LA REPRODUCTION SEXUELLE DES CHAMPIGNONS SUPERIEURS
Actuellement, ce sont les Basidiomycètes qui sont les mieux connus des Champignons supérieurs, aii point de vue de la structure et des phénomènes reproducteurs ; on peut formuler les règles suivantes, qui sont générales ou ne comportent que de rares exceptions.
1* La cellule des Basidiomycètes contient normalement deux noyaux, tout au moins dans l'appareil reproducteur sexué.
2^ Les noyaux possèdent deux chromosomes.
3"* La division des noyaux est simultanée dans chaque
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article ; il existe deux lignées parallèles et indépendantes d'éléments nucléaires.
4° Cette disposition assure une parenté très éloignée aux noyaux de la baside.
5** L'union des deux noyaux dans la baside constitue un phénomène sexuel.
6** La réduction chromatique a lieu à la germination de l'œuf.
. Il nous sera peut-être permis de rappeler que chacun des résultats que nous venons d'énumérera eu son origine première dans notre laboratoire. Cette constatation n'amoindrit en aucune manière le grand mérite et la valeur des mémoires publiés sur Thistologie des Basidiomycètes par Rosenvinge, Rosen, Wager, Juel,Harper, Maire, etc. ; mais elle nous permet d'évoquer avec infiniment de plaisir la collaboration dévouée de notre ancien préparateur Sappin-Trouffy.
Si nous envisageons maintenant le groupe des Ascomycètes, nous pouvons encore formuler certaines conclusions bien établies :
1*» Le nombre des noyaux par article est variable selon les espèces et les genres : lorsque les articles sont plurinucléés, il existe fréquemment de grandes différences dans le nombre de leurs noyaux.
2** Dans tous les cas, Tasque jeune contient deux noyaux d^ origine différente , comme la baside.
3** L^origine différente de ces noyaux est obtenue de deux manières : 1** par division simultanée de deux noyaux superposés dans le sens de la longueur du filament, comme chez les Péziza^ les Helvella^ etc. ; l'article médian qui donne naissance à l'asque possède ainsi deux noyaux cousins et non frèrfes ; ce procédé a été retrouvé par Harper chez plusieurs espèces: il semble être très répandu, et nous en donnerons de nombreux exemples dans notre prochain mémoire sur les Ascomycètes. Dans la seconde
manière, il se produit une division simultanée et parallèle des deux noyaux de chaque article, exactement comme chez les Basidiomycètes : ce mode a été entrevu par nous chez les Exoascus ; il vient d'être décrit avec précision par Maire chez le Galactinia succosa (1).
4* Les deux noyaux de Tasque se fusionnent comme ceux de la baside.
Pour que la question de la sexualité des Ascomycètes devint aussi claire que celle des Basidiomycètes, il fallait :
A) Trouver la signification des organes décrits autrefois par de Bary sous le nom d'archicarpes et d'anthéridies.
B) Chercher le nombre des chromosomes du noyau ; voir si ce nombre est constant dans le groupe.
C) Indiquer Tendroit où se produit la réduction chromatique.
Les organes décrits par de Bary représentent divers stades de transition du gamétange au gamétophore. Les gamètes, comme les conidies, sont portés, chez les Ascomycètes, sur des appareils de forme variable qui proviennent de la transformation, sous Tinfluence d'un changement de milieu, des sporanges et des gamétanges qui caractérisent la fructification des Siphomycètes ; rien d'étonnant à ce qu'il existe encore quelques termes de passage rappelant cette origine.
Pour bien comprendre les modifications qui se sont produites dans le mode de reproduction asexuel et le mode de reproduction sexuel, il faut avoir nettement présentes à l'esprit les relations qui rattachent le second mode au premier : le gamétange dérive du sporange'^ il n'est qu'un sporange à spores affaiblies ; les gamètes sont des spores
(1) Maire : Recherches cylologiques sur le Galactinia succosa (Comptes rendus, Acad. Se, novembre 1903).
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affa^mées^ incapables^ dans les conditions ordinaires^ de continuer leur développement. •
Si le milieu agit d'une certaine façon sur l'un des modes de fructification et modifie la forme de Tappareil, son action doit avoir une répercussion analogue et parallèle sur Vautre ; tout au moins y si elle a lieu, ne doit-on pas s'en étonner.
Ov, il en est bien évident que les Champignons supérieurs qui ont pour ancêtres les Siphomycètes, ont transformé, en passant delà vie aquatique à lavie aérienne, leurs sporanges en conidiophores. Si nous voulions rechercher par quelles transitions, nous serions porté àcroire que le renflement terminal du conidiophore, chez VAspergillus, rappelle le sporange primitif ; les spores, au lieu de con* tinuer à se former à l'intérieur de l'organe, sont devenues externes ; mais, déjà, dans ce genre Aspergillus, le renflement peut diminuer jusqu'à disparition presque complète; nous arrivons, par de nombreuses transitions, à un aspect voisin de celui qui nous est offert par le conidiophore des Pénicillium^ si une seule chaînette de spores existe, comme dans les Erysiphe^ l'ensemble des spores du conidiophore correspond quand même à la totalité des spores d'un sporange.
Nous trouvons une preuve de la justesse de ces con- » clusions dans les considérations suivantes :
Chez les Champignons supérieurs, l'asque seul a conservé les caractères généraux d'un sporange ; l'œuf des Âscomycètes germe directement en un sporogone analogue à celui des Cystopus. Chez les Basidiomycètes^ la baside en germant se comporte aussi tout d'abord comme un sporange ; le noyau de l'œuf subit plusieurs bipartitions successives ; mais la transformation du sporange en conidiophore est commencée ; les spores bourgeonnent à Vextérieur du renflement. Nous saisissons donc ici le pre^ mier terme de passage du sporange au conidiophore. Si,
nous reportant au mode de reproduction asexuel, nous considérons le renflement deVŒdocephslurrij nous constatons qu'il est encore plus voisin du sporange que celui des Aspergillus ; à vrai dire, sa parenté avec le sporange est la même que celle du conidiophore d'une baside.
Puisqu'il existe encore des intermédiaires entre le sporange et le conidiophore^ qui nous permettent de suivre la marche de la différenciation de l'appareil asexuel, il n'est pas étonnant que nous trouvions encore des vestiges de la transformation du gamétange en gamétophore. Ce sont ces vestiges qui constituent les organes rencontrés au début du périthèce dans les Sphaerotheca^ les Erysiphe^ les Mona8CW5| les Pyronema.
L'ensemble des spores d'une chaînette d'Erysip/ie, d'une tête conidifère d'Œdocephalum ou iïAspergilluSy d'un conidiophore de baside correspond évidemment à la totalité des spores d'un sporange ; de même l'ensemble des spores d*un ascogone^ c'est-à-dire d'un gamétophore» correspond aux gamètes d'un gamétange.
Si une copulation s'effectue entre ces gamètes^ l'acte sexuel ne peut être contesté.
Normalement, la copulation aurait dû avoir lieu entre gamètes portés par deux gamétophores développés aux dépens des deux gamétanges ; si ces gamétanges étaient restés indépendants^ comme chez beaucoup d'algues ou comme chez les Monoblépharidées, il est probable que l'évolution aurait suivi cette marche naturelle. Mais, chez les Siphomycètes les deux gamétanges se mettent en relation directe : la communication qui s'établit entre ces organes n'a d'autre but que de permettre la réunion des gamètes ; avec la transformation du gamétange en gamétophorCy ce phénomène devient sans objet: il pourra encore servir peut-être à assurer une meilleure nutrition de l'ascogone pendant quelque temps ; puis il dis-
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paraîtra avec l'organe lui-même, au cours de l'évolution.
Pour beaucoup de conidiophores, il est inutile de rechercher les traces du sporange ancestral ; de même, pour beaucoup d'ascogones, il est impossible de retrouver aucun vestige du gamétange primitif : ce sont là \^hoses ordinaires en évolution.
Notre théorie s'appuie sur des observations nombreuses et précises : les phénomènes de karyogamie sur lesquels elle repose ont un caractère général ; Tinterprétation s'adapte aux lois générales de la sexualité ; elle explique de la façon la plus naturelle les débuts du périthèce des Ascomycètes qui pendant un demi-siècle ont été l'objet de discussions passionnées entre des savants comme de Bary, Tulasne, Brefeld, Van Tieghem ; chacun d'eux tenait une parcelle de la vérité ; mais la solution définitive était liée à un progrès de la technique histologique ; elle ne pouvait venir qu'à son heure; peut-être même l'opposition qu'elle a rencontrée n'est-elle pas étrangère à sa mise au point exacte.
La détermination du nombre des chromosomes dans la division nucléaire des Ascomycètes semblait devoir être attribuée au professeur Harper. Ce dernier, en effet, a étudié avec beaucoup de soins cette division dans VErysiphe vulgaris, YAscobolus furfuraceuSj le Feziza Stevert' soniana^ le Pyronema confluens. Ainsi, à propos de VErysiphe rmlgaris, il dit : « Wenn die Tochterchromosomen auseinander rûcken und sich nach den Polen bewegen, gelifigt es ziemlich leicht festzustellen, das ssie in der Zabi von je acht in jeder Spindelhalfte vertreten sind (1) » ;
(1) Harper: Kernth, und fraie ZcUy im Ascus (Jahr. f. Wiss. Botanik, Bd. XXX, p. 254).
ce nombre huit se maintiendrait constant dans les trois divisions. Dans un autre mémoire, ce savant écrit à propos du même stade dans YAscobolus /urfuraceus et le Peziza, Stevensoniana : « In diesem Zustande ist est ziemlich leicht festzustellen dass sie beiderseits acht an der Zahl sind, sowohl bel AscobolvLSj wie bei Peziza (1). » Enfin, dans son récent travail sur le Pyronema confluens, nous lisons : < The larger nuclei in the first division in the ascut are by far the most favourable for this work, and I am of the opinion from a study of a large séries of cases that there are ten chromosomes présent at this: stage » ; il ajoute plus loin^ à propos de la division dans les hyphes ascogènes: « I am inclined to the view that the same numberlhat is tenais présent hère as in the divisions in the ascus described above (2). »
Harper est donc très affirmatif en ce qui concerne les trois premières espèces : celles-ci posséderaient incontestablement huit chromosomes à leur noyau, tandis que le Pyronema confluens en aurait, selon toute apparence, une dizaine.
En suivant le développement du périthèce dans VAsco-. bulus furfuraceus et le Pyronema confluens, nous avons été conduit a reprendre en détail Tétude de la karyokinèse dans ces deux genres; la fixation a été faite avec le liquide de Merkel, et les colorations ont été obtenues suivant le procédé de Flemming(safranine, violet degentiane, orange). Cette méthode est celle qui a été employée par Harper ; néanmoins nous arrivons à des résultats différents de ceux qu'il a obtenus.
Tout d'abord, nous noterons la manière d'être de la centrosphère et du controsome dans Tasque ; après la
(i) Harper : Beiirag zur kennt der kernth, und Spor, im Ascus (Ber. d. Bot. Gesell., Bd. xm, 1895, p. 72).
(2) Harper : Sexual Repr, in Pyronema confluens (Ann. of. Botany, V, XIV, p. 395).
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seconde bipartition et la troisième, nous avons vu très nettement, pendant la période de repos du noyau, une sphère en contact avec la membrane nucléaire ; sa substance, sensiblement homogène, se colore en bleuet se différencie très nettement du cytoplasme ; au centre de la sphère, existe un nodule qui se colore en rouge comme le nucléole : c'est le centrosome qui ordinairement est unique; parfois cependant, il est fragmenté en plusieurs granulations. Nous n'avons pas suivi la bipartition de la centrosphère ; mais elle se poursuit sans aucun doute, car, à la prophase de la troisième bipartition, on retrouve deux corpuscules semblables à deux pôles opposés.
Lors de la mitose, la substance bleue de la centrosphère fournit les rayons de Taster, et le centrosome, arrivé au contact' de la membrane nucléaire, donne insertion aux pôles du fuseau ; après la troisième bipartition, la centrosphère s'étend en calotte à la surface du noyau> prenant une part active à la différenciation des spores.
Si nous examinons maintenant le fuseau au stade de la plaque équatoriale, nous trouvons seulement quatre chro- *mosomes, au lieu des dix signalés par Harper.
La détermination du nombre exact de chromosomes présente dans la circonstance une importance considérable ; aussi n'avons-nous rien négligé pour obtenir un résultat précis : nos numérations ont été effectuées avec soin sur de nombreux fuseaux aux trois mitoses successives de l'asque; partout, avant le dédoublement de la plaque, il n'existe que quatre chromosomes.
Dans YAscobolus furfuraceus, la mitose présente des caractères généraux identiques à celle du Pyronema confluens; le fuseau est plus ou moins parallèle à Taxe dans les deux premières bipartitions ; il est transversal à la dernière : or, à chacune des divisions, on compte quatre chromosomes au stade de la plaque équatoriale ; les figures pourraient être aisément confondues avec
celles qui sont fournies par le Pyronema; toutefois, le nucléole est plus réduit.
Le noyau des Pyronem^ et des AsœboliLS possède donc quatre chromosomes, contrairement aux observations d'Harper.
A la suite de ce résultat inattendu, nous avons examiné à nouveau d'anciennes préparations de Borrem ciliaris et (ÏEndocarpon minisitum; nous avons reconnu la présence de quatre chromosomes soit au stade de la plaque équatoriale^ soit au stade tonnelet ; la même constatation a été faite chez YAscodesmis nigricans.
L'existence de quatre chromosomes dans la division nucléaire a été reconnue par Maire Qhezle Galactinia succosa.
On est donc en droit de penser que les Ascomycètes possèdent peut-être, comme les Ba8idiomycètes,teméme nombre de chromosomes dans toutes les espèces : ici ce nombre est quatre.
Cette découverte a été faite simultanément et d*une manière indépendante par Maire et nous (1) : elle ofTre, semble-t-il, toutes garanties de certitude (2).
Le noyau de l'œuf de plusieurs Ascomycètes possède, comme nous venons de l'établir, quatre chromosomes dès sa première bipartition. U suffit donc, pour connaître l'endroit où se produit la réduction chromatique, de trouver un bon exemple de mitose dans l'appareil végétatif; les divisions nucléaires qui précèdent la karyogamie sont, en eflfet, toutes du même type, sans aucun doute.
(1) Séance de la Société mycologique de France tenue à Poitiers en octobre 1903.
(2) Dans une note récente (Comptes rendus, Aoad. se, n» 22, 1903>, Guillermond indique le cliifffe de huit cliromosoroes ou douze pour plusieurs Pézizées ; la vérification de ce résultat offrirait un grand intérêt.
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Je ne puig ici apporter, à mon grand regret, que des probabilités, très sérieuses, il est vrai, mais non une affirmation catégorique, comme.je T^urais désiré.
Il était tout indiqué de chercher à suivre les divisions nucléaires qui précèdent directement la formation de l'asque chez le Pyronema confluens; nous avons bien rencontré quelques stades « tonnelet » qui donnaient Vini'pression de quatre chromosomes ; mais la petitesse des éléments est telle qu'on craint toujours d'être le jouet d'une illusion, et disons mieux, d'une suggestion.
Nous sommes disposé à considérer comme aussi probantes d'anciennes observations sur le Sphaerotheca Castagnei : on se rappelle que nous avons signalé une mitose dans la cellule-mère du conidiophore de cette espèce. « Nous avons eu quelque peine à nous faire une idée sur le nombre des chromosomes, écrivions-nous; certains aspects portaient à fixer leur nombre à quatre ; d'autres laissaient supposer un nombre plus élevé, qui était de huit environ (1). » Si nous avions finalement adopté ce dernier chiffre, c'est qu'il correspondait à celui qui était attribué par Harper au noyau de Pasque des Erysiphe. En réalité, c'est bien le chiffro quatre qui représentait le nombre normal des chromosomes du noyau de la cellulemère; l'autre provenait évidemment du dédoublement de la plaque équatoriale.
Dès maintenant, nous nous croyons autorisé à admettre que la réduction chromatique se produit, comme chez les Basidiomycètes^ à la germination de Vœuf.
Les véritables affinités des Champignons supérieurs ont été tellement obscurcies dans ces derniers temps qu'il est nécessaire de les exposer sous leur véritable jour : ce serait, pensons-nous, fermer les yeux à la lu-
i« P.-A. Dangeard : Second mémoire sur la reproduction sexuelle des Ascomycètes, (Le Botaniste, 5« série, p. 259).
niière que de ne pas accepter leur parenté avec les Ascomycètes, surtout après les considérations qui précèdent.
On sait que la sexualité a introduit dans le développement des êtres vivants un stade gamétophyte qui s'est ajouté au stade sporophyte; ces deux stades ne sont netment différenciés l'un de l'autre que si la réduction chromatique a été retardée ; le sporophyte possède alors 2 n chromosomes à son noyau ; c'est un sporophyte secondaire qui a pris une importance considérable dans la plante supérieure (1).
Mais si la réduction chromatique intervient à la germination, de l'œuf, le sporophyte conserve les caractères primitifs ; il ressemble plus ou moins au gamétophyte ; tous deux sont d'origine primaire avec un noyau à n chromosomes. Dans ces conditions, le gamétophyte se montre tel qu'il était à son apparition au cours de l'évolution : c'est une simple modification du sporophyte qui intervient en fin de végétation ; les deux états sont fréquemment réalisés snr le même thalle qui produit d'abord des sporanges, puis un mélange de sporanges et de gamétanges, et finalement des gamétanges exclusivement.
Cette disposition est très marquée chez les Siphomycètes; il n'est pas étonnant que nous la retrouvions chez les Champignons supérieurs.
Nous distinguerons, dans le développement de ces derniers :
1*" Un stade sporophyte qui donne naissance à des conidiophores, très variés comme forme, isolés ou inclus dans des appareils qui portent, selon les cas, le nom d'écides, de spermogonies, etc. ;
2* Un stade gamétophyte, qui intervient, comme toujours, en fin de végétation ; il produit des gamétophores
1. Consulter dans le Botaniste les diverses considérations que nous avons développées sur la reproduction sexuelle et plus particulièrement notre théorie de la sexualité.
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isolés ou inclus dans des appareils qui portent^ selon les cas, le nom de périthèces, de chapeau, etc.
Lqs gamétophores donnent naissance à des gamètes unis par deux : ce sont des « diplogamètes » ; leur réunion en une seule cellule constitue l'œuf.
L'œuf germe, comme celui des Siphomycètes, en un sporogone qui est un asque ou une baside, c'est-à-dire un sporange ou un conidiophore.
Le mélange des cytoplasmes est assuré chez les Champignons supérieurs par les nombreuses anastomoses qui s'établissent entre les filaments du thalle.
A PROPOS d'une lettre du professeur Harper relatjvb
AUX FUSIONS nucléaires DU « PyRONEMA CONFLUENS »
PAR p. -A. Dangeard.
La discussion au sujet de la sexualité des Champignons supérieurs se prolongeant outre mesure, nous avons pris, ainsi que nous le disions dans l'introduction de cette neuvième série du Botanistey la détermination d'écrire au professeur Harper pour le prier de revoir ses préparations.Nouslui faisions part de nos nouvelles et récentes recherches sur les Erysiphées, qui confirment d'une manière absolue nos anciennes observations sur le Sphaerotheca ; nous lui communiquions les résultats concordants obtenus avec les Pyronema et les Monascus ; nous insistions tout particulièrement sur l'importance de son témoignage, puisque toute une école s'est engagée à sa suite.
Nous avons reçu la réponse suivante qui marquera nécessairement une date dans l'histoire de la sexualité des Ascomycètes :
« Madison, États-Unis. Novembre 1903.
« Dear Sir,
« 1 am surprised that your study of Pyronema bas brougbt you to no more clear or satisfactory resuit and I am sure that a really complète séries of préparations will show you ail the stages I bave figured.
€ The form is a favorable one and is well v^orth careful and protracted investigation. I bave never seen any évidence of degeneration in the nuclei of the antheridia which hâve fûsed with trichogynes. The nuclei of the trichogyne on the other hand can be casily found in ail stages of degeneration just as I hâve figured them. There is no degeneration of the maie nuclei and the copulation is just as I bave described it... »
Cette réponse n'est pas telle que nous la souhaitions : le professeur Harper maintient les conclusions de son mémoire sur le Pyronema : de notre côté, nous affirmons l'absence de fusions nucléaires dans l'oogone et l'existence dans l'anthéridie de dégénérescences nucléaires analogues à celles que nous avons reconnues dans le Sphaerotheca Castagnei^ VErysiphe Martiiy VErysiphe Cichoracearum et les Monascus.
Nous en sommes réduit à réclamer un arbitrage pour régler ce différend d'ordre purement scientifique ; il ne manque pas heureusement d*histologistes capables d'entreprendre un travail de cette nature, et de le mener à bonne fin.
En attendant, nous demandons la permission d*exposer brièvement les raisons qui militent en faveur de notre opinion et permettent de l'accepter sans aucune réserve*
1* Harper a récolté son Pyronema sur des feuilles mortes. « The substratum on which I bave found the Pyro-
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nema, most abundant, makes it especially favoujrable for sectioning, the leaves or leaf mould offering little or no résistance to the microtome-knife. More trouble is sometimes occasioned by diatoms, which were foud extremely abundant in the substratum in sonne cases and indicate the degree of moisturc favoured by the Fungus(l). »
Nous avons cultivé le Pyronema sur un milieu artificiel d'agar-agar, dans lequel nous avions incorporé de la poussière de charbon ; nos récoltes étaient abondantes et vigoureuses; l'apparition des rosettes se faisait dès le troisième jour de la culture, et les périthéces se montraient au bout d'une semaine. Il suffisait de racler légèrement la surface du milieunutritif pour enlever, sans aucune déformation^ les nombreuses rosettes du Pyronema, avec le mycélium qui les porte. Personne ne s'était placé jusqu'ici dans des conditions aussi favorables d'étude : nos matériaux ne renfermaient aucun corps étranger.
Entre des échantillons de cett^ nature et des exemplaires mélangés à du terreau ou à des feuilles, aucun histologiste n'hésiterait un seul instant.
2** La fixation et la coloration des objets ayant été faites par les mêmes méthodes, il ne reste à envisager que la question d'aptitude professionnelle et la nature de la collection réunie pour Tétude du point controversé.
Nous reconnaissons bien volontiers la valeur incontestée du professeur Harper comme histologiste ; mais, puisque nos résultats diffèrent des siens, il nous sera permis de faire observer que nous avons décrit une centrosphère là où il n'avait rien figuré : nous remarquerons en outre que nous avons rectifié sa description delà division nucléaire. Harper signalait une douzaine do chromosomes dans le noyau de Tasque; nous avons pu montrer qu'il n'en existe que quatre seulement (2).
(4 ) Harper : Sexual Reprod, inPyronema ( Ann. of Botany , v. XI V, p. 337). (2) Consulter le travail précédent.
NOTES DlVERSteS 49
Si nos descriptions ont été plus complètes et meilleures que celles d'Harper en ce qui concerne Tasque et son contenu, il y a de fortes présomptions pour admettre que nos préparations valaient les siennes et que C interprétation elle-même ne comportait aucune infériorité.
Sur le second point, nous nous expliquerons également très franchement.
Nous ignorons l'importance de la collection de notre honorable contradicteur ; mais nous dirons en quoi consiste la nôtre.
Sans compter les préparations non durables faites dans un milieu glycérine, après colorations variées, nous possédons plus d'une centaine de préparations durables, colorées par la méthode de Flemming (safranine, violet de gentiane, orange B).Dans chacune, il existe trois ou quatre rubans en séries continues d'une longueur de 30 à 40 mm; chaque ruban contient en moyenne tOO à 150 sections d'oogones et d'anthéridies ; à 5 sections par oogone, cela représente un minimum de cent oogones et anthéridies par préparation. Au total un ensemble de iO.OOO éléments de chaque sorte à tous les stades, depuis la naissance des rosettes, jusqu'à la production des périthèces, le tout lixé à différentes heures de la journée. D'autres préparations durables renferment un grand nombre de rosettes entières.
On nous concédera peut-être que cette collection est « really complète ».
Nous ajouterons que toutes ces préparations ont été examinées, sans exception, avec un soin scrupuleux, de même que les préparations non durables, qui étaient supérieures en nombre.
Nous sommes beaucoup plus à l'aise maintenant pour entrer dans la discussion des faits.
Nous commencerons par p'rémunir contre une erreur possible ceux qui étudieront à nouveau le Pxjronema : à
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un moment donné, les noyaux de l'organe sont tous pariétaux ; le centre de l'organe est absolument dépourvu d'éléments nucléaires, puis, un peu plus tard, on aperçoit, au centre, des disgiiesc/i?"omafigues dont le nombre augmente peu à peu; ces disques sont constitués par des granules; ils ont tout à fait l'aspect d'une plaque équatoriale, soit qu'on les regarde de face, soit qu'on les observe de profil ; l'illusion est encore fortifiée par le fait que deux plaques ont fréquemment leurs faces parallèles et situées aune distance variable l'une de l'autre. Nous avons pris ces formations au début pour <îes noyaux en division ; sans pouvoir affirmer que ces disques n'ont pas la signification que nous leur avons attribuée à un premier examen, nous nous bornerons ici à manifester des doutes sérieux sur leur nature que nous discuterons plus amplement dans un prochain numéro.
Parmi les points controversés, il en est un dont la solution fournit immédiatement la clef du difficile problème posé dans ces pages.
La cloison basilaire se détruit-elle un instant en vue du passage des noyaux mâles pour se reformer ensuite ^ ainsi que le veut Harper ? Ou bien^ cette cloison est-elle persistante comme nous l'affirmons^ après Kihlmann ?
La cloison qui se trouve à la base du trichogyne est une paroi épaisse, exactement semblable à celles qui séparent les divers articles . d'un thalle : elle est perforée comme chez beaucoup d'Ascomycètes ; ce pore central se retrouve avec les mêmes caractères dans la cloison des articles qui supportent les rosettes ; au bout de quelque temps, ce pore est recouvert par un bouchon d'une substance gélatineuse qui se colore par les divers réactifs nucléaires employés.
Si cette cloison se détruisait, elle ne pourrait être remplacée que par une membrane d'origine et de structure très différente. En effet, du côté du trichogyne, le cyto-
plasme^ au moment de la prétendue migration des noyaux, n'existe plus qu'à Tétat de substance inerte ; c'est donc au contact direct du protoplasme de l'organo que devrait se former la nouvelle cloison.
Or, la première cloison est située au fond d'une sbrte d'entonnoir constitué par la jonction du trichogyne à F oogone ; la seconde devrait apparaître à l'ouverture même de l'entonnoir, c'est-à-dire en continuation directe avec la membrane de Toogone.
La destruction de la première cloison impliquerait un changement de position pour la seconde et aussi une modification de structure, la perforation n'ayant plus de raison d'être.
Harper place ces deux cloisons au même niveau : la première, comme la seconde, continuerait directement la membrane de l'oogone (fig. 6, 10, 17, 18,29; PI. XIV-Pl. XX).
L'erreur est manifeste : on n'a qu'à se reporter à la fig. 97 donnée par de Bary dans son Traité des cha/mpignons^ on verra que la cloison occupe, comme nous venons de le dire, le fond d'une sorte d^entonnoir (A),(^f cette disposition persiste jusqu'à la production des filaments asco^ gènes (C).
