Hammer, Gesch. der llkk,, vol. I, p
A mesure que la race chevaline perdait de son importance dans l'intérieur de la péninsule anatolique, elle se développait dans les régions qui Tavoisinent du côté de FEst, notamment dans le Kurdistan et la Mésopotamie; car l'élément arabe, en y prenant racine de plus en plus, substitua graduellement au caractère d'un peuple exclusivement pasteur celui d'une r^ice mobile et belliqueuse, dont les besoins et les prédilections se résumaient dans la possession du cheval. Suivant toute probabilité , ce changement ne commença à se faire sentir qu'après l'ère chrétienne. Nous avons vu, en effet, que peu de temps avant cette époque les contingents des tribus arabes qui prirent part à la lutte d'Antiochus contre les Romains ne se composaient encore que de corps de dromadaires. Mais, lorsqu'à la voix de Mahomet les Arabes se ruèrent sur la Mésopotamie et s'y établirent au milieu de l'ancienne population kurde, tout changea de face; car ils apportèrent avec eux et répandirent parmi les vaincus des habitudes nationales essentiellement favorables à l'élevage et au perfectionnement de la race chevaline. D'un autre côté, la Perse aussi marcha rapidement dans la même voie , et la province de Fars , où , du temps de Cyrus , l'usage des chevaux était inconnu, devint le berceau
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d'un des plus célèbres types de la race. Toutefois, en Perse ainsi qu'en Arabie, ce progrès ne s'était accompli que fort tard, puisque les figures de chevaux représentés sur les monuments persans * qui ne remontent pas au delà de l'époque des Sassanides et par conséquent à trois siècles tout au plus après la naissance de Jésus-Christ, ne retracent encore que la race européenne, sans la moindre allusion au type arabe. Enfin, si le célèbre écrivain arabe Isztachri, qui vivait au x° siècle, ne mentionne aucune province de Perse connue pour sa race chevaline, pas même la contrée de Nysa dont les chevaux blancs avaient été tant préconisés par les anciens, par contre il signale une grande abondance de chevaux dans le Mavarennahr, région comprise entre le lac Aral et le Khoraçan, où il ne compte pas moins de 300,000 villages dont chacun pouvait fournir un fantassin et un cavalier 2; chose bien différente de ce que l'on voit de nos jours !
1. Parmi les monuments dont nous devons la connaissance exacte particulièrement à Ker Porter {Travels in Persia, Armenia, etc.)i figurent : Nakschi Roustam, ^akschi Rayab, Salmos et Tahtybostan.
2. Voyez Texcellt'nte traduction du célèbre géographe, par M. Mortmann : Dos Buch der Uinder von Schach Ebu Ischak et Farsi el Isztachri, Hambourg, 18ùo, p. 125. En parlant de Boukhara, le géographe dépeint cette ville sous tous les rapports comme un paradis terrestre, tandis qu'un poète arabe la met bien au-dessous de l'enfer. Voici comment ce poète, Aboul-Thaèb el Thaheri, qui vivait sous les premiers Sassanides, s'exprime sur cette ville (Journal asial,, 5« série, t. I, p. 182) : a Le plus noble cheval, en arrivant à Boukhara, y devient bientôt un une. Mes yeux n'ont jamais vu un cloa(}ue plus infect que cette ville, dont l'émir de l'Orient a fait sa cai)itale... Boukhara est comme le cadavre du monde; quand on est dans cette ville, on se croit au fond d'un fossé infect. » Au reste, il faut l'avouer, l'état présent de Boukhara
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Ainsi, tandis que rimmigration des tribus turques en Asie Mineure contribuait à imprimer à cette contrée, déjà ruinée, le caractère pastoral, en y effaçant de plus en plus les habitudes guerrières si intimement liées à l'usage du cheval , l'extension de la race arabe développait, au contraire, l'élément hippique dans les contrées limitrophes de la péninsule anatolique. Aujourd'hui le Kurdistan, par exemple, contraste singulièrement sous ce rapport avec l'Asie Mineure proprement dite , puisque sa population , évaluée par le général Chesney à environ 2,500,000 individus, fournit, annuellement, à la Perse et à la Turquie, d'après ce savant topographe, de 60 à 80,000 chevaux. Si l'on réduit à un quart ou même à un tiers ces chiffres probablement fort exagérés, ils ^n'en accuseront pas moins un très -grand développement de la race chevaline. D'ailleurs , le savant explorateur anglais nous signale de nombreux troupeaux de juments qui paissent dans la plaine de Salduz, située non loin de la rive méridionale du lac Uroumia. En Asie Mineure, au contraire, partout où le pays offre des plaines ou des plateaux de quelque étendue, on voit bien des troupeaux de chèvres et de moutons, parfois de chameaux , mais rarement des chevaux.
rappelle beaucoup plus le tableau d'Aboul-Thaëb que celui d'Iszatchri , sans qu^il faille accorder à cette ville la faculté de métamorphoser un cheval en &ne.
