LES FEMMES
O vous, qui revenez victorieux et graves,
Les mains libres du glaive aux autels suspendu,
Purifiés du sang par vos bras répandu.
Et pieux, comme il sied que soient pieux les braves,
Saluez cette terre, Époux vaillants et las, Et dites-nous, à nous qui, pendant la mêlée.
Invoquions la Peur sainte et la Vengeance ailée, Quels Dieux ont combattu pour le salut d^Hellas.
Quand l'aube de ce jour, empourprant les Cyclades, Ouvrit ses portes d'or au radieux Archer, L'Akropolis là-bas fumait comme un bûcher Et la torche courait parmi les colonnades.
Sur le sol déserté de la Patrie en deuil, Pallas ne veillait plus, sévère Protectrice; L'égide que Gorgô de ses cheveux hérisse Des temples profanés ne gardait plus le seuil.
Les corps des suppliants, percés de coups de lance. S'amoncelaient aux pieds du vainqueur insolent, Et, seul, l'orgueilleux cri du Mède violent De la cité sacrée emplissait le silence.
Pour que fût accompli l'oracle, aux horizons, Sous le char syrien la terre ensanglantée Tremblait ; l'olivier blanc du divin Erekhthée Tordait en jets de feu ses impuissants tisons.
Et, quand le Pythien foula les monts de neige. Sous les tours de Kékrôps, vides comme un tombeau, L'incendie éteignait son suprême flambeau Avec les derniers feux de la nuit sacrilège,
Où, mitres, dans l'armure aux squammes de métal, Sur nos autels conquis dormirent les satrapes, Où le sang d'iakkhos, pleuré par l'or des grappes, Versa l'ivresse aux Rois du ciel oriental.
De TAigalée ardent couvrant les âpres pentes, Dans un tumulte lourd de combattants bardés De fer, de cavaliers haussant leurs arcs bandés, De machines levant leurs étranges charpentes.
Les innombrables rangs en croissant étages.
Sous un mur incliné d'enseignes et d'images, Ceignaient l'autel du Feu vivant, où les grands Mages Interrogeaient le cœur des chevaux égorgés..
Cependant qu'attentifs aux augurales marques, Droits sur leurs étalons nyséens, imbriqués De bronze, dans l'éclair des javelots choqués. Resplendissaient, géants, les durs myriontarques.
Et peut-être, songeant à leurs sacrés aïeux,
Tous croyaient voir, chassant au ciel l'ombre inféconde,
La gloire de Kyros, le dynaste du monde.
Dans le rouge levant monter avec ses Dieux.
Et, sur le promontoire enveloppé d'armées.
Le Maître de l'Asie, et de l'Inde et de Tyr, Dans l'azur fulgurant qui semblait retentir De l'éclat souverain des victoires clamées,
Immobile comme un Dieu d'or, le Conquérant, Parmi ses Ariens qu'il passait de la tête.
Dominateur vêtu pour la dernière fête Et le plus beau de tous comme aussi le plus grand,
Xerxès, le Roi des Rois, l'Archer akhéménide, Kntouré des dix mille Immortels, et pareil Au disque éblouissant et muet du soleil, Siégeait, silencieux, sur son thrône splendide.
Mais aux pieds du Grand Roi, sinistre et flamboyant, Sur TAigée écumeux dressant sa haute barre.
L'entassement confus de la flotte barbare Montait vers nous, farouche et sombre, en s'éployant,
Avec ses avirons battants, ses hautes guibres,
Qui heurtaient des tridents de bronze, au rauque appel
Du sistre et de la conque aiguë : et l'archipel
Des carènes domptait l'essor de nos eaux libres.
Tous étaient là; l'Egypte et Sidon et Byblos, Chypre et la Cilicie et l'Ionie esclave, Et Tyr dont les vaisseaux portent à leur étrave L'emblème avec les noms du laboureur des flots.
Et nous, les bras tendus vers les Vengeurs suprêmes. Nous écoutions venir, sous le ciel haletant Où le cri des buccins s'envolait par instant. L'égal et calme effort de douze cents trirèmes.
Et pourtant, dans le soir panique, tout a fui. L'immense armée au vent roule comme une écume : Le Mode a succombé, cependant que s'allume Sur les sommets divins la triomphale nuit.
Qui donc a dispersé les nefs sans nombre, et livre
Les cadavres sanglants des Rois vêtus de fer
A tes enfants muets, incorruptible Mer?
Quels Dieux, quand la clameur des trompettes de cuivre
Plana sur la forêt des mâts, ont revêtu L'armure et ceint le glaive, et bondi dans l'aurore Des lances ? Dites-nous, Chefs de la mer sonore. Pour le salut d'Hellas quels Dieux ont combattu ?