La preuve de la persistance de la* cloison résulte : 1' du fait qu'elle occupe toujours la même situation relative par rapport à Voogonê et au trichogyne ; 2° de ce qu'elle conserve la mêm,e structure.
Le premier point est acquis malgré lés protestations d'Harper, puisqu'à notre témoignage s'ajoute celui de Bary lui-même ; on notera simplement qîie l'ouverture de l'entonnoir formé par la cloison s'élargit avec l'augmentation de volume de l'oogone.
En ce qui concerne le second point, nous venons d'in-
(1) De Bary : Morphol, und Biologie of the Fungi, traduction Garnsey-Balfour, Oxford, 1897, p. '209.
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diquer pourquoi une cloison de nouvelle formation serait dépourvue de pore central. Or, nous avons rencontré maintes fois la calotte gélatineuse chromatique qui recouvre le pore de la cloison à un moment où le contenu du trichogyne et de Tanthéridie était complètement désorganisé. Si Kilhmann n'a pas aperçu ce bouton chromatique aux derniers stades du développement de l'oogone, c'est qu'à ce moment le cytoplasme du trichogyne est ordinairement transformé lui-même, au contact de la cloison, en une substance gélatineuse chromatique.
En résumé, il est parfaitement établi que Kilhmann avait raison lorsqu'il reconnaissait qu'aucune communication directe ne se produit entre le contenu de Vanthéridie et celui de Voogone ; par suite^ le mélange des noyaux dans Voogone et leur fusion par paires est impossible ; tout l'échafaudage élevé par Harper s'écroule, au risque d'atteindre non seulement l'auteur, mais ceux qui avaient mis leur confiance dans la solidité de l'œuvre.
Nous ari^êterions ici cette discussion, devenue sans objet, sans le désir que nous avons de guider ceux qui reprendront cette étude.
I. — Harper estime à deux cents environ le nombre des noyaux contenus dans^ l'oogone et dans Tanthéridie ; les noyaux mâUs se fusionneraient par paires avec les noyaux femelles ; s'il existe une légère différence (slight différence) entre le nombre des noyaux de chaque organe copulateur, les éléments nucléaires surnuméraires se détruisent par la suite (1).
Nous sommes d'accord avec Harper sur le nombre approximatif des noyaux de l'oogone; mais nous estimons que l'anthéridie n'en renferme guère plus d'une centaine. Une section longitudinale d'anthéridie renferme au maxi mum de 40 à 50 noyaux : celle de l'oogone en montre de
(1) Harper : loc. cit., p. 353.
35 à 40 ; mais, tandis que l'oogone dans nos préparations fournissait cinq sections, Tanthéridie n'en donnait que deux tout au plus.
Il y a là déjà une forte présomption en faveur d'une inégalité de moitié environ dans le nombre des noyaux de chaque organe ; mais nous comprenons très bien qu'on n'admette pas notre estimation sans plus ample informé ; aussi continuons notre examen.
Déjà, Kihlmann avait décrit une anthéridie bifurquée en relation avec deux oogones; nous avons retrouvé un exemple du même genre, mais il ne prouve rien, parce que Tanthéridie dichotome avait une grosseur anormale* Il n'en est plus de même lorsqu'une anthéridie ordinaire est perforée par deux trichogynes appartenant à deux oogones différents et de grosseur normale ; dans nos cultures le cas était fréquent. Harper, qui n'a travaillé, semble-t-il, que sur des exemplaires enrobés dans la paraffine, n'a pas vu ces cas pourtant fort intéressants au point de vue du nombre différent des noyaux en présence.
Nous sommes autorisé à conclure que Vinégalité entre le nom,bre des noyaux qualifiés de mâles et les noyaux considérés com.me femelles d^un système copulateur est tellement grande quelle ne perm.et pas de supposer une fusion par paires dans les conditions^ indiquées par Harper ; il resterait une m^oitié et peut-être m.ême parfois les trois quarts des noyaux femelles inutilisés,
II. — Selon Harper, les deux cents noyaux de l'anthéridie traversent toute la longueur du trichogyne, abandonnant sur place le cytoplasme qui les contient (1). N'oublions pas qu'à ce moment les noyaux du trichogyne sont en complète dégénéresfcence ; le prôtoplasma du tube est devenu par suite de cette disparition en quelque sorte substance inerte ; il contient un réseau chromatique formé
(I) Harper : loc, cit., p. 352.
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par les débris nucléaires et « with the inflow of thèse antheridial nuclei^ the entire protoplasmic contents of the tube'become still further disorganised » (3).
Qu'on veuille bien réfléchir sans parti pris à cette série d'invraisemblances ; deux cents noyaux, abandonnant le cytoplasme qui est la raison d'être de leur vitalité et chevauchant au travers d'une substance visqueuse en désorganisation sur une longueur qui atteint parfois 50 /x et davantage.
Sans entrer ici dans des détails qui trouveront leur place dans notre prochain mémoire» nous citerons une observation qui montre bien l'inexactitude de la description d'Harper.
Ce savant admet que les noyaux de Tanthéridie ont la même grosseur et la même structure que ceux de l'oogone jusqu'au moment où s'opère la fusion.
Il est très facile de se rendre compte du contraire ; la ressemblance d'aspect n'existe que pendant la période de croissance de la rosette; à ce moment le cytoplasme renferme de nombreuses vacuoles de diamètre variable ; les noyaux sont disséminés un peu partout. Sitôt que les deux organes sont en relation au moyen du trichogyne, on voit des changements se produire en sens contraire. Le protoplasma de l'oogone perd ses vacuoles et prend une stucture réticulaire ; les noyaux se groupent en une assise très régulière sous la membrane ; d'un autre côté, les noyaux du trichogyne entrent en dégénérescence et le phénomène s'étend à ceux de l'anthéridie.
Pendant que les noyaux pariétaux de Voogone augmentent de volume^ épaississent leur membrane^ chargent leur nucléole de chromatine^ on voit, dans le même couple^ les noyaux anthéridiens^ réduits à Vétat de simple vésicule^ avec un nucléole imperceptible qui disparaît finalement ;
(2) Harper : loc. cit., p. 349.
le cytoplasme qui les renferme se creuse d'une ou deux grandes vacuoles centrales ; il s'accumule en croissant du côté du trichogyne dans lequel il pénètre plus ou moins avant; sa structure, qui était homogène, devient granuleuse, et les granules se di^isocient avant de passer à l'état gélatineux, amorphe et chromatique.
Ce stade, très caractéristique et très démonstratif, se rencontre très fréquemment pour l'excellente raison qu'il dure longtemps : aussi n'arrivons-nous pas à comprendre comment il a pu échapper à un observateur aussi sagace que le professeur Harper. Nous en sommes d'autant plus surpris que celui-ci a parfaitement vu dans le trichogyne la translormalion des noyaux en vésicules à membrane mince après disparition du nucléole; les noyaux de l'anthéridie se comportent exactement de la même manière; l'aspect est le même et il ne peut être confondu a,vec celui des gros noyaux pariétaux de V oogone,
Harper a donc certainement commis une erreur en attribuant aux noyaux de V oogone et de l'anthéridie unmême diamètre, une même structure et une même destinée,
III. — Il nous reste à examiner le prétendu stade des fusions nucléaires dans l'oogone.
Si Ton en croit la description du savant américain, les noyaux femelles s'assemblent au centre de Toogone, où ils sont rejoints par les noyaux mâles; aucun caractère ne permet de les distinguer ; la masse provenant de cette réunion est tellement dense qu'elle reud l'étude difficile ; on réussit cependant à rencontrer, sur les bords, des noyaux aux divers états de la conjugaison ; celle-ci opérée, lacloison basilairedu trichogyne se reforme et les noyaux se dispersent rapidement dans les hyphes ascogènes.
Ici, nous sommes arrêté par une première difïiculté : nous venons de constater plus haut que, pendant une période assez longue du développ&tnent^ les noyaux de V oogone sont disposés en couche pariétale : la proportion des
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oogones qui sont à cet état dans certaines de nos préparations varie de 1/4 à 4/5 environ. On ne saurait parler d'exception, de cas tératologique, puisque nous assistons ensuite à une répartition progressive de ces noyaux dans tout le cytoplasme et à leur exode dans les filaments ascogènes : dans nos cultures, la production des périthèces avait lieu très régulièrement.
Comment se fait-ii qu'Harper n'ait pas remarqué ce stade important entre tous par sa netteté et sa durée?
Nous n'en voyons qu'une raison qui, en même temps rend compte des phénomènes d'agrégation signalés par Harper au centre de l'oogone.
Si l'on immerge dans l'eau des rosettes de Pyronema, les oogones ne tardent pas à différencier leur contenu en une couche externe homogène réfringente d'abord, incolore et aqueuse par la suite, tandis que le centre de l'oogone est occupé par une masse sombre granuleuse ; l'aspect est sensiblement celui qui a été figuré par Harper ; mais ce sont là des phénomènes qui entraînent la mort de l'organe, ainsi qu'il est facile de s'en assurer en continuant l'observation un certain temps. D'une manière générale, l'immersion dans l'eau du champignon apporte des troubles dans la structure normale : c'est ainsi que certains de nos échantillons ont été placés, à titre d'essai, dans l'eau avant la fixation : ils montraient des différences sensibles avec ceux qui avaient été fixés directement ; le cytoplasme [était plus granuleux, et la dispersion des noyaux dans Toogone n'offrait plus la même régularité.
L'action directe de l'eau, agissant par osmose, a pour effet de hâter la distribution des noyaux pariétaux de l'oogone dans tout le cytoplasme avant leur sortie dans les filaments ascogènes : -prolongée un certain temps, elle produit des accumulations irrégulières du genre de celles qui ont trompé Harper ; mais avec les conditions ordinaires
de végétation, la répartition des noyaux à travers le cytoplasme est régulière et progressive.
Dans un cas comTne dans Vautre, les noyaux de Voogone restent parfaitement visibles et nettement indépendants ; la cloison basilaire du trichogyne n'est nullement absente ; elle occupe sa place ordinaire au fond de V entonnoir ; les noyaux de Vanthéridie ne pénètrent pas dans Voogone; ils ont disparu dès le stade précédent qui n'a même pas été signalé par Harper^^ bien quil soit le plus long et le plus caractéristique.
Il n'est pas inutile d'ajouter, en terminant cet essai critique, que si nous avons employé les expressions d'anthéridies et d'oogones, c'est pour la commodité de la rédaction ; nous nous sommes expliqué sufR8amment,dan8 Tarticle précédent, sur Torigine de ces organes, sur leurs transformations et leur rôle actuel : il vaudrait mieux sans doute reprendre les expressions de paracystes et de macrocystes usitées par les anoiens auteurs. Si le rendement conidifère d'un Œdocephalum, si une baside no peuvent plus être considérés comme sporanges,le macrocyste du Pyronema n'est pas davantage un gamétange.
Nous aurions sans doute le droit, après nos recherches concordantes sur les Erysiphées, sur le Monascus^ le Pyronema, de dire et de répéter que le professeur Harper a tort de persister dans sa manière de voir, tju'il rend un mauvais service à ceux qui le suivent et qu'il retarde ainsi l'adoption d'une théorie de la reproduction sexuelle des Champignons en accord avec les lois générales de la sexualité et de l'évolution.
Nous préférons garder l'espoir que notre savant contradicteur reviendra de lui-même et prochainement sur ses affirmations, et nous l'en remercions d'avance très sincèrement et très cordialement.
La recherche de la sexualité chez les Champignons supérieurs préoccupe depuis longtemps les mycologues et tous les amis de la science.
Tandis que la plupart des organismes supérieurs et inférieurs livraient successivement les secrets les plus intimas du gynécée aux investigations heureuses de savants tels qu'Amici, Pringsheim, Thuretet Bornet, Cohn, Van Beneden, Hertwig, Boveri, Maupas, de Bary, Nawaschin, Guighard, le groupe des Champignons supérieurs résistait comme une forteresse inexpugnable aux efforts répétés de plusieurs centaines d'observateurs.
L'histoire de cette lutte contre la nature qui se refuse à dévoiler ses mystères, est instructive à plus d'un titre ; afin d'en mieux faire saisir lès différentes phases, nous distinguerons trois périodes.
L'existence d'une sexualité chez les Champignons supérieurs est déjà soutenue au xv!!!** siècle, mais avec des arguments notoirement insuffisants.
C'est ainsi que Micheli considérait déjà à cette époque comme « fleurs apétales, nues, solitaires ou associées, formées d'un seul filament », les ampoules, désignées plus
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tard sous le nom de cystides qui se rencontrent en particulier dans Thyménium des Coprins (1).
Hedwig rencontrant des spores tombées du chapeau sur l'anneau et les écailles du pédicelle, est trompé par cette apparence et il considère ces derniers organes comme le support des organes mâles (2).
Jussieu, après avoir signalé les divergences de vue entre Micheli et Hedwig, n'hésite pas cependant à admettre l'existence d'une sexualité chez les Champignons : Tenuitas partium in prima evolutione non finit nodum plane solvere^ sed observata phœnomena sexuum actionem et analogiam cum cœteris plantis confirmant (3).
Parmi les opinions diverses qui vont se donner libre carrière dans cette première période, nous ne retiendrons que les plus importantes. On ne conteste guère le principe d'une sexualité ; mais on s'entend moins quand il s'agit d'en préciser la nature et le lieu d'élection ; les efforts des chercheurs se portent tout d'abord de préférence du côté des organes de fructification : basides et cystideSy asques etparaphyses.
BuUiard écrivait en 1791 (4) : « Dans les Champignons, comme dans les autres végétaux, les rudiments des semences, les germes proprement dits, existent dans le lieu où ils doivent être fécondés ; ils n'y jouissent que d'une vie temporaire, puisque, s'il ne peut y avoir fécondation, ils périssent... Aune certaine époque, ils sont pénétrés d'un fluide tel que celui que renferment les grains de pollen. » Bulliard précise d'autre part l'origine de ce fluide (5) : « Tous les Champignons, dit-il, qui ont leurs graines situées à leur surface, Agarici, Boieti, etc., ont,
(1) Micheli iNov. PL Gen., 1729.
(2) Hed\\{ig : Theor. gêner, et frucL plant, Crypt, Ed. 2.
(3) Jussieu : Gênera Plantarunij p. 5.
(4) Bulliard : Histoire des Champ.de la France^ !79l, p. 12 et 36-37*
(5) Bulliard : Loc. cit., p. 39, 50.
dans le voisinage de leurs graines, de petites vessies dans lesquelles est renfermé leur fluide spermatique ; à une certaine époque, ces vésicules fécondatrices se crèvent et répandent ce fluide sur les graines. »
Cette théorie est fort ingénieuse ; aussi ne doit-on pas être surpris de voir beaucoup de mycologues considérer par la suite les ampoules de l'hyménium, baptisées par Léveillé du nom de cystides, comme des organes mâles ; ceux-ci sont désignés sous le nom d'anthères^ anthéridies ou poUinides. Corda (1) les assimile aux organes du même nom chez les Mousses, les Algues, etc.
Une connaissance plus approfondie de l'organisation des cystides, due à Hoffmann et a de Bary, devait amener une réaction dans les idées (2).
Les partisans de la nature mâle des cystides admettaient^ à la suite de Bulliard^ que ces organes déversent leur contenu à l'extérieur pour la fécondation des graines : l'action fécondatrice du liquide aurait eu pour effet de restituer à ces graines leur pouvoir germinatif ou simplement de Taugmenter.
De Bary fait observer que les cystides ne s'ouvrent pas au dehors : si leur surface est humide ou porte parfois des gouttelettes, c'est une propriété commune à toutes les cellules mycéliennes gorgées de sucs ; selon ce savant, les cystides doivent être rangées vraisemblablement dans la catégorie des poils (3).
Chez les Ascomycètes, les spores sont formées à Tinté- .. rieur d'un sac qui est Tasque ; elles sont baignées de toutes parts par un liquide auquel BuUiard attribue le rôle d'agent fécondateur.
Tulasne, parlant de la naissance des spores chez la truffe,
(!) Corda : Icon. Fung., III, p. 44.
(2) De Bary : Morphologie und PhysioL der Pilze, Leipzig, 1866* p. 170.
(3) De Bary x Loc. cit., p. ili.
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s'exprime ainsi : c Les endospores, dès leur apparition, nagent dans un liquide fécondant {humore fœcundo) au sein duquel elles arrivent à leur état de perfection, bien qu'il n'existe jamais cependant la moindre adhésion entre elles et Tutricule mère (1).
L'année suivante, Tulasne n'attribue au même liquide qu'un rôle nutritif ; il est probable, dit-il, qu'il ne sert réellement qu'à Talimentation des spores ; mais il s'empresse d'ajouter : c Quoiqu'il en soit de l'opinion de Bulliard, il ne conviendrait pas que les observateurs fussent détournés, de la voie des investigations qui tendraient â obtenir la preuve que les spores des truffes sont vraiment soumises à une fécondation quelconque, car c'est à regret que nous avouons ne pouvoir rien mettre à la place de son hypothèse (2). >
Tulasne ne pouvait prévoir les phénomènes de karyo-" gamie qui précèdent la formation des spores ; mais il avait une sorte de pressentiment que la fécondation devait se produire à ce stade du développement.
En 1869, Bonnet croit encore à une fécondation s'opérant dans Fasque : « Les spores endothèques, dit-il, atteignent dans la cellule mère leur état de perfection ; or cette cellule étant dépourvue d*ouverture, il y a tout lieu de croire qu'elles sont fécondées par le liquide, au milieu duquel elles sont suspendues, puisqu'elles en sortent pourvues de la faculté de germer (3). >
Corda croyait avoir rencontré, entre les paraphyses des Champignons thécasporés, de grandes cellules assez semblables aux asques, remplies d'un liquide granuleux et qui plus tard se vident : il les comparait aux poUinides des Hyménomycètes et leur attribuait un rôle identique ; il s'agissait tout simplement d'asques jeunes.
, (i) Tulasne : Selecta Fungorum, t. I, p. 27, 1861.
(2) Tulasne : Fungi hypogœiy p. 54, 1862.
(3) Bonnet : La Truffe, Paris, 1869, p.. 27.
De son côté, Hofmeister attribuait au Tuber sestivum une reproduction sexuelle analogue à celle des Saprolégniées ; des filaments ténus, jouant le rôle d'anthéridies, s'appliqueraient sur les asques pour les féconder (i) : ceux-ci seraient donc de véritables oogones ; les observa* tiens ultérieures n'ont pas confirmé cette manière de voir.
Les travaux de Tulasne ont un tout autre caractère scientifique, et s'ils n'ont pas abouti au résultat cherché, ils ont eu, du moins, des conséquences de la plus haute importance qui ont contribué à immortaliser le nom du célèbre mycologue français.
Tulasne étudie d'abord chez les Lichens ces conceptales punctiformes qui avant lui étaient considérés tantôt comme des Champignons de Tordre des Pyrénomycètes, tantôt comme des fructifications anormales (2) ; il les désigne sous le nom de spermogonies ; les corpuscules ténus produits par ces organes sont des spermaties. Tout en reconnaissant le peu d'analogie des spermogonies, quant à la structure, avec les anthéridies des Algues ou des Muscinées, Tulasne envisage avec faveur Topinion d'Itzigsohn, qui voit dans ces conceptablesles organes du sexe masculin chez les Lichens, et il cherche immédiatement à appliquer cette théorie aux Champignons.
La grande ressemblance des spermogonies des Lichens avec les Pyrénomycètes du genre Septoria porte ce savant à soupçonner que ces petits Champignons ne sont pas^ comme on le croit généralement, des productions autonomes, mais un simple appareil reproducteur d'une espèce fongine déterminée : Tulasne est ainsi amené à proposer une classification des organes reproducteijirs chez les Champignons : il conserve le nom dé spores aux
(i) Hofmeister: Jahrb. f. wiss. Bot., II, p. 378.
(2) Tulasne : Notes sur Vappareil reproducteur dans les Lichens et les Champignons (Ann. se. nat., 3«série, Bot., t. XV, 1851).
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éléments les plus parfaits, ceux qui sont engendrés dans des thèques ; il appelle stylospores ceux qui naissent nus, c'est-à-dire de cellules linéaires stipitiformes analogues aux basides des Agaricinées : les séminules plus ténues, dont la germination est également acrogène, reçoivent le nom de spermaties. « Sans vouloir en aucune façon préjuger la nature et le rôle des spermaties, dit Tulasne, on ne peut s'empêcher de remarquer qu'elles précèdent les spores endothèques, delà même manière que les anthéridies des Fougères ou des Equisetum devancent la naissance des capsules séminifères de ces végétaux (1). »
L'année suivante, Tulasne cherche à justifier par de nombreux exemples son opinion au sujet des Lichens (2). La recherche de la sexualité des Champignons l'ayant conduit à découvrir les diverses sortes d'éléments reproducteurs qui propagent une même espèce, il étudie avec ardeur les divers appareils de fructification dans un grand nombre de genres (3).
JusquMci Tulasne, n'avait reconnu l'existence de spermaties que chez les Discomycètes et les Hypoxylées : une étude des Trémellinées lui montre que les Hyménomycètes ne sont point non plus privées de ces organes (4).
Meyen, à propos des ^cidiolum des Urédinées, avait émis l'hypothèse qu'elles représentaient peut-être l'appareil du sexe masculin chez ces plantes ; mais la plupart des auteurs, avec Bonorden, considéraient ces organes comme indépendants de V^cidium qu'ils accompagnent. Tulasne, qui, dès le mois de mars 1851, rangeait les Urédinées au nombre des Champignons pourvus de spermo-
(i) Tulasne ; Loc. cit., p. 380.
(2) Tulasne : Mémoire pour servir à Fhistoire orgànogr, et phyêiol. dûs Lichens (Ann. se. nat. Bot., t. XVIII, p. 5 et 153).
(3) Tulasne : Nouvelles recherches sur Vappareil reproducteur des Champignons (Ann. se. natur., Bot., t. XX, 1853, p. 129).
(4) Tulasne : Observations sur l* organisation des Trémellinées (Ann des 80. nat., Bot., t. XIX, 1853).
gonies, indique, en 1854, dans un nouveau mémoire, les rapports si complexes des organes reproducteurs chez les Urédinées et les Ustilaginées (1).
Ces remarquables travaux avaient ouvert à Tulasne les portes de l'Institut ; mais ce savant n'avait pas obtenu de résultats décisifs en ce qui concerne la sexualité des Champignons, ainsi qu^il le reconnaît lui-même. « La plupart des spermaties, celles du moins qui sont très ténues ou finement linéaires, et qui sont par conséquent le mieux caractérisées, ne germent point ; par là^ nous avons été conduit, écrit Tulasne en 1856, à leur supposer un rôle physiologique analogue à celui qu*ont les anthérozoïdes dans les autres végétaux cellulaires ; mais nous avouons que cette analogie est incertaine et n'a pas encore été suffisamment démontrée (2). 3>
Dix ans plus tard, l'illustre mycologue de Bary, discutant cette manière de voir au sujet de la sexualité des spermaties, laconsidère comme fort douteuse; sans doute, la formation des spermogonies précède celle des spores, mais on ne connaît aucun appareil femelle susceptible d'être fécondé par les spermaties : des écides d'Endophyllum Sempervivi ont pu en culture développer normalement leurs spores, en Tabsence de toute trace de spermaties. D'ailleurs, si ces derniers éléments ne germent point, c'est peut-être uniquement parce qu'on n'a pas su jusqu'ici trouver une méthode favorable (3).
Dans le désir où l'on est de découvrir la sexualité des Champignons, on s'arrête complaisamment à toutes les hypothèses.
Nous voyons de Bary décrire, à la suite des phéno-
• (1) Tulasne : Siecond mémoire sur les Urédinées et les Ustilaginées (Ann. se. nat., Bot., 4e série, t. II, p. 77).
(2) Tulasne : Note sur Vappareil reproducteur multiple des Hypoxylées ou Pyrénomycètes (Ann. se. nat., Bot., t. V., 1856).
(3) De Bary : Loc. oit,, p. 168.
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mènes de conjugaison présentés par les Mucorinées, les anastomoses qui se produisent entre les sporidies primaires du Tilletia, celles de YUstilago receptaculorum et les spores du Protomyces m&crosporus ; il est vrai que ce savant a soin d'ajouter : « In wieweit sich die drei letztbeschriebenen falle den Copulation serscheinungen der Conjugaten* Mucorinen und mit diesen den sexuelien Zeugungen anschliessen^ muss vorlautig dahingestellt bleiben (1). >
L'idée d'attribuer un caractère sexuel à ces anastomoses d'ordre végétatif aura des partisans jusque dans ces dernières années.
Renonçant aux hypothèses précédentes, quelques auteurs eurent Tidée de rechercher les phénomènes reproducteurs à la naissance même des appareils de fructification.
C'est ainsi qu'en 1860, Karsten, selon de Bary {loc. cit.^ p. 72), avait déjà envisagé à ce point de vue les premiers développements du chapeau dans VAgaricvLS campestris; le même botaniste annonçait, en 1866, dans son Journal de Botanique^ paru à Berlin, avoir observé, sur le mycélium de la Volvaire orangée [Amanitopsis vaginata)j un organe femelle accouplé à des cellules cylindriques mâles (2) : le résultat de cette fécondation devait être la production du fruit ou jeune champignon.
L'année précédente, Œrsted avait signalé quelque chose d'analogue sur le mycélium de VAgaricus variabilis (3) ; dans cette espèce, l'auteur avait découvert une cellule réniforme qui se développait sur le mycélium comme un rameau ; cette cellule-œuf, riche en protoplasma, était entourée par^deux organes filiformes mâles, nés à sa base et à côté d'elle.
(1) De Bary: Loc. cU,, p. 162.
(2) Karsten : Zur Befrucht. der Pilze {Bot. Unters., 1, 1867, p. 160-169, PI. IX, fig. 7-12).
(3) Œrsted : Actes de la Société royale danoise des sciences^ 1865.
Si ces vues s^étaient trouvées justifiées et si elles avait pu être généralisées, l'appareil reproducteur des Hyménomycètes aurait ^tô toul entier le résultat d'une féconda'tion.
De Bary s'efforçait d'arriver à une conclusion de ce genre chez les Ascomycètes.
Fio. 1. — D'après de Bary.
En 1863, il décrit avec soin, en leur attribuant un caractère sexuel, les premiers stades du développement chez VErysiphe Cichoracearum.
Le mycélium de VErysiphe Cichoracearum consiste, comme celui des autres espèces du genre, en filaments ramifiés qui se croisent et s'entre-croisent à la surface de la plante hospitalière ; au point de contact de deux filaments se produit le début d'un périthèce ; les deux filaments se renflent quelque peu et chacun émet un rameau perpendiculaire à lui-même ; le rameau du filament infé-
(\) A. de Bary : Morphologie und physiologie der PUze^ Flechten und Myxomyceten, 4866, p. 162.
