‹ Le bouclier d'arèsChapitre 5 sur 26 · LES NATIONS · texte numérisé non relu

LES NATIONS

Telles que sur le van des poussières de seigle,

Le Roi d'Asshour contemple, ondulant à ses pieds,

La houle des vaincus aux flots multipliés.

Du fond de Thorizon venant, lourdes marées,

Se heurter, avec des clameurs exaspérées.

Au mur de la terrasse, où, debout sur son char,

Victorieux de ceux qu'a condamnés Ishtar,

Le conquérant du monde agenouillé soulève

Sa stature de dieu dans le soleil du glaive.

Ils viennent, muets sous les expiations,

Ces troupeaux qui longtemps furent des nations

Les yeux étincelants de fièvre et de famine, Sales, mangés de lèpre et rongés de vermine, Va d'ulcères hideux et noirs qui sont des trous, Sous les carcans de fer qui labourent leurs cous, Avec des mains sans doigts atrocement crispées Va des regards cherchant leurs paupières coupées Ils viennent, hébétés de peur, courbant le dos Aux lanières de cuir qui font craquer leurs os, Stupides sous Tépieu qui les broie et les chasse. Et la vague grossit, épouvantable masse, Avec de longs remous qui laissent derrière eux Des cadavres luisants et des moignons affreux, Des petits enfants morts sur les gorges séchées. Et des paquets vivants d'entrailles arrachées. Comme un nid de serpents lovés sur le sol noir. Où les derniers venus trébuchent sans les voir. Telle, emplissant les airs de son intense haleine Et de ses pas confus, l'énorme écume humaine, Gonflant son onde accrue ainsi qu'un élément. Vers Shin-Akhé-Irib roule innombrablement.

Et, comme sur la dalle où pourrissent les claies.

Où, rampant dans le flux fétide de leurs plaies,

Se tordent en râlant d'affreux suppliciés

Sur leurs membres rompus déjà putréfiés.

On voit danser, dans la torpeur des cieux farouches,

Le strident tourbillon des venimeuses mouches Étincelantcs dans leurs corselets d'azur,

Ainsi, droits sous la mitre encerclant leur front dur,

Multipliant Téclair du cimeterre courbe,

Les Cavaliers d'Asshour, qui poussent cette tourbe

De chair presque insensible et qui palpite encor,

Resplendissent dans leur cuirasse aux squammes d'or.

Et les chefs, étalant leurs amples robes peintes,

Avec leurs cils fardés et leurs paupières teintes

Et leurs cheveux lissés à l'huile de santal,

Semblent des baalim d'ivoire et de métal.

Et, dans ce fleuve épais mêlant ses longues lignes.

Les étalons cabrés montrent, comme des cygnes.

Leurs ventres, par l'éclair un moment embrasés,

Et leurs sabots battants sur les rangs écrasés,

Où des haillons de peau tournent avec les roues

Des chariots sculptés et hauts comme des proues.

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