‹ Le bouclier d'arèsChapitre 22 sur 26 · LES GUERRIERS · texte numérisé non relu

LES GUERRIERS

L'inévitable Arès avait saisi Tépée Etincelante, avec le bouclier de cuir :

11 marchait devant nous, car nous avons vu fuir, Comme des faons surpris au flanc d'une cépée,

Parmi les avirons dressés et les agrès Rompus, parmi les mâts que broie et qu'enchevêtre Le heurt grinçant et sourd des bordages de hêtre, Les royaux Immortels et les Archers mitres.

Quand l'aile de nos nefs, blanches comme des cygnes. Dans l'aube à l'occident plus pâle s'éploya, Quand l'éclair propagé des glaives flamboya Sur le balancement cadencé de nos lignes,

Et que, dominateur de Tantique océan, Des parois de THymette aux rocs de Salamine, Monta, comme un orage en la splendeur marine, Avec cent mille voix le rythme du pœan,

La plaine de la sainte Eleusis, alarmée D'un confus cliquetis de lances et de dards Inaperçus, sonnait ainsi que sous les chars Et les pas, et les cris d'une invisible armée.

Une immense nuée aux soudains tourbillons Enveloppait les champs déserts d'une épouvante Nouvelle, et qu'on eût dit la poussière mouvante De tout un peuple en marche épars dans les sillons.

Ainsi venaient vers nous les ombres magnanimes Des ancêtres, ainsi, vers nos rangs en péril, Le Prince des guerriers guidait l'essaim viril Des Héros protecteurs et des Rois éponymes :

Et tous, les grands dompteurs de monstres, les tueurs De fléaux, aux yeux pleins des reflets de l'Eau noire Et des souffles épais du Styx, et qu'en la gloire Du jour, nous devinions aux sereines lueurs

Des boucliers heurtés en un ciel de présage, Tous précédaient Tessor des galères d'airain, Kt nous, calmes et fiers sous le dieu souverain, Nous suivions, hérissés de lances, leur passage.

Ainsi le mur des nefs croula sous les assauts Furieux des guerriers de THellas, ainsi l'ombre Emporta le débris de la flotte sans nombre, Et qui semblait la ville effrayante des eaux.

O Flemmes de TAttique, ô nobles Erekhthides, Au jour levant, Ares était à nos côtés; Et voici que descend, sur nos champs dévastés, La nuit victorieuse aux planètes splendides.

Page 1