques pour les plateaux supérieurs des environs du Bosphore.

Les vallées qui débouchent vers la côte asiatique du Bosphore sont peut-être plus nombreuses, et généralement plus pittoresques que celles de la côte d'Europe. La supériorité que possède, sous ce rapport, le bord oriental du détroit, sur le bord opposé, tient particu-

lièrement à un relief plus varié de son sol, ce qui détermine un contraste plus prononcé entre les accidents qui le caractérisent. Ainsi, tandis que les hauteurs déprimées qui constituent le littoral européen du Bosphore se confondent insensiblement avec les plateaux et les intumescences de la presqu'île de Thrace, limitée, au nord et au sud, par des surfaces plus ou moins uniformes, le bord asiatique du détroit se termine, du côté dé Test, par une succession de montatagnes comparativement considérables, alignées, en général, du nord au sud, savoir : Alemdagh, Maltepédagh et Aïdosdagh. Le groupe de TAIemdagh se trouve à environ quatre kilomètres au sud-ouest-sud du village Arnaoutkoï. Son versant nord-ouest est fort doux, et, vue de ce côté, la montagne se présente comme un massif ondulé et assez aride. Aussi, lorsque pour se rendre de Beïkos à Kartal on franchit T Alemdagh, le passage à travers cette montagne s'effectue d'abord par un sentier très-commode, et puis, à douze kilomètres environ au sud-est de Beïkos, on descend dans une contrée fort ondulée, traversée de nord-ouest-nord au sud-est-sud par une série de hauteurs qui font encore partie du versant méridional de l'Alemdagh proprement dit, bien qu'elles portent le nom local de Maltepé ou Tepé-dagh. Cette portion de la montagne est richement boisée et plus ou moins pittoresque. Çà et là, elle est interrompue par des surfaces presque planes qui , sur certains points, sont ornées de beaux taillis, comme c'est notamment le cas dans la région située à peu de distance d'Ermeuikoï, où se déploie une charmante

prairie ombragée par un magnifique bois de chênes, auquel il ne manquerait qu'un peu plus d'extension pour mériter le nom de superbe forêt. Ces surfaces, plus ou moins unies, séparent TAlemdagh proprement dit du groupe de TAidos-dagh, composé de plusieurs rangées de hauteurs arrondies, situées à environ deux kilomètres à Test du petit village turc Sarykadyn, et traversées par quelques vallées dont la direction dominante est de nord-ouest-nord au sud-est-sud. Ces hauteurs, que l'on franchit également par des pentes plus ou moins douces, sont quelquefois assez pittoresquement groupées, comme entre autres dans les environs du gros village grec Buyukbazarkoï. A six kilomètres environ au sud-est de Sarykadyn, TAidos-dagh descend, par une longue pente, vers la côte de la Propontide, et nommément vers les parages où se trouvent Kartal et Pendik. Enfin, sur l'espace assez uni qui s'étend entre l'Aïdos-dagh et Skutari se dresse la hauteur isolée de Boulgourlou-dagh , dont l'altitude ne dépasse guère 240 mètres, mais suffit cependant pour dominer tous les environs immédiats du Bosphore, en sorte que le panorama dont on jouit de son sommet est peut-être le plus ravissant de tous ceux que présentent les divers points élevés des environs de Constantinople, surtout à cause du rôle saillant que joue dans le tableau cette pittoresque cité. Le Boulgourlou-dagh est le Damalrys des anciens, et, sous les empereurs romains, cette localité, encore aujourd'hui passablement boisée, était ornée de châteaux destinés à servir de point de ralliement aux chasses impériales. C'était le Compiëgne

byzantin, mais bien autrement pittoresque que son célèbre rival de France. A l'avantage d'une position incomparable, le Boulgourlou-dagh joint celui de renfermer dans son sein des sources dont la limpidité et la fraîcbeur ne laissent rien à désirer; aussi Teau qu'elles fournissent est-elle considérée comme la meilleure de tous les environs de Constantinople. L'une de ces sources renommées se trouve dans l'enceinte d'une coupole que le sultan Mahomet IV a fait construire dans le village de Djamlidja, situé au pied de la montagne, et, selon M. de Hanimer^ peut-être sur l'emplacement de l'ancien château byzantin de Damahys. La présence, dans le voisinage du bord asiatique du détroit, de massifs montueux, comparativement assez élevés et diversement orientés, détermine sur cette côte un système de vallées presque aussi variées que pittoresques , parmi lesquelles je ne mentionnerai que les suivantes, en allant de nord au sud : vallées de Hounlviar-iskelessi, de Tokat- deressi , de Sullanieh, d'Indjirkoï, de Tchuboukiy et de Gueuk-sou.

La vallée de Hounkiar-iskelessi, connue sous le nom d'Échelle du Grand Seigneur^, débouche dans le Bosphore (vis-à-vis de Tharapia) par une vaste surface plane, revêtue d'un beau tapis de gazon et d'ombreux groupes de platanes, dont quelques-uns de dimensions remar-

. 1. Loc. cit.^ vol. n, p. 338.

2. Littéralement échelle du roi, car d'après M. de Hammer le mot persan hunkiar est la racine du mot hunig, qui, dans l'ancienne langue germanique, signifie roi, et a été transformé en konig, d'où le king des Anglais.

ET GONSTANïlNOPLE. ftl

quables. Limitée, au sud, par des hauteurs boisées qui séparent de la mer la plage sur laquelle sont situés Beïkos et Yalykoï, et, au nord, par des massifs également verdoyants^, cette surface est traversée du nordest au sud-ouest par deux petits ruisseaux qui la coupent en deux vallées parallèles, dont la plus septentrionale porte le nom de Tokat-deressi , à cause d'un kiosque que le sultan Mahomet II y avait construit, en commémoration de la prise de Tokat. Au reste, ce souvenir historique n'a ici presque plus de représentants, car l'édifice érigé par le conquérant de Constantinople est depuis longtemps réduit à un tas de décombres, et se trouve complètement effacé par la luxueuse papeterie que le sultan Mahomet III a fondée dans ces parages, manufacture qui, comme le fait spirituellement observer M. de Hammer^, aurait dû fournir le plus beau papier du monde, si la qualité de ce dernier était proportionnée à la magnificence de l'édifice destiné à sa fabrication.

La vallée de Hounkiar-iskelessi proprement dite, qui, à son embouchure, se confond avec celle de Tokatderessi, se resserre à mesure qu'on remonte le ruisseau qui la traverse et dont, en été, on a de la peine à découvrir une trace quelconque ; elle finit par se rétrécir en

1. Ces massifs se terminent par un promontoire aplati qui a servi, en 1853, de campement aux troupes russes, ainsi que le constate un monument très-simple que les Turcs ont religieusement respecté, malgré les événements de la dernière guerre. C'est un trait dont nos peuples chrétiens ne seraient peut-être pas toujours capables.

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