LES MARINS
Le sang des Immortels, des Gardes et des Braves Venge l'impiété du Prince injurieux Qui de chaînes chargea, pour mépriser nos Dieux, L'Hellespont flagellé par le bras des esclaves.
Poséidon, le Roi de la profonde mer, Conduisait le vol sûr de no§ hautes carènes.
Et, pour nos avirons, les vagues souveraines S'apaisaient en grondant sous son sceptre de fer.
Les vaisseaux tyriens apparus sur les croupes Onduleuses des flots avaient des tours de bois. Et les dards hérissaient, ainsi que des carquois, Les citadelles dont se couronnaient les poupes.
Leurs éperons étaient de bronze, et la lueur De leur rouge voilure empourprait le carnage, Et des rameurs, courbés sur le puissant sillage, Ensanglantait la face et le torse en sueur.
Centenaires nochers de merveilleux périples, Dont Técume et le vent ont brûlé les sourcils. Leurs pilotes, au front de neige, étaient assis Sous l'image d'un dieu dardant des langues triples.
Et dédaigneux du gouffre et des flots soulevés, Ne vivant plus que par leurs prunelles arides, Ils laissaient voir, écrit dans leurs terribles rides, L'inconnu fabuleux des océans bravés.
Mais, sous le disque ailé des Mages, dont émane La gloire du dynaste akhéménide, encor Plus effrayants étaient les Chefs écaillés d'or. Ceux de Bactres et ceux de Suse et d'Ekbatane,
Qui debout sur le soc des étraves, haussant Dans les glaives leurs fronts cerclés de la tiare, Semblaient, vêtus de pourpre et de métal barbare. Les vendangeurs sacrés de la vigne de sang.
Et cependant le vent triste des nuits disperse Leurs cadavres roidis aux épaves noués, Et la vorace mer roule en ses plis muets Les flottes du Liban et les armes du Perse.
La colère des flots victorieux décroît :
Et le Dieu protecteur des galères hellènes,
Poséidon se lève et contemple ses plaines
Que jonche lé désastre immense du Grand Roi.
Tempêtes qui fuyez ce soir l'Ile divine, Portez vers le Dompteur ancien des vastes eaux L'hymne éclatant, jailli de nos trois cents vaisseaux Que berce en frissonnant la mer de Salamine.