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rieur prend une forme ovale et un diamètre double de celui du mycélium dont il se sépare à la base par une cloison : c*e8t la cellule-œuf p (fig. l) ; l'autre, qui s'applique intimement sur le premier, arrête sa croissance au sommet de la cellule- œuf et se sépare également du filament qui lui a donné naissance; puis^une seconde cloison, voisine du sommet, détermine la formation d'une petite cellule terminale qui est Tanthéridie a (fig. 1). Après la formation de l'anthéridie, des changements se produisent autour de la cellule-oeuf et dans cette cellule elle-même ; de nouveaux rameaux, au nombre de huit à neuf, se for* ment sur les filaments à la base de la cellule-œuf ; ils l'entourent étroitement jusqu'à son sommet où ils se rejoignent; chacun de ces filaments recouvrants se divise par des cloisons en deux>u trois cellules, et la paroi du périthèce se trouve ainsi constituée avec une assise unique. La cellule-œuf se divise alors en deux parties^ dont une cellule centrale plus grosse qui deviendra l'asque et une cellule basilairé qui reste petite et stérile ; elles sont entourées directement par une assise le plus souvent unique de cellules formant la paroi interne du périthèce et provenant de la première. Les changements qui se produisent par la suite consistent en une augmentation de volume du périthèce tout entier, dû à l'accroissement en diamètre des cellules qui le cçnstituent ; des poils se montrent sur la paroi externe qui prend une couleur brune : finalement des spores se produisent à l'intérieur de l'asque. L'anthéridie reste longtemps reconnaissable, sans éprouver de modification appréciable ; elle devient indistincte, lorsque la paroi externe du périthèce se colore en brun.
A. de Bary admettait à ce moment que la fécondation pouvait s'opérer par le simple contact de deux éléments de sexe différent : ces éléments étaient ici la cellule-œuf ou oogone et l'anthéridie, ainsi appelés par analogie
avec 1q s organes sexuels bien caractérisés découverts par Pringsheim chez les Algues et chez les Saprolégniées.
Pringsheim avait en effet, dès l'année 1855, émis, dans un premier mémoire sur la fécondation des Algues, l'hypothèse que les spores immobiles des Saprolegnia pouvaient être de9 œufs fécondés, et il considérait les ramifications qui entourent Toogone comme des anthéridies (1) ; dans un second mémoire très important (2), ce savant apporte des faits nombreux, probants, à l'appui de ses idées' sur la reproduction sexuelle des «Saprotegma : il signale également, chez le Pythium monospermurriy l'existence* d'anthéridies venant s'appliquer sur Toogône et y déversant leur contenu par un petit appendice.
A. de Bary ne tardait pas à attribuer le même rôle sexuel aux organes analogues qui avaient été découverts par Tulasne chez les Peronospora (3), et que celuici avait désigné du nom de fruits endothèques ; il donne d'excellentes figures de l'anthéridie et de Toogone non seulement dans les Peronospora^ mais* aussi tlans les Cystopus ; aussi est-on quelque peu surpris de la conclusion à laquelle il arrive : « Il est remarquable que, chez ces Champignons, le tube poussé par l'anthéridie opère la fécondation par le seul contact. Jamais son extrémité ne s^ouvre, jamais on n'y trouve des anthérozoïdes ; tout au contraire, l'anthéridie conserve, jusqu'à la maturation de l'oospore, l'aspect qu'elle présentait au moment de la fécohdation (4).
(1) N. Pringsheim : Mon&tsberitche der K. Académie d. Wisiench, zu Berlin, mars 1855.
(2) N. Pringsheim : Beitr» zur Morphologie und System&tih der Algen (Jahrb. f. wiss. Botanik, 1, 1858, et Ann. se. natur. Bot., 4e série, t. XI,1859).
(3) Tulasne : Notes sur les Champignons entophytesy tels que celui de la pomme de terre (Comptes rendus de TAcad. d. se, t. XXXVIII, juin 1854).
(4) A. de Bary ; Recherches sur le développement de quelques Cham* pignons parasites (Ann. se. nat., Bot., 4« série, t. XX, 1863, p. 17).
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Pringsheim croyait, à tort du reste, que le contenu de l'anthéridie passait dans l'oogone sous forme d'anthé^ rozoîdes ; Â. de Bary, qui n'avait point réussi à voir de corpuscules mobiles dans Tanthéridie, en était arrivé à admettre la fécondation par simple contact.
Le développement du périthèce des Erysiphe était bien propre, il faut le reconnaitrCi à donner l'illusion d'une reproduction sexuelle, surtout à une époque où les conditions de la fécondation étaient encore mal connues.
De Bary songe bien à généraliser sa découverte, mais il avoue être dans l'impossibilité d'en fournir aucune preuve : « Nach den Erscheinungen bei Erysiphe liegt die Vermuthung nahe, dass auch bei anderen Ascomyceten entweder das einzelne Perithecium, oderdas meherere Perithecien tragende stroma, oder die entsprechenden Organe der Discomyceten, Tuberaceen, etc. Producte einer geschlechticben Zeugung sind. Beweise hierfur konnten jedoch bisher nîcht gefunden werden (1). »
A la fin de,cette première période, vers 1866, les mycologues ont à peu près épuisé toutes les hypothès.es possibles sur la fécondation des Champignons supérieurs, sans qu'aucune d'elles ait réussi à s'appuyer d'une observation positive.
De Bary lui-même, après avoir étudié V Erysiphe^ se montre fort perplexe quand il s'agit des Eurotium ou des Pyronema. Ce savant avait découvert, en 1854, le filament enroulé en spirale qui donne naissance au périthèce des Eurotium ; mais, n'ayant pu suivre complètement tous les stades ultérieurs, il hésite à se prononcer : « Dasein hierher gehôrender Vorgang (Befruchtung, Copulation) dabei stattfindet, ist jedoch nicht unwahrscheinlich (2). >
L'illustre mycologue avait également signalé la présence de rosettes précédant la formation de l'appareil re-
(1) De Bary : Morph, undPhys.^loc. cit., p. 164.
(2) De Bary : Loc. cit,, p. 163.
producteur dans le Pyronema confluens ; ces rosettes se montraient composées d'un certain nombre de rameaux unis par couple. N'ayant remarqué aucun changement dans ces couples, en dehors d'une augmentation de volume, il laisse indécise la question de fécondation : « Ob und wie sie einer Befruchtung dienen, ist eine durchaus ùnentschiedene Frage (1). »
En résumé, à la fin de cette période, dans laquelle les travaux de Tulasne tiennent une place prépondérante, on n'a pas réussi à sortir du domaine de l'hypothèse ; les diverses tentatives qui ont eu pour objet la recherche de la sexualité chez les Champignons supérieurs ont toutes échoué ; mais elles ont fourni une foule de notions nouvelles sur la morphologie et l'anatomie des organes» sur le développement des espèces et leurs affinités.
Les diverses théories qui tendaient à placer l'acte sexuel à la formation des spores sur la baside et dans Tasque tombaient en défaveur, à cause de l'impossibilité où elles étaient d'alléguer la moindre trace de copulation où de fécondation. On ne peut toutefois s'y tromper : les mycologues d'alors, parmi les plus illustres, avaient montré une préférence marquée pour les idées de Bulliard. Celui-ci avait fait preuve d'une sorte de divination qui n'est pas rare dans l'histoire des sciences, lorsqu'il écri** vait que, dans les Champignons, comme dans les autres végétaux, les rudiments des semences, les germes propre^ ment dits, existent dans le lieu où ils doivent être fécondés.
Si quelqu'un avait pu soupçonner à ce moment que la formation des spores est toujours précédée dans l'asque et dans la baside d'un phénomène qui caractérise essentiellement la fécondation des animaux et des végétaux, c'est-à-dire d'une fusion entre éléments nucléaires de
(i) De Bary ; Loc. Git.f p. 161.
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parenté éloignée, ses idées auraient, n'en doutons pas, été acceptées avec enthousiasme, et personne ne lui aurait marchandé son approbation et ses encouragements.
Un siècle après Bulliard, cette découverte restera longtemps incomprise et discutée.
Cette anomalie peut paraître étrange : elle tient à une foule de causes qu'il est inutile d'énumérer ; il suffît d'indiquer la principale, sans laquelle les autres eussent été impuissantes : elle consiste dans l'état des esprits au moment où la sexualité des Champignons supérieurs se trouve établie. Il nous suffira, pour le comprendre, de suivre attentivement les diverses phases de la seconde période de cet historique ; elle s'ouvre sur un début plein de promesses et se termine, après des fortunes diverses, sur un échec retentissant.
Dans cette seconde période, de Bary, aidé par ses élèves, soutenu par toute une école qui s'est engagée résolument à sa suite, essaie de démontrer l'existence d'une sexualité chez les Ascomycètes en généralisant les résultats obtenus avec VErysiphe Cichoraceai^um.
Dès le début, nous avons à signaler un mémoire de Woronîn sur le développement de VAscobolus pulcherrimus (i).
Ce savant nous fait connaître l'organe vermiforme des Ascobolus dont l'existence avait déjà été entrevue par Cœmans dans son Spicilège mycologique ; après en avoir donné une bonne description, appuyée par d'excellentes figures, il le compare à l'oogone des Erysiphe et le con-
(1) Woronin : Zur Entw. des Ascobolun pulcherrimus und einiger Peziten, (Beitr zur Morph. und Phys. der Pilze, II, 1866)4
sidère comme un organe femelle : les filaments recouvrants auraient la valeur d'anthéridies. L'auteur envisage une seconde hypothèse qui consisterait à assimiler l'ensemble des filaments recouvrants aux cellules qui cortiquent l'œuf des Coleochaete ou celui des Chara : il faudrait alors, dans ce cas, chercher ailleurs les organes mâles. Quoi qu'il en soit, Woronin admet difficilement que ce premier développement du fruit des Ascoboles puisse être rangé dans la catégorie des phénomènes purement végétatifs.
Nous avons vu précédemment que de Bary s'était montré fort perplexe au sujet du rôle des rosettes dans le développement du périthèce, chez le Pyronema. confluens. Tulasne reprend cette étude et il établit l'existence d'une anastomose entre l'extrémité du tube porté par le macrocyste et le sommet du paracyste ; à l'endroit de l'union, on observe une perforation circulaire, définie par un bourrelet à peine sensible ou au contraire très prononcé ; c'est le premier exemple d'une communication directe entre organes prétendus sexuels. Tulasne renonce à interpréter ce phénomène de copulation ; il constate seulement que les cellules conjuguées, la plus grosse surtout, se flétrissent et se vident pendant que se développe le périthèce (1).
L'année suivante, Puisting(2),étudiantle développement des Stictosphaeria^ Diatrype^ Eutypa^ Quater^aria et les Xylariées, retrouve à l'origine du périthèce un organe analogue à celui des Ascobolus : il le désigne sous le nom d'c hyphe de Woronin », sans se prononcer sur sa nature exacte et son rôle.
(1) Tulasne : Note sur les phénomènes de copulations que présentent quelques Champignons (Ânn. des so. nat., série V^ t. yi, 1866, p. 217- 218).
(2) Fuisting : Zur Entwiok, der Pyrenomyceten (Bot. Zeit., 1867, p. 177 et 305).
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Sachs, dans son Traite ddBofanigue, trouve une grande ressemblance entre les phénomènes décrits par Woronin chez les Ascobolus et la fécondation des Ploridées (1) qui venait d'être découverte par deux savants français, Thuret et Bornet.
Dans un second mémoire, Woronin étudie le Sphaeria Lemaneae et les Sordaria (2). Le périthèce du Sphaeria a pour origine un filament mycélien qui se renfle en sphère à son extrémité ; cette sphère s'isole par une cloison : elle est remplie d'un protoplasme incolore et finement granu* leux avec une grande vacuole centrale ; sur cette sphère, viennent s'appliquer des filaments partant du même mycélium. Les choses se passent d'une manière identique dans le Sordaria fimiseda^ où on peut observer la cellule renflée en sphère et ses filaments recouvrants six ou sept jours après le semis des spores. A la suite de ces diverses recherches, Woronin devient plus afiirmatif au sujet de la sexualité des Âscomycètes^ et il donne son opinion en ces termes : c Hier geht, meiner Meinung nach, wie ich schon oben sagte, einBefruchtungact vor sich, welcherviel Aehnlichkeit und Analogie mit der Befruchtung .der Plorideen hat und sich mit der Zeit, bei weiterer sorgfaltiger Untersuchung, als eine allen Ascomyceten zu kommende Erscheinung beslatigen wird (3). »
L'existence d'une sexualité chez les Ascomycètes commence donc à être envisagée sérieusement.
De Bary s'était appuyé sur une réelle analogie entre les rameaux copulateurs du Sphaerotheca Castagnei et les organes sexuels des Péronosporées désignés sous le nom d'oogones et d'anthéridies. D'un autre côté, Sachs
(1) Sachs: Lehrbuch der Botanik, 1868, p. 239.
(2) Woronin : Sphaetia Lemaneae, Sordaria coprophila, fîmiseda, Artkrobotrys oligospora (Beitr. zar Morph. und Physiol.,!!!, Frankfurt a. M w 1870).
(3) Woronin : Loc, cit.^ p. 20.
et Woronin en arrivent à comparer les phénomènes reproducteurs des Asoomycètes avec ceux des Floridées. Mais à ce moment surgit une grosse difficulté. On savait déjà, en eiîet, que chez les Pythium le contenu de Tanthéridie se déversait dans l'oogone ; on connaissait également, grâce aux travaux de Thuret et Bornet, le mode de copulation chez les Floridées : des anthérozoïdes immobiles agissent sur l'oosphère par l'intermédiaire d'un long prolongement ou trichogyne. Or, rien de semblable n'était connu chez les Âscomycètes.
De Bary avec sa science consommée ne pouvait manquer d'être frappé des lacunes que présentait sa théorie : il va s^eflforcer de découvrir l'acte fécondateur destiné à mettre hors de doute la nature des prétendus organes sexuels. Cette entreprise est fatalement condamnée àl'insuccès, car la sexualité des Ascomycètes se trouve à un autre stade du développement ; mais il est impossible de ne pas admirer la conscience absolue qui préside aux investigations de ce savant : si le but poursuivi est chimérique, les résultats obtenus aux cours de cette recherche seront des plus remarquables ; ils éclaireront d'un jour nouveau la production des asques à l'intérieur du périthèce.
Le mémoire dans lequel de Bary consigne ses observations fait suite à celui de Woronin (1) ; il est également daté de 1870 ; mais il présente une grande difîérence cependant au point de vue des idées générales. On peut affirmer sans témérité qu'avec le chapitre intitulé : < Remarques sur la sexualité des Ascomycètes », la théorie du savant allemand atteint son apogée.
Le développement de cette théorie s'appuie sur une étude minutieuse des Eurotium et des Erysiphe.
Dans l'Eurotium, l'extrémité d'un filament s'enroule en plusieurs spirales, ordinairement cinq ou six, qui serap-
(l)De Bary ; Eurotium, Erysiphe Cicinnobolus nebst Bermerkungen uber die Geschlechtsorg, der Ascomyceten (Beitr., III, 1870).
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prochent les unes des autres en limitant un espace cylindrique ou conique ; pendant l'enroulement, le filament reste simple, mais il se divise par de minces cloisons en plusieurs articles ; c'est alors qu'une ou deux des cellules qui occupent la base de la spirale donnent naissance à des rameaux recouvrants, ordinairement au nombre de deux; Tun des rameaux atteint le premier l'extrémité de la spirale sur laquelle il s'applique étroitement ; c'est alors que se produit l'acte fécondateur tant cherché : « Zuweilen gelingt es deutlich zu sehen dass die Verbindung beider alsbald eine noch innigere wird, indem zwischen den Enden beider eine Copulation eintrit, eine Verschmelzung der protoplasmafuhrenden Innenraume durch Verschwinden eines circumpscripten Membranstuckes. » On sent toutefois que deBary n'est pas absolument certain de la réalité de cette copulation^ car il a bien soin d'énumérer ensuite toutes les causes qui empêchent de la voir nettementw
Tandis que les rameaux recouvrants, y compris le rameau copulateur, se ramifient pour fournir l'enveloppe du périthèce et ses assises stériles, la spirale déroule ses tours : de nouvelles cloisons transversales se forment, si bien que chacun des articles est à peine plus long que large.
Ces articles bourgeonnent en nombreux rameaux qui se cloisonnent et se ramifient en pénétrant de tous côtés dans le tissu stérile du périthèce ; les asques sont constitués par les dernières ramifications.
Le rameau contourné en spirale, qui fournit ainsi les asques, après copulation reçoit le nom d'ascogone ou de carpogone ; il représente l'organe femelle. Le rameau copulateur est désigné sous le nom de pollinode ; c'est l'organe mâle*
En ce qui concerne le développement des Ërysiphées,
(1) De Bary : Loc. cit., p. 7.
de Bary confirme l'exactitude de ses premières recherches dans leurs traits essentiels ; mais il applique aux organes sexuels ou prétendus tels la nouvelle terminologie: la cellule œuf devient Tascogone^et le rameau mâle, un poUinode. Après une étude minutieuse du Sphaerotheca Cas/agneif de Bary avoue qu'il n^apu déceler aucune communication entre Tascogone et le poliinode : « Ihre Membran fand ieh auch jetzt, wie schon frUher angegeben und nachher von Tulasne bestatigt wurde, ringsum geschlossen^'eine Durchbrechung derselben und communication der beider seitigen Innenraume kônnte nie und nirgends bemerkt wrerden. » La même conclusion est appliquée aux Erysiphe :« Ei ne Verschmelzung, Copulation der beiderlei Organe konnte ich zu keiner Zeit nachweisen, so sehr ich auchdanach suchte(l). »
Avant d'en arriver à cet aveu, si défavorable à sa théorie, on peut supposer que de Bary avait épuisé toutes les ressources de l'observation ; il donnait un bel exemple de probité scientifique.
Si l'existence d'une fécondation était loin d'être démontrée, un résultat remarquable était acquis : Tétude du périthèce avait permis de reconnaître Vorigine des asques aux dépens de Vascogone dans les Eurotium et les Erysh phées.
De Bary fait observer avec raison qu'on ne peut assimiler à des carpogones les organes vermi formes et les cellules vésiculeuses qui se rencontrent dans les Ascobolus et les Pézizes, tant qu'on ignorera leur rôle dans la forma-^ tion des asques.
Deux points vont donc solliciter plus spécialement l'attention des partisans de la sexualité des Ascomycètes : phénomènes de copulation et origine des asques.
(1) De Bary : Loc. cit.^ p. 31.
(2) De Bary : Loc. cit., p. 37.
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En 1871, parait le très beau mémoire de Janczewski sur VAscobolus furfuraceus (1) ; ce savant complète sur plusieurs points les observations de Woronin. Le corps vermiforme ou ascogone est un gros rameau de mycélium qui se recourbe en arc et qui se cloisonne en un certain Yiombre de cellules riches en protoplasme : sa croissance terminale cesse. Une branche remplissant les fonctions de poUinode se détache du mycélium au niveau du corps vermiforme :elle se ramifie et ses branches vont s'appliquer étroitement sur l'extrémité libre du rameau femelle. Ce contact est suivi de la formation d'un grand nombre de ramifications qui partent des hyphes supportant les organes sexuels et du mycélium adjacent : il se forme ainsi une sorte de tubercule de pseudo-parenchyme renfermant le corps vermiforme : les branches anthéridiennes cessent à ce moment d'être visibles. Tandis que i'ascogone reste inclus dans la portion basilaire du tubercule, la formation des paraphyses se produit dans la portion apicale aux dépens d'une zone de petites cellules situées dans le tissu de l'enveloppe du tubercule. A ce moment une des cellules de Tascogone se montre riche en protoplasme, alors que les autres épaississent leur jparoi et s'appauvrissent : la cellule privilégiée, qui est ordinairement la troisième ou la quatrième de la série, donne alors naissance à des hyphes qui croissent dans la direction de la zone subhyméniale à paraphyses : ce sont ces hyphes ascogènes qui produisent les asques.
Si le progrès de nos connaissances sur la sexualité et les phénomènes de fécondation ne nous permettent plus d'accepter le rôle de poUinode attribué aux filaments recouvrants de Tascogone, le mémoire de Janczewski n'en reste pas moins un des plus remarquables que nous ayons à citer dans cet historique ; avec des moyens d'investi-
(1) Janczewâki : M orp/i. d. Aacobus fu^rfuraceus (Bot. Zeit., 1871).
gation bien inférieurs ù ceux que nous possédons actuellement, il a réussi à élucider l'origine des asques dans un des cas les plus difliciles du développement des Ascomycètes. Par contre, la question de la fécondation n'avait pas fait un seul pas. « Ob dort irgend wo eine Copulation stattfindet, koonte ich nicht bestimmen (1). »
Sachs, après avoir rappelé dans son Traité de Botanique le résultat important obtenu par Janczewski, en conclut qu'on doit s'attendre à voir établir bientôt pour le Peziza confluens une pareille relation entre les asques et l'appareil reproducteur femelle. Il insiste de nouveau sur l'analogie de ces phénomènes avec la fécondation et la formation du fruit chez les Fioridées. La principale, différence est que, dans les Fioridées, les pollinodes sont rempjacés par des cellules libres, qui se détachent de la plante et viennent se conjuguer avec l'appareil femelle. L'ascogone au contraire ressemble au trichophore dans tous les points essqntiels, dans tous les points précisément où tous deux diffèrent des oogones des autres Algues et Champignons (2).
Cette même année, Gilkinet fournissait une bonne description de l'ascogone du Sordaria fimicola : il croit à une reproduction sexuelle dans ce genre, mais avoue n'avoir pas vu de copulation (3).
Chez les Eurotium^ les Erysiphe et YAscobolus, le rôle d'ascogone est dévolu, comme nous venons de le voir, au rameau central, alors qu'on attribue la signification de poUinode ou de branches anthéridiennes aux filaments recouvrants.
Dans le Gymnoascu Rseesii ,dont Baranetzky nous fait
(1) Janczewaki : Loc. ci/., p. 273.
(2) Sachs : Traité de Botanique, 3« édition. Traduction Van Tieghem, Paris, 1874, p. 362.
(3) Gilkinet : Recherches sur les Pyrénomycéles (BuIl.Acad. Belge, • 4874.)
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connaître le développement, les rôles des deux organes se trouvent renversés (1). Deux rameaux sont en présence à l'origine du périthèce ; ils se développent au contact sur un même filament mycélien de chaque côté de la cloison qui sépare deux articles : Tun se renfle en une sphère qui présente à sa base une cloison : c'est la cellule stérile : le second rameau qui s'enroule autour de cette cellule constitue la cellule ascogène. Baranetzky constate qu'il n'a vu aucune communication directe entre les deux organes : «Eine wirklicheCopulationfîndet aber nie statt,indembeideZellen immer volkommengeschlossenbleiben. )i L'ascogone, lorsqu'il a atteint sa croissance définitive en longueur^ se cloisonne en articles isodiamétriques : une ou deux de ces cellules se développent en branches courtes qui se ramifient abondamment et se cloisonnent : les derniers rameaux fournissent directement les asques ; ceux-ci renferment huit spores ; parfois cependant le nombre des spores est plus faible : il pourrait même descendre à l'unité dans quelques cas. Pendant que ces changements se produisent dans Tascogone, de fines ramifications, qui sont nées de bonne heure à la base de la cellule stérile, s'allongent, s'entremêlent et arrivent à former une enveloppe plus ou moins lâche à l'appareil fructifère. Baranetzky, ayant remarqué que les deux rameaux copulateurs sont parfois exactement semblables, estdisposé à rapprocher la sexualité des Gymnoascus de celle des Mucorineaeet de celle des organismes inférieurs isogames ; mais il insiste sur ce fait quHl n'y a pas mélange des protoplasmes, mais seulement échange par diosmose au travers des membranes.
On aurait ainsi rencontré chez les Ascomycètes une sexualité suivant le mode des Péronosporées, une autre
* (i) Baranetzky : Eut. d. Gymnoascus Reesii (Ëot.Zeil., 1872). (2) Baranetzky : Loc. ciL, p. 147.
d'après le type des Floridées, et une troisième rappelant celle des Mucorinées.
L'accord semblait cependant sur le point de se faire au profit des idées soutenues avec tant de talent par de Bary ; les recherches de Gibelli et de Griflini sur le développement du périthèce chez le Pleospora herbarum viennent jeter une note discordante (1). Dans cette espèce, le périthèce est formé par la différenciation qui se produit dans un tubercule primordial composé d'un pseudoparenchyme homogène. Celui-ci se forme aux dépens d'une ou deux cellules mycéliennes adjacentes qui, sans montrer aucun arrangement fixe ou aucun changement dans leur contenu, se cloisonnent dans toutes les directions. Un faisceau de paraphyses naît dans la région basale du tubercule et à son intérieur, déplaçant et dissolvant le tissu environnant ; plus tard, les asques apparaissent au milieu des paraphyses comme des branches de leurs cellules basilairës.
Ces observations vont servir de point de départ à un mouvement de réaction puissant qui finira non seulement par mettre en échec la théorie de la sexualité des Ascomycètes, mais qui réussira à obscurcir pour un temps l'importance des découvertes réalisées par de Bary et ses élèves.
Au moment où les adversaires de la sexualité des Champignons supérieurs vont multiplier leurs objections et leurs critiques, il est bon de savoir ce qui avait été fait du côté des Basidiomycètes dans cette première période si remplie par les travaux concernant les Ascomycètes.
L'Académie des sciences avait mis la question au concours pour 4874 ; un mémoire étendu fut présenté par Sicard ; nous ignorons ce qu'il contenait exactement,
(l) Gibelli et Griffini : Sul polymorphismo délia Pleospora herbarum (Archiv. del Labor. di Bot. Crittog. in Pavia,1, 1873, p. 53).
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mais nous savons par le rapport de Brongniart que l'auteur avait cherché à établir que des corpuscules, regardés par lui comme des anthérozoïdes, sortent de ces cystides et vont féconder les basides ; ce mémoire resté d'ailleurs inédit, avait le tort grave d'arriver en retard d'un siècle.
Rien n'était venu confirmer ou infirmer les observations de Karsten et d'Œrsted, lorsqu'en 1875 Max Rees publia un mémoire dans lequel étaient exposés et figurés les résultats de ses observations sur le Coprinus stercora'rius (1). Sur le mycélium provenant de la germination d'une spore, l'auteur avait observé la formation de rameaux disposés perpendiculairement à ce mycélium et constitués par plusieurs articles; ces derniers produisent à leur surface un grand nombre de cellules très petites en bâtonnets auxquelles l'auteur attribue le rôle d'organes fécondants ou spermaties. D'autres filaments portant des cellules renflées auraient joué le rôle d'organe femelle ou de carpogone ; une ou plusieurs spermaties, venant se fixer sur la cellule supérieure du carpogone^ déterminent la cellule basilaire, par cette fécondation, à donner successivement naissance à de nombreux rameaux qui finalement constituent la masse du fruit.
La même année, en février 1875, Van Tieghem (2), ayant eu connaissance du travail de Max Rees, présente, de son côté, à l'Académie des sciences une note dans laquelle il expose le résultat de recherches entreprises sur les Coprinus ephemeroides et radiatus et qui avaient mis en évidence à ses yeux la réalité d'une fécondation semblable à celle qu'avait décrite le savant allemand.
Quelques mois s'étaient à peine écoulés, que Van Tieghem reconnut l'erreur commise par Max Rees et qu'il
{\) Rees : Ueber rien BefruchL bei den Basidiomyceien (Jahrb. f . wlss. Bot., X, 1875, p. 179-199).