Des considérations historiques auxquelles nous nous sommes livré sur la race chevaline en Asie Mineure il résulte que non - seulement dans cette contrée on se servait de chevaux et Ton en élevait à une époque où ces animaux étaient inconnus dans les pays où ils sont aujourd'hui répandus et de meilleure race, tels que, dans l'Arabie et la Perse*, mais encore que, depuis les siècles les plus reculés jusque bien avant dans le moyen âge , la péninsule qui nous occupe a constamment figuré au nombre des régions les plus susceptibles de fournir de grands contingents de chevaux, soit pour le service de l'État, soit pour les besoins privés. On peut donc admettre que la situation comparativement déplorable où se trouve aujourd'hui la race chevaline en Anatolie comme dans beaucoup d'autres provinces ne tient qu'à des circonstances indépendantes des conditions physiques, et que tout doit faire espérer qu'au moment où aura sonné pour ces
1. n est bon cependant d'observer que non-seulement le cheval persan est très -inférieur au cheval arabe, mais encore qu'il ne constitue peut-être pas, commence dernier, un type proprement dit. En effet, le cheval persan offre trop d'affinités avec les différentes races des chevaux turkmènes , pour que l'on puisse établir des caractères constants et bien appréciables, à l'aide desquels il soit possible de distinguer les chevaux turkmènes des chevaux persans.
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malheureux pays l'heure de la résurrection, ils reprendront les anciens avantages dont ils n'ont été que trop longtemps dépouillés.
L*àne devrait avoir d'autant plus d'importance dans les contrées du Bosphore et de l'Asie Mineure, que le rôle du cheval y est devenu moins saillant. Néanmoins, il en est de cet animal comme de presque toutes les espèces domestiques : il ne reçoit dans ces pays que juste autant de soins qu'il en faut pour sa conservation, sans qu'on se donne la moindre peine pour en perfectionner la race; aussi y subit-il plus exclusivement peut-être que partout ailleurs les rigueurs de sa pénible destinée, sans en recueillir les bénéfices. C'est la bête de somme et de fatigue par excellence, non qu'on lui trouve plus d'aptitude qu'aux autres animaux domestiques, mais parce qu'il est moins dispendieux, qu'il exige moins de soins, et que, par conséquent, sa perte, amenée par l'épuisement ou par une vieillesse prématurée, est d'autant moins sensible que son travail, pour si court qu'il ait été, a toujours couvert avec avantages les frais de son chétif entretien. Il en résulte que, bien que placé dans des conditions climatériques favorables, l'âne de ces contrées est généralement d'une rare fort commune et très-inférieure à celle
de plusieurs pays du midi de l'Europe, entre autres de ritalie et de l'Espagne, sans parler de ses congénères de la Perse et de l'Egypte, auprès desquels il ne se présente que comme une création abâtardie et dégradée.
Au reste, la condition où se trouve l'âne dans les contrées du Bosphore et dans la plupart des provinces de la Turquie ne parait guère différer de celle où il était dans l'antiquité. Columelle* le considère comme une excellente bête de somme, en raison du peu de soins et de dépenses qu'il réclame, et ajoute que sa destination principale est de tourner la meule 2. Déjà , chez les Hébreux, les ânes étaient employés à ce service. Lucien et Apulée parlent d'ânes appliqués à la mouture, et ayant les yeux couverts {relata facie)^ exactement comme à présent encore dans les pays orientaux, et même dans le midi de l'Europe. M. Rosenmûller [loc cit.) rapporte des passages de la Bible qui prouvent que, chez les Hébreux, l'âne était également consacré au labour, ce qui aujourd'hui ne se pratique que rarement en Turquie où le bœuf est presque exclu-
1, De RerusL, 1. vu, 1.
2. Chez les Romains, la destination de Tâne au travail de la meule était tellement générale , que Ton désignait par le terme collectif Asini tous ceux, hommes et bêtes, qui étaient employés dans les opérations du moulin. Selon E. Lessing ( Von dem Leben und den Werken des M. Asinus Plautus)^ le célèbre Plante dut son prénom à ce sobriquet peu flatteur pour l'espèce humaine, car la misère l'avait forcé d'aller à Rome pour y tourner la meule, et ce fut au milieu de cette occupation, pour le moins fort prosaïque, que le poète dérobait à ses confrères bipèdes et quadrupèdes quelques moments furtifs pour se livrer à ses immortelles inspirations.
sivement chargé de cette besogne. D'après Aristote, il paraîtrait même que, de son temps, en Asie Mineure, l'âne était moins répandu qu'aujourd'hui; car il dit^ que, bien que l'âne et le mulet endurent le froid mieux que le cheval ^ le premier de ces animaux ne pouvait cependant supporter le climat rigoureux du Pont; or; actuellement il est presque aussi commun dans cette contrée que dans les autres parties de la péninsule.
Je terminerai les considérations que j'avais à présenter relativement au genre cheval par quelques mots sur les mulets. Sans égaler son congénère de l'Egypte, le mulet du Bosphore et de l'Asie Mineure est d'une race assez belle et jouit d'une grande importance comme bête de somme et même de monture : aussi le prix en est-il plus élevé que celui du cheval. Les témoignages de plusieurs auteurs anciens sont de nature à faire admettre qu'à l'Asie Mineure appartient le mérite de la création de ce métis si utile; en effet, Homère nous apprend que ce furent les Henètes, ancien peuple de cette contrée, qui firent naître, pour la première fois, des mulets; Aristote attribue cette création aux jVysiens.