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5. Dureau de La Malle, Économ. polit, des Romains, vol. II, 1. iv, c 18, p. kkl»
6. Moreau de Jonnès, Statis, des peuples de V antiquité, y oX, U , p. /i96.
d'hui encore les viandes salées de Kaïsaria et d'Angora sont célèbres dans la péninsule sous le nom de paslerma; mais c'est du mouton qu'elle tire cette denrée, qui y est effectivement d'une qualité remarquable et peut-être supérieure à toutes les viandes de bœuf salé que produisent l'Europe et les Etats-Unis d'Amérique.
Parmi les traits qui distinguent les deux rives du Bosphore, figurent la fréquence du chameau sur la rive asiatique et sa rareté sur la rive d'Europe , où ce quadrupède éminemment oriental ne se présente pour ainsi dire qu'à titre de passager.
Nulle part peut-être cet animal n'a subi autant que dans les provinces de l'Asie Mineure une modification aussi inattendue et aussi singulière dans la destination que la Providence paraissait lui avoir assignée, et dans les propriétés que l'on était habitué à regarder comme inséparables de sa race. En effet, tandis que sa présence rappelle involontairement celle de surfaces planes, et que l'image du chameau franchissant des déserts sablonneux semble résumer dans notre esprit les conditions essentielles de son genre de vie, en Asie Mineure cet animal s'est tellement identifié avec tous
les besoins d'une contrée montagneuse, et y a empiété à un tel point sur les attributions du cheval et du
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mulet, que le l'aisseau du désert, comme l'ont qualifié la Bible et, après elle, tous les poètes, et même des historiens, tels que Jean Muller, est devenu, pour ainsi dire, le rival du chamois des Alpes. Rien de plus curieux que de voir les files nombreuses de chameaux pesamment chargés de bagages gravir ou descendre des monlagnos élevées, et se balancer avec assurance sur les bords des précipices. On est tout étonné de rencontrer de ces caravanes sur des sentiers abrupts où le cheval du pays, si habile à grimper, ne se soutient qu'avec peine: ainsi, entre Selevké et Alaya, je les ai vues franchir les rochers escarpés du littoral méridional de la Cilicie-Pélrée par des sentiers tellement tourmentés que mon Tatar, Têlre du monde le moins disposé à se servir de ses jambes, croyait devoir mettre pied à terre. De même, plus d'une fois je fus dans le cas d'admirer l'agilité extraordinaire du chameau s'élevant et plongeant à travers les zigzags du Boulgardagh, des montagnes de la Pisidie et de la Cappadoce.
Les occasions où l'on a besoin de l'habileté du chameau à franchir les montagnes sont nombreuses dans TAsie Mineure; mais il en est deux qui se reproduisent régulièrement deux fois par an : c'est au printemps, quand les tribus nomades et quelques habitants des villes se transportent à leurs yaïla; et en automne, quand on en descend pour retourner aux quartiers d'hiver ou kichlak. A ces deux époques, les districts montagneux de la péninsule offrent un spectacle fort original, spectacle qui impressionne singulièrement le voyageur.
lorsque, par hasard, il l'aperçoit du haut d'une montagne dominant un vaste horizon : il contemple avec surprise le panorama animé qui se dessine au milieu de solitudes ordinairement silencieuses et uniformes; partout où son regard s'arrôte, il dislingue d'innombrables files de chameaux qui serpentent dans tous les sens, embrassant de leurs replis tortueux les accidents du paysage. Mais c'est lorsque le voyageur descend de son observatoire pour considi^rer de près ce curieux spectacle donné, comme à un signal convenu, par une population entière, que la scène développe toutes ses nuances pittoresques : une longue suite de chameaux, de chevaux, d'ànes, de mulets, de chèvres et de moutons, défilent devant lui, au milieu de groupes d'hommes et de femmes revêtus de costumes diversement coloriés; les chameaux portent les objets les plus pesants, tels que tentes, poteaux, etc.; les ustensiles les moins lourds sont répartis entre les ânes et les mulets; armés de longs fusils, de pistolets et de poignards, les hommes cheminent à pied ou à cheval selon leurs moyens ; les femmes de familles peu aisées suivent leurs maris pédestrement; celles à qui leur fortune permet certains conforts de la vie sont à cheval ou à dos de mulet, ayant leurs enfants en croupe ou dans leurs bras; enfin on voit les matrones opulentes établies dans des espèces de paniers qui rappellent la forme d'un petit coupé. Deux de ces sièges, chargés sur un chameau, un de chaque côté, renferment chacun une femme enfoncée dans ses coussins et ses couvertures. Des chiens non moins énormes que féro-
ces complètent le tableau et empêchent, par leur attitude menaçante, tout élément étranger de venir s'y confondre.
