‹ Le bouclier d'arèsChapitre 4 sur 26 · LES VILLES · texte numérisé non relu

LES VILLES

Asshour sous son regard s'étend en plaines jaunes Où d'énormes cités, étageant leurs pylônes, liarrent l'horizon noir de leur entassement Monstrueux, et pareil au fauve accouplement Des bêtes de la nuit dans le sable accroupies. Les millions de bras des nations impics Et la sueur de sang des générations, Sous le grand ciel muet aux imprécations Du vil bétail courbé sous l'étreinte des sangles, Ont scellé sur la pierre aux redoutables angles Le haut soubassement des colossales tours :

Leur fourmillement sombre eiïrayait les vautours,

Et, la nuit, sous le jet dardé des phalariques, Aux lueurs de Tasphalte et des fourneaux de briques, Vingt peuples, mutilés par la forge, et noircis, Et marqués d'un fer chaud entre les deux sourcils. Entravés, un carcan de bronze sur la nuque, Sous le bâton du maître et du hideux eunuque. Avec les noirs granits, les marbres et les grès, Ont bâti ces amas de murs démesurés :

Ressen, Kalah, Singar, que gardent des colosses, Où le chasseur Nimroud a parqué ses molosses. Et qui montrent, scellés aux fûts de leurs piliers. Les anneaux de métal rivés à leurs colliers Terribles, et pareils aux étranges ceintures Qui pendent aux plafonds des chambres de tortures.

Mais ces villes, dressant au fond du firmament. De leur base de fange à leur entablement, L'amoncellement noir de leurs architectures, Et des Rois disparus les hautes sépultures.

Ces villes, encombrant la face du désert, Des plaines du Shinar au rivage d'Azer, Et dont Tombre, pareille à l'ombre des montagnes, D'Elam et d'Elassar envahit les campagnes, Ces villes, où la tour s'étage sur la tour.

Auprès de Ninoua la grande, où règne Asshour, Sont comme des aiglons sous les ailes de l'aigle.

Page 1