‹ Le Bouddha et le BouddhismeChapitre 12 sur 85 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Çâkyamouni devenu bouddha enseigne sa doctrine. — Manière dont il enseigne ; différence d’avec celle des brahmanes. — C’est une véritable prédication. — Succès de son enseignement. — Il attire à lui les malheureux. Noms de ceux qui adoptent et suivent la doctrine nouvelle. - — Ce qu il faut entendre par Nirvana, qui est la fin du bouddhisme.

1 . Çâkyamouni devint bouddha à l’âge de 36 ans, 586 avant Jésus-Christ.

2. Bientôt son enseignement rassembla autour de lui un grand nombre de disciples.

3. On écoutait avidement cette parole faite pour consoler les malheureux et tous les déshérités du monde brahmanique.

4. Entendre dire que tous les hommes sont égaux en principe, que tous, sans distinction de caste, peuvent entrer en religion et jouir de tout le bonheur qu’elle peut donner, que le degré du bonheur de chacun dépend du mérite personnel de chacun, et ne dépend d’aucune autre chose : voilà certes des nouveautés qui devaient répandre l’émotion de la colère parmi la classe des privilégiés , et l’enthousiasme parmi ceux qui n’en étaient pas.

5. Ce qui était également nouveau, c’était la forme sous laquelle le Bouddha présentait son enseignement : il prêchait sa doctrine-, or, la prédication était chose inconnue dans le brahmanisme.

6. Les brahmanes ne donnaient leur enseignement qu’à huis clos et à bon escient. De plus, il portait sur des matières

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que l’exposition concise et presque algébrique ne rendait abordables qu’à quelques esprits. Elles restaient lettre close pour les intelligences ordinaires.

7. Le Bouddha, au contraire, parlait au grand jour et d’abondance de cœur. Il exposait avec le langage et la langue de tout le monde, en pâli et même en pràkrit, unsujetde religion ou de morale à la portée de 'tout le monde, et il le développait jusqu’à ce que les esprits les plus lents l’eussent saisi, et que les cœurs les plus rebelles s’en fussent pénérés.

8. Aussi tous ceux qui venaient pour l’entendre, hommes ou femmes, s’en retournaient grandement édifiés et consolés, si toutefois ils s'en retournaient-, de sorte qu’on voyait bien qu’il disait vrai, quand il proclamait que sa loi était pour tous une loi d’amour (prâsâdika), et qu’il était venu en ce monde pour y rendre les êtres heureux. C’est pourquoi on l’appelait Sougata , c’est-à-dire le Bien-venu.

9. Les effetsde cette miséricorde eteette miséricorde même irritaient les brahmanes; car leur cœur est aussi dur que leur loi est sans grâce ; ils ne manquaient pas de reprocher au Bouddha de troubler l’ordre établi, de mépriser la prière et le sacrifice et de semer l’athéisme, nâstikaid, etils mettaient à l’amende ceux qui allaient entendre Çâkga.

10. Alors il changeait de séjour pour porter sa doctrine ailleurs. Mais ceux qui étaient mal à l’aise dans cette société bâtie sur l’orgueil et le mépris de la liberté humaine, affluaient vers lui, en quelque lieu qu’il se rendît.

11. Et comme la plupart de ceux qui lui formaient cortège étaient pauvres, on appelait ses auditeurs bhikchous ou mendiants.

12. Le Bouddha ne les accueillait qu’avec plus de bienveillance, et il trouvait dans sa bonté des moyens pour nourrir tous ceux qui l’écoutaient.

13. Carsabonté faisait abonder lesaumônes, et le mendiant du brahmanisme devenu bliikcliou du Bouddha, sentait renaître en lui le sentiment de la dignité humaine-, son intelligence s’élevait avec son cœur, et il croissait en vertu et en science.

14. Alors il montait dans l’échelle du mérite des auditeurs, et de simple bliikchou , il devenait çrâvaka.

15. Les çrâvakas étaient les disciples d’élite du Bouddha. A un degré plus haut encore, ils s’appelaient arhats ou vénérables, et devenaient chefs des communautés bouddhiques pour maintenir et faire avancer leurs frères dans la voie du salut.

