‹ Le Bouddha et le BouddhismeChapitre 13 sur 85 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

La réputation du Bouddha va en croissant. — Les rois le protègent contre

l’animosité des brahmanes. — Son père l’invite à venir enseigner sa doctrine

à la famille des Çâkyas. — Le Bouddha se rend enfin à cette invitation. —

L’enseignement qu’il donne à ses parents.

1. Après que le Mahâmouni eut ainsi, pendant douze ans , fait tourner la roue de la loi ( dharmatchakra ), c’est-à-dire que parl’enseignement il en eut proclamé la souveraine puissance, sa renommée s’était répandue et consolidée dans toute la terre indienne.

2. Plusieurs rois le protégeaient en le soutenant contre les menées de ses ennemis les brahmanes , bien qu’aucun d’eux n’eût encore osé adopter sa doctrine ouvertement.

3. Alors son père lui envoya successivement plusieurs messagers pour le prier de se souvenir de sa famille et de la visiter.

4. Mais aucun de ces messagers ne revint, parce qu’ayant vu le bienfaiteur des créatures, ils se plurent tant avec lui qu’ils y restèrent pour se faire bhikcfious.

5. Enfin cependant le Bouddha se rendit au désir de son père tant de fois exprimé, et vint à Kapilavastou , où il fut reçu avec de grands honneurs.

6. Puis s’étant assis les jambes croisées sous l’arbre de l’intelligence (ficus religiosa), et voyant rassemblés devant lui tous les Çâkyas qui, pleins de bonnes pensées et les mains jointes en signe de respect, lui disaient : « Expose-nous, ô » Sougata , le trésor de ta loi ; »

7. Celui qui était doux et compatissant aux créatures, fit pleuvoir la pluie de sa doctrine et parla ainsi :

8. « Je suis.celui qui montre la voie du salut, qui la connaît, l’enseigne et la possède parfaitement.

9. » Ma loi est la terre de la quiétude, car elle est exempte de péché ( dôcha ).

10. » Elle est perpétuellement stable, et ses règles sont lumineuses.

11 . » Celui qui la pratique, qui remplit les devoirs de la conduite religieuse , éprouve l’espérance qu’elle apporte avec elle : il voit le terme du malheur.

12. » Elle aboutit à l’affranchissement de la naissance, de la vieillesse, de la mort et de la douleur.

13. » Mais de même qu’il est difficile de reconnaître la fleur du figuier, de même aussi il est difficile de trouver la créature qui se conforme à ma bonne parole -, elle lui semble difficile à comprendre.

14. » Ce n’est pas assez que d’admettre le pauvre, celui qui est délaissé, à la participation du bien temporel, il faut encore, et surtout, le recevoir au partage des biens spirituels.

15. » Celui qui pratique ainsi le bien, celui-là pratique le bien. »

16. Et il leur dit cette parabole : « Un homme avait un fils qui quitta brusquement son père et s’en alla dans d’autres parties du pays.

17. » 11 y passa beaucoup d’années, cherchant sa subsistance de côté et d’autre, sans pouvoir arriver à sortir de la misère.

18. » Le père cependant devint un grand personnage et fort riche en biens de toute espèce. Mais le souvenir de son fils qu’il avait perdu ne lui laissant pas de repos, il changea de résidence.

19. » Et chaque jour il se disait : J’ai beaucoup d’or, et je n’ai pas un seul fils, et je suis vieux et cassé. Ah ! certes, je serais au comble du bonheur, si mon fils pouvait jouir de ces richesses.»

20. Or, il arriva un jour qu’étant assis à la porte de son palais, entouré de toutes les pompes de l’opulence et d’une foule nombreuse dont il recevait les hommages, il vit passer non loin de là ce fils qu’il regrettait tant, et qu’il reconnaissait à la première vue, malgré la misère qui l’enveloppait.

21 . Le fils, de son côté, que ses courses vagabondes avaient conduit là par hasard, voyant l’opulence qui entourait son père, ne le reconnut pas; mais étant saisi de peur, il se dit en lui-même : « Je n’ai rien à faire ici, allons-nous-en.»

22. Et il se remit à courir. Alors le père, plein de joie de retrouver son fils perdu, dit à ses coureurs : «Allez, mes amis,

» amenez-moi bien vite cet homme que vous voyez là-bas » s’éloigner en grande hâte. »

23. Et les coureurs atteignirent le pauvre qui était effrayé, troublé, hors de lui, et qui, se débattant entre leurs mains, s’écriait; « Laissez-moi, je ne vous ai fait aucun mal. »

24. Mais les hommes entraînèrent de force le filsdevant son père, qui leur criait de loin : « Ne tirez pas ainsi ce malheu- « reux.»

25. Et il fit cette réflexion en lui-même : « Mon fils a passé » longtemps dans la misère, et la misère engendre les incli- » nations misérables. Je ne vais donc pas encore me découvrir à lui, mais l’éprouver pour le préparer à bien porter » l’état de fortunequeje lui destine.»

26. Et il dit à son intendant : « Mettez cet homme aux » travaux les plus bas de la maison, et donnez-lui le salaire » qui lui revient. »

27. L’ayant donc ainsi éprouvé pendant longtemps et voyant qu’il faisait bien son ouvrage, il le fit appeler pour lui faire subir une dernière épreuve et lui dit : « Cette grande » fortune que tu vois ici m’appartient.

28. » Je sens que ma fin arrive, et je désire quelqu’un à » qui donner mes richesses et qui puisse les accepter. Ac- » eepfe-les, toi, car tu es capable de les conserver. »

29. A cette offre inattendue, le fils ne ressentit pas le moindre désir, ni la plus petite envie de jouir de l’état de fortune que son père lui faisait.

30. Alors le père vit que son fils avait bien profité des épreuves qu’il lui avait imposées, que par le travail joint à la pauvreté, il était arrivé à concevoir les nobles pensées qui animaient son propre cœur.

31. Et réunissant tous ses parents et amis, il leur dit en leur présentant le pauvre : « Je vais donner tout mon bien à » cet homme, car c’est mon fils, ce fils que j’avais cru perdu.

32. » Il était pauvre et d’inclination misérable, mais grâce » aux épreuves par lesquelles je l’ai instruit, il est devenu ca- » pable de conserver ce bien pour lequel il n’a pas ressenti le » moindre désir. »

33. Et il embrassa son fils qui restait frappé de surprise en

reconnaissant son père et en songeant à son ancienne pauvreté, à ses inclinations misérableset à l’habileté des moyens par lesquels ce père lui avait inspiré de nobles pensées ; et il s’écria : « Me voilà donc heureux aujourd’hui. »

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