‹ Le Bosphore et Constantinople avec perspectives des pays limitrophesChapitre 78 sur 179 · Exode, VI, il, à · texte numérisé non relu

Exode, VI, il, à

m LE BOSPHORE

Si , par son abondance, la caille constitue le gibier le plus productif des contrées du Bosphore, elle n'offre pas au chasseur l'avantage d'un butin constant comme les animaux établis en permanence sur ce sol , notamment la perdrix, dont les espèces les plus répandues sont : la perdrix ou tétras à queue fourchue {perdix tetrix) et la perdrix brune {perdix fusca); tandis que les perdrix grises et rouges, assez communes dans tout l'intérieur de l'Asie Mineure, sont extrêmement rares sur le littoral du Bosphore.

La bécasse s'y présente sous trois formes : la grande bécasse d'Europe {scolopax major) , la bécasse des marais (scolopax paludosa), et la bécasse d'automne {scolopax gallinago). C'est la première espèce qui est la plus commune, surtout pendant l'hiver; la dernière ne se rencontre que çà et là.

Le faisan est assez rare sur le littoral européen et ne s'y trouve qu'à l'état de transfuge ou d'hôte passager; tandis que, sur le bord asiatique, il vit en permanence dans les montagnes d'Âlemdagh et d'Aïdosdagh où, n'étant guère exposé à la poursuite du chasseur, il peut multiplier abondamment.

Le chevreuil et surtout le sanglier ne sont communs ni sur la côte d'Europe, ni sur celle d'Asie.

Quant au lièvre, qui est presque le seul habitant de cette dernière côte, il ne paraît pas être complètement semblable au lièvre d'Europe {lepm timidm), et pourrait bien constituer, sinon une espèce , du moins une variété distincte.

lY.

Les conditions physiques qui excluent des contrées voisines du Bosphore les grands carnassiers sauvages y sont également peu favorables aux oiseaux de proie, ainsi qu'à plusieurs espèces de volatiles non rapaces affectionnant les lieux boisés ou largement accidentés. Néanmoins, sous ce rapport encore, comme sous plusieurs autres , la côte d'Asie se trouve dans des conditions plus avantageuses que celle d'Europe. En effet, tandis que cette dernière est placée en dehors du type montagneux que représente la vaste chaîne du Balkan, dont les inégalités ne modifient que faiblement le relief de la presqu'île de Thrace, la côte de Bithynie participe déjà à la configuration si variée du sol de l'Asie Mineure, puisque plusieurs des grands massifs qui sillonnent ce sol viennent expirer dans la proximité du Bosphore, sous forme de promontoires élevés, parmi lesquels figure le groupe de TAlemdagh. Aussi ce massif possède-t-il plusieurs espèces d'oiseaux inconnus ou très -rares sur la côte d'Europe, entre autres :

Taigle royal, le merle rose [turdus roseus)^ le merle des rochers {turdus saxatilis) , le pinson-serin [fringiUa serinus), etc.; ce dernier, dont la teinte jaunâtre aussi bien que la voix rappellent le gracieux oiseau de Canarie {serinus canaria) , anime fréquemment de ses chants sonores les bocages de la côte d'Asie, tandis que, sur la côte d'Europe, on ne l'entend que rarement.

Enfin, les deux espèces dont se compose le genre rossignol (luscinia) , savoir: le rossignol ordinaire (/. philomela) et le grand rossignol (/. major) , espèces qui, l'une et l'autre, habitent l'Europe (bien que la dernière y soit beaucoup moins commune que la première), paraissent être représentées sur le Bosphore. Il est vrai que j'admets ce fait non pour l'avoir constaté par l'examen même de ces espèces, mais seulement par les conclusions que j'ai tirées de la nature de leur voix ; car, si j'ai remarqué le ramage connu du rossignol ordinaire, sur la côte d'Europe, j'ai cru distinguer sur le littoral asiatique une voix plus monotone, à notes plus saccadées et d'un timbre remarquablement éclatant, nuances qui caractérisent précisément le chant du grand rossignol.

Au reste, non-seulement dans les contrées du Bosphore où manquent les vastes forêts, mais encore dans les parties les plus boisées de l'Asie Mineure, le voyageur interroge en vain les échos pour recueillir les accents ^^ariés qui animent d'un concert délicieux nos bois de l'Europe. Ici, le plus souvent, le silence solennel n'est interrompu que par les roucoulements plaintifs de la colombe , oiseau fort important pour ces

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contrées, non-seulemeut par le nombre d'espèces qu'il y présente*, mais encore par le rôle saillant qu'il joue dans le caractère du paysage , car sa voix semble y être aussi indispensable à l'oreille que l'aspect de la cigogne aux yeux.

Ce dernier échassier surtout est pn quelque sorte le complément obligé de toute habitation orientale , et il serait difficile de rencontrer un village, sans qu'on vît tout d'abord sur le sommet d'un arbre, ou sur les tourelles élancées d'un minaret, se dessiner la svelte silhouette d'une cigogne. C'est un de ces traits qu'on ne saurait effacer du tableau , sans risquer d'en faire disparaître la teinte locale et de troubler l'association des souvenirs. Le rôle réservé à la tourterelle et à la cigogne dans la physionomie du paysage de l'Orient tient au respect dont ces oiseaux y sont l'objet; respect qui, pour la cigogne, est tel, que l'on considère comme inviolable le lieu où elle se trouve, et qu'elle est même comme un signe de bon augure.

Ce sentiment généralement répandu en Orient parait remonter à la plus haute antiquité. Selon M. Rosenmûller, le savant investigateur de l'archéologie biblique, le mot chasidah, par lequel la cigogne est désignée dans la Bible, signifie pieux, et plusieurs écrivains, entre autres, Aristote, iËlien et Solin^ font ressortir la tendresse de cet oiseau pour ses petits et la reconnaissance que ceux-ci témoignent à leurs parents , en les

i. Rien que sur le Bosphore, on compte quatre espèces de pigeons, savoir : Columba lurlur, C. Uvia, C. c&nas et C. palumbus, *2. PolyhUL, 53.

nourrissant dans leur vieillesse. Les Psaumes* mentionnent l'habitude qu'avait la cigogne , alors comme aujourd'hui , de construire son nid sur les cyprès.

Les anciens paraissent avoir étendu à la majorité des volatiles inoffensifs le privilège que les Orientaux accordent à la cigogne , aux pigeons et aux hirondelles , de nicher sur les murs et sur les toits des édifices consacrés au culte public; car, dans l'antiquité, on considérait comme un acte d'impiété et de profanation la destruction des oiseaux qui s'étaient établis dans les temples. Hérodote ^ cite des exemples du respect religieux dont ils étaient l'objet dans ce cas, et iElien* nous apprend que les Athéniens mirent à mort un citoyen par ce seul motif qu'il avait tué quelques passereaux nichés dans le temple d'Esculape.

Il est remarquable que plusieurs des usages et des opinions des Orientaux , relativement aux animaux , paraissent leur avoir été transmis direcleinent par les Hébreux , lors même que ces usages et ces idées n'avaient été acceptés ni par les Grecs et les Romains, ni par les chrétiens, bien que ces derniers eussent adopté les livres sacrés des Hébreux. Ainsi, les Orientaux ne mangent point les pigeons, très-recherchés jadis des Grecs et des Romains, comme ils le sont aujourd'hui de la plupart des populations chrétiennes, mais auxquels les Hébreux ne touchaient point; les Grecs et les Romains mangaient aussi le lièvre comme le font

i. G. IV, 7.

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