16. Un grand nombre de ces communautés s’établirent du vivant même du Bouddha, et souvent il présidait à leur organisation, dans la saison pluvieuse, lorsque l’état de l’atmosphère le forçait d’interrompre ses prédications ambulantes.

17. Alors réunissant dans quelque vihâra les plus zélés des ' bhikchous , il leur enseignait les profondes méditations , ou

élucidant un point quelconque de sa doctrine, il se répandait avec eux en dialogues qui les façonnaient à l’apostolat, et les rendaient aptes à prêcher comme le maître,

18. La bienveillance, l’aumône, la patience, l’énergie, la morale et la science.

19. Puis, quand revenait la saison sèche, il recommençait ses pérégrinations. C’est ainsi qu’il parcourut tous les pays de l’Inde centrale et occidentale, proportionnant son langage au sujet et aux forces de chacun, et parlant au peuple en paraboles, parce que, disait-il, c’est par la parabole que les hommes comprennent le sens de ce qu’on leur enseigne.

20. Aussi faisait-il partout des merveilles de conversion. Telle était la sympathie que causait l’aspect de sa personne et la vertu de sa parole, qu’on l’accueillait comme un sauveur et que l’on disait : Les dieux descendent du ciel pour le voir et l’entendre.

21. Aux brahmanes qui lui reprochaient d’aller contre la coutume immémoriale et d’être un novateur, il se montrait habile à répondre. Il leur disait qu’il était un tathâgata , c’està-dire que dans la carrière d’enseignement qu’il parcourait il avait des devanciers parmi les anciens sages reconnus par le bràhmanisme, parmi les rddjarchis ou richis de race royale et les ascètes paramarchis .

22. Que non-seulement il enseignait comme ils avaient enseigné, et que, avant de marcher sur leurs traces, il avait

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fait tout ce que la* loi ordonnait de faire, mais encore qu'il ne touchait point aux dogmes qui soutenaient l’édifice du brahmanisme, les castes et la transmigration ;

23. Qu’il laissait subsister les castes là où il les trouvait établies, et qu’il se présentait lui-méme comme ayant épuisé la série des transmigrations.

24. En effet, le Bouddha ne niait pas la transmigration; seulement il soutenait que chacun pouvait atteindre dès cette vie à la perfection du mérite moral, que par là le dernier des coudras pouvait valoir autant que le premier des brahmanes , et qu’il pouvait ainsi s’affranchir de la chaîne des renaissances pour être à jamais émancipé dans un lieu où il ne restait plus rien de l’agrégation des éléments.

25. Parvenu à cet état, l’homme accompli jouissait d’un état ineffable dans une sorte d’anéantissement mystique, appelé Nirvdna.

26. C’est ce Nirvdna , cette extase ou absorption mystique perpétuelle du moi en Dieu, où est détruite toute matière et tout ce qui tient à la matière, où l’existence est réelle parce qu’elle ne cesse plus, et incompréhensible parce qu’elle est divine, c’est cet état que l’engourdissement intellectuel des âges suivants ou, comme dit un texte sanscrit, « l’intelligence » endormie par la béatitude des conceptions sans réalité, » a pris pour cet autre anéantissement qui est identique au néant.

27. Une telle interprétation n’est autorisée par aucune parole authentique du Bouddha ; au contraire , il l’a réfutée en quelque sorte à l’avance quand il a dit : « Le Nirvana, c’est la » félicité suprême. » C’est du reste ainsi que l’ont toujours entendu et que l’entendent encore le commun des bouddhistes.

28. En effet, le simple bon sens dit assez que le néant ne peut être une félicité, puisque ce n’est rien. D’ailleurs cette opinion semble être contredite par ce qui forme l'essence de l’enseignement du Bouddha, à savoir la foi, çraddhâ, la miséricorde, prasâda et la bienveillance maïlrî.

29. Toutefois on ne saurait absoudre Çâkijamouni : il est certain qu’il n’a enseigné rien de positif sur Dieu et que, sous ce rapport , sa doctrine présente une lacune qui est presque inexplicable.

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