(2) Van Tieghem: Sur U fécondation des Buaidiomycètes, (Comptes pendus, LXXX, 1875, p. 373).
avait d'abord faice sienne (1) ; les prétendues spermaties germent dans un milieu nutritif : ces organes ne sont donc pas des corpuscules fécondateurs mâles, mais une espèce particulière de spores, éminemment altérables et éphémères, des conidiee.
0*est alors que Van Tieghem se montre un adversaire résolu de la théorie de de Bary : il la combat dans une série de notes qui se succèdent rapidement depuis la fin de l'année 1875 jusqu'à Tannée 1877.
On sait que de Bary et ses élèves s'efforçaient de mettre en évidence une communication directe entre l'ascogone et le pollinode, mais que dans la plupart des cas ils étaient obligés d'admettre une fécondation par simple contact ou par échange osmotique. Van Tieghem prend dès le début une position tout autre et assez difficilement explicable. Après avoir étudié le carpogone des Chœtomiumy il s'exprime ainsi au sujet des anastomoses : « Plusieurs fois j'ai vu, dit-il, un rameau émané de la base du carpogone non encore enveloppé, s'anastomoser aved lui ; or, précisément, dans aucun de ces cas le carpogone n'a continué à se développer. Il semble donc que, lorsque, en vertu d'une propriété générale possédée par toutes les cellules de la plante^ le carpogone vient à se copuler avec un rameau voisin, il se trouve par cela même stérilisé^ ramené à Vétat végétatif, et que Vune des fonctions du tégument est précisément de le protéger contre de tels accidents (i).:^ Ainsi l'anastomose du pollinode tant cherchée, loin de remplir l'acte fécondateur, n'aurait eu d'autre effet que de stériliser l'ascogone, et Van Tieghem revient sur cette idée dans son dernier travail sur le développement de quelques Ascomycètes : « J'ai vu plusieurs
(i) Van Tieghem: Sur le développement du fruit des Coprins (Comptes rendus, LXXXI, 1875, p. 877).
(2) Van Tieghem : Sur le développement du fruit des Chaêtomium (Comptes rendus, LXXXI, 187S, p. liii).
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fois, dit-il, dans mes cultures cellulaires d'AspergilluSj une pareille anastomose avoir lieu entre l'une des premières branches couvrantes et le carpogone, soit à son sommet, âoit en quelque point de sa longueur ; dans tous les cas observés^ il y a eu, à partir de ce moment, arrêt de développement du fruit (1). »
Un second argument était tiré de Texistence d'Ascomycètes monocarpogonés, c'est-à-dire dans lesquels le périthèce se développerait aux dépens d'un seul rameau primitif, sans autre différenciation, comme dans les Helvelldj certaines espèces de Pézizes (2) et surtout les Asco^ desmis (3) ; c'est par un bourgeonnement dichotomique, condensé et homogène, avec contournement et enchevêtrement des branches successives, que le carpogone simple et nu des Ascodesmis donnerait naissance à la masse cellulaire fondamentale qui produit plus tard à sa surface d'abord les paraphyses, puis les asques.
Nous n'osons insister outre mesure sur I9, valeur des diverses objections formulées ainsi par Van Tieghem ; ce savant, dont Inaction a été féconde par ailleurs, a manifestement fait fausse route dans cette question de la sexualité des Champignons supérieurs ; les arguments qu'il opposait à la théorie de de Bary, ne reposaient que sur des observations trop superficielles ; rien ne le prouve mieux que l'attitude nouvelle qu'il adopta en présence des premiers travaux d'Harper ; il devint alors un chaud partisan des idées de de Bary qu'il avait combattues et un adversaire déterminé des nôtres qui apportaient cependant la solution définitive du problème.
(i) Van Tieghem : Sur le développement de quelques Ascomycètes (Bull. Soc. Bot. de Franca, t. XXIV, 1877, p. 99).
(2) Vaft Tieghem : Nouvelles obseroalions sur le développement du fruit et sur la prétendue sexualité des Basidiomycètes et des Ascomycètes (Bull. Soc. Bot., t. XXIII, 1876, p. 99).
(3) Van Tieghem : Sur le développement du fruit des Ascodesmis Bull. Soc. Bot., t. XXIII, 1876,^ p. 270).
Un autre savant commençait à battre en brèche la sexualité des Champignons supérieurs (1) ; son action a été lente, méthodique ; elle s'est appuyée sur une étude extrêmement remarquable du développement chez un grand nombre d'espèces. Nous verrons plus loin, à la fin de cette seconde partie, les magistrales conclusions formulées par Brefeld ; si Tavenir ne les a pas justifiées, la faute n'en est pas à leur auteur, qui s'était entouré de toutes les garanties désirables ; la science parfois a de ces caprices ; elle sait néanmoins ordinairement dégager le mérite du chaos des controverses : les noms des deux rivaux Brefeld et de Bary resteront associés dans This* toire de la sexualité des Champignons.
Maxime Cornu, de son côté, reprenait l'étude des spermaties (2). Tulasne avait essayé de faire germer ces corps, et il avait éprouvé une série d'échecs ; aux caractères qui lui faisaient considérer ces éléments comme mâles, s'ajoutait donc le refus d'entrer en germination. Maxime Cornu obtint dans un milieu nutritif la germination d'un grand nombre de spermaties, et il en conclut que chez les Ascomycètes ces spores ne sont pas des organes mâles, mais très probablement les agents de dissémination des espèces à grande distance.
On croyait en avoir fini avec les spermaties, en tant qu'éléments fécondateurs ; mais le moment est proche où ces corpuscules vont à nouveau occuper l'opinion.
En 1877 se place un événement important au point de vue qui nous occupe. Stahl expose ses observations sur la reproduction sexuelle des Collema (3) : la fécondation serait opérée^ non par un pollinode, mais par des spermaties. Tulasne avait cherché en vain un organe femelle
(!) Brefeld : Bot. Zeitung, 1876, p. 56.
(2) Maxime Cornu : Reproduction des Ascomycètes (Ann. d. Se. nat., •éple6, t. III, 1876, p.53).
• 3) Stahl : Beitr. z. Entw. d. Flechten, l, Leipzig, 1877.
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susceptible d'être fécondé par ces corpuscules; or, d'après Stahl, cet organe exiôte chez les Collemaceae : il est constitué par un ascogone cloisonné, enroulé sur lui-même en peloton et situé à une certaine profondeur dans le thalle; une des extrémités libres se prolonge au-dessus de la surface en un trichogyne qui est fécondé par les spermatfes : celles-ci contractent une anastomose avec le sommet du trichogyne ; à la suite de cette union, les cellules de Tascogone augmentent de volume et de nombre, et lorsque l'enveloppe du périthèce et les paraphyses provenant du mycélium adjacent ont atteint un certain état de développement, les cellules de l'ascogone bourgeonnent les hyphes ascogènes.
Borzi répète les observations de Stahl en choisissant d'autres espèces de Collemaceasy et il arrive à des résultats identiques : il cherche ensuite à appliquer le même mode de sexualité aux Ascobolées ; mais sa tentative est loin d'être heureuse (1).
Une reproduction par trichogyne et spermatie est également attribuée par Fisch aux Polystigma rubrum et P, fulvum (2).
Les spermogonies ressemblent à celles des CollemsL dans leur structure ; elles donnent naissance à des spermaties filiformes arquées. Les périthèces débutent par un petit tubercule, composé de filaments mycéliens entrelacés, tous semblables d'apparence et sans aucune difTérenciation : plus tard, au centre apparaît un filament cloisonné composé de cellules larges et presque isodiamétriques ;il fait deux ou trois tours à l'intérieur du tubercule, et l'une de ses extrémités se relève, traverse le mycélium et arrive à la surface de la feuille en passant par l'ouverture d'un stomate : c'est le trichogyne. L'auteur a vu des spermaties
(1) Borzi : Studii sulla aessu&lUa degli Aacomicete (N. Giorn. Bot. Ital., X, 1878, p. 43).
(2) Fisch : Zur Entw. einiger Aacomyceten (Bot. Zeit., 4882, p. 851).
adhérer à l'extrémité du trichogyne, mais sans réussir à apercevoir une véritable conjugaison : « Die Befruchftung konnte nicht constatirt werden», écrit Fisch (1). Le tricho^yne meurt, se détruit, alors que le périthèce s'élar git. Dans le Polysligma rubrurriy les choses restent en Pétat tout l'hiver, alors que le développement se poursuit sans interruption dans le P. fulvum^ où Fascogone donne finalement des hyphes ascogènes aux dépens de toutes ses cellules, si Ton en juge par les apparences.
Ainsi donc le Polystigma montre un appareil reproducteur semblable à celui des Colleûm ; malgré cela, le souci de Texactitude est tel chez de Bary et ses élèves que Fisch, n'ayant pu constater une fécondation directe, n'hésite pas à reconnaître que la question de la sexualité decr Polystigma n'est •pas résolue : « Die Frage nach* dei* Sexualitat dièses Pilzes ist nicht erledigt (2). »
Fisch étudie encore le développement du périthèce chez le Xylaria polymorpha^ le Claviceps purpurea et les Cordyceps.
Il retrouve chez les Xylaria le peloton central de filaments que Fuisting avait désigné sous le nom d'hyphes de Woronin ; cette formation représente bien un ascogone, mais celui-ci n'est plus fonctionnel ; il se détruit et les asques naissent aujc dépens du tissu stérile. Chez les Claviceps^ il ne reste plus aucune trace des organes sexuels, et les asques prennent naissance d*une manière purement végétative aux dépens du tissu périthécial.
Nous devons souligner l'importance des conclusions formulées par Fisch à la fin de son mémoire : elles marquent une orientation nouvelle des idées ; les partisans de la sexualité des Ascomycètes vont renoncer à l'étendre à toutes les espèces : ils se résignent à admettre
(1) Fisch : Loc. cit., p. 861.
(2) Fisch: Loc. cit., p. 894.
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l'existence de nombreuses espèces complètement apoga^mes : « Wenn ich mit wenigen Worten die im Vorigen erorterte Anschauung zusammenfasse, so besteht si da* rin, dass ich in den zusammengesetzten Pyrenomyceten aine Keihe erkenne, deren Formen von voUig sexuell differenzirte(mitA8cogon, Trichogyne und Spermatien versehenen) zu ganz apogamen regressiv sich fortbilden^ um in solchen, die parenchymatische Perithecien bildung erwarben,eine 8elbstândige\yeiterentwickelung zuzeigen (1). »
Un mémoire récent de Brefeld n'était pas étranger sans doute à ce revirement.
Brefeid venait en effet de publier le fascicule IV de son magnifique ouvrage « Botanische Untersughungen uber Sghimmelpilze ». Nous trouvons dans le chapitre intitulé : Bemerkungen zur vergleichenden Morphologie der Ascomyceten^ la première réfutation vraiment sérieuse de la théorie de de Bary.
Brefeld fait remarquer tout d'abord que les éléments fertiles se montrent suivant les genres à divers stades du développement du périthèce et suivant des modes différents (Chœtomiumj PezizsLy Rhyparobiris, Aspergillus): ce sont pour lui de simples variations sans importance qui se rencontrent également au début des conidiophores ; ceux-ci naissent en efîet, tantôt aux dépens d*une seule hyphe {AspergilluSj Pycnis), tantôt avec un faisceau de filaments (Cor dy ceps cinerea).
Il appelle aussi l'attention sur l'existence simultanée chez les Sordariade spermaties analogues à celles qui fécondent le trichogyne des Collema et d'un organe mâle réduit à l'état de prétendu poliimode; il pose la question de savoir s'il existe dans tout le règne végétal un seul exemple d'une plante possédant à la fois, des éléments mâles d'une nature aussi différente qu'une spermatie et un poUinode.
(1) Fisoh : Loc. cit., p. 901»
. La différenciation en une partie stérile et une partie fertile, qui se produit à la naissance du périthèce chez plusieurs Ascomycètes, ne constitue pas aux yeux de ce savant une présomption de sexualité, car chez les Mortierelia, au moment de la fructification asexuée, on trouve quelque chose d'analogue. Il faut convenir que nous sommes ici en face de la partie la plus délicate de la controverse et que l'explication de Brefeld est manifestement embarrassée et insuffisante.
Quant aux anastomoses,en admettant qu'il s'en produise parfois entre l'ascogone et le pollinode, elles ne prouveraient rien, constate Téminent mycologue, car on en observe fréquemment de semblables entre organes de nature purement végétatifs.
Que si Ton voulait admettre l'homologie des trois sortes de fructification des Ascomycètes avec la reproduction des Champignons inférieurs et des autres Thallophytes, il faudrait considérer les conidiophores comme constituant la reproduction asexuelle ; les spermogonies et les périthèces représenteraient la génération sexuelle. >lais, du fait que la fructification ascosporée se développe en l'absence d'acte sexuel, il faudrait supposer la disparition des caractères femelles ; les spermaties seules auraient conservé, dans leur inaptitude à la germination^ un reste des caractères mâles. A l'appui de cette idée, on pourrait citer un grand nombre d'exemples fournis par les Champignons inférieurs ; azygospores des Mucorinene^ spores des Saprolégniées, etc.
Pour Brefeld, l'asque joue le rôle d'une sorte de fanal dans le système entier des Champignons ; par lui et le sporange, dont il n'est qu'une manière d'être, se trouve réalisée la transition avec les Mycètes inférieurs, alors que la conidie qui représente une transformation du sporange établit le passage aux Mycètes supérieurs.
Brefeld fait même une comparaison à laquelle nos der-
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ntères observations ont donné une portée considérable : il compare la formation des conidies sur le conidiophore des Pénicillium à la production des asques sur les hyphes ascogènes du sclérote ; ce sontj dit-il ^ deux fructifications homologues : c deren Wesentlichster Unterschied darin bestehhtj dass im einen Falle die Conidien Ascensind und die Sporen endogen bilden^ dass im andem Falle der Ascus zur Conidie geworden tsf (1). »
Ce savant, rendons-lui cette justice, ne pouvait guère aller plus loin dans cette voie ; qu'on se reporte à nos observations, et on verra combien il était près de la vérité ; il reconnaît l'équivalence du conidiophore et du gamétophore ; il ne lui manque que de signaler la même parenté entre le sporange et le gamétange. Dès lors, Brefeld aurait eu l'explication de la présence, dans quelques cas, des deux gamétanges ancestraux à la base du gamétophore« Ignorant les phénomènes de karyogamie qui se produisent entre les diplogamètes, Brefeld en serait resté, il est vrai, à la conclusion d'une apogamie générale dans le groupe des Ascomycètes.
La théorie de de Bary venait de subir un rude assaut ; elle ne s'en relèvera que mutilée et diminuée ; ses meilleurs partisans seront obligés de restreindre de plus en pluslescas de véritable sexualité pour se rejeter sur une simple homologie des organes, avec extension croissante des phénomènes d'apogamie.
On n*osera même pas affirmer lexistence d'une fécondation dans les cas qui pourtant semblent le mieux s'y prêter, tel le Pyronema confluens, par exemple.
Tulasne avait réussi^ en 1866, à observer l'union de Textrémité du tube porté par le macrocyste avec le paracyste voisin ; il existe à cet endroit une perforation cir* culaire, définie par un bourrelet à peine sensible ou, au
(i) Brefeld : Loc.cit., p. 152.
HISTORIQUE 9i
contraire, très prononcé ; mais Tulasne s'était refusé à donner une interprétation du phénomène.
En 1883, Kihiman reprend cette étude (1) ; selon lui, les macrocystes et les paracystes proviennent d'hyphes séparés : ils se mettent bien en communication directe au moyen du tube connecteur, mais, avant que la fusion soit effectuée, une cloison se produit à la base du tube, de telle sorte qu'un mélange direct du contenu du paracyste avec celui du macrocyste est impossible. Kihiman pense qu'une diffusion de substance peut se produire au travers de la cloison basilaire effectuant la fécondation ; mais il reconnaît que ce n'est là qu'une simple hypothèse. Ce savant découvre Torigine des hyphes ascogènes : les macrocystes, après avoir augmenté considérablement de volume, donnent naissance à des branches qui se cloisonnent et se ramifient dans le tissu stérile, se compor tant comme les filaments engendrés par Tascogone chez les Ascobolus.
Si Kihiman hésite à se prononcer sur l'existence ou Tabsence de fécondation, il admet du moins l'homologie complète des organes, dans le sens indiqué par de Bary : ainsi le macrocyste représente un ascogone, le paracyste est une anthéridie, et le tube connecteur un trichogy ne, comparable à celui des Collema; la question de savoir si ces organes sont encore fonctionnels reste indécise, car la parthénogenèse et Tapogamie sont, ainsi que le reconnaît l'auteur, des phénomènes ayant une grande extension.
En cette même année 1883, Eidam publie deux mé-. moires dont le dernier surtout offre un intérêt particulier.
Dans le premier (2), le savant reprend l'étude des Gym-
{{) Kihiman : Zur EniWé d. Ascomyceten (Act. Soc. se. Fennicae, XllI, Helsingfors, 1883.)
(2) Eidam : Beitr. d. Gymnoasceen (Cohn's Beitr. z. Biol., III, p. 271).
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nosiscus ; il indique le développement des G. Reesii Barat., G. ruber V. Tieg. etG. uncinatusap. nov., ajoutant quelques détails à ceux qui avaient été fournis par Baranetzky ; il donne ensuite une description très complète d'un nouveau jçenre rencontré sur des plumes, le Ctenomyces serratus^ qui doit prendre place dans la famille des Gymnoascées. Eidam ne réussit pas plus que Baraneztky à observer une communication directe entre Tascogone et la cellule stérile qui se trouvent à l'origine du périthèce, et il se montre très réservé dans ses appréciations sur la sexualité de ces Champignons.
C*est pourtant à Eidam qu'est échu l'honneur d'avoir découvert un genre dans lequel la copulation des deux rameaux est complète et a réellement la signification d'un acte sexuel nettement caractérisé (1) ; c'est le premier exemple que nous ayons à citer d'un Ascomycète dans lequel les gamétanges sont encore fonctionnels et donnent naissance à Tœuf sans se développer en gamétophores. UEremascus albus possède un mycélium constitué par des filaments cloisonnés ; pour former Tasque, deux articles adjacents d'un même filament émettent de chaque côté de la cloison un rameau court: les deux rameaux s'enroulent en spirale l'un sur l'autre, cessent de croître, se cloisonnent à leur base, et entrent en communication à. leur sommet. Le protoplasme des deux rameaux s'accumule à l'endroit de la fusion en une vésicule sphérique qui s'entoure d'une membrane et donne naissance plus tard à un asque renfermant huit spores. Parfois, il n'existe qu'un seul filament donnant à son sommet un asque normal ; mais celui-ci serait alors d'origine parthénogénétique et non sexuel. Suivant Eidam, l'Eremascus albus établit le passage entre les Mucorineae et
(i) Eidam : Z, Kenni. d. Ent. d, Ascomycelen (Cohn s Beitr. Biol,, III, p. 377).
es Ascomycètes ; tout le fruit est réduit à un seul asque produit directement par deux filaments copulateurs.
Il nous faut signaler ici les recherches de Zukal (1), qui étudie les premiers développements du périthècedans les Thelebolus stercorarius^ Chaetomium crispatum, Peziza sp., Eurotium herbariorum et Ascodesmis nigricans ; il ne constate, dans aucun cas, la présence d'organes sexuels ; à propos de VEurotiurrij il fait même cette observation intéressante que parfois les asques se développent librement, non seulement sans pollinode, mais encore sans aucun filament recouvrant. Zukal rencontre chez une Pézize indéterminée, au début du périthèce, des filaments noduleux qui rappellent ceux que nous avons décrits dans VAscophanus ochraceus ; il en tire cette conclusion : € Die erste Pruchtanlage ist demnach in diesem Palle stets das Product mehrerer und allem Anscheine nach Volkommen gleichartiger Hyphen (2). »
Zukal combat l'idée d'une sexualité chez les Ascomycètes, en s'appuyant sur diverses raisons (3) : 1** la grande variabilité de l'appareil initial ; 2° le fait qu'un périthèce provient, dans une même espèce, soit d'un ascogone, soit de plusieurs ; 3° la constatation que dans une même espèce l'ascogone peut disparaître complètement, les hyphes ascogènes prenant alors naissance aux dépens d'hyphes renflées et riches en protoplasme ; il attribue au filament stérile un rôle nourricier à l'égard du filament fertile porteur d'asques. Dans ce même mémoire, Zukal signale un développenjent du Pénicillium crustaceumy très différent de celui qui a été décrit par Brefeld :
(1) Zukal : Mycologische Unters, (Denk. d. Kais. Akad. d. Wiss. eu Wien.,51, 1886, p. 21).
(•2) Zukal : Loc. cit., p. 26.
(3) Zukal : Ueber einige neue Pilz formen und ûber das Verbal tniss der Gymnoascen xu den ûbrigen Ascomyceten (Berich. der Deut. Bot. Gesell., 1890, Bd. 8, p. 298).
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au lieu des deux rameaux enroulés, par lesquels débute le sclérote, on trouverait des éléments semblables et de même valeur (1).
L'existence de l'ascogone des Chaetomium a été fort contestée, surtout par Zopf (2) ; Oltmanns donne une excellente description de celui du Ch. Kunzeanum (3) : la spirale de Tascogone se divise en un complexe de cellules dont une partie se détruit, alors que les autres donnent naissance aux asques.
Il ne nous reste plus, pour terminer cette seconde partie de notre historique, qu*à mettre en présence partisans et adversaires de la sexualité des Champignons, représentés par leurs organes les plus autorisés. En consultant les traités généraux de Van Tieghem, de Zopf, de de Bary et l'œuvre de Brefeld, nous dégagerons l'impression générale qui régnait dans les laboratoires et dans le monde scientifique, au sujet de cette question de la sexualité des Champignons, au moment où vont commencer nos propres recherches.
La seconde édition du Traité des Champignons de de Bary paru en 1884 nous montre quel avait été le chemin parcouru par ce savant durant cette seconde période ; en réalité, on assiste à une retraite en bon ordre. Il ne pouvait plus être question d'étendre les phénomènes de fécondation à tous les Ascomycètes, ainsi qu'on était disposé à le faire à la suite des premières recherches effectuées sur VErysiphe Castagnei. De Bary le reconnaît avec la plus entière bonne foi ; il est même amené à ne parler de copulation que pour trois ou quatre espèces, comme VEremascus^ le Pyronema^ les Eurotimn^ les Collema ; et encore s'empresse-t-il de faire certaines réserves en ce
(i) Brefeld : Loc. cit., IL
(2) Zopf: Monog. du genre Chaetomium (Nova Acta, Bd. 42, n» 5, 4881). ^3) Oltmanns : Ueber die Enlw. d. Perith. in d. Chaetomium (Bot. Zeit., 1887).
qui concerne plus spécialement les Eurotium ; mais il ne transige pas sur la question de Thomologie des organes ; il considère partout Tarchicarpe comme un organe femelle, Tanthéridie ou les spermaties comme des éléments mâles. Admettant sans difQculté que dans la plupart des cas ces organes ne sont plus fonctionnels, il arrive à concéder qu'un très grand nombre d'Ascomycètes ont perdu la sexualité et sont devenus apogames.
Parti d'un point de vue très différent de celui de Brefeld, il arrive à des conclusions qui se rapprochent beaucoup, lorsqu'on les dégage des idées accessoires, de celles qui ont été émises par son éminent contradicteur.
Ce sera toujours un sujet d*admiration de voir avec quel soin scrupuleux de Bary essaie de dégager Thomologie et la nature des éléments qui président à la naissance du périthèce : cette recherche lui a imposé un travail ardu, sans lui apporter grande satisfaction ; on ne doit donc pas s'étonner outre mesure de la vivacité avec laquelle il prend à partie ceux qui refusent de le suivre sur ce terrain des homologies.
Van Tieghem à ce moment n'admettait l'existence d'aucune trace de sexualité chez les Ascomycètes ; d'après lui, l'organe femelle ne serait qu'une hypheascogène différenciée à une période très jeune, et les prétendus organes mâles, de simples parties du tégument périthécial. De Bary proteste vivement ; il avance qu'en niant les homologies établies par ses travaux, on dépasse les limites permises de le négation, et il apprécie de la manière suivante l'opinion de Van Tieghem au sujet du rameau anthéridien et du trichogyne : « Was seine positiven Ansichten iiber die Punction der fraglichen Organe betrifft, wonach z. B. Antheridienzweigedem Ascogon als Stutze, das Trichogyn beiCoUemaas Respirations organe dienen soll, so ist darauf nicht naher einzugehen, bevov einigermaassen wahrscheinlich gemachtwird,dass die Ascogone
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ohne jene Stutze umzufallen in Gefahr sind und das betr. Organ bei Collema mittelst eines eigenem Apparates nach Luf( schnappen muss and nicht ohnesolchen ebensogut zu respiren vermag wie die innern Thalluselemente neben welchen es steht. Keinesfalls durften solche Einfalle den Namen des hypothèses gratuites minder verdienen, wie die Ansichten welche im Vorsiehenden dargeiegt sind (1).
Ces critiques né modifièrent en rien l'opinion de Van Tieghem, puisque, dans la seconde édition de son Traité de Botanique, nous retrouvons les mêmes objections et les mêmes interprétations (2), non seulement en ce qui concerne l'origine du périthèce, mais encore au sujet du rôle du trichogyne.
€ Dans ce phénomène tout accidentel, dit Van Tieghem, Stahl voit un acte sexuel indispensable à la formation du périthèce, une fécondation semblable à celle des Floridées. Les conidies linéaires seraient alors des anthérozoïdes immobiles, et le périthèce serait l'analogue du système complexe qui se forme chez les Floridées à la suite de la fécondation. Pareille hypothèse a été formulée plus récemment pour les Discomycètes du genre Polystigme, où Ton retrouve la même branche Initiale enroulée à sa base et s'allongeant plus haut en ligne droite de ma* nière à pousser son sommet au dehors. Suivant nous, c'est là une disposition physiologique nécessitée, dans le Polystigme comme dans le Collème, par le parasitisme de la plante, et destinée à donner au jeune périthèce, malgré son enfoncement dans le tissu, l'air dont il a besoin pour se développer : c'est un appendice respiratoire, non un appareil récepteur femelle.
« Remarquons, en terminant, que les partisans de l'origine sexuelle du périthèce des Ascomycètes sont forcés
(1) De Bary : Morph, und Biolog. der Pilze, 1884, p. 257. 2) Van Tieghem : Traité de Botanique, 1891.
aujourd'hui d'admettre dans des genres voisins : !• une sexualité à la façon des Péronosporées ; 2* une sexualité à la façon des Floridées ; 3** une sexualité perdue ou apogamie : autant d'hypothèses gratuites qu'il fallait peut-être signaler, mais qui ne doivent pas nous arrêter longtemps » (1).
Beaucoup de mycologues, surtout en France, adoptaient ces idées et ne voyaient dans les faits décrits par de Bary et ses élèves que des phénomènes purement végétatifs.
