‹ Le Bosphore et Constantinople avec perspectives des pays limitrophesChapitre 35 sur 179 · I. Rris, im. Pont. Geb., p. 173 ot · texte numérisé non relu

I. Rris, im. Pont. Geb., p. 173 ot

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La région que j*ai approximativement désignée comme le domaine par excellence de la chèvre d'Angora est située à peu près entre 39'' 20' et /il** 30' de latitude boréale *, et entre 33' 20' et 35° de longitude à l'est de l'Observatoire de Paris. Elle a une surface d'environ 2,350 lieues carrées métriques, ce qui équivaudrait presque à la surface de la Normandie, comprenant les départements de la Manche, du Calvados, de l'Eure, de la Seine -Inférieure et une partie de celui de l'Orne. II en résulte que le domaine habité en Asie Mineure par la chèvre d'Angora ne constitue qu'un peu plus de la 44* partie de la surface totale de la péninsule 2, et environ la même fraction de l'aréage de la France. Cette contrée est plus ou moins montagneuse et sillonnée par de profondes vallées; son altitude moyenne pourrait être approximativement évaluée à 1,200 mètres. Bien que les massifs plus ou moins élevés dont elle est hérissée soient généralement ombragés par de belles forêts, les plateaux qui en constituent une bonne partie

1. Position qui correspondrait en Europe à une région située entre les parallèles de Rome et de Cosenza, chef-lieu de la province napolitaine de Calabn'a citra.

2. Voyez, pour rintelligenre des localités mentionnées dans le présent travail, notre ouvrage intifulé : (iPO(jrnphir pht/siqur mmparpp dr iWsir Mùirttrr. Paris, rhnz Gido ot Bindrv.

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sont trùs-i)eu boisés. Elle se trouve arrosée par des cours d'eau assez nombreux, comparativement au reste de l'Asie Mineure. Les roches feldspathiques jouent un rôle dominant dans la composition de sa charpente solide. Quant au climat, il offre tous les caractères des climats excessifs, associant des étés très-chauds à des hivers très-froids. L'atmosphère est généralement assez sèche pendant l'été, et il ne pleut (jue rarement dans cette saison, tandis que les pluies et les neiges sont fréquentes et abondantes pendant l'hiver. L'automne est presque toujours beau, d'un ciel serein et d'un air sec.

L'état hygrométrique de Tatmosphère, tel que j'ai eu Toccasion de l'observer h Angora à l'aide de l'appareil d'Auguste, accuse dans cette saison une sécheresse considérable, comme le prouvent les chiffres suivants, que me fournirent mes observations faites dans cette région au mois de septembre iSl\S :

Jours.

Heutes.

Veut.

'iJicrmoruêlro

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iiTin. sec.

Therm. inouilit

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Midi.

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Sud.

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Nord.

Nord.

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La totalité du domaine de la chèvre d'Angora est bien loin d'être également favorable à Télevage de cet animal, et il y a môme des espaces considérables qui l'excluent complètement, ce qui est notamment vrai dans les régions supérieui*es des nombreuses chaînes de montagnes qui traversent ce pays, et parmi lesquelles je me bornerai à signaler l'Aladagh, Tllkazdagh, le Kuchdagh et le Baindirdagh. Ainsi, lorsque du bourg de Beybazar on gravit le revers méridional du rempart trachylique de l'Aladagh, la chèvre d'Angora disparaît déjà à une hauteur de près de 1,000 mètres, et sur les autres montagnes de cette région elle n'atteint nulle part l'altitude de 2,000 mètres. Les points les plus élevés où je l'aie observée sont situés sur le versant méridional du Soghundagh et sur les revers septentrionaux de rilkazdagh et du Dogdudagh, particulièrement dans les environs des villages Kuleli, dont l'altitude est de 1,598 mètres; de Tachbounar (à l'est de la ville de Kastamouni), à l,38î2 mètres, et de Tchaban (au sud-est de KasUimouni), à l,ft36 mètres. D'un autre côté, la chèvre d'Angora parait également fuir les vallées trop profondes, dont la température acquiert pendant l'été un degré comparativement fort élevé. Je ne citerai à Tappui de cette assertion (|ue qu(*h]ues exemples (|ue

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fournil la belle vallée d'Aratch (au sud -sud -est de Zafranboli). Cet animal devient de plus en plus i-are à mesure que Ton descend vers la ville de Zafranboli, en sorte qn';i Hadjîabbas, situé à une hauteur de 679 mètres, il n'est plus représenté que par des individus isolés que Ton aperyoii c^à et \h au milieu des chèvres communes. Au contraire, il se multiplie et forme des troupeaux considéra])les aussitôt que Ton jiÇravit les montiignes qui bordent la vallée, ou bien qu'on remonte cetle dernière dans la direction de Kastamouni. Ainsi, lorsqu'on quitte le fond de la vallée pour gagner la ville de Samatly, située à une hauteur de 753 mètres, sur le versant méridional de la chaîne, on voit immédiatement reparaître des troupeaux de chèvres d'Angora, que Ton cherchait vainement dans la région inférieure; de même, à mesure que l'on remonte la vallée à l'est du village d'Aratch, et qu'on s'élève à une hauteur de 700 à 850 mètres, ce bel animal se montre de plus en plus abondant, et atteint même, ainsi que je l'ai déjà dit, \r haut et froid plateau (|ui porte le village de Tachbounar.

