L’homme n’est sauvé que par l’anéantissement de
la passion, et celui-là anéantit la passion qui, méditant sur la loi qui est pure, excite dans son coeur le repentir de ses fautes.
11. » La véritable sagesse consiste à s’anéantir soi-même par la méditation.
12. » Car la méditation conduit à la pensée de l’expiation, la pensée de l’expiation conduit au repentir, anouçaya, et le repentir pousse à l’aveu de ses fautes, anouçâyana. Celui qui avoue ses fautes anéantit en soi tout ce qui est digne de réprobation.
13. » Voilà, ô fils de famille, ce qu’il faut savoir ; voilà le point de départ de. la science. Ainsi vous, qui êtes les héritiers de la loi, appliquez-vous à la science.
14. » La science fait connaître les causes et les effets; elle montre le monde tel qu’il est. Celui qui s’y applique et qui parvient à l’atteindre est affranchi de la soif du monde et de toutes les lois ; il leur commande ; il est au-dessus de la nature : il l’ignore.
lo. » Alors il entre dans le Nirvâna, ce séjour plus subtil que l’idée et la perception, et dont je montre le chemin à tous ceux qui repoussent l’incertitude, le doute, le mépris et la volupté ;
16. » Qui exercent l’aumône, aiment la décence, pratiquent la vertu et observent avec patience toutes les règles de la conduite religieuse.
17. » Purifiez-vous de corps et d’esprit; couvrez-vous de vêtements propres et qui soient bien teints ; sovez sobres ; que vos gestes et vos postures ne manquent jamais de calme et de décence ; ne soyez ni orgueilleux, ni hypocrites, ni menteurs, ni ignorants, et produisez en vous-mêmes le désir d’atteindre à l’état de Bouddha par la grâce du Bouddha.
18. » Alors dans le silence de la plus profonde contemplation vous verrez la loi face à face, la loi simple, impérissable et immuable, et vous entrerez dans le dernier terme de l’existence, le Nirvâna complet.
19. » Ne vous contentez pas d’un peu de Nirvana ; un peu de nirvâna est mélangé d’éléments divers, de choses différen-
tes et opposées entre elles, et ne ferme par conséquent pas la voie du péché.
20. » Ma dévotion, ô Çükyas, n’est ni facile ni aisée, car il faut qu’elle détruise tout ce qui trouble, tout ce qui est composé.
21 . » Celui qui recule devant les difficultés de ma doctrine, qui ne dompte pas ses inclinations, qui ne pousse pas sans cesse le cri de guerre contre le vice jusqu’à ce qu’il l’ait vaincu, n’est pas sauvé de la douleur; il renaît dans des matrices d’animaux, tels que chameaux, ânes, chacals, pourceaux ou chiens.
22. » Ayez la foi, soyez fidèles (çraddhalou ), croyez à ma bonne parole, et n’accordez pas votre confiance aux fausses doctrines : elles restent attachées à une existence qui est sans bonheur réel, sans réalité véritable.
23. » Le Nirvana seul est réel, parce qu’en lui seul réside la victoire complète et définitive sur la puissance des objets.
24. » Mais de même qu’un malade qui a recouvré la santé ne peut définir son rétablissement qu’en disant, que revenir à la santé est tout simplement quitter la maladie, de môme aussi on ne saurait exprimer ce que c’est que de parvenir au Nirvâna , sinon qu’on sent en soi s’éteindre le mal et ses causes.
2o. » C'est-à-dire que le Nirvdna est le bonheur complet. Il est établi là où l’idée et la perception cessent sans être anéanties.
26. » C’est dans ce séjour immuable que demeurent les bouddhas, les meilleurs des hommes, eux qui ne saisissent plus aucune forme ni changement, et qui n’en sont plus saisis.
27. » Honorez ces bienheureux bouddhas; rendez-leur un culte de respect ( poûdjâ ), ne fût-ce que par l’offrande d’une fleur ou d’un peu de parfum. Ils partagent votre joie, car partout où l’on expose la loi, ils accourent du Nirvana pour l’entendre.
28. » Je suis la voie et la loi, et je l’expose pour les hommes vertueux comme pour les méchants.
29. » Le soleil et la lune brillent pour tout le monde, et un potier fait tous les vases avec la même argile.
30. » Mais les uns prennent dès l’abord la forme des vases qui reçoivent ce qui est impur et corrompent ensuite tout ce qu’on peut y verser à l’état pur.
31. » Les autres ne reçoivent jamais que ce qui est pur, et le conservent tel.
32. » Il en est ainsi pour ceux qui entendent ma loi, ce bien commun de tous; tous l’entendent, mais tandis que quelquesuns l’entendent bien, le plus grand nombre l’entend mal, car les gens de bien sont clair-semés.
33. » A quoi le monde est-il semblable? Il est semblable à une maison qui menace ruine et qu’habitent beaucoup d’individus.
34. » Plusieurs d’entre eux écoutent la voix de l’homme expert qui les exhorte d’en sortir, et ils sauvent leur vie; mais la plupart, négligents ou obstinés, n’ajoutent pas une foi sufiisante aux avertissements dont il les presse, ou ils s’en moquent, et ils périssent. »