Zopf se montre beaucoup moins catégorique (2) : il évite de se prononcer sur la question de savoir si l'ascogone est réellement un organe femelle, susceptible d'être fécondé par une anthéridie ou par les spermaties, mais il reconnaît une analogie certaine avec les Phycomycètes etcertaines algues comme les Floridées. Tant qu'on n'aura pas montré une copulation de noyaux entre les éléments mâfes et femelles, on pourra, pense-t-il, s'en tenir aux vues de Brefeld, d'après lesquelles les Ascomycètes ne possèdent plus la sexualité. On serait d'autant plus tenté, ajoute-t-il, d'adopter ce parti que, d'après les recherches récentes, il n'existerait chez plusieurs Ascomycètes aucun organe qui puisse être interprété comme mâle (C/iaetomium^ Penicilliopsis).
La position prise par Zopf dans un débat qui passionnait les esprits est celle d'un critique judicieux et avisé : il réserve l'avenir et indique un moyen d'arriver peut-être à la solution tant cherchée ; il réclame avec raison une étude des noyaux dans les filaments copulateurs.
De 1881 à 1891, Brefeld publie successivement les Mémoires V à X de son grand travail : « Untersuchungen ans dem Gesammtgebiete der Mycologie ». Nous n'avons pas l'intention de résumer même brièvement les résul-
(1) Van Tieghem : Loc. cit., p. 1166.
(2) Zopf : Die Pi/ze (Handb* der Botanik, 4890, p. 340).
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tats obtenus par ce savant aidé par des collaborateurs qui s'appellent Zopf, G. Istvanfîy, Johan-Olsen, Franz von Tavel, G. Lindau ; mais ce . qui doit nous préoccuper, c'est de connaître l'opinion de BrefeM* sur la sexualité des Champignons supérieurs, après une aussi vaste enquête s'étendant à la fois aux Ascomycètes et aux Basidiomycètes.
D'après Brefeld, les Ascomycètes et les Basidiomycètes dérivent des Zygomycètes par Tintermédiaire des Hemiasci pour les premiers, des Hemibasidii poiir les seconds ; tandrs que les Hemiasci empruntaient aux Choanephoreen leurs sporanges et leurs conidies, les Hemibasidii se contentaient de la fructification conîdienne des Chaetocladiaceen et des Piptocephalîdeen ; Tasque dérive du sporange ; la protobaside et la baside du conidiophore ; la fructification sexuelle des Zygosporées n'a pas été transmise aux descendants. La série végétale s'est ainsi trouvée séparée à son début en deux parties : l'une possédant la sexualité et se continuant par les Archegoniées et les Phanérogames, l'autre dépourvue de sexualité et comprenant les Mésomycètes et les Mycomycètes, c'est-à-dire les Ascomycètes et les Basidiomycètes.
Aussi Brefeld, croyant avoir prouvé l'absence complète de sexualité chez les Champignons supérieurs, voit dans cette démonstration un des événements les plus importants qui se soient produits dans l'histoire de la Morphologie et de la Systématique des plantes :
« Ich glaube mich nicht zu irren, wenn rch annehme, dass mit dem Nachweise dieser beiden Reihen, der sexuellen und der asexuellen Reihe, einer der wichtigsten und ersten Fortschritte gewonnen ist welche auf dem Gebiete der Morphologie und der Systematik der Pflanzen und der Gesammtheit der Lebewesen uberhaupt moglich sind. Die Masse der Pilze, die bis dahin ungeriigige und
disharmonische Hâfte der Pflanzen, ist nun zu einem wesentliehen, harmonisch eîngefugten Bestandtheile des Pflanzensystems geworden, und der Nachweis einer asexuellen Reihe der Lebewesen ist eine Bereicherung unserer morphologischen Kenntnisse im Allgemeinen, welche nicht mehr die Botanik allein, sondern die Gesammtheit der morphologischen Gebiete zugleich betrifft (1). »
Après avoir fait rentrer les Champignons supérieurs
dans les règles ordinaires do la sexualité, nous aurions
peut-être quelque droit de retourner à notre profit les
^précédentes conclusions, si nous voulions tirer vanité
d'un hasard heureux et d'une volonté persévérante.
Brefeld, dans ses premières critiques de 1881, n'avait aucune idée préconçue au sujet de la sexualité des Lichens, telle qu'elle venait d'être formulée par Stahl : « Ich will die Moglichkeit der Deutungen Stahls nicht angreifen, wurde mich vielmehr freuen, wenn sie richtige waren ; aber fiir etwas anderes als blosse Deutungen konnen sie nicht gelten, bis der Heweis fur ihre Richtigkeit durch das Experiment beigebracht ist (2). »
Les conditions étaient bien changées en 1889 ; Moller avait repris les expériences de Maxime Cornu sur la culture desspermaties, et il avait obtenu la germination des spermaties mêmes de Collema : on peut chez les Lichens arriver à l'obtention d'un nouveau thalle, à partir de la spçrmatie, aussi bien qu'en semant une ascopore (3). Dès lors, Brefeld, qui, de son côté, avait réalisé de nombreuses cultures de spermaties appartenant à des genres fort différents, n'hésitait plus à considérer ces corpuscules comme
(1) Brefeld ; Loc. cit., VIII, p. 212.
(2) Brefeld : Loc, ciL, IV, p. 149.
(3) Moller : Culiur Flechten bildendér Ascomyceten, Munster, 1887. — Ueber die sogenannten Spermatien der Ascomyceten (Bot. Zeitung, no 27, 1888).
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de simples conidies. On ne songeait pas encore à invoquer une parthénogenèse de l'élément mâle ; aussi la question de la sexualité des Lichens paraissait-elle définitivement enterrée (1).
La sexualité des Basidiomycètes, qui d'ailleurs n'avait jamais été l'objet d'observations sérieuses, ainsi qu*on a pu le constater au cours de cet historique, n'avait plus aucun représentant autorisé.
Il ne restait donc que les Ascomycètes ; or, si l'on fait exception pour deux ou trois espèces auxquelles de Bary attribuait encore des phénomènes sexuels, sans toutefois pouvoi^ en préciser la nature exacte, l'accord était complet entre naturalistes sur cette formule : « Les ChampU gnons supérieur^ sont dépowvus de sexualité. »
La discussion ne porte plus que sur l'homologie des organes ; les uns acceptent le caractère femelle de l'ascogone et la nature mâle des ànthéridies et despollinodes; ils sont obligés de reconnaître toutefois que ces organes ont perdu leur fonction, d'où apogamie presque générale chez les Ascomycètes et. totale chez les Basidiomycètes ; les autres, faisant table rase des résultats obtenus par de Bary et ses élèves, ne considèrent, à l'exemple de Van Tieghem, ascogones et pollinodes que comme des manifestations d'ordre végétatif sans importance. Tel était l'état des esprits au moment où commencent nos premières recherches, c'est-à-dire au début de la troisième période ; aussi n'échapperons-nous pas à la loi commune : il va nous arriver ce qui se produit généralement lorsqu'on s'interpose entre deux adversaires pour un essai de conciliation ; nous allons avoir tout le monde contre nous au début, et il faudra de longues années de luttes et de travail avant que nous puissions entrevoir les promesses d'une entente meilleure.
(l) Brefeld : Loc. cit., VIII, p. 268.
On se figure difficilement à quelle série de tracas, de mécomptes, d'ennuis divers, un naturaliste s'expose lorsqu'il entreprend certaines recherches; mieux vaudrait pour sa tranquillité marcher dans les sentiers battus, où les traces de son passage, il est vrai, seraient bien vite effacées par ceux qui le suivent. C'est par un labeur incessant, souvent ingrat, que les hommes politiques arrivent à exercer une légitime influence ; mais combien d'illusions s'envolent dans cette marche au progrès ! combien de heurts et de chocs I Les véritables chefs d'école, en science, éprouvent fréquemment les mêmes résistances, et leur vie est remplie des mêmes difficultés ; nous venons d'en voir un exemple frappant dans cette longue joute entre de Bary et Brefeld.
Ces deux savants, de mérite sensiblement égal à des titres différents, luttent désespérément l'un contre l'autre en poursuivant un mythe ; l'un des adversaires disparaît bien avant le moment où une partie tout au moins de son œuvre renaît de ses cendres ; le second assiste à un revirement dans les idées que personne n'aurait jamais osé soupçonner; le temps heureusement répare souvent bien des injustices : les noms de ces deux savants resteront toujours écrits en gros caractères dans l'histoire de la sexualité des Champignons supérieurs. La solution défi* nitive qu'ils cherchaient l'un et l'autre avec la passion de la vérité, ils ne pouvaient l'atteindre avec les moyens dont ils disposaient : la découverte était liée à un progrès des méthodes histologiques.
Cette troisième période est caractérisée par l'application, raisonnée de l'histologie à la recherche des phénomènes reproducteurs chez les Champignons.
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L'histologie des Cliampignons n'a fait tout d'abord que des progrès extrêmement lents, et la chose s'explique d'elle-même par la difficulté des colorations et la petitesse des noyaux dans ce groupe.
On n'avait guère réussi, jusqu'en 1889, qu'à démontrer l'existence d'éléments nucléaires dans le mycélium et les appareils sporifères^de quelques Champignons ; plusieurs auteurs, comme Fisch, Chmielewski, Hartog, avaient bien essayé de déterminer le rôle des noyaux dans la fécondation, soit chez les Péronosporées, soit chez les ,Saprolégniées ; leurs * tentatives avaient échoué : les .conclusions auxquelles ils étaient arrivés se trouvaient entièrement fausses, maison l'ignorait.
En 1890, commencent nos recherches histologîques sur les Champignons (1) ; nous nous trouvons en face de très grandes difficultés ; les méthodes n'avaient pas la perfection qu'elles possèdent aujourd'hui, et, au lieu de trouver le champ libre, nous nous heurtions à chaque instant à des notions fausses sur le mode d'action des noyaux dans les phénomènes reproducteurs. Il est relativement facile le plus souvent dé vérifier des résultats exacts et même de les compléter ; mais, lorsqu'on se trouve en face de conceptions erronées, le travail devient pénible ; on doit arracher les mauvaises herbes avant de songer à les remplacer par autre chose.
Il ne faut donc pas trop s'étonner de la réserve que nous nous étions imposée dans notre mémoire de 1890 : une partie était consacrée à rectifier les observations de Chmielewski et de Fisch sur la structure de l'oogone et de l'anthéridie des Cystopus ; nous montrions également l'inexactitude des faits décrits par Hartog et concernant une fusion successive des noyaux dans l'oospore des
- (1) P.-A. Dangeard : Recherches histologiques sur lês Champignons (Le Botaniste, 2e série, 1890-1891).
Saprolégniées. Chemin faisant, l'existence du glycogène était signalée pour la première fois chez un Siphomycète, et un organe nouveau, qui a été étudié depuis sous le nom de cœnocentre, était indiqué au centre des oosphères des Saprolegnia et des Péronosporées. D'autre part, nos observations n'étaient pas suffisamment complètes et précises pour permettre d'établir exactement le rôle des noyaux dans la fécondation des Siphomycètes ; nous nous bornions à montrer que les gamétanges en présence renferment de nombreux noyaux et qu'une grande partie de ceux-ci entrent en dégénérescence au moment de la formation de Tœuf. « Peut-être, écrivions-nous, un noyau de l'anthéridie peut-il passer de l'oosphère par le canal de communication. En ce cas^ quel est son rôle? Se fusionne-t-il avec un noyau de nature spéciale contenu dans l'oosphère ? Est-ce de ce noyau ainsi renouvelé que proviennent les noyaux qui existent à la maturité des oospores entre le globule oléagineux et la membrane? C'est possible (1). » Ce que nous indiquions comme possible a pu être démontré depuis grâce aux travaux de botanistes dont les noms ont acquis une juste notoriété ; à côté de Wager, auquel nous devons une mention spéciale, puisque son premier mémoire sur le Peronospora parasiiîca date de 1889, nous citerons Berlèse, Stevens, Trow, Miyaké, Ruhland, Davis.
C'est bien à regret que nous avions été forcé d'abandonner l'étude histologique des Siphomycètes ; mais le travail d'un seul ne peut suffire à tout ; nous en avons fait maintes fois l'expérience. Lorsque les circonstances ou les événements ne permettent pas d'être entouré de nombreux collaborateurs, il faut se résigner à ne donner sur un grand nombre de questions que de simples aperçus, des interprétations nouvelles, ou des notes som-
1) P. -A. Dangeard : Loc, cit., p. H4.
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maires; l'effort principal doit porter sur les problèmes les plus importants qui se rencontrent.
Un cas de ce genre allait précisément se présenter. Les Champignons supérieurs, au début de cette troisième période, étaient considérés, ainsi que nous l'avons vu, comme étant dépourvus de sexualité ; aucun intérêt spécial ne semblait donc devoir attirer l'attention des histologistes.
La genèse de cette découverte se trouve dans deux notes publiées en collaboration avec notre préparateur Sappin-Trouffy sur l'histologie* des Urédinées (1) ; nous appelions l'attention sur ce fait que, dans cette famille, des cellules de valeur bien différente ont normalement deux noyaux ; on les retrouve non seulement dans les écidiospores, les urédospores, les téleutospores, dans les cellules du pseudopéridium, dans les paraphyses, mais aussi dans beaucoup de mycéliums et de 8uçoir3 : ces deux noyaux s'unissent en un seul dans chaque article de la téleutospore, se comportant ainsi, l'un comme noyau mâle, l'autre comme noyau femelle. En résumé, disionsnous, les Urédinées présentent un phénomène regardé jusqu'ici comme caractérisant la fécondation ;il est vraisemblable qu'elles suppléent ainsi à la reproduction sexuelle nettement caractérisée.
Tel est le germe qui semé, il y a onze ans, s'est développe malgré toutes les résistances.
Pendant que Sappin-Trouffy poursuivait, sous notre direction, l'étude des Urédinées, nous cherchions à nous rendre compte de l'importance que pouvait avoir cette fusion de noyaux dont nous venions de constater l'existence sous le nom de pseudo-fécondation.
Nos observations se portèrent tout d'abord du côté des
(1) P.-ADangeardet Sappin-Trouffy : Recherches histologiques sur les Urédinées (Comptes rendus, 30 janvier 1893). — Une pseudo-fécondation chez les Urédinées (Id., février 1893).
Ustilaginées à cause des affinités étroites que présente cette famille avec les Urédinées ; nous étions, au mois d'octobre 1903, en mesure d^affîrmer l'existence d'une fusion nucléaire à l'intérieur des jeunes spores d'Ustilago^ de Doassansi&j d'Eutyloma (1), et bientôt nous publiions un mémoire avec quatre planches contenant le résulta de nos recherches (2).
On peut dire que, de tous les Champignons supérieurs, les Ustilaginées sont parmi les plus rebelles à l'action des réactifs colorants; la petitesse des noyaux rend leur étude particulièrement délicate ; cependant nous avions réussi à montrer que le noyau des Ustilaginées, malgré sa petite taille, est construit sur le même type que celui de la plupart des Champignons étudiés à ce point de vue ; i possède membrane nucléaire, nucléole, hyaloplasme avec chromatine. Les phénomènes de fusion nucléaire étaient décrits en considérant chaque cellule primitive comme un oogone, renfermant un noyau mâle et un noyau femelle ; dans cet oogone, il se produit une oospore provenant delà fusion des deux noyaux 0t du protoplasma qui les accompagne : l'oospore, avec son noyau sexuel, va se comporter, à la germination, comme les zygospores des Conjuguées, comme l'œuf des Chlamydomonas en donnant naissance à un certain nombre d'embryons ; lors de cette germination, le noyau sexuel subit ordinairement dans le promycèle trois bipartitions successives suivant le mode indirect ; les huit noyaux qui en résultent passent dans les sporidies ; parfois, comme dans les Urocystis^ ces sporidies uninucléées donnent naissance à des sporidies secondaires à deux noyaux, ce qui indique un retour à rétat végétatif proprement dit ; en ce qui concerne les
(1) P.-A. Dangeard : La reproduction sexuelle des Ustilaginées (Comptes rendus, 9 octobre 1893).
(2) P.-A. Dangeard : Recherches sur la, reproduction sexuelle des Champignons (Le Botaniste, 3» série).
106 P.-A DANOEARD
anastomoses entre sporidies, si fréquentes chez le TUletia Caries par exemple, il ne faut voir là qu'un phénomène purement végétatif.
Dans la recherche des phénomènes sexuels chez les Urédinées et les Ustilaginées, notre principale préoccupation avait été de chercher dans tout le développement le moment où se produit une fusion de noyaux : l'ayant trouvé et afin d'appuyer nos conclusions, nous avons dû considérer la nature de l'organe dans lequel s'est opérée cette fusion et comparer ensuite cet organe avec les formations sexuelles appartenant à d'autres groupes. « Prenons un œuf de Chlamydomonasy disions-nous, nous voyons que le noyau de Toospore ne donne pas directement celui de la nouvelle plante ; il subit un nombre de bipartitions déterminé, qui, ici, donne naissance à quatre nouveaux noyaux qui sont ceux des nouvelles zoospores ; dans un Volvox, le noyau fournira un nombre plus grand de bipartitions pour la nouvelle colonie : dans les Closterium et les Cosmarium^ le nombre des bipartitions est également déterminé et, si nous appelons du nom général d'embryons la nouvelle plante provenant de la germination de l'œuf, nous constatons que pour arriver à ce stade le noyau deTœuf subit toujours un nombre déterminé de divisions (1). 3>
Et nous ajoutions : « Ce raisonnement ^nous conduit à considérer dans les Ascomycètes le noyau de Vasque comme un noyau sexuel provenant de la fusion d'un noyau mâle et d'un noyau femelle ; il subit, en effet, un nombre déterminé de divisions pour arriver à fournir le noyau du nouvel individu, de la spore, qui équivaut pojar nous à l'embryon tel que nous l'avons défini précédemment (8). »
Nous avions contre nous l'opinion de Schmitz et de
(1) P.-A. Dangeard : Loc, cit., p. 235.
(2) P.-A. Dangeard : Loc. cit., p. 239.
Strasburger, qui n'avaient signalé qu'un noyau dans les asques jeunes ; qu'allait-il advenir en passant du domaine des idées dans celui des faits ? Tous ceux qui ont vécu la vie de laboratoire et se sont adonnés à des recherches de ce genre comprendront quelle importance nous attachions à la vérification de notre hypothèse ; elle était d'un intérêt capital pour la solution du problème que nous avions en vue ; c'est avec une sorte de fièvre, il* nous en souvient, que nous abordâmes Tétude de l'asque.
Les Champignons supérieurs comprennent les deux grands embranchements des Basidiomycètes et des Ascomycètes. ; dans le cas où nos prévisions se réaliseraient, les Ascomycètes rentraient dans le schéma général.
L'époque était peu favorable ; en Tabsence de jeunes périthèces, nous primes des Lichens qui se prêtent mal à une observation de ce genre : nous eûmes des instants de découragement : puis vint la découverte tant escomptée !
En mai 1894, nous communiquions à T Académie des sciences une note sur la reproduction sexuelle des Ascomycètes en choisissant comme exemple la formation de l'asquechez le Peziza vesiculosa (1). L*article à deux noyaux qui produit l'asque est disposé de telle façon qu'il semble provenir de deux filaments différents et c'est effectivement ce que nous avions cru d'abord ; dans le mémoire paru un peu plus tard, sur ce même sujet, nous donnons en détail le mode de formation de l'asque tel qu'il est admis par tous aujourd'hui (2).
Dans ce mémoire, nous distinguons deux modes déformation de l'asque : dans VExoascus deformans, chaque article du thalle possède deux noyaux nucléoles ; ceux qui vont
(1) P.'A. Oangeard : La reproduction sexuelle chez les Ascomycètes (Comptef rendus, 7 mai 1894).
(î) P.-A. D.mjîeard :Lt rcproduclion sexuelle des Ascomycètes {Le Botaniste, k^ série, p. 21).
108 P.-A. DANGËARD
86 cloisonner en ont quatre ; au stade précédant la formation des asqueSy les articles ont encore deux noyaux ; ils sont placés de telle sorte que leur origine différente est manifeste: dans chaque cellule, les deux noyaux se fusionnent en un seul et bientôt Tœuf qui résulte de cette uniion se développe en un asque ; ainsi, chez les Exoascées, le mycélium, dont les cloisons sont d*abord espacées, se fragmente en cellules à deux noyaux qui donnent naissance aux asques.
Dans le second mode de formation de Tasque, cette origine différente des noyaux copulateurs avait été établie nettement ; notre description a servi de modèle à toutes celles qui ont été données depuis ; un filament vient dans le stroma ascifère et son extrémité incolore se recourbe en bec ; à ce moment, nous avons vu un noyau en division dans le filament : la partie recourbée s'allonge et vient s'accoler sur l'autre ; elle peut même se porter à quelque distance à droite et à gauche : un second noyau a subi une division dans le filament, de sorte qu'il y a maintenant quatre noyaux. Deux de ces noyaux occupent la partie bombée qui s'isole par une cloison à la fois du filament et de son extrémité recourbée.
Pour là première /bis, Vanalogie étroite qui existe entre r&squeet le promycèle se trouvait établie ; ces deux organes ont la même origine et se comportent identiquement pendant la division du noyau sexuel ; c'est à leur intérieur que ce dernier subit plusieurs bipartitionSj en général trois. La seule différence, et elle est d'ordre physiologique^ consiste en ce que les embryons dans les Ascomycètes restent à Vintérieur de Vasque^ alors que chez les Urédinées et les UstilaginéeSy ces embryons deviennent externes par bourgeonnement (1).
Pour établir d'une façon indiscutable l'exactitude de nos observations chez les Ustilaginées, nous avions donné
(!) P.»A. Dangeard: Loc, ciL^ p* 57,
HlSTOaiQUE lOÔ
une description complète des phénomènes copulateurs dans VEntyloma du Glaucium (1).
Il ne restait plus à étudier que le groupe des Basidio-
mycètes proprement dits ; à la vérité, on possédait déjà
quelques renseignements sur le développement de la
jeune baside ; mais ils étaient plutôt de nature à égarer
l'opinion. Ainsi, Rosen avait supposé que le noyau de la
baside provient de la fusion successive de six à huit
petits noyaux venant des hyphes (2), et Wager admettait
également que le noyau de la baside provient de la fusion
d'un nombre d'éléments nucléaires supérieur à deux (3).
On ne manquait pas naturellement d'opposer à notre
théorie de la sexualité cette prétendue pluralité des
noyaux copulateurs.
. C'est daivs ces conditions que nous donnons notre Mémoire sur la reproduction sexuelle des Basidiomycètes (4), où nous établissons que partout le noyau de la baside ou de la probaside est le résultat de la fusion de deux noyaux seulement, comme chez les Urédinées, les Ustilaginées et les Ascomycètes ; ces recherches s'étendent à un grand nombre d'exemples : chemin faisant, nous élucidons l'origine et la structure des chlamy dospores du N'yclalis asterophora. La généralité des phénomènes de karyogamie ne pouvait plus être contestée ; nous montrons qu'ils sont conformes aux caractères ordinaires de la fécondation et nous insistons principalement sur l'origine différente des noyaux copulateurs.
(1) P.-A. Dangeard : La reproduction sexuelle de TEatyloma Glauoii (Le Botaniste, 4« série, p. 12).
(2) Rosen : Beitr&g z. Kennt. d. Pflanz (Cohn's Beitr. z. Biol. d. Pfl., Bd.,VI,1892-»893).
(3) Wager : On nuclear division in ihe Hymenomycetes (Annals of Botany, VII, 189.^, p. 489). — On Ihe présence of Çentrosph,, in Fungi (W., vin, 1894, p. 331).
(4) P.-A. Dangeard : Mémoire sur la reproduction sexuelle des Basi^ diomycétes (Le Botaniste, 4* série, p. 119).
liO p.-A. DANOEARD
Nous distinguons trois cas dans le mode de germination de l'œuf : !• Tœuf germe par l'intermédiaire d'un promycèle ou d'un asque, Ustilaginées, Urédinées, Ascomycètes ; 2* Toeuf se cloisonne, Protobasidiomycètes ; 3* Tœuf fournit directement, sans se cloisonner, les sporidies, Basidiomycètes.
On peut dire, en complète justice, qu'à ce moment la, découverte de la sexualité des Champignons supérieurs était faite ; quiconque examinera sans parti pris les résultats que nous venons de rappeler brièvement ne manquera pas d'être étonné des progrès réalisés en un court espace de temps, grâce à une orientation nouvelle.
Lorsqu'un pont vient d'être jeté sur une rivière ou sur un fleuve, on lui impose, à titre d'essai, une charge bien supérieure à celle qu'il devra supporter par la suite ; c'est donc à sa période d'achèvement qu'on lui demande le maximum de résistance.
Il est arrivé quelque chose d'analogue pour notre œuvre : à peine était-elle terminée qu'elle a dû supporter, de plusieurs côtés à la fois, des critiques, dont les unes ne visaient que la partie théorique, alors que les autres mettaient en doute l'exactitude des faits.
En juillet 1895, Poirault et Raciborski, dans une Note à l'Académie des sciences, combattent nos idées sur la fécondation des Urédinées (1) ; ils mettent en doute la fusion des deux noyaux dans la téleutospore ; leurs conclusions reposaient sur une erreur d'observation : ils avaient pris la division ordinaire, normale de deux noyaux voisins pour la division d'un Aoyau unique et, avec ce point de départ faux, ils étaient arrivés à des résultats tout à fait inattendus.
Nous n'eûmes pas de peine, Sappin-Troufîy et moi, à
(i) Poirault et Raciborski : Les phénomènes de Karyokinèse dans le* Urédinées (Comptes rendus, Acad. se, t. CXXI, 15 juillet 1895).
relever cette inexactitude, et nous profitâmes de l'occasion pour établir l'origine différente des noyaux de la téleutospore et de l'écidiospore chez les Urédinées (1).
Dans une seconde Note (2), Poirault et Raciborski reconnaissent l'erreur dans laquelle ils sont tombés ; mais ils considèrent encore les deux noyaux comme des deminoyaux qui, à eux deux, représentent l'ensemble des propriétés du noyau ordinaire et qui, pour cette raison, sont incapables de se diviser isolément, mais forment ensemble une figure caryokynétique tout à fait symétrique. Pans un autre travail (3), les mêmes auteurs développent cette idée et discutent l'hypothèse d'une fécondation; € Il nous parait préférable, jusqu'à plus ample informé, disent-ils, de ne pas confondre ces phénomènes de fusion des noyaux des Basidiomycètes avec les phénomènes de fécondation chez les plantes et chez les animaux ; si nous voulons considérer la fusion des noyaux de la probaside comme un acte sexuel, nous devons donner le même nom à la fusion des deux noyaux polaires du sac embryonnaire chez les Phanérogames », et plus loin ils ajoutent : « On doit néanmoins savoir gré à ces savants d'avoir insisté sur ces phénomènes de fusion de noyaux, qui sont extrêmement intéressants et qui contribueront, sans doute, à éclairer la question encore si obscure de la phylogénie de la fécondation. >
Poirault et Raciborski n'avaient vu qu'un chromosome dans le noyau des Urédinées ; leurs observations étaient incomplètes sur un grand nombre de points ; le Mémoire
(1) Dangeard et Sappin-Troufïy : Réponse à une Note de MM, G. Poirault et Raciborski sur la Karyokinèse des Urédinées (Le Botaniste, i«r août 1895).
(2) Poirault et Raciborski : Sur les noyaux des Urédinées (Comptes rendus Aoad. se.» 5 août 1895).
(3) Poirault et Raciborski : Sur les Urédinées (Journal de Botanique, septembre 1895).
