‹ Le bouclier d'arèsChapitre 7 sur 26 · LES CHASSEURS · texte numérisé non relu

LES CHASSEURS

Nous venons du Shinar, la terre d'émeraude, Du Naharaî qui tremble en ses taillis épais Quand le tigre, parmi les roselières, rôde :

Nos épaules, ô Roi, fléchissent sous le faix

Des énormes toisons et des fourrures fraîches. Et la fauve dépouille entassée en monceaux.

Nous jetons à tes pieds, transpercés de nos flèches, La lionne au poil roux et ses grands lionceaux,

Nos épieux carnassiers teints du sang des panthères. Les peaux de l'ourse brune et des fiers léopards, Et, pour orner ta salle aux voûtes solitaires, Les andouillers géants aigus comme des dards.

Nous fumerons ce soir de lourds quartiers de buffle Aux lueurs des brasiers allumés sur les tours, Et, sous Tanneau de fer qui fait saigner leur mufle, Les taureaux de TElam mugiront dans tes cours.

Nous peuplerons tes parcs, pour tes chasses royales. Des bêtes des déserts, des bêtes des forêts ; Et le jour, ofiensant leurs prunelles ovales, Les trouvera roidis aux mailles de nos rets.

Quand, pareil à T Aïeul Nimroud, le chasseur d'hommes, Eveillant les juments dans Tombre des haras, De cette même voix qui brise les royaumes, O Shin-Akhé-lrib, tu nous appelleras.

Nous saisirons l'épée au dur tranchant, la hache Et les épieux durcis aux flammes des bûchers. Et le bouclier long fait de sept peaux de vache; Le carquois sonnera sur le dos des archers.

Nous forcerons pour toi, le Royal Sagittaire, Les fauves pleins de soif qui rugissent le soir. Et dont la voix salue en Tombre solitaire Shin, qui des hauts parvis balance l'encensoir.

Et tu verras bondir en hurlant, sur les croupes De rOurartou terrible et de TElam impur.

Rabattus vers ton char, effarés et par troupes. Tous les monstres promis à tes traits au vol sûr.

Roi ! dans tes palais le ciseau perpétue Par le basalte et les porphyres éclatants, Ton image qui frappe et ton regard qui tue, Et tes coursiers, cabrés dans un souffle d'autans.

Sur les pages de pierre où s'inscrivent tes fastes. Dans les grands corridors en bois de Libanon, Quand l'avenir, tremblant au seuil des salles vastes, Asshour ! épellera tes gestes et ton nom.

Il te contemplera dans ta haute effigie, Grave, vêtu des plis éternels du rocher, Et, dans la nuit de fer par ses torches rougie, Il croira voir ton ombre, effrayante, marcher.

Et, déroulant ton cycle et tes chasses de pierre, 11 se détournera de ta face, ô Tueur !

Craignant de voir encor passer sous ta paupière, Des jours où tu vivais la terrible lueur.

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