‹ Le bouclier d'arèsChapitre 8 sur 26 · LES CAVALIERS · texte numérisé non relu

LES CAVALIERS

Au choc des boucliers heuntant les larges glaives, Au galop furieux du cheval qui hennit, O Shin-Akhé-Irib, ô Roi ! quand tu te lèves, Le disque ailé d'Asshour flamboie à ton zénith. La guerre à ton appel ouvre ses rouges gueules, O chef dévastateur, nourricier des aiglons, Qu'environnent nos chars tournant, sinistres meules. Dans un vol d'aquilons.

Quand vers les occidcnts t\i baissas ton visage, Nous partîmes, roulant sur les peuples broyés. En contemplant, avec des cris, sur ton passage, Les éclairs de Râman dans ton ombre éployés.

Des tentes de Moab aux murs de Samarie, Ta colère passa comme un feu dans les blés, Et le jaune lardèn dans ses ondes charrie Les cœurs des mutilés.

La somptueuse Zour en pleurant s'est assise Sur sa grève sans fin que bat la Grande Mer : Et nous avons scellé, dans Kenaan conquise, Arvad sur son îlot par un carcan de fer.

L'hyène a nettoyé la blancheur des squelettes, Et l'eau des torrents clairs n'éveille que l'écho; Car nous avons, joyeux, avec des cris de fête, Aux défilés d'Ekko,

De l'épervier d'Ammon, surpris dans sa caverne, Écrasé la couvée et les œufs non éclos, Comblé la source fraîche et tari la citerne.

Scié les dattiers verts et brûlé les silos.

Les impurs circoncis, en crachant des insultes. Ont pourri dans les puits ou séché dans les fours. Et Lakish est tombée, au choc des catapultes Battant ses rondes tours.

Ils barraient comme un mur le désert qui les garde, Les princes de Sais, les princes du Delta, Et les Ethiopiens à la face camarde Venus de la lointaine et noire Napata.

Tous avaient ceint le glaive et bouclé la cuirasse Sur leur torse de cuivre aux larges pectoraux : Les rouges cavaliers suivaient, la lance basse, Les enseignes d'émail à tètes de taureaux :

Les cavales du Nil, les juments bolbitines Hennissaient dans le souffle épais des étendards. Et, des tours d'Ascalon, les vierges philistines Cherchaient les Rois de Kem dans la forêt des dards.

Devant tous, contenant son écumant quadrige, Dans son manteau sacré par les émaux fleuri.

Coiffé du pshent conique où rayonnant s'érige Le divin uraeosdes maîtres de Mousri,

Tahraq, noir héritier de vingt-deux dynasties, Prince de Koush, seigneur du Fleuve et de la Mer Lointaine, menait ses hordes appesanties Par le pillage des temples de iManofer.

Autour de lui, debout dans la clameur des sistres, Kdom et Qir-Moab, Ashod et Beth-Dagon Vomissaient le blasphème et brandissaient, sinistres. Des javelots trempés dans le sang de dragon.

Mais Asshour s'est levé: comme devant Taurore, L'essaim des visions s'efface épouvanté.

Aux splendeurs de son jour voici que s'évapore Le prestige des dieux de Misraim dompté.

Ils avaient, soulevant leurs forces innombrables, Bravé le nom d' Asshour et méprisé ses dieux, Et nous les avons vus se tordre, misérables.

Empalés sur les croix et cloués sur les pieux.

Nous avons des vaincus qui râlaient d'épouvante Crevé les yeux, scié les pieds, coupé les mains, Et, des troncs empilés sur la plaine mouvante. Fait trente tours de chair et de débris humains,

Sur les angles des rocs et les ronces des haies, Tendu d'horribles peaux qui craquent dans les vents, Et dans le sable ardent roulé, comme des plaies, Sur leurs muscles entiers les écorchés vivants ;

Et, quand le soir tomba sur la Shéféla rouge,

De supplices repus et de carnage las,

Cherchant parmi les morts quelque blessé qui bouge,

Aiguisé sur ses os le fil des coutelas.

Maître ! les captifs tordaient leur langue épaisse Sous la boucle rivée à leurs dents, et, fouillés Par le fer qui découpe et l'airain qui dépèce. Hurlaient leur agonie aux quatre vents souillés .

Et ce soir, nous cloùrons aux formidables poutres De la Salle où s'endort ta calme majesté Des cuirs tannés de Rois qui, pareils à des outres Vides, balanceront sur toi leur nudité :

Cependant qu'aux lueurs de ies nuits enflammées, Sous la dérision des éternels enduits.

Leurs têtes aux yeux creux, de parfums embaumées. Aux palmiers de tes parcs pendront comme des fruits.

Page 1