112 P.-A. DANGEARD
de Sappin-Trouffy vint heureusement combler toutes ces lacunes (1).
Nous n'avons pas à faire reloge de ce dernier travail, qui a été honoré d'un prix de l'Institut ; ainsi que l'a écrit René Maire (2), « Sappin-Trouffy, dans ce Mémoire, décrit avec soin la structure des noyaux et leur division dans un grand nombre de genres et d'espèces et établit définitivement le schéma de l'évolution nucléaire chez les Urédinées. Le noyau possède deux chromosomes ; il est unique dans chaque cellule jusqu*à l'écidie ; à partir de l'écidie, jusqu'à la jeune téleutospore, il y a, dans chaque cellule, deux noyaux qui se divisent synergiquement. Ces deux noyaux se fusionnent dans la téleu^ tospore, avec réduction chromatique, car lors de la formation du promycélium, on trouve deux divisions successives à deux chromosomes chacune ; ces phénomènes de réduction chromatique suivant immédiatement la fusion des noyaux, militent en faveur du caractère sexuel de celui-ci. »
Pendant que Poirault et Raciborski discutaient notre interprétation de la sexualité des Basidiomycètes, Harper nous opposait, en ce qui concerne les Ascomycètes, l'existence d'une fusion nucléaire au début du périthèce dans le Sphâsrotheca Castagnei (3).
L'observation ne reposait que sur une seule eôpèce; elle introduisait dans le cycle du développement d'un être deux fusions nucléaires successives, ce qui sapait les bases mêmes de nos connaissances sur la sexualité générale. Personne ne semble s'en douter : on n'y voit
(!) Sappin-Touffy : Recherchefi hiatologiquesi sur la famille des Urédinées (Le Botaniste, 5« série, p. 59).
(2) René Maire : liecherches cytologiqiies et taxonomiques sur les Basidiomycètes, Thèse, 190S, p. 12.
(3) Harper : Ueber das Verhatlen d, Ketne 6. d. Fruchteniv^i ein, Ascomyceten (Jahr. f. wiss. Bot., Bd. xzix, 1896}.
qu'un argument contre nos idées et on s'empresse de reproduire les deux ou trois dessins d'Harper. Quand nous arrivons, après de longs mois d'un travail opiniâtre, avec un Mémoire sur le même sujet (1), les positions sont déjà prises. Pourtant, nous n'avions rien négligé pour arriver à une conviction absolue ; des milliers de tout jeunes périthèces nous étaient passés sous les yeux ; nous donnions tous les stades successifs du développe*» ment de Tascogone et de la prétendue anthéridie ; nous étions autorisé à affirmer de la façon la plus absolue l'inexactitude du fait avancé par Harper, à rencontre de notre théorie.
« Les idées que nous défendons, disions-nous en ter* minant, n'exigent pas une renonciation aux idées soute* nues avec tant de talent par A. de Bary sur les homologies des archicarpes et des anthéridies, et elles permettent de supposer un rôle important aux anastomoses des protoplasmes ; elles ne demandent pas davantage à ses adversaires d'abandonner leur opinion sur la nature pu* rement végétative de ces organes et des phénomènes de fusion protoplasmique.
<c Aussi est-il possible de tomber d'accord sur cette cons* tatation, la seule essentielle ; dans les Champignons, il existe, comme chez les autres organismes, plantes ou ani* maux, des embryons possédant un noyau double à leur berceau : partout ailleurs on dit que de tels embryons sont d'origine sexuelte ; pourquoi leur refuserait-on ce caractère chez les Champignons (2)? »
Nous ne nous chargeons pas d'expliq^uer pourquoi^ dans certains milieux, on continua d'accoMer aux observations d'Harper de préférence aux nôtres une confiance illimitée.
(i) P.-A. Dangeard : Second Mémoire sur la reproduction sexuelle des Aêcomycètes (Le Botaniste, b^ série, p. 245). (2) P.-A. Dangeard ; Loc, çi^.p. 284.
114 P.-A, DANGEARD
Si du côté des Ascomycètes la situation reste quelque temps stationnaire^ par la faute de notre adversaire, il n'en est pas de même en ce qui concerne les Basidiomycètes : les adhésions à notre théorie arrivent maintenant de tous côtés ; les unes se font sans réserve aucune, d'autres avec quelques modifications de détail.
Dès le début, alors que nous n'avions pas encore réussi à prouver l'origine différente des noyaux copulateurs, Strasburger s'était exprimé en ces termes sur notre théorie (1): € Si les noyaux qui se mêlent ainsi provenaient de parties de la plante éloignées dans le développement, on pourrait voir dans cette fusion un rétablissement d'équilibre nécessaire à la conservation de l'espèce. Cette fusion de noyaux serait, en fait, comparable dans ses effets physiologiques à une fécondation. Mais jusqu'à présent, il n'est pas prouvé que ces noyaux aient une origine différente et qu'ils ne soient pas semblables, et peut-être ne faut-il voir dans cette fusion qu'un phénomène en rapport avec un redoublement de l'activité des processus de nutrition, dont cette cellule est le siège. »
Or, l'origine différente des noyaux copulateurs ne faisait plus l'objet du moindre doute : aussi avons-nous la satisfaction de voir un de nos adversaires de la veille, Raciborski, considérer la fusion des noyaux chez les Champignons supérieurs comme un acte sexuel (2). Ce savant distingue dans la fécondation deux phases : l'une comprend l'union des protoplasmes ; la seconde, qui peut être retardée, résulte de l'union des noyaux. Celle-ci, chez les Champignons, s'effectue dans la « zeugite > qui, en fournissant un sporocarpe, est le point de départ d'une
(1) strasburger: Ueber periodische Reduktion der Chromosomenx&hl in. Entw, der Organâmen (Biol. Centralbl., 1894, p. 864).
('2) Raciborski : Ueber den Einflusi stusserer Bedingungen ttuf die Wachsthumweiae des Basidiobolus r&nàrum (Flora, 1896, Bd. 82, Heft. 2).
nouvelle génération; le sporocarpe,chez les Ascomycète&> est un asque ; chez les Basidiomycètes et les Trémellinées, c'est une baside.
La seule différence avec notre propre théorie^ c'est que, pour nousy le phénomène sexuel tout entier se passe au moment de la karyogamie, alors que, pour Raciborski, il débute avec la formation des articles binucléés, des synkarons, comme les appellera plus tard René Maire.
Perrot constate les différences profondes qui séparent les noyaux de la baside des noyaux végétatifs et il admet le caractère sexuel que nous leur avons attribué (1).
De son côté, Wager publie une Etude critique de nos travaux sur la sexualité ; il examine avec une compétence indiscutable les diverses objections qui nous ont été opposées, et il conclut en disant que si les fusions ne sont pas « morphologiquement sexuelles, elles sont du moins physiologiquement équivalentes à la fécondation (2). »
Sur ces entrefaites, nous avions publié une théorie de la sexualité en général qui n*a pas été sans jeter quelque lumière sur les phénomènes reproducteurs (3) ; nous y avions fait rentrer tout naturellement la reproduction sexuelle des Champignons ; aussi, bien que la conclusion de Wager fût toute à notre avantage, nous avons cru nécessaire de fournir une note documentée en réponse à ce savant, pour maintenir notre interprétation sans modification (4).
La chose n'était pas inutile; car Percy Groom, allant
(4) A. PdiTOt : Kernfràge und Sexu&litat bei B&sidiomyceterif Stuttgart, 1897.
(2) Wager : The sexuality ofFungi (Annale of Botany, t. XIII, 1899).
(3) P. -A. Dangeard : Théorie de la sexualité (Le Botaniste» 6« série, 1898, p. 263).
(4) P.-A.Dangeard: La reproduction sexuelle des Champignons^ étude critique (Le Botaniste, 7* série, 1900).
116 P.-A. DANGEARD
plus loin que Wager, cherchait à réunir les phénomènes découverts par nous chez les Champignons supérieurs, dans un mode spécial de reproduction sexuelle, qu*il désignait sous le nom de deutérogamie (1).
Un des arguments principaux invoqués d'abord par Wager était la pluralité des noyaux prenant part à la formation du noyau secondaire de labaside; or^ de tous côtés^ nos observations sont confirmées : Maire (2), Ruhland (3),
Harper (4) montrent que deux noyaux seulement s'unissent, ainsi que nous l'avions indiqué, pour former le noyau de la baside. Wager lui-même, dans une lettre, nous annonce qu'il a pu se convaincre, par ses propres recherches, de l'exactitude de notre observation.
Dans une importante contribution à l'histologie des Basidiomycètes, qui lui a valu un prix à l'Académie des sciences, René Maire constate que notre théorie tend à être unanimement acceptée, en ce qui concerne les Basidiomycètes.
Parmi les conclusions de ce Mémoire, nous citerons les suivantes :
l** Le nombre des chromosomes est constamment de deux dans les noyaux des Basidiomycètes ;
2° La première mitose de la baside présente un nombre variable de protochromosomes jusqu'à lamétaphase ; puis ces protochromosomes se transforment en deux chromosomes définitifs ;
3^ Le kinoplasma joue un rôle prépondérant dans la sporulation des basides des types supérieurs ;
(1) Percy Groom: On the fusion of nuclei among Plants (Transao, and Froceed. of the Bot. Soc. of Edingburg, décembre 1898).
(2) Maire : Les variations de la baside (Bull. Soc. Sciences de Nancy, 1901).
(3) Ruhland : Zur Kennt d. intracellularen karyogamie bel den Basidiomyceten (Bot. Zeit, octobre 1901).
(4) Harper: Binucleate Cells in certain Hymenomycetes (Bot. Gazette^ 1902).
4* Utilisation des données cytologiques dans la classification ;
5* Présence de deux noyaux par cellule dans les organes de reproduction les plus différenciés ; ils se divisent simultanément ; pour Maire, leur ensemble constitue une unité morphologique ou synkaron, qu'il assimile au noyau double des Sporophytes et des Métazoaires.
Après avoir analysé brièvement ce travail, M. Prillieux, rapporteur du prix Montagne, s'exprime ainsi : c Peut-on voir dans ces faits la preuve de Texistence d'une fécondation dans les Champignons basidiomycètes ? M. Maire ne le pense pas.
« La fécondation, dans les végétaux supérieurs, là où elle n*est pas contestable^ est caractérisée par la fusion de deux noyaux sexuels dont l'union constitue Tœuf. Ce dernier contient un nombre double de chromosomes et donne naissance, par des divisions successives, à toute une lignée de pareils noyaux jusqu'à un stade défini où se produit une réduction numérique des chromosomes dans les noyaux qui sont l'origine d'une nouvelle lignée aboutissant aux noyaux sexuels. Dans les Basidiomycètes, le noyau produit dans la baside par la fusion des deux noyaux associés contenant chacun deux chromosomes donne naissance aux noyaux des spores qui ne contiennent eux aussi que deux chromosomes. Il y a là une différence que M. Maire considère comme essentielle et d'où il résulte que la fusion des noyaux accouplés dans Ja baside est, selon lui, un phénomène de tout autre nature que celui qui caractérise une fécondation véritable (1). »
Il n'est peut-être pas inutile de faire remarquer que la distinction admise par R. Maire et citée par l'honorable
(i) Prillieux : Rapport sur le prix MonUgne (Comptes rendus, t. CXXXVII, p. 1121).
118 p.- A. DANGEARD
rapporteur a été faite pour la première fois et par nous, à la suite de nos recherches sur les Chlamydomonadinées; nous avons établi dans notre théorie de la sexualité deux cas dans le mode de reproduction sexuelle : 1* la réduction chromatique se produit à la germination de l'œuf ; il en résulte que le noyau des cellules contient le même nombre de chromosomes, pendant tout le développement ; 2m1 y a un retard dans la réduction chromatique, de telle sorte que les cellules provenant de l'œuf ont un noyau à 2 n chromosomes (1).
Dans le premier cas, nous placions les Chlamydomonadinées, les Ulothrix^ les Conjuguées, les Champignons supérieurs, etc. René Maire réserve pour le second cas seulement le nom de fécondation : c'est une pure question de terminologie et il n'est pas probable que les naturalistes veuillent ainsi restreindre la signification très générale accordée jusqu'ici au mot de fécondation ; mais du fait que ce jeune savant, par suite d'une limitation dans le sens d'une expression qui lui est toute personnelle, n'admet pas la fécondation chez les Champignons, il serait inexact de le considérer comme un adversaire de nos idées ; il est,au contraire, un partisan convaincu de la reproduction sexuelle des Basidiomycètes : elle est caractérisée par la mixiey c'est-à-dire par la fusion de deux noyaux an chromosomes, en un noyau à n chromosomes ; c'est un type de sexualité, dit-il, analogue à celui des Cosmarium et des Chlamt/domonas ; or bien peu se refuseront à voir dans ce dernier genre le prototype de la sexualité.
Nous pouvons constater, non sans une légitime ïiatisfaction, que si, en ce qui nous concerne, l'Académie des sciences n'a pas encore jugé le moment venu de consacrer la découverte d'une reproduction sexuelle chez les Champignons supérieurs, elle a du moins déjà décerné
(4) P.-A. Dangeard : Théorie de la sexualitéf loc. oit.
deux prix sur ce sujet, Tun à notre élève Sappin-Trouffy, l'autre à René Maire, qui s'est inspiré de nos travaux et en a confirmé les principaux résultats.
Du côté des Basidiomycètes, nous ne rencontrons plus guère de contradicteurs : la reproduction sexuelle de ce groupe de Champignons est admise, soit avec l'interprétation que nous proposons, soit avec des réserves qui n'en modifient ni l'importance ni la signification générale. Notons les diverses tendances qui se manifestent ; elles ont leur intérêt.
Pour nous, les deux énergides contenues dans labaside ou la probaside ont la valeur de gamètes : la division simultanée des deux noyaux dans le thalle n'a pas de signification spéciale ; si elle ne s'était pas produite, l'origine différente des noyaux sexuels aurait été obtenue par un autre procédé, comme chez les Âscomycètes. La vésicule qui contient les deux gamètes est une sorte d'oogone, à l'intérieur duquel s'effectuent tous les phénomènes de la formation de l'œuf ; cet œuf germe par l'intermédiaire d'un promycèle ou sans promycèle.
Raciborski et Maire expriment en des termes différents une seconde opinion, qui a son point de départ dans Tindépendance relative que conservent un certain temps les noyaux mâle et femelle, après la fécondation, chez quelques animaux (i). On sait que chez les Cyclops, en particulier, le noyau sexuel, dans ses divisions successives, conserve longtemps une structure double ; au stade de repos, les pronuclei sont accolés, mais non fusionnés ; pendant la division, leurs chromosomes font partie du même fuseau, mais ils forment deux groupes distincts. On compare cette disposition à la mitose conjuguée des Urédinées : la réduction chromatique, qui a pour effet de diminuer de moitié le nombre des chromosomes,
(1) Wllson : The Cell in DeveL and Inherilance,
120 P.-A. DAN6EARD
se trouverait alors correspondre au stade de fusion nucléaire qui se produit dans la baside. La fécondation, ou le phénomène c[ui y correspond, serait reportée, dans cette interprétation, au moment où les deux noyaux se trouvent pour la première fois en présence.
Nous avons toujours pensé que les mitoses conjuguées des Urédinées n^ont aucun rapport avec les noyaux doubles provenant de Tceuf dans les Sporophytes ou les Sporozoaires : les premiers ont toujours une indépendance, une individualité propre, que ceux-ci sont loin de poséder. D'autre part, nous avons signalé des mitoseef conjuguées dans VArcella uuZflraris, dans \e Trepomonas agilis{\)j et chez les Vampyrelles (2); ces mitoses, en particulier les dernières, ne sont certainement pas comparables à la division du noyau à 2 n chromosomes ; mais, par contre, elles sont identiques à celles des Urédinées, en ce que les noyaux, quoique se divisant simultanément, sont complètement indépendants et éloignés les uns des autres.
Cette discussion, ainsi que celle qui porte sur l'équivalence physiologique des fusions nucléaires, offre toujours quelque chose d'incomplet, tant qu'on n'a pas recours à la phylogénie même de la fécondation ; mais les Basidiomycètes se prêtaient fort mal à cette recherche, et ce n'est que grâce à l'étude des Ascomycètes que ce point d'interprétation a pu être fixé récemment dans le sens de nos idées.
Les Ascomycètes nous réservaient en effet une rude épreuve, mais ils nous livraient en même temps la solution définitive du problème.
(1) P.-A. Dangeard; L'organisation du Trepomonas agilis et Contribution à Vétude des Diplozoairea (Le Botaniste, 9e série, i^ fascicule, dé-
. cembre 1903).
(2) P.-A. Dangeard : Etude de la Karyokinèse chez la Vampyrella vorax (Le Botaniste» 7« série, p. 131).
Nous avions été amené, par induction, à découvrir la karyogamie qui s'effectue à la naissance de l'asque ; il était naturel de la comparer à celle qui se produit dans la jeune baside ; une concordance remarquable se trouvait ainsi établie dans tous les groupes de Champignons supérieurs.
Sur ces entrefaites, Harper, nous l'avons vu, signale dans le Sphwrotheca Caatagnei une autre fusion nucléaire, précédant dans le développement celle que nous avions décrite ; comme cette fusion se produit dans les organes considérés comme sexuels par de Bary, toute la théorie de ce dernier revient sur l'eau, avec les caractères que nous lui connaissons.
On n'a pas jusqu'ici d'exemple avéré de deux fusions nucléaires successives dans la série des cellules germinales, soit chez les animaux, soit chez les végétaux ; or, il faut toujours se méfier a priori d'une exception de ce genre, surtout quand elle s'applique à tout un groupe ; la fusion nucléaire de l'asque étant reconnue par tous, il était permis d'avoir des doutes sur l'observation de notre contradicteur.
L'erreur à propos du Sphœrotheca Castagnei est de 1895; deux ans après, nous la relevons, en nous entourant de toutes les garanties désirables.
L'espèce est commune : Harper peut donc reprendre ses premières observations, nous rendre justice ou nous couvrir de confusion par une réplique péremptoire. Or, voici comment, sans étude nouvelle, il apprécie notre effort (1) : « Je suis tout à fait convaincu, dit-il, qu'une recherche plus prolongée, avec de meilleures méthodes, aurait conduit Dangeard à trouver les stades qui lui manquent. » Or, il faut bien remarquer qu'à la place des
(J) Harper : Sexu&l Reproduction in Pyronema confluens and ihe Aforph. •/ Afcocarp (Ann. of Botany, vol. XIV, 1900, p. ?30).
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i22 P.-A. DAMGEàRD
trois ou quatre stades figurés par Harper^ nous en avions fourni cinquante, indiquant tous les changements qui s'opèrent dans le contenu des organes et la structure des noyaux, modifications qu'il n'avait même pas soupçonnées.
Harper continue avec le Pyronema confluens ce qui lui a si bien réussi avec le Sphâsrotheca ; il décrit, dans cette espèce, des fusions nucléaires entre les noyaux de Tanthéridie et les noyaux de l'oogone ; ce Mémoire fait grand bruit dans les divers milieux scientifiques, et personne, sauf nous peut-être (l)^ne songe un seul instant à mettre en doute les résultats avancés par ce savant.
Il nous faut chercher ce Pyronema confluens^ l'obtenir dans de bonnes conditions d'étude et refaire le travail d'Harper ; or, pour la seconde fois, nous surprenons ce savant en flagrant délit d'inexactitude (2).
Mais, dans l'intervalle, le coup avait porté : les traités généraux s'étaient emparés des figures d'Harper ; partout, on nous opposait ses observations ; la confiance était telle que les histologistes qui s'occupaient de l'étude des Ascomycètes, ne pouvant mettre en évidence ces fusions nucléaires dans les archicarpes, supposaient néannioins qu'elles avaient lieu.
Nous n'exagérons rien : il nous suffît de citer le Mémoire de Barker sur les Monascus et celui de Miss E. Dale sur les Gymnoascées.
Voici comment s'exprime Barker (3). Le^noyaux de l'ascocarpe sont relativement nombreux ; il en résulte que lorsqu'on les examine, même en sections, quelques-uns
(1) P.-A. Dangeard : La reproduction sexuelle des Champignons supérieurs comparée à celle de rActinosphserium (Le Botaniste, 7ç série, 4900, p. 273).
(2) P.-A. Dangeard : Sur le Pyronema confluens (Comptes rendus, t. CXXXVI, 1903).
(3) Barker, The MorphoL an Devel. of Ihe Ascocarp, in Monascus (Ann. of Botany, vol. XVII, 1003).
paraissent toujours superposés ; on. a ainsi l'apparence de fusions nucléaires ; une observation attentive permet cependant, dans la plupart des cas, de reconnaître une simple superposition. Les noyaux sont si petits et leur contenu en substance colorable si faible qu'une conclusion ferme relative à leur fusion ne saurait être donnée. Cependant, il est extrêmement probable que des fusions se produisent. Puis, après avoir rappelé les observations d'Harper sur les Pyronemaj Barker ajoute : <i II y a de fortes présomptions en faveur dé fusions par paires entre noyaux mâles et femelles, dans la cellule centrale. »
Barker est un observateur consciencieux; il a cherché vainement ces fusions nucléaires : il croit qu'elles se produisent réellement parce qu'Harper en a décrit dans des conditions semblables ; mais il ne les a pas vues et il le dit en toute sincérité.
Même impression dans le Mémoire de Miss E. Dalesur les Gymnoascées (1). Dans les Gymnoascus, le périthèce débute par deux rameaux qui s'enroulent l'un sur l'autre ; Tauteur pense qu*il s'établit une communication entre eux et que cytoplasme et noyaux se trouvent mélangés ; « sans doute, une fusion nucléaire se produit à ce moment, mais la chose n'a pas été déterminée avec certitude (2). »
Cependant, Barker avait eu la grande obligeance de nous procurer l'espèce de Monascus qu'il avait étudiée ; d'un autre côté, Treub nous envoyait de « Tang quac », substance qui nous permettait d'obtenir le Monascus purpureus. Nous pouvions démontrer, quelque temps après, dans une Note à TAcadémie des sciences, l'impossibilité de fusions nucléaires dans l'ascogone (3).
(1) Miss £. Dale : Observations on Gymnoaseacx (Ânnals of Botany, vol. XVII, 1903).
(2) Miss E. Dale : Loc. ci/., p. 580.
,(3) P.-A. Dangeard : La sexualité dans le genre Monasous (Comptes rendus, t. CXXXVl, 1903).
124 P.A. DANGEARD
Il ne restait donc rien des allégations d'Harper; la théorie de de Bary n'avait pas fait un seul pas depuis la fin de la seconde période ; il était souverainement injuste de continuer à l'opposer à nos découvertes qui, elles, reposaient sur des faits réels et d'un caractère général.
Deux nouveaux Mémoires ont paru sur le genre Monascus ; l'un est dû à Ikeno (1), le second a été écrit par Kuyper (2). Les conclusions du premier sont manifestement erronées ; celles du second paraissent se rapprocher des nôtres ; c'est tout ce que nous pouvons dire, étant donnée notre ignorance de la langue néerlandaise.
Du côté des Lichens, on avait repris, les yeux fermés, l'ancienne doctrine de Stahl sur la sexualité des CoUemacées.
Baur décrit le carpogone et le trichogyne du Collema crispum{3). Cette espèce présente deux variétés : Tune, plus massive, est dépourvue de spermogonies ; son thalle renferme de nombreux ascogônes, qui dégénèrent pour la plupart sans se développer en apothécies : dans la seconde forme, les ascogônes se développent normalement en apothécies, grâce à la présence de nombreuses spermogonies. Baur est fort perplexe lorqu'il s'agit de préciser la nature de l'acte sexuel. Le trichogyne comprend une longue file de cellules à un seul noyau ; Tascogone est lui-même composé de cellules uninucléées, et toutes ses cellules prennent part à la formation deshyphesascogènes.Or, il faudrait une fécondation pour chacune de ces cellules : on ne trouve pourtant qu'une spermatie à l'extrémité du trichogyne et il ne parait pas probable que le no^u de la spermatie puisse
(1) Ikeno : Uber die Sporenb. xind ayst. StelLvon, Monasous purpureus (Berioh. d. deuta. Bot. Gesell., t. XXI, 1903, p. 259).
(2) Kuyper : De perithecium-outwik. van Monascus purpureus Went eat Monascus Barkeri Dangeard in verband met de phylogenie der Ascomyceten.
(3) Baur : Zur Frage nachder Sexualitat der Collem&ceen (Ber. d. d. Bot. Gesell., 1898).
se diviser pour fournir lè nombre d'éléments nucléaires nécessaires à la fécondation. En désespoir de cause, Baur suggère l'idée d'une fusion nucléaire dans la première cellule de Tascogone seulement; les autres cellules de l'ascogone seraient des cellules auxiliaires qui recevraient chacune un noyau provenant du noyau de l'œuf.
Darbishire, après avoir décrit, dans leParmeZia pulverulenta (1), la disposition del'ascogone et du trichogyne, composés l'un et l'autre de cellules à un seul noyau, reste sur la réserve et se contente de dire que le mode compliqué de fécondation réclame de nouveaux éclaircissements, bien que le procédé indiqué par Baur, à la suggestion de Karsten, soit après tout bien possible; il insiste principalement sur le rôle du trichogyne, qui, selon lui, ne peut jouer le rôle d'organe perforant, au sens de Lindau.
Van Tieghem avait autrefois proposé de considérer le trichogyne comme un organe de respiration ; de son côté, Lindau attribue à cet élément un rôle mécanique et le désigne sous le nom de '< terebrator » : il servirait à ouvrir le chemin qui permettra à l'apothécie plus tard de venir gagner la surface du thalle : c'est cette opinion que discute Darbishire, en la combattant.
Dans une seconde note, Baur étudie le Parmelia acétabuluni, VArïaptychia ciliariSy le Pertusaria communis et le Pyrenula nitida (2) ; tandis que VAnaptychia ciliaris possède des carpogones distincts, les autres ont des groupes de carpogones à l'origine de chaque apothécie. Nous retrouvons toujours les mêmes hypothèses, au sujet de la fécondation ; parmi les ascogones d'un thalle, quelquesuns seulement arPivent à fournir les apothécies ; ceux-ci sont donc privilégiés ; ils reçoivent une impulsion que n'ont pas les autres ; cette réaction est due à l'action d'une
(1) Darbishire : Ueber die Apotheciumentw. der Fléchie (Jahr. f. wis. Bot., Bd. 34).
(2) Baur : Ueber Anlage und Enlw. ein, Flecht, (Flora, Bd. 88, 1901).
i26 P.-A. DANGEARD
spermatîe sur le trichoygne. Une particularité présentée par le Parmelia acelabuluvi ne milite guère cependant en faveur de cette déduction : dans cette espèce, les trichogynes sont nombreux et situés au voisinage immédiat des spermogonies ; malgré cela, beaucoup de carpogones avortent. Baur en est réduit à invoquer ou bien la nécessité d'une fécondation croisée, ce qui, dans le cas présent, est invraisemblable, ou bien une action nulle des spermaties sur le développement de Tapothécie, ce qui est la vérité.
