‹ Le Bosphore et Constantinople avec perspectives des pays limitrophesChapitre 62 sur 179 · Cyropœd.j · texte numérisé non relu

Cyropœd.j

2. Les anciens, et nommément Hérodote et Xénophon, lorsqu'ils parlent de la Perse telle qu'elle fut antérieurement à Cyrus, désignent par ce nom la province actuelle de Fars, qui, en effet, est très-montagneuse, tandis que la portion unie de Tlrak-Adjenii et de TAjorbidjan, ainsi que le Khoraçan, faisait partie de la Médie. La Susiane embrassait la région plane du Khouzistan d'aujourd'hui.

3. Hérodote, HisLj 1. i, 80; Glycas, Annal., 1. 11, 1. à. Hérodote, Hist., l. î, 79.

représente pourtant les Lydiens comme le peuple le plus vaillant de l'Asie Mineure, et parle avec admiration de ses cavaliers armés de longues lances.

Rien ne peut donner une plus haute opinion de l'état florissant où, à cette époque reculée (vi* siècle avant l'ère chrétienne), se trouvait en Asie Mineure la race chevaline, que l'énumération faite par Xénophon des contingents fournis par plusieurs peuples de la péninsule au roi d'Assyrie, lors de la guerre qui éclata entre ce prince et le souverain des Mèdes. Tandis que le roi de Perse, parent du prince assyrien, n'envoyait à son secours qu'un corps d'infanterie commandé par le jeune Cyrus, dont le nom devait briller plus tard d'un si vif éclat, voici les renforts que l'Asie Mineure fournissait au roi d'Assyrie :

Cavaliers. Fantassins.

Crésus, roi de Lydie 10,000 40,000

Le roi de la grande Phrygie 8,000 40,000

Le roi de la petite Phrygie 6.000 20,000

Le roi de Cappadoce 6,000 30,000

L'Arménie 4,000 20,000

Total 34,000 150,000'

1. Si je cite la Cyropédie de Xénophon, qui, comme on sait, est une espèce de roman historique où même il y a quelques erreurs de chronologie et de noms propres, c'est que les passages que je lui ai empruntés ne se rapportent aucunement à cet ordre de faits que le plan et le but de Fauteur eussent pu avoir quelque intérêt d'altérer ou de défigurer. En effet, tant que Xénophon parle du caractère personnel de Cyrus, de ses actes administratifs, de ses exploits militaires, etc., ses données ne peuvent pas toujours avoir une valeur historique, parce qu'il entrait évidemment dans les vues de l'auteur d'embellir le portrait de son héros. Mais il n'en est plus de même des descriptions physiques de la Perse ou de l'Asie Mineure , où il ne pouvait avoir aucun motif de

ET CONSTAiNTINOPLE. 157

Or, ce montant de 3i,000 cavaliers est bien loin de représenter l'étendue des ressources que possédait, sous ce rapport, l'Asie Mineure tout entière; il ne s'applique qu'à une partie de la péninsule; car Xénophon dit que les Paphlagoniens, les Lyciens * et les Ciliciens refusèrent de s'associer à la coalition contre les Mèdes et n'envoyèrent aucun renfort au roi d'Assyrie. Malgré tout, cette seule fraction de l'Asie Mineure put fournir plus de chevaux que ne parvinrent à en réunir les immenses Etats de l'Assyrie et de la Médie , car , selon Xénophon, la cavalerie assyrienne était de 20,000 chevaux et celle des Mèdes n'en comptait que 10,000 ; en sorte que la somme des cavaliers réunis des deux plus

dissimuler la vérité , et où au contraire il devait tenir à faire ressortir aux yeux de ses contemporains les connaissances qu'il possédait sur un pays avec lequel la Grèce avait de fréquentes relations. Comme Tinventaire qu'il donne des contingents en chevaux fournis au roi d'Assyrie par les peuples de l'Asie Mineure n'intéresse point le mérite ou la valeur de son héros, c'eût été substituer tout gratuitement le mensonge à la vérité que de vouloir remplacer par des fictions les documents historiques que Xénophon était à môme de posséder mieux qu'aucun de ses contemporains.

