‹ Le Bouddha et le BouddhismeChapitre 26 sur 85 · Nous sommes tout porté à admettre cette interpréta · texte numérisé non relu

Nous sommes tout porté à admettre cette interpréta

tion, qui du reste n’a rien de forcé si l’on pèse bien certaines paroles de sa doctrine rapportées dans le livre précédent; mais il est certain que le bouddhisme primitif n’a pas songé à cette exégèse, puisque l’idée ou du moins le nom de Dieu ne se fait pas jour dans les textes qui datent de cette époque.

17. Les disciples du Bouddha essayèrent seulement, dès la première Assemblée générale, de rattacher la doctrine du maître à un corps d’idées métaphysiques; du moins c’est de Kdçyapa et de Çâripoutra que les bouddhistes datent leur métaphysique ou abhidharma.

18. Ainsi se constitua le Tripitaka ou les trois recueils de la morale, de la discipline et de la métaphysique.

19. Dans la suite on ne cessa d’y ajouter ; de sorte qu’à chaque nouvelle Assemblée générale on était forcé d’agrandir le cadre de ces ouvrages.

20. Puis, on fit un choix dans les collections volumineuses de celle littérature sacrée, et les neuf livi'es qu’on choisit furent réputés canoniques et on les nomma les neuf Dharinas..

21. Cet élargissement successif du cadre des livres, ainsi que du sens des doctrines bouddhiques, est remarquable, surtout pour Yabhidharma, en ce qu’il se fit particulièrement sous la pression ennemie des brahmanes. Plus tard nous y reconnaîtrons aussi Yinfluence du christianisme.

22. 11 est très-probable que pour le moment la métaphysique du bouddhisme se borna à peu de chose. Pour quelque temps encore les disciples de Çdkya n’élevèrent pas leurs aspirations au-dessus du respect de la personne du maître présent à tous les yeux sous la forme de ses reliques, et bientôt de ses images et statues.

23. Parla, le caractère tout humain du bouddhisme se précisa encore mieux que pendant la vie du fondateur. 11 ressemblait ainsi à une famille qui suit religieusement les enseignements de son chef que la mort vient de lui ravir, parce qu'il lui semble qu’en voyant et en touchant ses dépouilles mortelles ou son image qu’elle garde comme un gage sacré elle le possède encore de la même manière à peu près que lorsqu’il était vivant.

24. Et de même qu’il y a dans la piété filiale une force de cohésion qui conserve la famille, ne connût-elle point d’autre principe directeur de ses actions, de même aussi le culte du Bouddha, fondé sur un sentiment tout humain de respect et de regret, suffit généralement à maintenir l’unité et l’union de la famille bouddhique.

25. Elle s’agrandit assez rapidement, car il y avait en elle des principes d’expansion très-énergiques et que nous avons fait connaître en exposant la doctrine de Çâkya , à savoir : Y égalité d'origine, et, par suite, la fraternité spirituelle de tous les hommes.

26. Le Bouddha avait trouvé ces principes dans les traditions de sa race, la race des Aryas, et que les richis du Véda, plus magnanimes que les brahmanes du Mdnava-dharma-çâstra, leurs successeurs au sacerdoce, avaient déposées dans quelques hymnes.

27. En effet, ils y donnent aux dieux le nom de pères des hommes, et considèrent tous les Aryas comme solidaires de pensées et d’affection.

28. Les Hindous avaient oublié ces traditions, conservées dans d’autres contrées de l’Orient, parce que les brahmanes, jaloux de leur prééminence, n’admettaient que ceux de leur caste à l’étude approfondie du Véda et de tout ce qui s’y rattachait.

29. Çâkyamouni, en leur rappelant ces titres perdus, les fit aisément reconnaître comme un bien qu’on se souvient d’avoir pleinement possédé, et c’est une des raisons principales de la rapidité avec laquelle s’étendit sa doctrine.