Funfsttick, quoique partisan de la sexualité chez certains LichenSy ne semble pas avoir beaucoup d'illusions sur le cas du Parmelia : il voit là quelque chose d'analogue à ce qu'il a rencontréchez lesPeltigera et les Nephromium (1) : dans ces deux genres, l'ascogone se développe en apothécie : d'une manière purement végétative il est vrai qu'il n'existe même plus, alors, ni trichogynes ni spermog^onies ; l'auteur, qui est aii courant de notre première réponse aux travaux d'Harper, reconnaît qu'on ne possède encore aucune preuve de la réalité d'un acte sexuel chez les Lichens.
Nous arrivonsà un dernier Mémoire tout récent de Baur, dont voici les conclusions principales (2) :
1** Dans les genres Parmelia^ Anaptychia^ Endocarpon^ Gyrophora^ Lecanora et Cladonia^ les hyphes ascogènes naissent d'un carpogone semblable à celui des Collema ; ces formes sont probablement sexuelles : mais il a été impossible de suivre l'acte sexuel chez aucune espèce, à cause de la petitesse des objets et de la lenteur du développement.
2** Le Soiorina se comporte comme le* genres PeZh'gera Peltidea et iVep/iromium étudiés par Funfstiick :ce groupe, selon toute probabilité, est apogame: les trichogynes ont
(I) Funfstiick : Der g egenwsir tige Stand d, Flectenkunde (Ber.d. Bot. GeselL, 1902).
(2) Baur: Unt. ûber die Enlw.der Flechtenapotheoien (Bot.Zeit., 1904).
disparu ; dans le Solorina, on ne trouve plus de spermogonies, alors que les espèces du premier groupe en possèdent.
Nous ferons suivre ces conclusions de quelques remarques.
Il est établi qu'aucun fait nouveau n'est venu à l'appui de rhypothèse d'une sexualité chez I09 Lichens au sens de Stahl : par contre, on sait d'une façon précise que cer« tains genres forment normalement leurs périthèces sans intervention de trichogynes et de spermaties. Les apothécies ayant les mêmes caractères partout, il est extrêmement probable que pour les unes comme pour les autres, • trichogynes et spermaties n'ont rien avoir dans leur développement.
Que si on insistait sur la nature mâle des spermaties^ les objections de Moller, qui a obtenu leur germination et leur développement en nouveaux thalles, ont toujours leur valeur ; la parthénogenèse n'est pas un phénomène banal dans l'hétérogamie accentuée : les partisans de la sexualité des Lichens, qui trouvent naturelle cette parthénogenèse des spermaties, se mettraient sans entrain à la besogne, si on leur demandait d'obtenir un thalle de Floridée à l'aide des seuls anthérozoïdes.
Baur nous dit que certains Lichens sont « probablement » sexuels, tout en avouant qu'on ignore tout de l'acte fécondateur : nous demandons qu'il veuille à nouveau développer ses idées sur la manière dont les choses doivent se passer. Admet-il encore la possibilité d'une fécondation pourune seule cellule del'ascogone et le transport de noyaux aux cellules auxiliaires? ou bien a-t-il réuni de nouveaux aperçus au cours de ses récentes recherches. La vérité, c'est que toute fécondation par une spermalie est impossible, d'abord à cause du très grand nombre de cellules qu'elle aurait à traverser avant d'arriver à l'ascogone, ensuite, parce que l'ascogone est un complexe de
cellules qui toutes sont susceptibles de fournir des hyphes
ascogènes.
Baur aurait été mieux inspiré si, au lieu d'emprunter pour justifier sa thèse, le secours inefficace et trompeur de notre adversaire, il avait consulté et cité nos recherches ; c'était une question dejustice, puisque ces recherches sur les caractères histologiques des Lichens sont les premières qui aient été publiées. Il était naturel également de signaler l'opposition que nous avons apportée à tout essai de renouveau dans la théorie de de Bary. En science, on a le devoir de tenir compte à la fois de ses partisans et de ses adversaires. Ainsi, pour ma part, je n'hésite pas un seul instant à reconnaître la valeur des observations ^ de Baur, si on les dégage du parti pris qu'elles reflètent ; nous trouvons dans ses travaux de bonnes descriptions de Tascogone et des hyphes ascogènes chez un certain nombre de Lichens.
En résumé, si du côté des Bâsidiomycètes, aucune VQix ne s'élevait plus pour contester notre découverte, nous assistons, en ce qui concerne les Ascomycètes, à un formidable mouvement de réaction, dû à une influence que nous serions peut-être autorisé à qualifier de néfaste, si cette influence, en retenant notre attention sur ce sujet, n'avait eu finalement pour résultat de nous permettre d'établir la phylogénie delà fécondation chez les Champignons supérieurs.
La théorie de de Bary, abandonnée à la fin de la seconde période, avait reconquis ses positions ; elle avait même gagné à sa cause un de ses adversaires d'autrefois, Van Tieghctn, qui, confiant dans les travaux d'Harper, avait renoncé à ses anciennes objections. On ne parlait rien moins que de retrouver une fusion nucléaire à l'origine de tous les périthèces.
Nous venons de voir les efforts faits en ce sens par Barker, Miss E. Dale, Darbishire, Baur, etc. ; mais ces
tentatives n'avaient pas eu le moindre succès ; il fallait revenir à la conception d'une sexualité disparue chez la plupart des Ascomycètes, à l'idée d'une apogamie presque générale dans le groupe. Quant à fournir la moindre explication des phénomènes de karyogamie de Tasque et de la baside, les partisans de de Bary n'y songent pas, et quelques-uns, comme Baur, trouvent beaucoup plus simple de les ignorer. Si ces partisans avaient pu faire état d'un cas incontesté de fécondation, Thypothèse d'une apogamie aurait été acceptable ; mais la confiance qu'ils ont dans les exemples du Sphœrotheca et du Pyronema^ ne saurait durer longtemps en présence de nos affirmations, qui restent sans réponse.
Pendant que cette opposition à nos idées se manifestait dans les conditions que nous venons d'indiquer, il se passait du côté des Saccharomycètes un fait caractéristique, bien propre à encourager ceux qui nous accordent leur confiance.
Les Saccharomycètes forment un groupe aberrant, et de nombreuses hypothèses ont été faites au sujet de leurs affinités ; beaucoup les considèrent comme des Ascomycètes.
Aussi, après avoir mis hors de doute l'existence d'une fusion nucléaire à l'origine de Tasque, nous avions engagé les histologistes à entreprendre des recherches du côté de l'organe considéré comme asque chez les Levures.
« Dans les Saccharomycètes, nous avons démontré, écrivions-nous, la présence d'un seul noyau dans chaque cellule pendant le bourgeonnement (1) ; mais nous n'avons pas réussi jusqu'ici à observer la formation des asques ou des organes considérés comme tels : il sera, excessivement curieux de voir sî, au moment de cette formation^
{{) P. -A. Dangear4 : Sur U structure hisiologique des Levures et leur développement (Comptes rendus, 3 juillet 1893),
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la cellule destinée k devenir Vasque renferme deux noyaux opérant leur fusion. On peut cependant prévoir ce résultat d'après l'étude très complète que nous avons pu faire de la cloque du pêcher ; ce parasite appartient à une famille voisine des Saccharomycètes, celle des Exoascées (1). »
Or, dès Tannée suivante^ Schionning (2) décrivait dans le Schizosaccharomyces octosporus un mode de formation de Tasque par conjugaison de deux cellules sœurs ; malheureusement, Tauteur ignore comment se comportentles noyaux. Hofmeister (3), en 1900, dans une Note sur le noyau des Levures, constate que les deux cellules destinées à s'unir contiennent chacune un corpuscule chromatique qui représente un noyau ; la fusion des deux cellules-filles est suivie de l'union des noyaux ; l'unique clément nucléaire ainsi formé subit trois bipartitions successives ; autour de chaque noyau, une spore s'organise.
Nos prévisions étaient donc réalisées ; Tasque, chez certains Saccharomycètes tout au moins^ possédait une origine sexuelle : la formation des spores était précédée d'une fusion de noyaux.
Les Schizosaccharomyces forment un groupe particulier de Levures ; leurs cellules se multiplient par division transversale, alors que chez les Saccharomyces il y a bourgeonnement.
Or, si l'on en croit les recherches de Janssens et Leblanc, on trouverait également chez les Saccharomyces une fusion de deux noyaux dans la cellule-mère de Tasque (4) ; ces deux auteurs observent une première
(4) P.-Â. Danjçeard : La reproduction sexuelle des Asccmycètes (Le Botaniste, 25 juUlet 1894, p. 31).
(2) Schionning : Nouvelle et singulière formation d'asque dans une Levure (Compt. r. des. Meddel. fra Carisb. Labor., V, 4, 1895).
(3) Hofmeister : Zum Nach weise des Zellkernes bei Saccharomyces (Sitz. d. Naturw. med. Ver. d. Bohmen, Lotos, 1900).
(4; Janssens et Leblanc : Recherches histologiques sur la cellule de Levure (La Cellule, t. XIV, 1898).
division dans la cellule ; elle tend à introduire dans celleci deux noyaux qui, en se conjuguant, transforment cette cellule en un œuf. S'appuyant sur nos travaux, Janssens et Leblanc n'hésitent pas à interpréter l'union des deux noyaux de la cellule*mère de l'asque comme un acte sexuel. Barker, qui a suivi les indications de Janssens et Leblanc sur le mode de culture et le moment propice à l'examen des cellules, a rencontré des aspects semblables à ceux qui ont été figurés par ces savants (1).
Barker a d'ailleurs décrit en 1901, chez une Levure à cellules bourgeonnantes découverte par lui dans le gingembre commercial, une forme de l'asque analogue à celle des Schizossiccharomyces ; deux cellules distiiictes et indépendantes s'unissent par un canal étroit ; il semble que ce phénomène est accompagné d'une fusion nucléaire (2) ; mais la preuve n'en sera donnée que plus tard (3). Toutefois, Barker n'hésite pas à reconnaître dans cette conjugaison un exemple de sexualité du mode le plus simple. 11 propose de désigner cette Levure sous le nom générique de Zygosaccharomycètes.
Presque en même temps, Guillermond reprenait l'étude du Schizosaccharomyces octosporus (4) ; il confirmait, sans la connaître, l'observation d'Hofmeister sur l'existence d'une fusion nucléaire à l'origine de l'asque : sa description de la structure des noyaux est plus exacte que celles de Barker et d'Hofmeister. Guillermond a étendu ses recherches à plusieurs sortes de Levures (5) ; il a retrouvé
; (1) Barker : On Spore-formation among the Saccharomycetes (Jourûal of the Federated Inet. of Brewing, V, 8, 1902, p. 63-66).
(2) Barker : A conjugating Yeast (Philos. Transactions of the Royal Society of London, vol. CXCIV, p. 407-485, lu le 6 juin 1901).
(3) Barker : On Spore-formation, loc. cit., p. 57.
(4) Guillermond : Recherches hisloL sur la sporulation des Schizosac- • charomycètes (Comptes rendus, 22 juillet 1901).
(5) Guillermond: Recherches cytologiquessur les Leuures (Paris, thèse, 1902, et Revue générale de Botanique, t. XV, 1903).
132 P.-A. DANGEARD
des phénomènes d'isogamie avec fusion nucléaire dans le Schizosaccharomyces Pombe et le Schizoccharomyces MeU lacei ; Tapogamie, qui est assez rare dans les deux premières espèces, est assez fréquente dans la troisième, qui possède même une variété complètement apogame.
Les faits dûment constatés d'apogamie chez un Schizosaccharomyces ordinairement sexué nous fournissent peut-être l'explication de la controverse qui s'est élevée à propos des Levures ordinaires. Nous avons vu que Janssens et Leblanc avaient signalé un phénomène de karyogamie précédant la formation des spores dans Tasque ; les observations de Barker sont favorables à cette manière de voir. Wager a nié le fait et Guillermond admet également l'absence de karyogamie (1). Il est donc prudent d'attendre, avant de se prononcer, d'autant plus que JanssenSy dans un second Mémoire, maintient énergiquement ses premières conclusions.
En résumé, les phénomènes d'isogamie sont indiscutables chez les Schizosaccharomyces et les Zygosaccharomyces, à l'origine de l'asque, alors que chez les Sacçharomyces on ignore encore s'il y a karyogamie ou apogamie.
Quoi qu'il en soit, tandis que la théorie de de Bary est impuissante à expliquer la nature sexuelle de l'asque des Levures, la nôtre nous avait permis de l'indiquer par avance.
Un point restait obscur aussi bien pour nous que pour nos adversaires : certains genres réunis fréquemment sous le nom d'Hemiasci, comme les Taphridium (2), les Ascoidea(i), les Protomyces, sont dépourvus de périthèoe : on ne peut leur attribuer ni archicarpes ni anthéridies ;
(\) Guillermond: Sur le noyau de U Levure (Annales Mycologie!, vol. II, n* 2, 1904).
(2) Juel : Taphridium (Bihang t. K. Svenska Vet-Acad. Handlingar, Bd. 27, 1902).
(3) r'opta : Beitrag zurKennt. d. Hemiasci (Flora, 1899).
mais on ne trouve pas davantage de fusion nucléaire à l'origine de l*asque. La difficulté a été résolue par l'étude du nouveau genre Protascus, un des nombreux parasites de TAnguillule (1) ; Tasque, dans les Hemiasci, dérive du sporange asexuel.
Après avoir été si longtemps sur la brèche, nous aurions pu nous contenter d'assister en spectateur aux efforts infructueux de nos adversaires, d'autant plus que nous étions engagé dans des recherches d'une autre nature également intéressantes (2), mais l'Académie des sciences, désireuse sans doute de mettre en présence les représentants de l'une et l'autre école, avait proposé comme sujet de concours du grand prix des sciences physiques pour 1903 la question suivante :
a Rechercher et démontrer les divers modes de formation et de développement de l'œuf chez les Ascomycètes et les Basidiomycètes. »
Tous ceux qui auront lu attentivement cet historique jugeront avec nous que notre abstention eût été mal interprétée ; nous eûmes donc l'honneur de soumettre nos travaux au concours. Le rapporteur^ M. VanTieghem, se borna à cette constatation : « Deux Mémoires ont été présentés. La commission estime que, dans l'un comme dans l'autre, la question n'est traitée que d'une façon incomplète »; mais, en même temps, la commission proposait à l'Académie de proroger la date, qui se trouvait reportée en 1906.
Dans un concours comme celui de 1903, qui porte sur une découverte dont l'historique précédent a fait ressortir à la fois l'importance et les difficultés, il n'existe, si l'on écarte toute subtilité d'appréciation, que deux solutions, puisqu'on réalité ne sont en présence que la théorie
(1) P.-Â. Dangeard : Sur le nouveau genre Protascus (Comptes rendus, t. CXXXVI, 1903).
(2) P.-A. Dangeard: /n^roduc/ion k la neuvième série du Botaniste^ décembre i903.
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de de Bary, soutenue par Harper, et nos propres découvertes.
Le sujet du concours porte lui-même sur deux points : la recherche des divers modes de formation et de développe-ment de Vœuf chez les Ascomycètes et les Basidiomycètes.
En ce qui concerne les Basidiomycètes, personne n*a songé à nous contester la paternité de la découverte des phénomènes sexuels : nous avons même eu la satisfaction tout intime de voir le prix Montagne, de cette même année 1903, donné à René Maire, qui^ dans sa thèse, s'est montré un chaud partisan de la sexualité des Basidiomycètes } nous connaissons déjà les adhésions nombreuses venues de tous côtés, y compris celles d'adversaires de la première heure, comme Raciborski. Harper lui-même n'est pas très éloigné de se rallier à notre interprétation. Péchoutre, qui, dans V Année biologique^ a la charge de fournir l'impression d'ensemble qui se dégage des travaux particuliers, s'exprime ainsi au chapitre de la reproduction asexuelle : « Des recherches approfondies sur la reproduction par spores des Thallophytes tendent de plus en plus à démontrer que dea processus considérés jusqu'ici comme purement asexuels représentent en réalité une sexualité réduite. C'est ainsi que Maire considère la fusion nucléaire de la jeune baside des Basidiomycètes cojnme un processus sexuel réduit, qu'il désigne sous le nom de mixie. Harper est moins catégorique et n'ose afïirmer que cette fusion représente un acte sexuel ; il reconnaît toutefois qu'une telle interprétation a en sa faveur ce iait que la fusion ne se produit pas entre noyaux-sœurs, mais entre noyaux qui, grâce à la mitose conjuguée, sont restés différents pendant de longues périodes d'accroissement végétatif (1) . »
Donc, à moins de vouloir attendre un accord unanime
(4) Année biologique^ dirigée par Y. Delage, ?• année, i902, p. 102.
et complet, qui n'a probablement jamais existé pour aucune théorie, fût-elle, comme la nôtre, appuyée sur les faits les mieux établis, on est bien obligé d'admettre nos conclusions ; la sexualité des Basidiomycètes est démontrée, et si Ton épilogue^ ce n'est plus que sur les détails.
Nous voyons par exemple Blackman, dans un Mémoire que nous voudrions louer sans réserve/ essaimer d'une diversion qui ne trompera certainement personne (1).
La sexualité comprend trois phases : union des gamètes, fusion des noyaux, réduction chromatique ; le mot fécondation n'a jusqu'ici aucun sens précis. Doit-il servir à caractériser uniquement soit l'union des gamètes, soit la fusion des noyaux sexuels ? En général, les deux phénomènes sont concomitants et alors aucune difficulté n'existe. Mais comme chez un certain nombre d'animaux le noyau de copulation reste double à travers ses divisions successives longtemps après l'union dçs gamètes, certains auteurs réservent le mot de fertilisation ou de fécondation, à la réunion des cytoplasmes, mâle et femelle, sans se préoccuper du moment où la fusion nucléaire devient complète.
Dès lors, quand il s'agit de Champignons, certains auteurs, par suite d'une fausse analogie, repor);ent le phénomène de fécondation à l'instant où, dans le développement, les deux noyaux qui vont constituer les deux lignées sexuelles se trouvent pour la première fois en présence.
A diverses reprises, nous avons montré que l'existence des deux lignées indépendantes d'éléments nucléaires constituait un simple moyen pour le mycète d'obtenir une origine différente des noyaux copulateurs : cette ori* gine est obtenue par des procédés qui varient selon les
<l) Blackman : Of the fertilisation, Alt. of Générations &nd gênerai CyMogy ofthe Uredinex (Annals of Botany, vol. XVIII, 1904).
136 P.A DANGEARD
groupes : nous connaissons ceux de VExoascus et de la Pézize : dans VAspergillus et plusieurs autres Ascomycèt68,la formation d*un article binucléé se fait par segmentation d'un article à nombreuses énergides.BIackman croit avoir découvert un mode encore différent dans une Urédinée, le Phragmidium violaceum : il y aurait, chez cette espèce, émigration du noyau d'un article uninucléé dans un autre ne possédant également qu'un noyau ; Fauteur s'empresse alors de qualifier ce phénomène de fécondation. Si la description de Blackman, malgré son invraisemblance notoire, se trouvait confirmée, nous aurions un procédé de plus dans la mise en présence des deux énergides ;nous retombons dans l'interprétation de Raciborski et de Maire, et nous avons déjà dit pourquoi nous ne pouvions partager l'opinion de ces deux savants, bien qu'elle ne puisse nuire en aucune façon à notre découverte.
Blackman va plus loin et, s'appuyant sur la structure des spermaties, il coni^idère les spermogonies comme des appareils mâles qui ne sont plus fonctionnels : cet auteur fait trop bon marché des expériences qui ont permis d'obtenir chez les Lichens un nouveau thalle à partir de laspermatie.
Puisque l'occasion se présente, nous pouvons sans inconvénient tenter une explication des divers appareils de fructification chez les Urédinées : elle nous est suggérée pas nos recherches récentes sur les Ascomycètes.
Chez les Ascomycètes, sporanges et gamétanges ont été remplacés respectivement par des conidiophores et des gamétophores. Les conidiophores peuvent être de diverses formes dans une même espèce : on ne connaît jusqu'ici qu'une seule sorte de gamétophore pour une même espèce.
Les Basidiomycètes répondent au même schéma général ; mais il nous parait que, si chez les Urédinées, la
spermogonie, par sa place dans le développement, représente un conidiophore^ Técide et l'urédo sont peut-être des gamétophores au même titre que Tappareil à téleutospores : cela expliquerait la similitude de leur origine et de leur structure. Les dipiogamètes de Técide et de l'urédo seraient restés parthénogénétiques, par suite de la vigueur de leur nutrition, et Tacte sexuel ne serait intervenu qu'en fin de végétation dans la téleutospore. On aurait ainsi Texplication du cycle réduit des Endophyl-ium, qui serait le cycle normal avec parthénogenèse.
En résumé, la sexualité des Basidiomycètes ne fait plus aucun doute ; on ne la conteste plus : on cherche seulement à discuter, — sans trop de succès, — quelques points de détails; Vaccord est réalisé sur le fond.
La question des Ascomycètes est beaucoup plus délicate.
Les partisans de la théorie de de Bary se dérobent en général à la discussion : ils procèdent par aphorismes ; ils feignent d'ignorer les objections qui leur sont opposées (1).
Or, jamais, de notre côté, nous n'avons refusé de répondre aux critiques dont nous avons été l'objet : maintes fois, nous les avons provoquées. Nous avons été plus loin ; nous avons essayé de faciliter à notre principal contradicteur une retraite honorable (2) ; nous avons laissé entendre le tort qu'un plus long silence peut causer, non seulement dans le domaine des idées, mais dans celui des intérêts matériels. Notre appel n'a pas été entendu ; nous aurions mauvaise grâce à insister.
Mais nous ne cesserons de protester quand nous rencontrerons des auteurs négligeant systématiquement les
(1) Consulter à ce point de vue le Mémoire déjà cité de Baur et celui de Davis signalé plus bas.
(2) P. -A. Dangeard : A propos d*une lettre du professeur H&rper (Le Botaniste, 9« série, 1903, p. 46).
138 P'A. DANOEARD
divers éléments de la controverse. Il est naturel, par exemple, d'éprouver quelque surprise, en voyant Davis s'appuyer (1), pour développer ses idées, sur les travaux d'Harper concernant le Sphœrotheca et le Pyronema^ sans même prendre la peine de citer la réfutation que nous en avons donnée ; — nous pourrions faire la même remarque lorsque cet auteur utilise les recherches de Barker et de Miss Dale ; son zèle dépasse toute mesure. Nous sommes persuadé, par exemple, que Barker, après la note que nous avons publiée sur les Monascus^ se garderait bien d'écrire, comme le fait Davis : « Âlthough not positively established, there are good reasons for believing that the numerous gamète nuclei of Monascus fuse in pairs as in Albugo Bliti^ A. Portulacœ, and Pyronema (1). »
Nous reviendrons sur ce point,, car il est de la plus grande importance : l'intérêt des lecteurs exige qu'on les renseigne exactement et complètement ; en leur laissant ignorer les divers éléments de la controverse, on peut se procurer un succès facile, mais il n'est que momentané : tôt ou tard les responsabilités sont établies. Hien n'est si difficile d'ailleurs, en un pareil sujet, que de garder une juste mesure.
Nous avons vu de Bary, à la fin de la seconde période, exprimer avec vivacité son étonnement au sujet de certaines résistances qu'il trouvait injustifiées. Dans cette troisième période, nous nous heurtons depuis longtemps à une hostilité du même genre avec des différences que chacun est maintenant en mesure d'apprécier: plus que de Bary, nous avons cherché à atténuer l'expression de nos doléances, pourtant si justifiées parfois. Si, malgré nos réels efforts, nous n'avons pas su ménager toutes les susceptibilités, nous le regretterons profondément : nos
(1) Davis : The reUtionshipa ofsexual organs in Plants (Bot. Gazette» 1904, V. XXXVIII).
HISTORIQCE 139
lecteurs savent que nous avons toujours fait passer au premier rang l'intérêt des causes que nous défendons.
En France, où nous pouvions espérer que nos idées rencontreraient dès le début un accueil favorable, une prudence que nous trouvons excessive a longtemps banni des traités de Botanique tout ce qui pouvait tendre à faire connaître et à propager notre découverte : à peine s'eston décidé à faire çà et là de timides allusions aux faits de karyogamie, en se gardant de toute interprétation*
Si nous avions pu compter sur Tappui d'un savant de grand mérite^ dont le nom a été fréquemment mêlé aux controverses de la secc^nde période, les choses au* raient changé de face : à diverses reprises nous avons essayé vainement de le convaincre. Mais Van Tieghem n'a jamais caché, depuis plusieurs années, ses sympathies nouvelles pour la théorie de de Bary. Dans un mémoire qu'il à publié sur Tœuf des plantes (1), la classification des Algues et des Champignons se trouve remaniée d^une manière complète : VEremascus et le Dipodascus^ par exemple, se trouvent placés sous le nom d'Ere mascinées au voisinage des Desmidinées, tan* dis que le Sph^srotheca et le Pyronema constituent deux familles différentes réunies avec les Laboulbéninées, les Némalinées, les Banginées, les Œdogoninées, etc., dans les Tomiées hétérogames. Van Tieghem, pour établir ses deux* familles des Pyronemacées et des Erysibacées, s'appuie sur les recherches d'Harper concernant le Sp/icProfheca (1895) et le Pyronema (1900) qu'il considère comme démontrées ; « malgré des assertions contraires, venues de divers côtés, mais toutes dénuées de preuves jusqu'à présent, ces recherches me paraissent, dit-il, mériter pleine confiance. U n'est pas moins désirable
(4) Van Tieghem : Vœuf des plantes^ considéré comme base de leur dassificaHon (Ann. se. nat., Bot.j 8« Série, t* XIV, 1901)
140 P.-A. DANGEARD
qu'elles puissent être bientôt confirmées et étendues aux autres parties de ce vaste sujet » (1).
Ce souhait trouva son expression dans le concours de 1903. On était endroit d*espérer qu'Harper et ses partisans tiendraient à justifier Tespoir qu'on avait fondé sur eux et la confiance qu'ils inspiraient ; le rapporteur était, nous venons de le voir, acquis d'avance à tout essai heureux de généralisation. '
Leur abstention a dû surprendre : elle fait contraste avec notre empressement à soumettre au contrôle d'une commission des recherches pour la plupart vérifiées depuis longtemps et acceptées déjà par de nombreux savants.
L'opposition que nous rencontrons a des racines tellement profondes, tellement vivaces^ qu'Harper dispose encore en France — le croirait-on — de nombreux alliés ; nous n'en voulons comme preuve que la citation suivante, extraite d'une note publiée par la Revue générale des sciences dans son n"" du 15 janvier 1904, au titre c Chronique et correspondance ». Dans Tordre des Ascomycètes, nous connaissons bien, écrit sans ironie l'auteur anonyme de l'article, l'existence des œufs et des spores ; mais les premiers, dans la majorité des cas, et même parfois les secondes, nous laissent très indécis sur leur mode de formation.
« Un grand pas vient d'être fait dans l'étude de leur origine : M. Harper, dans ses remarquables études sur le Pyronema confluenSj nous montre la formation de l'œuf due^ non plus à une cellule comme le fait se présente généralement, mais à un article polynucléé. Sur un rameau du thalle se différencie un oogone, qui prend une forme absolument comparable àcelle d'un ballon de chimie, tandis qu'une anthéridie prend naissance à côté et vient s'accolera la partie mucilagineuse formant le col du ballon.
