Loc, cil,, vol. II, p
à une rangée de falaises qui forment rembouchure de la vallée renommée sous le nom des Eaux douces d'Asie. Cette surface correspondant, sur la côte d'Europe, à un imposant promontoire, et limitée, au sud, par le pittoresque cap de Kandili, d'où Ton jouit peut-être mieux que partout ailleurs du magique panorama du Bosphore, est arrosée par deux ruisseaux, nommés le Bujiik et le Kutchuk-gueuk-sou (littéralement, grande et petite rivière céleste), entre l'embouchure desquelles s'avance , sans atteindre la mer, une rangée de hauteurs qui séparent les deux cours d'eau en deux vallées distinctes. C'est la branche septentrionale, c'està-dire celle du Buyuk-gueuk-sou, qui est particulièrement remarquable par* la beauté de son site; aussi est-elle très-supérieure à son homonyme d'Europe.
En passant rapidement en revue les diverses vallées du Bosphore, j'ai déjà fait observer que les cours d'eau qui les traversent ne sont que des ruisseaux plus ou moins insignifiants qui sillonnent les portions de la Thrace et de la Bithynie comprises dans les limites de notre carte; en sorte que plusieurs d'entre eux n'ont guère d'autre valeur que celle des souvenirs qui s'y rattachent, semblables à ceux de la Troade, où les Simoïs et les Scamandre ne vivent plus que dans les
kk LE BOSPHORE
vers sublimes qui les ont immortalisés ; car ici, également, le moindre filet d'eau, désigné aujourd'hui par un nom barbare ou n'ayant aucune dénomination , se trouve respectueusement consigné et qualifié dans les auteurs byzantins, quelquefois même dans les auteurs de l'antiquité classique. Ainsi, les deux ruisseaux qui débouchent dans les golfes du Grand et du Petit- Pont s'appelaient 3felas et Athyras, le Kiahathané-sou et Alibey-sou, Cydaris ou Barbyses; le Gueuk-sou (côte asiatique du Bosphore) était qualifié d'Aretas; le ruisseau à peine perceptible qui débouche près de Rouméli- Hissari portait le nom brillant de Chrysorheas, ou rivière d'or; le profond ravin qui traverse le quartier de Kassim-pacha (à l'ouest du faubourg de Péra) se nommait rivière Cison; il n'était pas même jusqu'au ruisseau limoneux qui serpente au milieu de la portion occidentale de Constantinople , entre les portes de Topkapou et Edrené-Kapou et la plaine de Vlangan-bostan , qui ne fût décoré jadis du nom classique de Lycus^.
Ce luxe de noms sonores et de souvenirs prestigieux attachés au système hydrographique de la contrée n'est malheureusement pas de nature à la préserver de l'inconvénient de manquer non-seulement de
1. Le vaste jardin potager nommé Vlangan-bostan a été jadis un port creusé sous le règne de Constantin, et comblé ensuite par Tordre de Théodose le Jeune. Un autre port, également compris aujourd'hui dans l'enceinte des murs de Constantinople , était situé à peu de distance à Test du précédent, et nommément entre les portes de Kumkapoussi (porte de sable) et Tchadladi-Kapou. Ce port, qui dut sa naissance à l'empereur Julien, est actuellement remplacé par la belle plaine ornée de platanes et portant le nom significatif de Kadriga liman» ou golfe
voies de communications fluviales , mais encore d*eau potable. Or, c'est surtout dans la ville de Constantinople que ce dernier inconvénient n'a cessé de se manifester depuis les temps les plus reculés; et voilà pourquoi il n'est pas d'autre lieu au monde où, pour conjurer ce danger, on ait accumulé des travaux aussi nombreux et souvent aussi monumentaux qu'à Constantinopte. Aussi, indépendamment de leur importance pratique, les ouvrages, soit souterrains, soit extérieurs, destinés à approvisionner d'eau l'immense capitale ottomane et ses nombreux et populeux faubourgs, offrent dans leur ensemble un intérêt particulier par l'extension considérable de terrain qu'ils embrassent. Il en résulte que ce système hydraulique remplace en quelque sorte, même par son étendue et par le rôle saillant qu'il joue dans la physionomie extérieure du pays, le système hydrographique naturel qui y est si imparfaitement développé. N'ayant pas eu à nous occuper beaucoup de ce dernier, nous en profiterons pour nous arrêter davantage sur le premier, et nous consacrerons le chapitre suivant à ce sujet aussi intéressant qu'il est généralement peu connu.
des Galères. En décrivant, avec son érudition ordinaire, les édifices qui ornaient jadis le port de Julien, M, de Hararaer {loc. cit., vol. I, p. 125) rapporte un fait curieux, savoir : que le couvent consacré à Saint-Lazare, qui y avait été construit en 809, fut Porigine du nom de Lazaret j par lequel, dans toutes les langues européennes, on désigne aujourd'hui un établissement destiné au traitement des malades ou des indigents.