Geoponica, 1. xvni
/i. Déjà Aristote {Hist, anim., 1. viii, 27) avait remarqué dans le Pont cette prétendue anomalie. Au reste, il va plus loin et refuse à
que les chèvres et les boucs n*ont des cornes que sous un ciel orageux et couvert, procelloso atque umbrifero cœli statu y et qu'ils en sont privés dans les climats tempérés, il ne prouve qu'une chose, à savoir les connaissances imparfaites qu'avaient les anciens relativement à la chèvre en général, ce qui tenait sans doute au rôle très-secondaire que, par plusieurs motifs, ce ruminant jouait dans leur économie rurale.
En effet, non-seulement à cause de l'usage peu important de sa laine, mais aussi par suite de certaines préventions, nées de l'ignorance, dont elle se trouvait l'objet, la chèvre était peu estimée chez les Grecs et les Romains, comparativement aux autres animaux domestiques. Ainsi Varron ^ la place au nombre de ces animaux qui sont le fléau de l'agriculture : Culturœ sunt inimicœ ac veneno. 11 rapporte très-sérieusement l'opinion de ceux qui admettent que l'olivier est frappé de stérilité du moment que la dent du bouc l'a touché, et que
FAfrique toute espèce de chèvres, tandis qu'.Elien ( //l5^ anim,, l. xiv, 16) signale en Libye des chèvres énormes, armées de cornes qui s'écartent obliquement en se recourbant sur les épaules; il. vante (ibid., m, 33) également la statue gigantesque des chèvres et des moutons de Flnde, dont il compare la taille à ccille d(3s ânes; la beauté des chèvres de Sardaigne {ibid,, 1. xvi , 32, 3^) et de TÉgypte {ibid., 1. m, 33), et enfin la blancheur des chèvres do la mer Caspienne. Mais dans tout cela il ne s'agit que de la longueur et di l'épaisseur du poil , et non de la finesse de la laine et des qualités qui pourraient la rendre propre à la fabrication d'étofTes estimées, ce ({u'iElicn n'aurait pas manqué de faire ressortir, si tel avait été le cas, car les anciens n'omettent jamais cette particularité à l'égard des moutons, chaque fois que leur laine peut, par sa qualité supérieure, être de quelque utilité & l'industrie. 1. De Re rusUca, 1. i, 2.
rien que le contact de la salive de cet animal agit sur lui comme un poison; il ajoute qu'à cause des vices préjudiciables du bouc certains dieux en repoussent l'holocauste, et que si les Romains et les Athéniens le sacrifient à Bacchus , protecteur de la vigne , c'est pour lui faire expier tout le mal qu'il fait au précieux arbuste. Dans un autre endroit de son célèbre ouvrage *, Varron émet les théories les plus puériles sur la physiologie et l'anatomie de la chèvre, et soutient que cet animal est constamment travaillé par la fièvre, fait qui , selon lui , est tellement de notoriété universelle, qu'aucun homme de bon sens n'oserait parler d'une chèvre saine : Quod capras sanas sanus nemo promiltit^. Pline* et iElien^ prétendent que les chèvres respirent par les oreilles et les yeux, et non par les narines ; de plus, Varron, ainsi que tous les agronomes