(1) Van Tieghem : Loc. cit.^ p. 243.
Ayant dissous là membrane, Tanthéridie introduit son contenu dans l'oogone et donne ainsi naissance à l'œuf véritable, œuf toutefois qui, dès le début, comme nous venons de le dire, forme un article plurinucléé.
K Le même savant nous a montré par contre Tœuf cellulaire dans le genre Asp^gillus^ cette moisissure si fréquente sur le cuir et dont jusqu!ici nous ignorions là formation ovigène. Il a pu observer la naissance de Toogone et de Tanthéridie, leur combinaison en une cellule à travers la membrane résorbée et leur enveloppement progressif dans un réseau épais dont la cuticule donne naissance à ce périthèce, en forme de boule jaune, abondant dans les herbiers humides. C'est à ce périthèce qu'on avait autrefois donné le nom d'Eurotium herbariorurriy le considérant comme un genre à part. Cette découverte ofire une importance capitale, car par analogie elle nous permet de soupçonner le même mode de formation chez les genres Sterigmatocystis^ Pénicillium et tous les genres voisins dont le mode de croissance est identiquement le même ».
Ayant étudié en détail le développement du périthèce dans les Aspergillus, nous étions fixé sur les conditions de sa formation. Mais nous pouvions croire à la lecture de cet article tendancieux qu'Uarper avait réalisé pour la troisième fois une fausse synthèse nucléaire analogue à celles du Sphxrotheca. et du Pyronema. Heureusement, après renseignements pris^ il ne s'agissait que d^un partisan trop zélé qui s'était fait l'écho infidèle d'une leçon sans doute mal comprise.
La chose n'aurait aucune importance si elle ne révélait ur^ état symptomatique des plus curieux ; nous retrouvons cette disposition d'esprit, ce qui est plus grave, dans des mémoires qui ont un véritable intérêt documentaire, ceux déjà cités de Baur et de Davis ; ces auteurs n'ont rien appris dans cette troisième période ; ils affectent de ne tenir aucun compte de nos travaux, ne connaissent pas
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le mouvement puissant d'adhésion qui s'y rapporte et que nous avons signalé, ignorent les diverses interprétations proposées et se reprennent à rouler volontairement le rocher de Sisyphe^ au grand étonnement de ceux qui conservent le souci des méthodes scientifiques, faites tout entières d'observations exactes, de critiques judicieuses et d'impartialité absolue.
Il est intéressant, à ce point de vue, de voir comment après tous les travaux qui viennent d'être signalés, un disciple attardé de de Bary juge en 1904 la situation ou du moins essaie de la présenter (1) : « Dieser einzig richtige Weg ist schon langst von de Bary gewiesen und ihm und seinen Schlilern verdankt die Mycologie die meisten Bausteine dazu. Spâter in der Âera Brefeld sind aile die hierhergehorenden Fragen, vernachlassigt worden und erst in neurer Zeit sind wir, vor allem dank der amerikanischen Mycologen, Harper, Thaxter u. a wieder ein Stuck vorwarts gekommen(l) ». Lindau, s'appuyant sur nos plus récentesrecherche8(2),fait bonne justice d'affirmations de ce genre qui tendent à dénaturer complètement Toeuvre de Brefeld.
Baur avoue que nous ne connaissons que très peu d'Âscomycètes dans leur développement complet ; mais ce que nous savons suffirait pour jeter les bases d'un système naturel et pour éclairer la phylogénie des Ascomycètes et des Laboulbéniées. On distingue deux types principaux de sexualité caractérisés par des différences dans l'organe mâle ; dans le premier, celui des Collema, du Polystigma^ les éléments mâles sont des spermaties qui sont portées passivement jusqu'au trichogyne. Dans le second type, le trichogyne va lui-même se mettre en communication avec lecarpogone» comme dans le PyronemEi
(1) Baur: Untersuchungen ûber diê Entw. der Flechten apothecien (Bot. Zeit., 1904,lleft II, loc. cit. p. 4 du tirage à part).
(2) Lindau : Naturwis. Wochenschrift^ n» 27^ avril 1904, p. 425.
le cas du Sphserotheca qui met en présence des organes uninucléés dériverait des Pyronema exactement de la même manière que celui de VAlbugo candida se rattachant au cas de VAlbugo Bliti (1).
On supposerait, en lisant ces lignes, que les phénomènes de fécondation tant cherchés par de Bary et ses élèves dans la seconde période, sont enfin désormais définitivement établis ; les considérations de Baur n'ont de valeur et d'excuse que si elles peuvent s'appuyer sur un cas de fécondation indiscutable.
Or, non seulement on ne connait aucun exemple de fécondation entre carpogones et spermatie'sou entre carpogones et pollinodeç, mais les recherches effectuées dans la troisième période montrent l'absence de ce mode de sexualité. Quand Baur nous parle de fécondation dans le Collema et le Polystigmaj il oublie que ses propres investigations prouvent l'impossibilité d'une fécondation de l'ascogone par une spermatie ; un noyau ne traverse pas une vingtaine de cloisons, placées dans le trichogyne, pour arriver devant un organe femelle pluricellulaire dont toutes les cellules ^ont se comporter de la même manière en fournissant les hyphes ascogènes ; en toutes choses, il faut se garder d'arriver à l'absurde; quant au Polysiigma cité avec complaisance, personne ne l'a étudié depuis Fisch, et nous savons que ce savant avouait son impuissance à démontrer l'existence d'une fécondation.
Nous ne parlons pas des Laboulbéniées : en admettant que ce soient de véritables Àscomycètes, ce que nous ignorons, la fécondation dans ce groupe, au su de chacun, n'est nullement démontrée ; des raisons d'ordre matériel paraissent même s'opposer à sa réalisation dans les conditions que Thaxter a pu invoquer.
(1) Baur : Loc.cit.^p, 5.
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Le second type de sexualité invoqué par Baur est celui du PyronemtL et du Sphserotheca : libre à lui de continuer sa confiance aux observations d'Harper ; mais il avait le devoir d'ajouter que nous en contestons formellement Texactitude.
Les mêmes remarques s'appliquent au récent mémoire de Davis sur les organes sexuels des plantes et leurs relations ; il est non moins curieux et instructif de voir comment un auteur arrive à écarter de la discussion tout ce qui est défavorable à ses idées, alors qu'il admet comme certains des faits absolument controuvés.
Davis, dans sa théorie des cœnogamètes» établit deux classes (1) : dans la première, le protoplasma de chaque élément passe en entier dans les gamètes; dans la seconde classe, une certaine partie de ce protoplasma est consacrée à une fonction autre que celle de la reproduction. Davis, qui est un excellent histologiste, sait fort bien qu'aucun des genres d'Ascomycètes qu'il place dans Tune et Tautre classe, n'a donné de résultats positifs ; nous ne lui ferons pas l'injure de penser un seul instant qu'il ignore les notes et mémoires qui prouvent l'absence de fusions nucléaires dans les divers exemples qu'il cite et au stade qu'il envisage : aussi n'est-ce pas sansune surprise bien naturelle qu'on lit des déclarations comme celles-ci: lescœnogamètes de la première classe ont pour typas les organes sexuels des Mucorinées et des Gymnoascées... Nous ne connaissons pas l'histoire des noyaux dans la fusion des gamètes, soit chez les Mucorinées, soit dans le Gymno&seus ; mais il y à de bonnes raisons de croire qu'ils s'unissent par paires comme' dans les cas semblables'présentés par VAlbugo Bliti et le Pyronema ; il est probable que les conditions présentées dans le Gymnoascus se retrouveront
(1) Davis iTherelationships ofsexu&l organs in Plants (Bot. Gazette, V. XXXVI II, octobre i 904).
chez tous les Ascomycètes inférieurs Eremascas^ Euro^ fium, Ceratostoma, Sordaria, Ascoboltis (1).
C'eôt donc sur une série d'hypothèses que repose cette première classe de cœnogamètes ; malheureusement ces suppositions mêmes, en ce qui concerne les Ascomycètes, sont complètement erronées, ainsi que nous l'ayons démontré dans plusieurs notes à l'Académie des sciences (2).
Les cœnogamètes de la seconde classe seraient mieux étudiés : ainsi le développement des organes sexuels et les phénomènes de fécondation seraient presque aussi bien connus dans le Pyronema que dans les autres plantes. Ce n*est pas l'avis exprimé dans certain article auquel Harper n'a pas encore répondu, mais que Davis devrait connaître (3). De même, à propos des Monascus, il est peut-être imprudent d'écrire qu'il y a de bonnes raisons de croire à la fusion par paires des noyaux, alors que Barker lui-même est resté hésitant et qu'une note est venue montrer l'absence de ces fusions (4). N'y a-t-il pas quelque chose de choquant à voir poser la question de savoir si les gamètes du Sphaarotheca forment ou non la fin d'une série représentant la réduction nucléaire d'un cœnogamète, alors que ce genre ne possède aucun gamète au stade considéré (5).
Ce système dé la prétérition, comme nous l'appelle-
(1) Davis : Loc. cit., p. 254-255.
(2) P. -A. Dangeard : Sur le développement dupérithèce des Ascobolées (Comptes rendus, Acad. se, janvier 1904, p. 223, t. CXXXVIII). — Sur le dételoppement du périthèce chez les Ascomycètes (Id., p. 642, t. CXXXVIII). — Observations sur les Gymnoascées et les Aspergillacéés (Id., mai 1904, t. CXXXVIII).
(3) P.-A. Dangeard : A propos d'une lettre du professeur Harper (Le Botaniste, décembre 1903).
(4) P.-A. Dangeard : La sexualité dans le genre Monascus (Comptes pendus, t. CXXXVI).
(5) P.-A. Dangeard ; Second mémoire sur la reproduction sexuelle dès Ascomycètes (Le Botaniste, 5^ série, 1896-1897).
146 P.-A. DANGEARD
rons, est depuis longtemps jugé ; il s'est exercé à toutes les époques ; ses résultats sont déplorables ; son action fausse l'opinion et décourage les bonnes volontés ; nous devons protester chaque fois que nous le rencontrons sur notre chemin ou sur celui degf autres.
Nous n'hésitons pas à dire que de Bary n'aurait jamais accepté qu'on transformât ainsi les traditions de son école ; à chaque instant, nous avons vu Janczewski, Kihlman, Fisch, Baranetzki, Eidam, avouer leur impuissance à observer la fécondation proprement dite dans les Ascomycètes qu'ils étudiaient ; pendant la seconde période, le souci de l'exactitude primait toute autre considération. Ceux qui se disent aujourd'hui les continuateurs du maître agissent autrement ; cette fécondation est nécessaire à leurs conceptions nuageuses ; ils ne se préoccupent pas d'établir ou de vérifier si elle existe ou non ; ils l'admettent malgré les avertissements qui leur sont prodigués ; ils ne veulent pas nous connaître parce que nos travaux les contredisent, et c'est de gaîté de cœur et en connaissance de cause qu'ils essaient de retarder l'acquiescement général aux doctrines nouvelles.
Celles-ci procèdent d'un esprit bien différent ; elles essaient de rendre à de Bary et "k Brefeld la part qui leur est légitimement due dans les travaux d'approche qui ont préparé la découverte de la sexualité des Champignons supérieurs ; nous avons fait de notre mieux pour arriver à ce résultat, et nous espérons avoir réussi. Nous souhaitons que le nouveau mémoire auquel cet exposé sert d'historique mette fin à un antagonisme qui n'a que trop duré, et à des rivalités qui n'ont aucune raison d'être.
Nous avons essayé dans cet historique de reproduire très fidèlement, pour cette troisième période, la marche des événements auxquels nous avons pris une part active ; ceux qui auront le loisir de lire les travaux que
HISTORIQUE Ut
nous avons publiés, et ceux que nons citons dans la bibliographie, verront comment se sont précisées^ en dépit de nombreuses résistances, les notions nouvelles que nous possédons actuellement sur la sexualité des Champignons supérieurs.
Il restait à montrer comment cette reproduction sexuelle se rattache à celle des Champignons inférieurs ; dans ce but, nous avons repris tous les exemples étudiés par de Bary et ses élèves pour édifier leur théorie ; nous avons cultivé, à partir de la spore, un grand nombre d'espèceSj dont plusieurs nouvelles ; nous en avons fait l'étude histologique aux principaux stades du développement. L'abondance des documents, le désir que nous avions d'être complet et de ne fournir aucune prise aux objections, a retardé le moment de la publication ; mais des notes préliminaires ont fixé de temps à autre la direction de nos recherches et indiqué les principaux résultats obtenus (1).
Nous avons pu, de la sorte, établir les grandes lignes de la phylogénie de la sexualité dans les Champignons supérieurs. Nous allons la résumer ici afin de facilitei^ la lecture de notre mémoire.
On trouve, à la base des Ascomycètes, deux genres fort intéressants i>arce qu'ils montrent d'une façon très nette ^ la transition avec les Siphomycètes, c'est-à-dire avec les Champignons non cloisonnés possédant des sporanges et des gamétanges : l'un, dont nous avons déjà parlé, est. VEreniascuaalbus, découvert par Ëidam et décrit par lui (2);
(4) F.-A. Dangeard : i» Sur le genre Ascodeamis (Comptes rendus Âcad. se, t. CXXXVIl). — Nouvelles considérations sur la reproduction sexuelle des Champignons supérieurs (Le Botaniste, 9* série, décembre 1903). — Sur le développement du périthèce des Ascobolées (Comptes rendus, t. CXXXVIII, 1904). — Sur le développement du périthèce ehlez les AsGomycètes (Id., t. CXXXVIII). — Observations sur les Gymnoascées et ter Asp^rgillacées (Id., t. CXXXVIII).
(2) Eidam : Loc, cit.
148 P.-A. DANGEARD
le second est le Dipodascua albidus^ trouvé par Lager^ heim (1).
Déjà, de Bary avait été obligé, dans sa classification des divers types de reproduction, de faire une place à part au genre Eremascus ; tandis que l'acte fécondateur donne directement, dans ce dernier, naissance à Tasque, partout ailleurs il fournit les hyphes ascogènes supportant les asques.
Le Dîpodascus albidus venait se ranger tout naturellement à côté de V Eremascus ; deux rameaux contigus et renflés en ampoule se mettent en communication par une anastomose ; à la suite de cette copulation, Tun d'eux se développe directement en un sac produisant de nombreuses spores. Eidam avait comparé l'asque de Y Eremascus à la zygospore des Piptocéphalidées : de même, Lagerheim considère comme organes homologues le sac du Dipodascus et la zygospore des Mucorinées. Les deux savants s'accordent pour accepter la parenté d'une partie des Ascomycètes tout au moins avec les Zygomycètes.
Juel, dans un mémoire très intéressant, nous donne quelques renseignements sur les phénomènes histologiques qui se passent au moment de la copulation chez le Dipodascus (2). Nous voyons que les deux rameaux copulateurs ont la valeur de ganiétanges, car ils renferment chacun plusieurs noyaux : après l'anastomose, c'est l'un des rameaux qui se développe en sac. Parmi tous les noyaux, deux seulement sont: privilégiés et se fusionneront pour fournir le noyau de Tœuf ; tous les autres sont destinés à dégénérer ; les deux noyaux qui s'unissent viennent sans doute d'un gamétange différent, mais la chose n^est pas certaine. Quoi qu'il en soit, les
(1) Lagerheim : Dipod&scuê albidus, eine neue geschl, Hemia$cèe (Jahrb. f. wiss. Bot., Bd, 24, 1892).
(2) Juel : Ueber ZeUinhalt^ Befruchtung und Sporenbild. bei Dip4>dtLêca8 (Flora, 1902).
noyaux des spores proviennent directement des bipartitions du noyau de l'œuf.
Juel n'a pu se dégager complètement dçs idées ambiantes ; au lieu de considérer le sac du Dipodascus comme un asque, ce qui n'est pas discutable, il suppose qu'il représente l'ensemble d'un périthèce avec ses a8(|ue8 (1).
Cette dernière opinion ne peut être acceptée : l'œuf du Dipodascus&e camporte exactement comme celui du Cystopus candidus ; il est formé de la même manière aux dépens de deux gamètes privilégiés provenant de gamétanges différents ; le noyau des spores provient de la division du noyau de copulation. La seule différence consiste en ce que, dans le Cystopus^ l'œuf ne gej^me qu'après un temps de repos, alors que dans le Dipodascus la germination est immédiate ; c'est précisément ce dernier caractère qui difiérencieTasque ; nous passons ainsi, par une transition ménagée, des Péronosporées aux Ascomycètes.
Les asques ont la même valeur chez toutes les espèces ; ce sont des sporogones provenant chacun de la germination d'un œuf distinct : si le noyau des ascospores provenait d'un noyau simple, on pourrait accepter l'hypothèse d'une apogamie. Mais ce n'est pas le cas : le noyau des ascospores dérive toujours directement d'un noyau de fusion, d'un noyau double comme dans le Dipodascus. Nos adversaires sont donc obligés d'admettre que le noyau double qui est partout la souche des noyaux des ascospores, a tantôt un caractère sexuel (Dipodascus), et tantôt un caractère purement végétatif (la plupart des Ascomycètes). Il est beaucoup plus naturel de considérer risque comme ayant toujours la valeur d'un sporogone aussi bien chez les Dipodascus et VEremascus que chez les autres Ascomycètes.
Nous connaissons l'objection et nous allons y répondre:
(i) Juel : Loc, cit. 9 p. 54.
pourquoi l'asque est-il porté dans un cas par un seul filament, alors qu*au début il provenait de deux filaments copulateurs ?
L'explication de cette différence est Thistoire même de 1^ phylogénie de la fécondation chez les Champignons supérieurs.
^ous avons montré que la sexualité s'est établie chez les êtres vivants de la manière suivante. L'espèce se multipliait par des sporanges, c'est-à-dire par des sacs, à l'intérieur desquels le protoplasme se fragmente en un nombre variable de corpuscules reproducteurs ; ceux-ci, désignés sous le nom de zoospores, sont le point de départ de nouveaux individus. A un moment donné de l'évolution, il est arrivé qu'après un certain nombre de sporulations les zoospores n'avaient plus l'énergie suffisante pour développer un nouvel individu ; il leur a fallu s'unir par deux en fusionnant leurs noyaux pour retrouver l'énergie nécessaire à la continuation du développement.
 partir de ce moment, on pouvait distinguer des zoospores et des gamètes, des sporanges et des gamétanges (fig. 1) ; le gamétange n'était autre chose qu'un sporange à zoospores affaiblies (1).
Chez les Siphomycètes, la reproduction sexuelle n'échappe pas à ce schéma; il y a des sporanges et des gamétanges ; mais les gamètes qui chez les Chlamydomonadinées effectuent normalement leur copulation en dehors des gamétanges, sont immobiles chez la plupart des Champignons inférieurs ; ils restent dans les gamétanges, et leur union ne peut s'opérer qu'au moyen d'une anastomose qui fait communiquer les gamétanges ; Tanaatomosey en elle-mêmej n'a aucun caractère sexuel.
Si nous prenons les Péronosporées, où le phénomène
(i) GonBuliernoire théorie de la sexualité (Le Botaniste, 6« série, 1898, p. 263).
HISTORIQUE 15i
est le mieul connu, nous voyons que, dans les gamétanges en présence, tous les gamètes^ sauf deux, sont ordinairement sacrifiés au profit de l'œuf qui sera formé aux dépens de ces deux gamètes ; cet œuf germe en un sporange ou sporogone.
Dans le DipodascuSj les organes sexuels ont encore tous les caractères de ceux des Péronosporées : il y a deux gamétanges en présence, et tous les gamètes sont également sacrifiés, à Pexception de deux qui, en fusionnant
FiG. 1. — Sporanges S. — Gamétanges G. — Zoospores Z. — Copulation des gamètes A B dans une Chlamydamonadinée.
leurs noyaux, donnent le noyau de Tœuf. Mais cet œuf, au lieu de passer par un stade de repos, en s'entourant d*une membrane, germe immédiatement en un sporange ou sporogone qui est Tasque*
La germination immédiate de Tœuf est donc le seul caractère important qui sépare la reproduction sexuelle du Dipodascus de celle des Péronosporées ; Vépiplasme lui-même n'est peut-être ici que le reste des gamètes sacrifiés.
N'oublions pas que les Ascomycètes sont des Siphomycètes qui, abandonnant le milieu liquide, deviennent des Champignons aériens ; or l'histoire de la sexualité est
P.-A. DANGEARD
là pour nous montrer l'importance d'un tel changement ; il a fallu une adaptation spéciale dont nous pouvons suivre les grandes lignes chez les Ptéridophytes, les Gymnospermes et les Phanérogames.
^...«^ Il a'est donc pas étonnant
que le même effet ait produit les mêmes causes chez les Champignons.
D'un côté, nous voyons le sporange transformé en conidiophore ; Vensemble des spd- Tes d'un œnidiophore corre«pond aux spores d'un sporange (fîg.2).
Mais le gamétange, nous le savons, est l'équivalent d'un sporange, rien d'étonnant à ce qu'il ait subi une différen- .
dation analogue et se soit développé en un gamétophore ; Vensemble des gamètes du gamétophore correspond aux gamètes d'un sporange, c'est entre eux que doit s'effectuer la fécondation.
Si les deux gamétanges en présence s'étaient différenciés chacun en un gamétophore^ avec gamètes s'unissant de Vun à Vautre, il n'y aurait pas eu la moindre difficulté dans V interprétation ; la difficulté n'existe que parce que Vun des deux gamétophores seul «'est développé et que Vunion des gamètes a lieu sur le même gamétophore (fîg. 3).
L'objection tombe pourtant d'elle-même, lorsqu'on entre plus avant dans l'examen des faits.
Pour qu'il y ait formation d'un œuf, il n'est nullement
FiG. 2. — SporaDge S et conidio phore G. ~ L'ensemble des zoophores Z du sporange S correspond' àTensemble des conidies C du gamétophore G.
nécessaire que les gamètes appartiennent à des gamé« tanges différents ; on connaît de nombreux exemples où la copulation s'efTectue entre gamètes d'un même gamétange {Ulothrix^ Chlamydomonas^ etc.).
FiG. 3. — 1. Schéma de la reproduction sexuelle telle qu'elle doit se produire entre gamètes provenant de deux gamétanges. — 2. Modifications se rencontrant chez les Péronosporées ; chaque gamétange possède un gamète privilégié ; le gamète de l'anthéridie traverse le pore de communication et va se fusionner avec celui de Toogone. — 3. Deux gamétophores en présence.* normalement Tunion devrait se produire entre gamètes, provenant de gamétophores différents. — 4. Modification introduite, permettant Tunion des gamètes sur le même gamétophore.
On est donc absolument autorisé à afiirmer que Fœuf peut également se former aux dépens des gamètes d'un même gamétophore (fig. 3, 4).
Prenons le Dipodascus de tout à Theure : les noyaux de chaque gamétange proviennent fréquemment d'un même article (fig. 4) : il est naturel de supposer que les deux noyaux copulateurs sont passés par un gamétange différent ; mais en quoi la sexualité serait-elle troublée, si
i54 p.A. DANGEARD
par hasard ou autrement ces deux noyaux avaient suivi la même direction ? Le second gamétange n'aurait plus de rôle sexuel à remplir ; tout se bornerait à une question de nutrition ; cet organe devenu inutile pourrait même disparaître saiis inconvénient : c'est ce qui est arrivé chez la plupart des Ascomycètes.
Fio. 4. — Dipodascus albûlus. — Reproduction sexuelle analogue à celle des Péronosporées ; elle en diffère par la germination immédiate de l'œuf en as que G.
AU moment de la différenciation en gamétophore, c'est le seul gamétange utile qui a subi la différenciation ; le second n'a laissé que des traces (fîg. 5), et il a même fini par disparaître complètement : voilà toute l'explication des insuccès de de Bary et de ses élèves, cherchant une fé« condation dans des organes qui sont transformés ou en voie de disparition ; ce sera toutefois Vhonneur de de Bary d^avoir soupçonné une partie de la vérité alors que beau--
coup n^ accordaient à ses archicarpes et à ses anthéridies qu'une valeur purement végétative.
Nous trouvons donc chez les Ascomycètes un seul gamétophore, avec des traces çà et là du second rameau dont le rôle n'a plus rien de sexuel ; il contribue sans doute, lorsqu'il persiste, à assurer une meilleure nutrition du gamétophore ; mais ses noyaux n*ont plus rien à voir avec la fécondation. Déjà chez beaucoup d'Ascomycètes, il est devenu inutile et a disparu complètement ; sa présence n'est connue chez aucun Basidiomycète.
L'intérêt tout entier se concentre sur le gamétophore. La copulation entre gamètes provenant de gamétanges différents a pour résultat d'obtenir une parenté plus ou moins éloignée des noyaux copulateurs :
le même but, c'est-à-dire, l'origine fio. 5. — Schéma d'un gadifférente des noyaux sexuels, est r4cfatiôîo"r^^^^^^^^^^
gamètes D et la germination en as ques A; àlabase, trace du second gamétange stérile.
atteint d'autre manière, dans le gamétophore unique, fig. 5.
On connaît même deux procédés différents chez les Ascomycètes : l'un est réalisé par une série de mitoses conjuguées comme dans les Exoascus; le second par une formation en crochet, comme chez les Pézizes.
Chez les Urédinées, l'origine commune des noyaux copulateurs est reportée très loin, jusqu'à l'écide, à partir de laquelle les mitoses conjuguées se continuent sans interruption jusqu'à la téleutospore.
Dans tous les cas, Vœuf résulte de Vunion de deux énergides^ de deux go^mètes, renfermés sous la même membrane, et il germe en un asque ou en une baside.
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La germination en asque est le seul caractère ancestral nettement conservé : l'analogie avec le sporange est tel* lement évidente que Brefeld n'a pas manqué d^y insister longuement au cours de ses laborieuses recherches.
La germination en baside représente un nouveau progrès d'adaptation à la vie aérienne; ie sporange provenant de l'œuf, a résisté chez les Ascomycèteà à une différenciation en conidiophore, semblable à celle du sporange ordinaire : chez les Basidiomycètes, au contraire, ce sporange est devenu un conidiophore.
D'après cela, il semble certain que les Basidiomycètes sont supérieurs dans l'évolution aux Ascomycètes : cela explique Tabsence du second rameau stérile à Torigine de leur gamétophore. L'un et l'autre groupe dérivent des Siphomycètes : on arrivera sans doute à savoir plus tard si l'origine est distincte ou si les Basidiomycètes ne sont qu'un rameau des Ascomycètes, détaché de bonne heure et ayant évolué parallèlement.
Les organismes inférieurs, Protophytes et Protozoaires offrent aux naturalistes une mine inépuisable de découvertes : l'élan est donné dans tous les pays, et personne ne songe à en contester l'opportunité.
La France conservera, nous l'espérons, dans ce mouvement, le rang que lui ont donné les travaux de Dujardin, de Tulàsne, de Thuret et Bornet, de Renault, de Van Tieghem, etc.
L'étude de la Cryptogamie a été officiellement consacrée par la création récente d'une chaire au Muséum : il s'agit là d'une mesure sage et prévoyante. On pourrait peut-être toutefois regretter le caractère de classification pure qui lui a été attribué, si d'autres créations ne devaient dans l'avenir donner aux recherches sur l'organisation et le développement des organismes inférieurs la part qui leur revient si légitimement.