30. Cette rapidité d'extension est parfaitement caractérisée par la légende que rapporte la chronique singhalaise, le Mahâvança, suivant laquelle le Bouddha lui même serait venu à Ceylan ou Sinhalanka (île des lions ou guerriers) pour y prêcher sa doctrine.

31. Il est même dit ailleurs que le Bouddha parut dans celte île sous la forme d’un vaîçya avant de se manifester sous la figure du fils du roi Çouddhôdana.

32. Comme le Mahdvança, rédigé au 5e siècle de notre ère, a une haute valeur historique, que les événements qu’il ra-

conte et les dates qu’il leur assigne jouissent d’une autorité très-respectable, parce qu’on sait qu’ils reposent sur les données des plus anciens documents bouddhiques, on peut croire que l’auteur de cette chronique est de bonne foi quand il donne l’introduction du bouddhisme à Geylan comme un fait accompli par le Bouddha lui-même.

33. Gependanl d’un autre côté, il est avéré que les courses du Tathâgata ne se sont point étendues au delà de l’Inde centrale, occidentale et septentrionale, et que l’introduction du bouddhisme à Ceylan date de 245 avant Jésus-Christ, où cette œuvre fut accomplie par Mahendra, fils du roi de Magadha, Dharmâçoka.

34. Que conclure de ces données contradictoires, sinon une de ces confusions de faits comme les traditions en offrent tant d’exemples, et qui nous laisse deviner, à l’aide d’autres traditions qui ont cours dans tout l’Orient, qu’on a cru dans l’Inde aussi que le Bouddha avait fait des voyages lointains.

35. Or, comme il n’a pas fait ces voyages pendant les années qu’il a enseigné, il les a faits avant cette époque, c’està-dire pendant le temps que les livres qui traitent de sa vie le placent en méditation sous l'arbre de /’ intelligence.

36. C’est une question importante et sur laquelle nous reviendrons pour l’approfondir le mieux qu’il nous sera possible, dans le IVe livre de cette histoire.

37. Quant à l’introduction du bouddhisme à Ceylan , elle a été confondue avec celle du brahmanisme, qui, en effet, eut lieu à une époque très-voisine de la mort de Çâkyamouni. On conçoit que ces dates très-rapprochées ont pu amener le zèle bien connu desbouddhistes singhalais à égarer la tradition du pays sur ses origines religieuses, et à faire naître la légende précitée en substituant le nom de leur Dieu au Dieu, ou du moins au héros brahmanique Pdndouvançadêva, le conquérant Aryen de Ceylan, 30 ou 40 ans après la mort du Bouddha.

38. D’ailleurs, les Singhalais, d’après la doctrine du bouddhisme même qui admet des incarnations successives du Bouddha (ils en font monter le nombre à 550), peuvent trèsbien avoir pris l’apôtre pour le maître, surtout si les succès

traditions primitives.

de conversion de ce Bôdhisattva ou Bouddha futur, qui paraissent avoir été prodigieux, autorisaient la croyance que c’était à lui que la doctrine nouvelle axait été révélée.

39. Nous savons, en outre, par Kæmpfer, qui constate ce fait dans l'Histoire religieuse du Japon, que les noms de Bouddha ou de Çâkya étaient donnés aussi aux saints et aux grands hommes qui prêchèrent ces nouvelles doctrines.

40. Ce qui est certain, c’est que Y ère religieuse des bouddhistes singhalais, qui est aussi celle de la presqu’île au delà du Gange (Birman, Laos, Siam, Camboge,etc.), a un caractère d’authenticité que ne possède pas la chronologie des bouddhistes du Nord. En effet, cette ère correspond exactement à l’époque de la mort de Çâkya, puisqu’elle compte aujourd’hui sa 2399e année.

41 . Cette authenticité est mise hors de doute parle contrôle de la chronologie des Djainas, secte évidemment bouddhique, quoiqu’elle se soit montrée ennemie acharnée des bouddhistes, et dont le fondateur, qui est nommé Mahâvira, mourut la même année que le Mahàmouni, c’est-à-dire 543 avant notre ère.

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