Quoique ces groupes nombreux d'êtres humains n'aient rien du caractère bruyant qui en Europe est inséparable de la plus modeste réunion, Ton peut dans leur allure, leurs regards, leur costume et jusqu'à un certain point dans la disposition du bagage, reconnaître s'ils quittent leurs quartiers d'été pour aller reprendre leurs stations hivernales, ou s'ils abandonnent leurs demeures d'hiver pour reprendre celles de la belle saison. Fidèle aux traditions de ses ancêtres primordiaux, tout à la fois nomades et montagnards*, le Turkmène ne supporte qu'avec- impatience l'immobile enceinte d'une maison; et lors même que pendant l'hiver il n'a d'autre habitation que la tente, il la considère comme un cachot quand il est forcé de la laisser plantée plusieurs mois de suite à la même place, au fond de quelque vallée ou de quelque plaine abritée. Le premier souffle du printemps qui lui apporte les parfums alpestres l'avertit que l'heure de sa délivrance a sonné : on voit alors hommes, femmes, vieillards, enfants, joyeusement occupés à plier bagage pour se diriger vers les montagnes comme vers leur véritable patrie , où les attendent un air salubre et des prés verdoyants en échange des miasmes putrides et du sol aride que l'été produit invariablement dans les régions inférieures de l'Asie Mineure. On conçoit donc
i. On sait que le berceau des Turcs se trouve dans les hautes montagnes de TAsie centrale.
\kh LE BOSPHORE
la physionomie joyeuse que présente la caravane lorsqu'elle salue les montagnes et se prépare à inaugurer la plus belle époque de Texistence orientale, époque qui coïncide avec les phases annuelles les plus brillantes de la nature; mais quand celle-ci s'enveloppe dans son voile d'hiver, le montagnard, attristé comme elle, descend à pas lents vers les régions où, plus près de la société et de ses besoins factices, il se croit plus loin de son Dieu et de la demeure de ses ancêtres.
Associé à toutes les scènes de la vie domestique, satisfaisant à lui seul à presque tous les besoins, le chameau est devenu pour les Orientaux l'animal de première nécessité, et, à ce titre, il a su, comme nous l'avons observé, se plier en Asie Mineure, non-seulement aux exigences topographiques, mais aussi aux conditions climatériques les moins compatibles avec ses habitudes primitives : on le voit habiter indifféremment les vallées les plus chaudes et les plateaux les plus froids de la péninsule; aussi rencontre-t-on le dromadaire, même au milieu des montagnes neigeuses et glacéejs des environs d'Erzeroum, où l'on serait si peu tenté de chercher cet enfant de la brûlante Arabie.
Maintenant, si nous voulons nous rendre compte de l'époque à laquelle le chameau a été introduit en
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Asie Mineure , nous trouvons dans les anciens plusieurs témoignages qui sont de nature à nous faire supposer que cet animal n'y était pas très-connu, même à une époque postérieure à l'ère chrétienne. En parlant du cheval, je signalerai quelques passages d'Hérodote et de Xénophon, où ces historiens attribuent la victoire remportée à Sardes par Cyrus, sur le roi de Lydie, à la présence dans l'armée persane de chameaux, dont l'aspect frappa d'épouvante la cavalerie lydienne. Pline fait positivement observer que le chameau éprouve une répugnance innée pour le cheval, odium adversus equos gérant naturak^; et en ce point, le naturaliste romain appuie de son autorité une opinion semblable, déjà émise par le père de l'histoire 2. Or, il est curieux de voir que la réalité de cette répugnance insurmontable entre les deux animaux dont il s'agit se trouve constatée plus de cinq siècles après notre ère : Procope * signale la même impression ressentie par la cavalerie romaine à la vue des chameaux qui figuraient dans l'armée des Maures. Glycas, qui vivait au xii^ siècle, reproduit dans ses Annales les récits d'Hérodote et de Xénophon sur le combat de Sardes , et il est à croire que s'il y avait eu désaccord flagrant entre ce fait et les habitudes et les mœurs de ces animaux à l'époque où écrivait l'annaliste byzantin, il n'aurait pas manqué d'en faire la remarque. Or, tous ceux qui ont voyagé en Asie Mineure savent parfaitement que le chameau et