‹ Le Bosphore et Constantinople avec perspectives des pays limitrophesChapitre 45 sur 179 · Ansichlen der Natur., vol. I, p · texte numérisé non relu

Ansichlen der Natur., vol. I, p

talent le nom de cilica, parce que c'est de la GUicie que vient la pratique de tondre les chèvres. Or, j'ai déjà démontré que cette pratique ne supposait nullement une qualité supérieure dans la laine, et que, bien loin de là , les tissus connus sous le nom de cilice ou étoffes de Cilicie, ne devaient se recommander que par des qualités opposées. 11 devient donc probable que les chèvres de la Phrygie (Galatie) étaient, du temps de Varron, semblables à celles de la Cilicie, et appartenaient à la même race des chèvres communes, si répandue aujourd'hui dans toute l'Asie Mineure; aussi n'en ai -je point observé d'autre, ni en Lycie, ni dans les deux Cilicies. Ces régions auraient sans doute conservé quelques vestiges d'une race plus noble, si elle y avait jamais réellement existé*.

1. Je n'en ai point trouvé non plus sur les vastes plateaux de la Syrie septentrionale, où, entre Antioche, Hamsa et Alep, on voit d'innombrables troupeaux de chèvres. Elles sont toutes de race commune, et ne se distinguent entre elles que par un poil plus ou moins dur et épais, qui le -rend plus ou moins propre à la confection de cordes, sacs, manteaux, etc., exactement comme du temps de Columelle, iElien et Virgile. La laine des chèvres d'Antioche (Antaki) possède ces qualités au plus haut degré, et les manteaux {ahà) qu'on en fabrique jouissent d'une certaine célébrité sur les marchés de plusieurs villes de l'Asie Mineure. Pendant longtemps je m'en suis servi dans mes pérégrinations, et je les ai trouvés presque aussi imperméables à la pluie que les fameuses étoff»^s de Mackintosh, qui m'ont toujours paru plus pratiques pour l'Europe que pour l'Orient, à cause de la difficulté de les réparer et des nombreuses détériorations que leur font subir les variations extrêmes de température.

Parmi tous les écrivains postérieurs à l'ère chrétienne, aucun ne renferme plus de renseignements sur l'histoire naturelle de l'Asie Mineure que Strabon, qui d'ailleurs était né dans une ville (Amasia) très-rapprochée du domaine actuel de la chèvre d'Angora; en sorte qu'il n'eût point manqué de la voir, même sans s'éloigner beaucoup de son pays natal, puisque, comme je l'ai fait observer, ce noble animal a des représentants jusque dans la région limitrophe du Samsoun. Or, le silence de Strabon à cet égard est très- significatif; cet auteur signale en plusieurs endroits de l'Asie Mineure les différentes races de moulons à laine fine, mais nulle part il ne parle de chèvres qui , à cause de la qualité de leur laine, lui parussent dignes d'une mention quelconque. 11 en est de même des auteurs romains qui fleurirent après Strabon jusqu'à la chute de l'empire d'Occident : aucun d'eux ne nous fournit la moindre allusion à une race de chèvres susceptible d*être identifiée avec celle d'Angora.

Depuis l'époque où Rome devint la proie des peuples barbares, nous ne pouvons nous attendre à trouver des renseignements sur l'Asie Mineure que dans les auteurs byzantins. Malheureusement les longues recherches auxquelles je me suis livré ne m'ont conduit à aucun

résultat satisfaisant. Un seul d'entre eux, Zosime, m'a fourni un passage^ dont on pourrait peut-être inférer qu'à son époque la chèvre d'Angora n'était pas inconnue, si ce texte était de nature à s'appuyer sur des arguments solides et des faits, et non sur une hypothèse un peu arbitraire. Dans la liste curieuse que l'historien donne des objets précieux qu'AIaric exigea de l'empereur Honorius comme rançon de Rome, figurent, à côté de 3,000 livres d'or et 3,000 livres d'argent, trois mille peaux teintes en rouge, )cpoxo€a(p7i rptç yp^^oc ^epfJLora. D'abord il est assez difficile de déterminer le sens précis du mot ^epixara, car il pourrait signifier non-seulement des toisons, mais aussi des cuirs rouges ou maroquins; cependant le savant interprète de Zosime, à qui est due l'édition de Bonn, traduit ce terme par reliera coccinea. Mais, même en admettant qu'il s'agit ici (comme cela est probable) de toisons, et non de cuirs tannés, il nous restera toujours à déterminer l'espèce de l'animal qui les avait fournies; en sorte que, dans tous les cas, nous aurons à choisir entre la chèvre et le mouton. Il est vrai que des toisons de moutons ne pourraient guère avoir été estimées au point de figurer à côté des métaux précieux, des soieries et d'autres objets de valeur convoités par le cupide prince des Goths, tandis que les magnifiques toisons d'Angora , teintes en rouge , sont encore aujourd'hui des articles de certain prix, même en Asie Mineure, se payant sur les lieux de 20 à 30 francs, et à Constantinople jusqu'à 50 francs. 11 en résulte que

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