1. Dans le curieux tableau que nous trace Hérodote (1. m, 90) des tributs dont étaient frappés les provinces de l'empire de Perse sous le règne de Darius l'aîné, la Cilicie fournissait annuellement, outre 300 talents (près de deux millions de francs), 360 chevaux blancs. Le montant des tributs annuels de la péninsule, tel qu'il résulte du tableau d'Hérodote, était de plus de six millions de francs, sans compter l'Arménie, qui payait ZiOO talents (au delà de deux millions de francs); de plus, les Moschi, Tibareni, Makrones, Mœsyniques et Marsi, presque tous habitants des parages voisins du littoral septentrional de la péninsule, étaient taxés à 300 talents, ce qui porte le total du tribut annuel payé à la Perse par l'Asie Mineure, y compris l'Arménie et quelques peuplades limitrophes, au chiffre énorme de près de dix millions de francs!

puissants empires de cette époque n'atteignit même pas le chiffre fourni par une partie de l'Asie Mineure. Cette disproportion est d'autant plus i*emarquable, que parmi les alliés du roi d'Assyrie figurait un prince arabe auquel son pays, aujourd'hui si célèbre par la race chevaline, ne put donner que 10,000 chevaux.

Ainsi que je l'ai déjà fait observer d'api'ès Xénophon, Cyrus imprima une impulsion extraordinaire au développement de la race hippique, aussitôt qu'il eut réuni sous son sceptre tous les pays où elle était alors le plus cultivée. Ses efforts furent tellement efficaces que lorsque, peu de temps avant sa mort, il fit à Babylone la revue de toute son armée, sa cavalerie était composée de 150,000 cavaliers; or, ce considérable accroissement ne s'était opéré qu'après la conversion de l'Asie Mineure et de la Médie en provinces persanes; il est très-probable que c'est le premier de ces deux pays qui avait contribué le plus au développement extraordinaire de la cavalerie de Cyrus.

Une des institutions administratives de ce grand homme, laquelle a pour le sujet qui nous occupe un intérêt tout particulier, c'est l'organisation de lignes de postes dont il sillonna son vaste empire, et dont l'une traversait l'Asie Mineure dans sa plus grande étendue.

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Xénophon*, qui attribue particulièrement à Cyrus cette institution, nous apprend que la longueur des relais était calculée d'après l'espace que pouvait parcourir un cheval dans une journée ; chacun de ces intervalles était marqué par un relais où se trouvaient des hommes et des chevaux destinés à remplacer ceux qui y arrivaient, et à continuer immédiatement la route. « On prétend, ajoute Xénophon, que, grûce à cette organisation, les courriers persans franchissaient Tespace plus rapidement que les grues. Bien que cette assertion soit exagérée , elle nous prouve néanmoins que ces courses constituaient le mode le plus prompt que rhomme puisse employer pour voyager par terre. » 11 est très -vraisemblable que l'institution postale dont parle Xénophon est la même qu'Hérodote signale en Perse, et c'est sans doute aussi de ce mode de communication que Xerxès fit usage pour transmettre à sa capitale (Suse) les nouvelles de la prise d'Athènes et de sa déroute à Salamine. Hérodote, en parlant des messagers envoyés par Xerxès dit ^ : « Aucune créature vivante ne saurait les surpasser en rapidité. On voit disposés sur la route autant d'hommes et de chevaux qu'il faut de jours pour la parcourir, en assignant à chaque journée un homme et un cheval. Neige, pluie, chaleurs ou ténèbres, rien ne peut forcer les courriers de ralen-

1. Cyropœd., 1. viii, 6. Comme Hérodote, en rapportant la même institution , n'en nomme point Fauteur, il serait possible que Xénophon eu eût voulu donner le. mérite à son héros, mais cela ne changerait en rien le caractère historique du fait, puisque Hérodote le confirme comme nous le verrons tout à l'heure.

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