Comme, parmi les diverses localités dont est composée la région assignée à cet animal , la ville d'Angora est le point où il est élevé avec le plus de succès et en plus grand nombre, on peut considérer cet endroit en ([uelque sorte comme le type des conditions auxquelles est attachée rexislence de la race. Or, l'altitude d'Angora est de J.120 mètres (d'après ma mesure hypsoméirique). et son climat participe, au plus haut degré, du cai'actère des climats contintMitanx ou excessifs, que j'ai

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déjà signalés comme propres à toute la région qui constitue le domaine essentiel de la chèvre d'Angora. Aux chaleurs étouffantes de Tété, qui sont surtout très-sensibles dans les vallées (ju'arrosent les trois cours d'eau au conlluent desquels est située la ville, succèdent des liivers tellement rigoureux, qu'il n'est pas rare de voir le thermomètre centigrade descendre à 12, 15 et môme 18 degrés. Dans ces vallées, et particulièrement dans celle que traverse au nord d'Angora le Tchoubouk- Tchaï, et qui s'élargik localement en une belle plaine, la végétation herbacée n'a jamais l'éclat luxuriant de nos pâturages du nord de l'Europe, bien que l'irrigation, soit naturelle, soit artificielle, ne fasse nulle part complètement défaut à cette partie de la Galatie. Quant aux nombreuses hauteurs qui hérissent tous les environs d'Angora , et qui sont principalement composées de roches trachyliques et serpentineuses, elles sont généralement plus ou moins déboisées et décharnées.

Un des traits les plus caractérisliques de la chèvre d'Angora est la ténacité avec hupielle elle s'attache au sol qui l'a vu naître; en effet, la région assez restreinte que la nature semble lui avoir assignée parait seule posséder le privilège d(» développer complètement toutes les richesses de cette admirable race. Le moindre déplacement occasionne une modincati<m plus ou moins prononcée dans la qualité de sa laine, ol Ton m'a môme assuré que l'œil exercé des hommes du métier pouvait découvrir une différ(Mic(* siMîsibh» entre l(\s troupeaux établissur la rive cu'ientah* <lu Ki/il-lnnak ri Wuvs con-

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génères de la rive opposée. D'après l'asserlioii uiiaiiiiiie (les indigènes, on ne peut même pas transporter une dièvre du village où elle est née à un village voisin, sans Fexposer à être atteinte par une espèee de mal du pays.

Au reste, le fait de cette remarquable localisation est déjà consulté par quelques écrivains orientaux du moyen âge, et je trouve un [Kissage bien curieux à cet égard dans les écrits du célèbre voyageur turc Evliya- Efl'endi, qui, au wn*" siècle, parcourut une bonne partie de rOrient. Voici ce passage, l'ormulé avec toute la naïveté de l'exclusivisme dédaigneux des champions du Koran : « Les Francs ont essayé de transporter dans leur pays la chèvre d'Angora; mais, Diea en soit loué! elle dégénéra promptement. Alors ils tentèrent de travailler chez eux la laine de la chèvre, sans y réussir davantage *. » 11 est vrai que depuis Evliya la dernière de ses assertions a été démentie, car, comme nous le verrons plus loin, on sait maintenant en Europe travailler la laine d'Angora beaucoup mieux qu'en Orient; et quant à la répugnance que le voyageur ottoman attribue à cet animal à prospérer hors de son pays natal, et (jui, à sa grande satisfaction, ne permit point aux mécréante de le naturaliser dans leur pays, la justesse de ce fait est déjà fortement ébranlée à la suite des essais qui s'opèrent actuellement en France.

Le fait, attesté par tous les auteurs, de l'extrême difliculté (|ue |)résenle la naturalisation de la chèvre

I. i'nirr/s (tf fj'fiifa-H//rnfh\ irnnsln(r«l hif llninmrr. vol. II. p. 2*JS.

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(rAngora, semble élre en contradiction avec l'asserlion (le Pallas ^ d'après laquelle on Taurail Introduite du temps de ce voyageur en Crimée et en Estlionie, où elle se serait conservée dans toute sa pureté. M. Brandt, qui m'a signalé le passage du célèbre naturaliste, m'écrit à ce sujet : « En comparant avec la laine de la chèvre d'Angora celle de la chèvre de Crimée, censée provenir de cette source, j'ai pu me convaincre que la laine de la dernière a un poil beaucoup plus roide. Il y a déjà plus de vingt années que j'ai eu l'occasion de décrire plusieurs chèvres soi-disant thibétiiines qui se trouvent dans l'ile des Paons, près de Potsdam, et sont issues de chèvres importées de France ^. D'après mon opinion actuelle, je serais disposé h considérer ces individus, ainsi que leurs congénères français et anglais, plutôt comme des chèvres d'Angora modifiées, c'est-à-dire munies de poils non frisés ou bouclés. Il a été sans doute plus aisé de transporter dans l'ouest de l'Europe des chèvres de la ville d'Angora que du plateau du Thibet. D'ailleurs, ces deux races présentent (*n(re elles la plus grande ressemblance. »

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